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Les charmes de la vie de famille revus et corrigés

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Sage, trop longtemps... 2/3 | 20 juin 2006

J’ai rencontré mon mari à 18 ans. Nous venions d’avoir le bac, lui préparait médecine et louait une chambre chez notre voisine. Moi je me destinais au métier d’institutrice. J’avais vingt-deux ans quand nous nous sommes mariés parce qu’il voulait un bébé. J’adorais ses projets, je disais oui à tout et j’assurais financièrement pour nous deux pendant ses études. L’aîné de nos fils est né dix mois après notre mariage, mon mari était de garde ou en stage, je ne sais plus. Quand Stéphane a eu treize mois, Vincent est né. Deux ans plus tard, j’ai eu Marc. Encore aujourd’hui, ils sont mes soleils, mais ils me boudent un peu, nous communiquons moins. Je ne sais comment leur expliquer ces presque vingt ans à être sage, trop sérieuse pendant trop longtemps. Je n’ai fait aucun reproche à Stéphane quand il est rentré après avoir abîmé la voiture, j’ai simplement marqué mon désaccord quand Marc s’est pris une cuite… je sais que ce sont les bêtises que je n’ai pas pu faire, une liberté, des transgresions que je n’ai pas connues et qui m’ont conduite à tromper mon mari, à le quitter et à fragiliser l’équilibre de quatre personnes que j’adore.

Pendant ces presque vingt années, j’ai tenu la maison, bricolé la plomberie, réparé les vélos, les trains éléctriques aussi, recousu les pantalons déchirés, organisé les vacances, les colonies, les camps à l’étranger pour mes enfants, suivi l’évolution de nos revenus, pris les décisions pour placer de l’argent, choisi nos voitures, assuré notre vie sociale en lançant les invitations, etc. J’ai été présente à toutes les réunions parents-profeseurs, tenu un stand dans toutes les kermesses scolaires, assisté à tous les matches de volley, bercé, grondé, câliné, encouragé, rassuré, guidé,… la liste est si longue et me renvoie à une telle solitude.

Mon mari n’était jamais là dans ces moments-là, rien ne pouvait être prévu à l’avance. Urgences, gardes, séminaires se succédaient. Quand il était à la maison, je devais y faire régner le silence pour qu’il puisse récupérer de ses heures de garde. Exiger le silence de trois garçons, c’est un vrai sport d’endurance dont je garde des courbatures.  J’étais un excellent petit soldat, parfaite en tout point.

Quand Marc est rentré en cinquième, j’ai eu un sursaut qui m’a conduite à reprendre l’enseignement. Mes garçons allaient bien, ils étaient lancés, savaient se garder tout seul. Je parle de sursaut parce que ça y ressemble : j’ai appelé un jour l’académie, comme ça pour savoir si je pouvais ré-enseigner, pensant que ce serait long et compliqué. On m’a donné un poste très rapidement, en remplacement d’un congés maternité.

Face à trente petits trublions qui me rapelaient mes enfants au même âge, j’ai fondu. Mon stress a disparu, je les ai même fait rire et la suite ne m’a apporté que des joies. Il m’a fallu préparer mes cours, écouter des parents inquiets, assurer tous les jours auprès de leurs enfants. Je vivais dans un état d’excitation constant, je pouvais raconter ma journée au dîner, puis je retournais travailler une bonne heure ou plus parfois avant de m’endormir comblée.

Publié par Solène P. à 10:27:02 dans > Récits de vie, et pas la mienne ! | Commentaires (0) |

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