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Retrouvez-moi dans les médias... | 16 juin 2006

A propos de mes ouvrages Discriminez-moi ! Enquête sur nos inégalités (Flammarion) et Cités à comparaître (Stock) :


 


- France Culture : Minuit/Dix, mercredi 20 septembre 2006, 93.5


- RFI, L'école des savoirs : http://www.rfi.fr/radiofr/editions/072/edition_19_20060821.asp




- Nouvel Observateur, article d'Elsa Vigoureux sur Cités à comparaître, semaine du 28 juillet




- Bloomberg, interview sur l'étude de l'INED parue dans Population et Société (Juillet-Août 2006) : http://www.bloomberg.com/apps/news?pid=20601085&sid=aaGr9AjWrZOA&refer=europe






- Article de Florence Besson sur les minorités visibles dans Elle du 17 juin






- Quotidien La Croix du 16 juin (interview sur la représentation des minorités dans les parlements nationaux en Europe)






- Magazine POLITIS (semaine du 8 juin) : article de Olivier Doubre consacré à Discriminez-moi !







- Africa N°1, 22 juin, 11h-midi






- Interview El Watan, lundi 29 mai






- Invité de "La Matinale", Direct 8, Samedi 20 mai, 8h - 9h






- Beur FM, invité de Philippe Robichon, Samedi 20 mai, 10h - 11h






- Jeune Afrique (semaine du 8 mai)






- sur Radio Orient le 26 avril à 13h30 dans l'émission "Parenthèses"






- sur Berbère TV le 3 mai à 20h dans l'émission "Awal"

Publié par karimamellal à 18:46:23 dans Chroniques et analyses sur l'actualité | Commentaires (0) |

Retour sur les propositions de Ségolène Royal | 05 juin 2006

La fermeté de Ségolène, avancée relative ou échec programmé ?


 

On entend comme un bruit de bottes et un air martial au PS ! Ca ne lui ressemble pas et, d’après les sondages, cela plait ! Car traditionnellement, le parti socialiste apparaît peu enclin à s’exprimer sur ce thème fondamental de la sécurité. Hormis Jean-Pierre Chevènement et Daniel Vaillant, les deux ministres de l’Intérieur successifs du gouvernement de Lionel Jospin, rares furent ceux qui osèrent défendre avec quelque conviction le « droit à la sécurité », autrement dit davantage de fermeté face à la délinquance et l’articulation d’une politique de prévention à une politique de répression.

Ségolène Royal, ces temps-ci, tente donc de s’inscrire dans cette lignée en s’appropriant, tout à fait légitimement du reste, un thème cher aux Français et largement abandonné aux partis de droite et d’extrême-droite : la sécurité. Cela appelle plusieurs remarques.

D’abord, dans une optique présidentielle, il n’est pas illogique de vouloir s’emparer de ce thème afin de se démarquer des autres candidats à la candidature socialiste. Ceux-ci, en effet, de Jack Lang à Larent Fabius, sont restés tragiquement muets dans ce domaine (comme dans tant d’autres, hélas !). Et même si, dans une perspective de premier tour, il peut être dangereux de jouer le second tour en rassemblant au-delà du seul électorat PS, aucun candidat, désormais, ne peut prendre le risque, encore plus grand, de se taire sur ce thème majeur de la sécurité.

Ensuite, il n'est pas non plus aberrant, pour une candidate social-démocrate, de s'attaquer au problème de l'insécurité. Le démocrate Bill Clinton l'a fait en 1992 à travers le fameux slogan : "War on crime" (Faisons la guerre à la délinquance), et le néo-travaillisteTony Blair lui a emboité le pas en 1997 en formulant la doctrine suivante : "Tough on crime, tough on the causes of crime" (ferme face à la délinquance, ferme face à ses causes). La sécurité, pour un parti social-démocrate, n'est donc pas un sujet tabou.

Cela étant dit, que propose Ségolène Royal ? Quatre mesures, essentiellement, retiennent l’attention : le placement des collégiens perturbateurs dans des « internats-relais », la mise sous tutelle provisoire des allocations familiales, le placement « dans des établissements à encadrement militaire pour apprendre un métier un réaliser un projet humanitaire » des délinquants de plus de 16 ans, la création d’une « école des parents ».

Concernant les internats-relais, il faut immédiatement préciser que, en soi, ce n’est pas une proposition révolutionnaire, ni de façon générale, ni pour la gauche en particulier, dans la mesure où ce type d’établissements existe depuis la loi d’orientation relative à la lutte contre les exclusions du 29 juillet 1998 (article 142) et sont destinés à accueillir des jeunes en voie de déscolarisation. Au surplus, la mise sous tutelle des allocations familiales existe elle aussi depuis l’adoption, le 9 mars 2006, de la loi sur l’égalité des chances (laquelle prévoit, en son article 48, la possibilité de suspendre provisoirement les allocations familiales en cas d’absentéisme scolaire).

Les dispositifs-relais, tels que les internats ou, plus simplement les classes ou les ateliers, ne participent pas à proprement parler d’un principe répressif. En réalité, tout dépend de l’encadrement. Si celui-ci a une coloration répressive, alors le dispositif devient répressif. Si l’encadrement est préventif ou pédagogique, alors le dispositif perd totalement son caractère répressif. Or que propose donc Ségolène Royal ? Un projet répressif visant à « corriger » ces jeunes et à les faire « rentrer dans le rang », ou bien un projet pédagogique visant à les aider à s’intégrer dans leur environnement, à les faire accepter la dimension collective, à les accompagner scolairement ? On ne le sait pas. Sauf, peut-être, si l’on se réfère à l’autre proposition-phare de Madame Royal : l’encadrement militaire pour les délinquants de plus de 16 ans. A ce stade-là, on discerne une logique, fondamentalement décorrélée de toute dimension sociale ou préventive. Car un « encadrement militaire », de fait, n’a pas vocation à assurer l’accompagnement scolaire ou l’intégration sociale et, sauf à repenser de A à Z l’institution militaire, il n’a pas non plus vocation à aider les jeunes à construire un projet pédagogique, personnel, positif.

La même réserve prévaut pour la dernière proposition de Ségolène Royal : une école des parents. Outre que le principe, pour n’importe quels père ou mère de famille, est choquant, il renvoie à une autre question : une école pour quoi ? Une école pour faire quoi ? Pour remettre les parents, là encore, dans le « droit chemin », pour leur apprendre comment « corriger » leurs enfants ? Pour leur apprendre, pire encore, à « être de bons parents » ? Ou bien sera-ce une école d’accompagnement, de soutien, d’aide ? Et puis qui en dispenserait l’enseignement ? Des professeurs ? Des militaires ? D’autres parents ?!!

Toutes ces propositions relèvent en réalité du bric-à-brac, de l’effet de signal. Rien n’est pensé, argumenté, articulé à un projet véritable. La dimension répressive est seulement contenue dans un vocabulaire vaguement martial, dans des dispositions qui existent déjà et dans des formules que, par réflexe, tout un chacun assimilera à une politique plus ferme et plus répressive.

Enfin, il serait utile et légitime de définir ce que pourrait être une politique de sécurité de gauche, laquelle doit reposer sur deux fondements majeurs : fermeté et justice, l’une ne pouvant qu’être fortement articulée à l’autre. Ce n’est, semble-t-il, par la direction choisie par Ségolène Royal, qui se contente de jeter en pâture à l’opinion des formules en pensant la caresser dans le sens du poil.

Un exemple. Défendre l’idée d’une mise sous tutelle, voire d’une suspension, des allocations familiales, cela peut paraître séduisant tant sont connus les abus, mais quel en sera le résultat ? La pénalisation, mécanique, de tous les autres membres de la famille et, au total, leur versement programmé dans la délinquance. Défendre une telle idée, pour une candidate de gauche, outre que cela est irresponsable sur le plan du résultat escompté, c’est s’inscrire à l’exact opposé de toutes la valeurs qui fondent encore la gauche.

Oui à la fermeté, mais pas sans justice sociale, pas sans une lutte acharnée contre les inégalités, pas sans le souci constant de placer l'éducation au coeur de l'action, pas sans la restauration de valeurs républicaines positives et non tournées vers le passé, pas sans espoir ni vertu. Ségolène Royal a raison de se placer sur le terrain sécuritaire, trop longtemps abandonné, mais elle ne doit pas, en candidate de gauche, le faire prévaloir sur le traitement social et préventif : elle doit trouver la bonne articulation entre les deux. Or c’est sur ce plan-là que la gauche a une carte stratégique à jouer. Si elle exploite la demande de répression dure, de sanction ferme, qui émane du corps social, elle s’enfermera dans un cercle vicieux qui la disqualifiera d’emblée pour une raison très simple, comme en 2002 du reste : sur le seul aspect répressif, la gauche ne pourra jamais être plus crédible que la droite ! Rien ne sert donc de l’imiter, de la copier, a fortiori lorsqu’on a passé ces dernières années à s’opposer avec la plus grande constance à tout ce que le gouvernement a proposé en matière de sécurité intérieure !

Publié par karimamellal à 17:54:55 dans Analyses | Commentaires (0) |

Interview El Watan Cités à comparaître (29/05/06) | 01 juin 2006

 

El Watan, édition du 29 mai 2006

Le terroriste, cet inconnu 


Pour son second livre, l’auteur de Discriminez- moi ! Enquête sur nos inégalités (Flammarion), Karim Amellal, s’amuse à détourner les discours officiels, à se moquer des médias. Ce n’est plus du zapping mais un rapt du pop’art. Cités à comparaître, éditions Stock, est un voyage dans la schizophrénie. Au pays des terrorismes.

 

Qui est donc ce terroriste que vous décrivez dans votre livre ?

On ne le sait pas et il ne le sait pas lui-même ! Ça peut être tout le monde, tous ceux du moins qui vivent dans des conditions de dénuement extrême. Je voulais, dans ce livre, faire voler en éclats les innombrables préjugés qui existent lorsque l’on parle des cités, du terrorisme, des jeunes issus de l’immigration : il n’y a pas d’équation systématique. Je rejette l’idée de violence ethnique ou religieuse au même titre que l’ensemble des thèses ineptes faisant presque mécaniquement du musulman, de l’immigré ou du jeune issu de l’immigration un terroriste en puissance. Cela n’est pas la réalité. Du coup, dans mon livre, le personnage principal ignore son identité : normal, il ne sait pas qui est son père ! Ce que je pense, c’est que la religion ou l’origine n’ont rien à voir avec le fait qu’un individu, à un moment donné, renonce et s’abandonne dans une spirale d’échecs qui, parfois, peuvent le conduire à faire des choses extrêmes. Ce qui compte, c’est la façon dont le milieu, l’environnement, les conditions de vie, le béton, l’absence d’horizon sculptent une identité et la rendent explosive.

Vous faites dans le pop’art, dans le détournement de la pub, de la télé, etc. Est-il difficile de vivre à contre-culture.... ?

Oui, lorsque celle-ci est présentée comme une » sous-culture » sans valeur. Mais la « culture des cités », pour parler rapidement, car elle n’est pas circonscrite aux seuls quartiers défavorisés, est une « vraie » culture - si le mot vrai peut avoir un sens ici - qui se nourrit aussi bien de la culture classique, scolaire, que de la mondialisation, du métissage, de l’apport d’autres cultures et d’autres langues comme l’arabe ou le kabyle par exemple. C’est à la fois une contre-culture, dans la mesure où elle est contestataire et revendicatrice, mais aussi une para-culture qui se développe à côté des autres cultures. D’ailleurs, j’aime bien votre allusion au pop’art et je m’y retrouve complètement. La » culture des cités » qui sert de fondement à mon roman est une culture de détournement et de recomposition, une esthétique de recréation autant que de récréation. Certes, la langue parlée par les jeunes des cités peut faire peur au premier abord. Elle paraît violente, agressive, sexuellement discourtoise (c’est le moins que l’on puisse dire !). Et pourtant, derrière cette façade, elle est d’une richesse inouïe, pleine d’humour, d’images, de référents déformés et réappropriés. Elle renouvelle la langue française bien plus qu’elle ne la défigure.

Votre personnage n’est pas verni. Orphelin de père, mère prostituée, vous ne lui donnez pas beaucoup de chances pour s’en sortir. Il a le choix entre tenter sa chance dans la télé réalité ou se suicider...

Le personnage de mon roman représente une trajectoire extrême. Il n’a sûrement pas vocation à « représenter » tous ceux qui vivent dans un quartier difficile. Il cumule les handicaps, les « inégalités de départ » comme on dit verbeusement en sociologie. Ce que j’ai voulu faire, c’est montrer qu’il est très difficile, quasiment impossible même, lorsqu’on cumule les problèmes, de faire les bons choix. Beaucoup, aujourd’hui, disent que si les jeunes des cités ne réussissent pas, c’est parce qu’ils ne le veulent pas, parce qu’ils sont feignants ou qu’ils cèdent trop facilement aux sirènes de l’argent facile, du deal, etc. Cet argument est très faible et réducteur ! Mon intention n’est pas d’excuser, mais de comprendre. Comment un type qui n’a rien, ne possède rien, n’a personne, pas même sa mère pour lui venir en aide et lui montrer le bon chemin pourrait-il réussir, faire les bons choix ? C’est pour cela que je me suis mis dans la tête d’un type comme ça, dans sa peau aussi, pour montrer que, dans un système aussi caricaturalement darwiniste, seuls les plus forts subsistent à la fin. Or nous avons ce système-là en France, c’est celui des quartiers difficiles : un système qui produit de l’exclusion, de la rancœur, de l’humiliation et au total des trajectoires extrêmes. Un système dans lequel seules quelques exceptions surnagent, lesquelles sont mises en avant pour montrer que, finalement, tout ne va pas si mal dans le moins pire des mondes...

Vous changez complètement de style avec votre nouveau livre. On est loin de Discriminez-moi !. Là, la discrimination est faite, pas positive évidemment. Après le cri de cœur, l’explosion (sociale) ?

L’explosion n’est pas que dans mon livre ! Ce n’est pas une vue de l’esprit ! Nous avons assisté à une explosion en France à l’automne dernier. Celle des banlieues. Ce fut une terrible explosion qui était, du reste, complètement prévisible, mais qui a donné lieu à tant d’étonnements, d’incompréhensions que cela en devint ridicule. Je crois que beaucoup ne s’imaginent pas le sentiment qui prévaut chez beaucoup de jeunes des quartiers, issus de l’immigration ou pas car cela, une fois de plus, n’a rien à voir. Nous sommes au-delà du désespoir et au bord, sans aucun doute, d’une nouvelle explosion qui, si rien n’est réellement fait, sera bien plus dévastatrice que la précédente.

Karim Amellal est-il un immigré choisi ?

(Rires) Non, je ne suis pas un immigré choisi, ni un immigré tout court, d’ailleurs ! Je suis né en France d’une mère française et d’un père algérien et j’ai vécu plusieurs années en Algérie, mais je me définis comme un Franco-Algérien, fier de ces deux pays et aussi à l’aise dans l’un que dans l’autre. Je ne crois pas, comme beaucoup d’hommes politiques en ce moment, que l’immigration soit une plaie, un fardeau. Sans ses immigrés, d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, la France ne serait pas ce qu’elle est. Ce sont eux qui ont contribué, par vagues successives, à son essor, à sa grandeur, à sa reconstruction. Ce n’est pas faire preuve d’angélisme que de dire cela, c’est une réalité historique. Et il ne faut pas que les problèmes d’ « intégration » - sociaux pour la plupart - de certains jeunes nés en France de parents ou de grands-parents immigrés fassent perdre de vue cette réalité. C’est malheureusement, avec cette nouvelle loi « Sarkozy », ce qui est en train de se passer : l’immigration est présentée comme forcément « subie » ; il faudrait par conséquent y mettre un terme, ou, ce qui est une autre manière de le dire, » choisir » ceux que l’on veut. Enfin, je trouve déplacé de prélever leurs élites aux pays d’émigration, surtout des pays d’Afrique du Nord ou d’Afrique noire, alors même que nos gouvernants crient sur tous les toits qu’il faut que le continent africain se développe par lui-même. Quoiqu’il en soit, les arrière-pensées de tout cela n’échappent à personne...


Rémi Yacine

 

 

Publié par karimamellal à 21:48:23 dans Presse Algérie (interviews, tribunes, articles) | Commentaires (0) |

Réponse à Monsieur Martin. Retour sur l'immigration choisie... | 24 mai 2006

Cher Monsieur Martin,

Vous avez raison : une très large majorité de Français, de droite comme de gauche, soutiennent le principe de l’immigration choisie. Mais est-ce bien là un argument valable ? Est-ce parce que, à une autre époque, une majorité de Français se déclaraient favorables à la peine de mort qu’il ne fallait pas l’abolir ? Est-ce parce qu’une majorité de Français, aujourd’hui, se déclarent en faveur de Ségolène Royal que celle-ci sera forcément élue présidente de la République ? Un sondage n’est qu’une photographie de l’opinion à un instant T, compte tenu d’une série de facteurs qui influent, à ce même instant, sur cette opinion. Mais une opinion n’est jamais figée. Il suffit que les facteurs qui la façonnent se modifient pour que cette opinion se modifie. Il n’y a pas de fatalité dans un sondage, heureusement ! Par conséquent, libre à chacun d’entre nous de faire valoir des arguments afin d’influer sur l’état d’esprit d’une collectivité.

Sur le fond, je comprends votre position qui consiste à dire que puisqu’il y a 3 millions de chômeurs, il est ridicule de proposer de recourir à l’immigration. Mais ce n’est absolument pas ce que je propose ! Je ne dis pas qu’il faut recourir à une immigration massive pour pallier le déficit de main-d’œuvre existant dans certains secteurs, je dis simplement que nous avons besoin d’un flux régulier d’immigrants de toutes catégories (des qualifiés et des peu qualifiés), à condition que ce flux soit maîtrisé (ce qu’il est depuis une dizaine d’années, soit environ 120 000 entrées légales par an) et gérable sur le plan de nos capacités d’accueil et d’intégration. Ce qui est le cas puisque je vous rappelle que ce ne sont pas les primo-arrivants qui sont « problématiques » au sens où vous l’entendez, mais des Français depuis deux ou trois générations !

Il y a d’autre part une réalité économique dont il faut prendre acte. Je trouve, comme vous, tout à fait regrettable que, malgré un fort volume de chômage, de nombreux emplois soient désertés par les nationaux et que de nombreuses entreprises aient par conséquent besoin de recourir à des travailleurs migrants (primo-arrivants). Mais cette situation n’est pas propre à la France. Elle est propre à tous les pays industrialisés dans un contexte de mondialisation des flux. En témoigne d'ailleurs ce qu’il s’est récemment passé aux Etats-Unis (où les immigrés hispaniques, clandestins ou non, se son mobilisés pour montrer aux gouvernants que, sans eux, beaucoup d’entreprises couleraient). Bien sûr, vous allez m’opposer que les Etats-Unis connaissent une conjoncture économique favorable et sont dans une situation de plein-emploi. Certes, mais la demande de main d’œuvre des entreprises américaines dans certains secteurs (du reste toujours les mêmes : bâtiments, restauration, travail saisonnier…) est comparable à celle de nos propres entreprises. Celles-ci ne trouvent pas d’acquéreurs nationaux pour occuper des emplois peu qualifiés réputés durs, mal-payés, etc.

Je comprends votre angoisse et votre incompréhension, Monsieur Martin, et au-delà, naturellement, celles de tous ceux qui ont exprimé de vives critiques à l’égard de mon article du Monde. Avoir 3 millions de chômeurs et recourir encore à l’immigration, même si celle-ci est aujourd’hui infinitésimale, cela paraît choquant, scandaleux, un non sens ! Hélas, la réalité nous dit qu’il peut très bien coexister un taux de chômage important et des besoins de main-d’œuvre également importants. Il n’y a pas de matching automatique.

En outre, et observez le paradoxe, lorsqu’on nous dit (Manuel Aeschlimann par exemple, dans les jours qui ont précédé le vote de la loi) que l’immigration choisie vise à ne prendre que ceux dont la France a besoin, c’est-à-dire, précisait-il, les plus qualifiés, autrement dit les meilleurs, comment peut-on accepter cela alors même que nombre de chercheurs produits par nos universités ne parviennent pas à trouver d’emplois en France ?

Alors, dans ces conditions, on peut naturellement regretter que notre système d’indemnisation du chômage et certaines de nos prestations sociales (le RMI en particulier) aient un fort aspect désincitatif pour de nombreux demandeurs d’emplois. On peut aussi regretter que notre modèle d’intégration (et je suis le premier à le dire) ait lamentablement échoué. Mais il faut disjoindre toutes ces questions et ne pas tout mélanger. La réforme des modes d’indemnisation du chômage et le renforcement du caractère incitatif des prestations sociales, voire le recours à des prestataires privés (type agences d’intérim) pour pallier les dysfonctionnements de l’ANPE, s’inscrivent dans un chantier bien plus vaste de flexibilisation du marché du travail, dont on sait à quel point il est politiquement très risqué ! Quant à l’intégration, ou ce que l’on appelle hélas ainsi, faut-il une fois de plus rappeler que c’est une question distincte de celle de l’immigration ? En effet, ces jeunes qui ne se seraient pas intégrés, ceux des banlieues, ceux qui casseraient au lieu de travailler, qui sont-ils donc ? Sont-ils encore des immigrés, c’est-à-dire, selon la définition usuelle, des personnes nées étrangères à l’étranger et résidant en France ? Bien sûr que non ! Ces jeunes-là sont des Français à part entière qui n’ont plus rien à voir avec l’immigration, à moins bien sûr que l’on parte du postulat très contestable qu’un beur ou un black, ipso facto, ontologiquement, n’est jamais et ne pourra jamais être qu’un immigré, quand bien même il est Français depuis plusieurs générations !

            Enfin, si l’on conteste le « retour sur investissement » de l’immigration dans le temps long, cela revient à nier, depuis la Révolution française (et en réalité, bien sûr, depuis bien plus longtemps !) la contribution colossale des immigrés de tous horizons, et en particulier, justement, des moins qualifiés, à l’édification de notre nation et à son développement économique. Mais si l’on pense, au mépris de l’Histoire et en se figeant sur le court terme, sur l’actualité des banlieues, que l’immigration, et notamment celle qui serait « subie », n’apporte strictement aucune valeur ajoutée à la collectivité nationale et ne fait que l’handicaper un peu plus, alors oui, on fait un pas supplémentaire vers l’extrême-droite et son concept d’immigration-zéro. Mais je suis convaincu, cher Monsieur Martin, que ce n’est pas là votre intention.

Publié par karimamellal à 14:06:56 dans Tribunes publiées | Commentaires (1) |

L'immigration choisie, une fausse bonne idée (12/05/06) | 11 mai 2006

Point de vue

L'immigration choisie,

une fausse bonne idée,

 

par Karim Amellal

LE MONDE | 11.05.06 | 14h54  •  Mis à jour le 11.05.06 | 14h54
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Tous les ministres de l'intérieur successifs, depuis la phrase-vérité de Michel Rocard expliquant que "la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde", ont voulu freiner ou "maîtriser" les flux migratoires. En cela, Nicolas Sarkozy ne déroge pas à la règle.

Cet objectif est en soi légitime. Ce qui est en revanche problématique, c'est la propension de nos gouvernants à exploiter ce thème en laissant accroire que l'immigration est un fardeau qui pèse ad vitam aeternam sur les épaules de la collectivité nationale tout entière.

 

Le principe de l'"immigration choisie", que l'on nous présente aujourd'hui comme une panacée sous prétexte qu'un pays - le Canada - à l'histoire et au modèle radicalement différents du nôtre l'a mis en oeuvre avec quelque succès, vient donc conforter une tendance qui n'est pas nouvelle : sus à l'immigration, mécaniquement assimilée à un grave handicap. Outre que l'immigration choisie s'inscrit dans une véritable politique de dépeçage des pays sources compromettant leur développement, le principe relève d'une erreur d'appréciation : notre pays ne subit pas l'immigration ; au contraire, il en profite et en a besoin. Il ne s'agit pas là d'une énième considération philanthropique, mais d'une simple équation économique.

Dans un contexte bien connu de vieillissement de la population active et face au manque croissant de main-d'oeuvre dans certains secteurs - conséquence du départ à la retraite des baby-boomers -, l'immigration est une solution, non un problème. Or choisir ses immigrés, ne prendre que les plus qualifiés ou les plus diplômés, c'est typiquement une fausse bonne idée. Pourquoi ? Parce que cela ne résoudra nullement la pénurie de main-d'oeuvre qui existe déjà dans certains secteurs de l'économie : industrie manufacturière, bâtiment, restauration, travaux publics, maintenance, etc., c'est-à-dire des secteurs qui n'ont nul besoin de doctorants ou de "hauts potentiels", mais de personnes peu ou pas qualifiées, volontaires et disponibles pour exercer des métiers malheureusement désertés par les nationaux parce que peu gratifiants et peu rémunérateurs. En effet, selon la Dares, environ 4,7 millions d'emplois liés aux départs à la retraite doivent être pourvus sur la période 2000-2010. Il s'agit là, en grande partie, d'emplois faiblement qualifiés face auxquels un afflux d'immigrés "choisis", c'est-à-dire diplômés et qualifiés, serait inopérant.

Enfin, cette tendance au vieillissement de la population a, on le sait, un impact négatif sur l'équilibre financier de notre système de Sécurité sociale et, en particulier, sur la viabilité de notre système de retraite. Là encore, l'immigration est une solution économique, non un problème social. "Choisir" ses immigrés et sérieusement contraindre le regroupement familial, outre que cela porte atteinte au principe constitutionnel de respect de la vie familiale, c'est par conséquent se priver, pour un pays vieillissant comme le nôtre, d'un moyen important de renouveler les générations et de rajeunir la population.

La France a besoin de l'immigration. A long terme, celle-ci rapporte plus qu'elle ne coûte. Tout l'enjeu réside, non dans la limitation artificielle des flux - un contresens économique qui fera exploser, de surcroît, le nombre de sans-papiers -, mais dans l'amélioration des dispositifs d'accueil et d'intégration.


Karim Amellal est maître de conférences à Sciences Po Paris.

 

Article paru dans l'édition du 12.05.06

Publié par karimamellal à 15:58:04 dans Tribunes publiées | Commentaires (0) |

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