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Les charmes de la vie de famille revus et corrigés

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Liberté éphémère, au volant | 03 juillet 2007

Prendre le volant la grise. Sur l'A14, à cet instant, elle se sent maître du monde, comme libérée de poids qui ne lui appartiennent pas. A cette heure sans grande circulation encore, les gens ne sont pas encore sortis de leurs bureaux, elle double tous les véhicules et savoure sa liberté.

Seule dans sa voiture, son petit sac sur le siège passager, radio éteinte, elle tient fermement le levier de vitesse et n'hésite pas à faire râler la voiture, comme le ferait un mec, pour faire grimper encore un peu le compteur. Elle est sûre d'elle-même, certaine de réussir à passer les épreuves de la vie et là, dans sa petite voiture, elle se sent forte, prête à tout affronter.

Lui viennent en tête ces chansons honteuses, qu'elle adore en secret et qui lui donnnent l'impression d'être légitime, bien dans son époque, si féminine aussi. Gardant en tête les paroles de Sardou, celles de Goldman aussi, elle fonce droit devant elle et fredonne « être une femme ».

En approchant de son appartement, en zigzaguant dans la circulation plus dense de Boulogne, gardant une conduite sèche et rapide, elle sait qu'elle vient de naître à l'âge adulte. Les trois derniers jours ont fait d'elle une adulte. C'est ainsi, elle ne les avait pas vus venir et ne s'y était pas préparée. Mais la sensation de puissance, d'autorité qu'elle ressent à l'instant, derrière son volant, la rassure, elle en est capable.

Et un adulte fait ses courses régulièrement pour remplir le frigo. Alors, elle se gare, attrape son sac et en vérifie rapidement le contenu : oui, elle a de quoi payer ses achats. Elle essaie de marcher droit, avec assurance, mais sans son volant, elle a du mal à toucher terre, le sol est cotonneux. Heureusement, l'ambiance musicale du magasin est entraînante, elle reprend ses esprits et se dirige dans les rayons qui l'intéressent. Un litre de lait, trois tomates, une boîte de thon, du pain de mie... Passage en caisse et retour dans la voiture.

Il ne lui reste plus que deux minutes de conduite, bientôt elle retrouvera son appartement. Elle sait qu'elle ne pourra y rester longtemps, à peine une nuit. Mais c'est déjà ça, après, demain, on verra. Elle trouve une place, prend ses sacs et ferme les portes de sa voiture. Elle grimpe posément ses deux étages, ce n'est pourtant pas l'envie de faire claquer ses chaussures sur le parquet vieillissant qui lui manque. Refermant la porte derrière elle, elle se surprend à humer l'odeur feutrée de son appartement, à écouter ses pas et les bruits que font ses sacs quand elle se déplace, quand elle les pose, quand elle les ouvre.

Mais elle se reprend. Elle est femme, elle est adulte, elle ne doit pas se complaire dans cet état curieux, entre-deux, à moitié vivante ou bien simplement étonnée de l'être. Mais oui, c'est ça, elle est vivante mais sans joie, vivante sans vie. Elle remet son sac à main à sa place, dans la petite entrée, prêt à repartir, le trousseau de clés bien en évidence. Puis elle retourne à ses sacs en plastique et range méthodiquement chaque boîte sur la bonne étagère ou dans le mini-réfrigérateur.

Elle se souvient alors de la raison qui l'a poussée à rentrer pour une nuit. Il lui faut des sous-vêtements propres, elle est lasse de laver chaque soir depuis trois jours à la main les siens, et fouiller chaque matin ses étagères de jeune fille pour trouver de quoi améliorer sa tenue. Elle va dans la salle de bain et se prépare un petit sac de voyage.

Demain a lieu l'enterrement, ensuite le temps reprendra son cours.

Publié par Solène P. à 16:07:12 dans > Récits de vie, et pas la mienne ! | Commentaires (0) |

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