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Littérature et poésies

Culture, littérature, poésies

A une passante | 10 juin 2006


Charles BAUDELAIRE (1821-1867)

A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair... puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! trop tard ! jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais !

Publié par Rive gauche à 17:32:48 dans Poèmes | Commentaires (2) |

"Noires fureurs, blancs menteurs" de Pierre Péan | 07 juin 2006


Le café croissant au centre ville

Après les discriminations, l'esclavagisme ... voilà que l’on voudrait en remettre une couche en désignant la France comme responsable direct ou indirect du génocide rwandais.

Une poignée d'individus portent des accusations contre l'armée française. De quelles preuves disposent-ils pour appuyer leurs assertions gravissimes ? Méfions nous de trop condamner la France dans cette histoire et de minimiser le long cheminement qui, dans ce pays, a conduit à cette tragédie.

Je conseille la lecture d’un livre " Noires fureurs, blancs menteurs" de Pierre Péan. La thèse de l’auteur est de réhabiliter le rôle de la France. Il préfère s'employer à prouver que la responsabilité des massacres incombe au chef du FPR, Paul Kagamé actuel président de ce pays, dont le mouvement, affirme-t-il, aurait tué plus de Hutus que le régime précédent n'avait tué de Tutsis. Sa thèse, au bout du compte, a pour objet d'établir que la France et François Mitterrand ne se sont pas fourvoyés au Rwanda.

Pierre Péan, en général, c'est du lourd, des infos, des scoops... "Noires fureurs, blancs menteurs" est tout autant une enquête sur le génocide rwandais qu'un pamphlet contre tous ceux qui désignerait la France comme responsable direct ou indirect du génocide rwandais.

Rive gauche

Publié par Rive gauche à 08:16:16 dans Littérature | Commentaires (3) |

La fabrique du crétin, essai de Jean-Paul Brighelli | 04 juin 2006

Ce livre représente et exprime toute la détresse dans lequel ce trouve le système scolaire, et le système français en général. J'ai trouvé admirable l'analyse à laquelle se livre Jean-Paul Brighelli sur le système éducatif français ; rien ne lui échappe, il en pointe tous les défauts, toutes les hypocrisies, toutes les aberrations.

L’auteur pourfend le système scolaire français, jadis l'un des meilleurs du monde, aujourd'hui vaste machine à produire et reproduire des crétins, à mille années-lumière du pacte républicain, de l'égalité des chances, de l'ascenseur social et de la transmission de l'esprit critique. Le système éducatif français est de plus en plus démagogique. Les étudiants n'obtiennent plus leur diplôme pour leurs capacités intellectuelles mais pour atteindre des quotas!

Entre le laxisme des professeurs et la tolérance des soixante-huitards qui ont voulu défaire les figures de l'autorité scolaire et saper les fondements de la culture entendue comme socle social, et les chantres du néo-libéralisme qui ont pour leur part simplement besoin de transformer les élèves en main-d'œuvre, il y a de quoi s'inquiéter : où va l'École, aujourd'hui reflet d'une France à deux vitesses - celle des riches habitant les beaux quartiers et celle des pauvres résidant en périphérie des villes ?

Entre anecdotes, moments de vérité et accusations directes, vous découvrirez un homme d'exception en cet auteur, normalien agrégé de lettre. Jean Paul Brighellii sait, avec parfois une brindille d'humour, montrer comment et pourquoi l'école est en grand danger. Un livre féroce, clair, piquant qui provoquera encore plus d’inquiétude chez les parents et les grands parents, et la désillusion chez les plus jeunes.

Un livre de plus sur la déconfiture de l'éducation nationale. Génération sacrifiée, génération médiocrité. C'est la triste réalité. Si la démocratie ne va pas très bien, c'est, peut-être, parce qu'on a formé des générations de crétins.

Rive gauche

Publié par Rive gauche à 12:17:27 dans Littérature | Commentaires (2) |

Le lac | 04 juin 2006

Alphonse de LAMARTINE (1790-1869)

Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l'océan des âges
Jeter l'ancre un seul jour ?

Ô lac ! l'année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu'elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m'asseoir sur cette pierre
Où tu la vis s'asseoir !

Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes,
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés,
Ainsi le vent jetait l'écume de tes ondes
Sur ses pieds adorés.

Un soir, t'en souvient-il ? nous voguions en silence ;
On n'entendait au loin, sur l'onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m'est chère
Laissa tomber ces mots :

" Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

" Assez de malheureux ici-bas vous implorent,
Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
Oubliez les heureux.

" Mais je demande en vain quelques moments encore,
Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : Sois plus lente ; et l'aurore
Va dissiper la nuit.

" Aimons donc, aimons donc ! de l'heure fugitive,
Hâtons-nous, jouissons !
L'homme n'a point de port, le temps n'a point de rive ;
Il coule, et nous passons ! "

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?

Eh quoi ! n'en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ! quoi ! tout entiers perdus !
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
Ne nous les rendra plus !

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu'il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !

Qu'il soit dans ton repos, qu'il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l'aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
Qui pendent sur tes eaux.

Qu'il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l'astre au front d'argent qui blanchit ta surface
De ses molles clartés.

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu'on entend, l'on voit ou l'on respire,
Tout dise : Ils ont aimé !

Publié par Rive gauche à 12:02:21 dans Poèmes | Commentaires (0) |

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