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Il est des moments dans l'existence où l'on retrouve la force des joie enfantines, où le fou-rire d'adulte bien élevé, donc contenu comme on peut, se mêle à un formidable coup de chaud et où l'égoïsme de l'enfant reprend le dessus. Après une petite gorgée d'un bon vin censée aider à reprendre ses esprits, les joues roses d'avoir tant ri, il est cependant très difficile de reprendre le cour d'une conversation de toute façon déjà oubliée.
Mieux vaut alors être en bonne compagnie, avec un grand ami, pas rancunier, endurant et peu enclin à l'auto-apitoiement... parce qu'en fait, d'un simple coup de la pointe de ma chaussure dans le pied de sa chaise en équilibre, je peux reproduire cette merveilleuse et jubilatoire chute. Promis, je ne force pas le trait, mais je vous fais partager le spectacle :
Installez-vous avec moi dans un bon restau. La déco était à mon goût ! Imaginez le service dans une très jolie verrière, avec un personnel chaleureux et une petite serveuse au charme propre aux débutantes balbutiantes (vive les anti-sèches pour réussir à énoncer le plat du jour !), de jolies tables en bois peintes à main levée d'un vert amande et de superbes sièges aux dossiers tout en transparence. Notre table est inondée de lumière, protégée de ses voisines par une fenêtre. Un détail qui compte parce que l'on n'est pas immédiatement visible du serveur et c'est là l'origine de la catastophe mettant à mal la fierté de mon ami.
Le repas est copieux, avec quelques maladresses que la générosité du Chef fait facilement oublier. On savoure en discutant, on plaisante, on passe un moment de détente et de qualité, un moment assez rare en fait.
Pour parfaire ces instants délectables, seul le beurre manquait au plateau de fromage (que les puristes m'excusent... mais beurre sous fromage c'est le pied, n'en déplaise à Montignac). Et pour attirer l'attention de notre jolie serveuse, il fallait s'écarter de la table afin d'être vu. Impossible pour ma part, calée dans mon coin de jardin. Mais possible pour JF (et hop, t'es célèbre mon gars ! Grillé aussi), qui n'a jamais froid aux yeux quand il s'agit de faire des conneries. Que ce soit un simple accident de voiture ou une magnifique chute. Et chose exceptionnelle, je suis toujours là pour en profiter. Si ça n'est pas de l'amitié, ça, alors qu'est-ce que c'est !
Voilà donc mon galant gastronome se penchant en arrière sur sa chaise design, une main tenant lègerement la table. Je pense que le fait de lever le bras pour faire signe au serveur a suffi pour déséquilibrer l'homme et ses certitudes.
Permettez-moi une pause, je ris... je ris au souvenir de ses yeux étonnés comprenant que la chaise lâche l'affaire puis au visage ahuri lorsque le cerveau a enregistré que la chute serait continue. C'est drôle comme le sol semble alors plus éloigné que prévu. La descente fut longue et en deux étapes.
Mon propre cerveau a juste eu le temps d'évaluer le peu de risque encouru, l'angle du comptoir étant suffisament éloigné et la table derrière lui non occupée. J'ai alors pouffé, de ce rire que certains décrivent « en cascade », et donc de circonstance.
La chaise a ralenti son mouvement, JF a eu l'espoir de
rétablir la situation et ne pas trop se ridiculiser. Sauf à mes yeux, braqués
sur son rebondi bedon,... s'imposant comme une évidence et devenant une cible de
choix, centre de gravité autour duquel s'agitaient bras, jambes et yeux
déséspérés. Mais la chaise n'a pas autorisé le pauvre homme (si, si,... ) à se
redresser avec dignité. Non. Elle a préféré jeter l'éponge et casser carrément.
Evidemment, se redresser avec dignité était difficile. Même George Clooney en
pareilles circonstances aurait versé quelques gouttes de Nespresso, au moins.
Mais George se serait-il permis de m'appeler « Saloperie » en se
relevant ? Faut croire que ça soulage...
En bonne saloperie que je suis, j'ai présenté de plates
excuses pour cette exhibition inattendue et même proposé de payer le fauteuil...
Finalement, vous savez ce que j'ai trouvé vraiment ridicule dans l'histoire ? Alors que JF faisait contre mauvaise fortune bon cœur (saloperie mis à part), que je riais à m'en décrocher la mâchoire, nos voisins souriaient génés, regardant à la dérobée... Pas un ne se serait levé, n'aurait bougé ou même demandé si ça allait. Rien ne s'est passé.
JF, si tu avais le moindre doute, non, je n'ai pas poussé ta chaise de la pointe de ma chaussure. Juste en imagination pour revivre la scène, et je le referai au moindre coup de blues. Merci à toi ! Entre nous, quand est-ce que tu feras tomber une gondole de déodorants à Monop' comme je l'ai toujours craint ? C'est vrai, tu n'as plus ton gros sac noir, c'était pourtant LA garantie pour une maladresse/minute. Pas sportif le bonhomme mais très endurant !
Bises à toi, merci pour toutes ces années.
*La photo est empruntée à Alain FRANCOIS : http://www.bonobo.net/spip.php?article707
Publié par Solène P. à 19:08:39 dans > Société, humeurs éphémères | Commentaires (3) | Permaliens
Prendre le volant la grise. Sur l'A14, à cet instant, elle se sent maître du monde, comme libérée de poids qui ne lui appartiennent pas. A cette heure sans grande circulation encore, les gens ne sont pas encore sortis de leurs bureaux, elle double tous les véhicules et savoure sa liberté.
Seule dans sa voiture, son petit sac sur le siège passager, radio éteinte, elle tient fermement le levier de vitesse et n'hésite pas à faire râler la voiture, comme le ferait un mec, pour faire grimper encore un peu le compteur. Elle est sûre d'elle-même, certaine de réussir à passer les épreuves de la vie et là, dans sa petite voiture, elle se sent forte, prête à tout affronter.
Lui viennent en tête ces chansons honteuses, qu'elle adore en secret et qui lui donnnent l'impression d'être légitime, bien dans son époque, si féminine aussi. Gardant en tête les paroles de Sardou, celles de Goldman aussi, elle fonce droit devant elle et fredonne « être une femme ».
En approchant de son appartement, en zigzaguant dans la circulation plus dense de Boulogne, gardant une conduite sèche et rapide, elle sait qu'elle vient de naître à l'âge adulte. Les trois derniers jours ont fait d'elle une adulte. C'est ainsi, elle ne les avait pas vus venir et ne s'y était pas préparée. Mais la sensation de puissance, d'autorité qu'elle ressent à l'instant, derrière son volant, la rassure, elle en est capable.
Et un adulte fait ses courses régulièrement pour remplir le frigo. Alors, elle se gare, attrape son sac et en vérifie rapidement le contenu : oui, elle a de quoi payer ses achats. Elle essaie de marcher droit, avec assurance, mais sans son volant, elle a du mal à toucher terre, le sol est cotonneux. Heureusement, l'ambiance musicale du magasin est entraînante, elle reprend ses esprits et se dirige dans les rayons qui l'intéressent. Un litre de lait, trois tomates, une boîte de thon, du pain de mie... Passage en caisse et retour dans la voiture.
Il ne lui reste plus que deux minutes de conduite, bientôt elle retrouvera son appartement. Elle sait qu'elle ne pourra y rester longtemps, à peine une nuit. Mais c'est déjà ça, après, demain, on verra. Elle trouve une place, prend ses sacs et ferme les portes de sa voiture. Elle grimpe posément ses deux étages, ce n'est pourtant pas l'envie de faire claquer ses chaussures sur le parquet vieillissant qui lui manque. Refermant la porte derrière elle, elle se surprend à humer l'odeur feutrée de son appartement, à écouter ses pas et les bruits que font ses sacs quand elle se déplace, quand elle les pose, quand elle les ouvre.
Mais elle se reprend. Elle est femme, elle est adulte, elle ne doit pas se complaire dans cet état curieux, entre-deux, à moitié vivante ou bien simplement étonnée de l'être. Mais oui, c'est ça, elle est vivante mais sans joie, vivante sans vie. Elle remet son sac à main à sa place, dans la petite entrée, prêt à repartir, le trousseau de clés bien en évidence. Puis elle retourne à ses sacs en plastique et range méthodiquement chaque boîte sur la bonne étagère ou dans le mini-réfrigérateur.
Elle se souvient alors de la raison qui l'a poussée à rentrer pour une nuit. Il lui faut des sous-vêtements propres, elle est lasse de laver chaque soir depuis trois jours à la main les siens, et fouiller chaque matin ses étagères de jeune fille pour trouver de quoi améliorer sa tenue. Elle va dans la salle de bain et se prépare un petit sac de voyage.
Demain a lieu l'enterrement, ensuite le temps reprendra son cours.
Publié par Solène P. à 16:07:12 dans > Récits de vie, et pas la mienne ! | Commentaires (0) | Permaliens
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