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LA CASE DU MANDOUL

Association d'échanges culturels entre la France et le Tchad

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LES TCHADIENS DE FRANCE | 08 décembre 2007

Qui sont les Tchadiens de France ?

Dossier réalisé par Naygotimti Bambé 

Le Tchad n'a pas encore enregistré les charters de ses ressortissants émigrés en France. Pas parce qu'ils n'y en existe pas. Plutôt parce que nos compatriotes résidants dans l'Hexagone se conforment relativement assez bien aux lois du pays d'accueil. Tchad et Culture s'est intéressée à ces «Africains» quelque peu particuliers, qui restent attachés à leur pays malgré leur situation.   

La communauté tchadienne en France se compose d'environ 2500 familles. Si l'on s'essaie à une classification en fonction de la raison de leur présence dans l'Hexagone, on trouvera les études, l'emploi (représentation diplomatique, organisations internationales) et, enfin, les raisons politiques. Même si cette dernière catégorie est plus nombreuse en Afrique, surtout de l'Ouest. Un autre type de classification peut également se faire en fonction de la période d'arrivée en France : il  y a ceux qui sont arrivés avant 1979, ceux qui sont arrivés après cette date et les tous derniers.

Les premiers arrivants en France le sont pour des raisons d'études grâce à des bourses obtenues par l'Etat dans le cadre de la coopération bilatérale ou multilatérale. Leur seul souci était de réussir leurs études puis de retourner chez eux pour se mettre au service de leur pays. 

D'abord les études

C'est ce qui explique qu'à la fin de leur formation, certains signaient juste des contrats à durée déterminée (CDD). Avec le temps et la précarité de l'emploi, beaucoup parmi eux ne parviennent plus à accéder aux emplois qu'ils refusaient auparavant. Un diplôme datant de plus de 20 ans et non actualisé n'est plus crédible. Pour d'autres, tout ne s'est pas passé comme souhaité. Alors, faut-il rentrer au pays sans diplômes ou demeurer en France ?

A cette époque, ils n'avaient pas beaucoup de difficultés pour se naturaliser Français.  Mais, “ leur orgueil de Tchadien les en a empêché ”.  Plusieurs se qualifient eux-mêmes de nationalistes purs et durs qui ne veulent pas changer de nationalité. Et, comme le dit l'un d'entre eux, “ le Tchadien n'est pas aventurier dans l'âme comme les ressortissants des  pays côtiers de l'Afrique ”.

Pourtant, la naturalisation leur permettrait l'accès à certains droits et avantages. Les Africains des pays côtiers, eux, l'ont compris : ils se sont installés, se sont mariés (à des françaises ou non), se sont acheté des maisons et mènent une vie correcte. Aujourd'hui, certains jeunes sont bien amères avec leurs aînés à cause de cela. “ Etre Français n'enlève rien à ce qui, en moi, est tchadien. Cela ne m'empêche pas d'aider, et même mieux, mes frères qui vivent au Tchad, d'accueillir ceux qui arrivent en France, et de vivre à l'abri des tracasseries pour me consacrer à l'essentiel ”. Notre interlocuteur cite un exemple : “ Un jour, c'est mon épouse qui a dû aider un frère de chez moi en lui donnant le nom du haricot dans notre langue.  Voilà ce à quoi conduit le fait de se couper volontairement de ses origines, sans pour autant être parvenu à intégrer votre terre d'accueil ”.

Certains parmi ces premiers arrivants en France regardent le Tchad avec les yeux des années soixante-dix. Pour eux, le pays n'a pas changé, même pas dans le milieu des jeunes. On en trouve qui rêvent de rentrer au pays pour y convoler en justes noces avec des jeunes filles de chez eux, “ comme si le pays avait arrêté de tourner pour les attendre ”. Après une bière, lorsqu'on parle du pays, ils répondent : “ Non, vraiment,  tu sais... C'est du passé, ça !” Les amis d'enfance ?  “ Ah, oui, je me rappelle, mais vaguement... ”,  etc. 

Victimes de la guerre et de l'instabilité politique

La deuxième vague date de la guerre civile de 1979. Lorsqu'elle a éclaté, toutes les structures de l'administration ont volé en éclat. Chez certains a germé l'idée de fuir cette guerre et d'aller poursuivre leurs études ailleurs, en attendant que le pays retrouve sa stabilité. Ils ont eux-mêmes recherché leur bourse ou l'ont obtenu, pour certains, grâce au Gouvernement d'Union Nationale de Transition (GUNT). Ceux dont la bourse le permet ont fait venir leurs proches, même si cela n'a pas atteint le niveau d'autres ressortissants africains comme ceux du Sénégal ou du Mali. “ Le Tchadien s'assure d'abord lui-même du strict minimum avant de penser aux autres ”, contrairement aux autres qui s'en privent pour investir au pays ou au profit des leurs. “ Avant d'investir au pays, il faut que celui-ci soit fiable et offre les opportunités à ses fils de pouvoir investir”. De plus , ajoute-t-on,  dès que tu envoies un peu d'argent au pays, les parents l'utilisent à leurs propres fins car, il savent  que tu ne peux pas les faire mettre en prison pour cela. 

La naissance du goût de l'aventure

Aujourd'hui, l'idée de l'aventure naît chez les jeunes tchadiens. C'est ici que se retrouve la troisième catégorie. La précarité de la vie, l'absence de débouchés et les injustices de tout genre subies au Tchad ont poussé les jeunes à la recherche de possibilités d'émigration. Même si la raison première avancée reste les études, il y a aussi la volonté de se mettre à l'abri, d'avoir les possibilités d'exercer sa profession ailleurs. Beaucoup s'en sortent plutôt bien car ils se sont préparés à affronter toutes les difficultés.

L'instabilité politique est l'une des raisons de la présence en France de beaucoup de Tchadiens. Malgré cela, l'espoir de retourner au pays se lit dans les visages, même 20 ans après. Mais le Tchad n'a pas changé et la situation socio-économique demeure bien désastreuse.

L'écrasante majorité des Tchadiens vivant en France sont des diplômés. Ils se retrouvent dans plusieurs secteurs de la vie. Mais la loi du marché a contraint certains à se reconvertir dans des secteurs qui présentent encore des ouvertures. Il faut bien vivre. Aujourd'hui, on compte parmi la colonie tchadienne des sans domicile fixe (SDF). A force de se contenter de petits boulots précaires, les difficultés s'enchaînent. Car, pour avoir un logement, il faut disposer de ressources et donc présenter une fiche de paie. Pour avoir sa fiche de paie, il faut avoir ses papiers en règle (carte de séjour, par exemple) et un emploi. Et l'on sombre vite dans la situation de SDF. 

Dans le secteur de la santé, par exemple, une grande vague de médecins est venue des pays de l'Est. Mais si, au début, ils pouvaient accéder assez facilement à un emploi, la loi Simone Veil, alors ministre de la Santé, a un peu freiné cette tendance. Ladite loi a non seulement imposé le passage d'un concours pour être accepté comme interne des hôpitaux, mais ce concours ne donne accès qu'au statut de praticien contractuel adjoint. Après quoi, il faut à nouveau passer le concours de praticien hospitalier.

La France abrite aussi des opposants politiques. Il y en a qui sont restés en France parfois pour raison familiale ou parce que ayant milité dans les mouvements étudiants, ils n'étaient pas en odeur de sainteté avec les pouvoirs d'alors qui leur ont coupé les bourses. Pour leurs compatriotes, les réfugiés politiques ne font pas entendre la voix de l'opposition. “ On est tenté de les qualifier de réfugiés économiques parce qu'ils ne jouent pas leur rôle à l'exemple des Ivoiriens, Algériens, Iraniens, Congolais ”. Ceux-là sensibilisent leurs compatriotes et l'opinion française, envoient des correspondances, distribuent des tracts. Les Ivoiriens, par exemple, ont lancé une pétition contre la politique de l'ivoirité en 1999. Certains ont presqu'élu domicile au Trocadéro dans le XVIe arrondissement. Chez les Tchadiens, rien de tout cela, déclarent certains. 

Une communauté discrète

Comment les Tchadiens de France sont-ils informés de ce qui se passe au pays ? Par le téléphone, Internet, le mail, par certains journaux ou par des compatriotes arrivant du Tchad. “ L'idéal, déclare l'un d'entre eux, ce serait d'avoir un journal ”. Et comment joindre les Tchadiens de France ?  “ Par le bouche-à-oreille, comme au village ”. Il y a quand même le téléphone !  “ Mais, dit un compatriote, le Tchadien est un homme replié sur soi, méfiant et qui a peur que l'on raconte sa vie en France. Pourtant, même si la plupart ne vivent pas sur l'or, nous ne gagnons pas trop mal et dignement notre vie et dans le respect des lois de notre pays d'accueil ”.

Et la représentation diplomatique tchadienne en France ? Elle n'a pas l'initiative des contacts et les Tchadiens eux-mêmes déclarent ignorer ce qui s'y passe. L'un de nos interlocuteurs dira qu'il est en France depuis 3 ans et demi, un autre depuis dix-sept ans, mais, aucun n'a jamais reçu la moindre correspondance  de l'ambassade du Tchad à Paris. Ils reprochent au personnel de la représentation sa nonchalance, voire un quasi-mépris lorsqu'ils s'y rendent pour l'établissement de certains documents administratifs.  Conséquence : “ il vaut mieux l'ignorer”.

N.B. 

 

SOURCE: TCHAD ET CULTURE

Publié par lacasedumandoul à 21:17:06 dans ACTUALITES DU TCHAD | Commentaires (0) |

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