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Plan diversité, Sarkozy et cie. | 17 décembre 2008

Jour J. A l'X, aujourd'hui, Nicolas Sarkozy doit annoncer plusieurs mesures en faveur du renforcement de la diversité dans les élites françaises.

En attendant l'heure H, voici quelques articles sur le sujet :

Un plan pour accélérer la diversité (Le Parisien)

Devant les étudiants de l'Ecole polytechnique à Palaiseau (Essonne), le chef de l'Etat devrait annoncer des mesures pour faciliter l'intégration des élèves à l'entrée des grandes écoles. Les partis et les médias devront, eux aussi, faire des efforts.


Azzeddine Ahmed-Chaouch et Nathalie Schuck | 17.12.2008, 07h00
 

«Je veux accélérer puissamment la diversité au sein des élites françaises ! » promettait-il fin novembre. Chantre de la « discrimination positive à la française », Nicolas Sarkozy a choisi le site emblématique de Polytechnique à Palaiseau (Essonne) pour dévoiler son « plan sur l'égalité des chances ». Si beaucoup y voient un signal aux banlieues en pleine crise économique, le chef de l'Etat a été clair : aujourd'hui, il s'adressera autant à la jeunesse black et beur qu'aux « enfants d'ouvriers ».
A l'Elysée, on jure qu'il n'est pas question de nommer un « Monsieur Diversité » au gouvernement, sur le modèle du « Monsieur Plan de relance », Patrick Devedjian. Mais on parle avec insistance d'une mission confiée à une personnalité. Le nom de Richard Descoings circule. Le patron de Sciences-po Paris, que le président apprécie, fut pionnier en ouvrant des filières d'accès aux jeunes de quartiers difficiles. « Un ministère ? J'ai toujours dit non ! » esquive l'intéressé qui sera présent à Palaiseau.

Les partis devront présenter un bilan annuel

Côté mesures, Sarkozy entend frapper fort en plein « effet Obama » en imposant des contraintes tous azimuts aux grandes écoles, partis politiques, entreprises et au secteur audiovisuel. Mais pas question, a-t-il promis, de critères ethniques, qu'il avait pourtant envisagés un temps avant son élection.
Selon le quotidien « la Croix », Sarkozy, qui veut ouvrir grand les portes de l'ENA ou d'HEC, devrait imposer que chaque classe préparatoire aux grandes écoles accueille 30 % d'élèves boursiers. Il devrait aussi relancer certaines mesures du plan Banlieues de Fadela Amara, qui tarde à être mis en œuvre.
Les partis politiques, eux, seraient obligés de présenter chaque année leur bilan diversité, sous peine de se voir couper leurs subventions publiques. Sur cette question, le président veut d'ailleurs une UMP exemplaire.
Mais le parti majoritaire, qui a renouvelé plus de la moitié de ses cadres, a du chemin à faire : sur ses 577 circonscriptions, seules une dizaine de personnes issues de la diversité ont été élues. Maigre consolation, l'une d'elles, Samia Soultani, 35 ans, devrait devenir secrétaire fédérale UMP de la Mayenne...
Côté écrans, France Télévisions a annoncé hier la création d'un comité diversité pour « passer à la vitesse supérieure ». Le président veut mettre les chaînes privées au même régime : leur convention ne serait pas renouvelée par le CSA si elles ne font pas de progrès. Enfin, Sarkozy va répéter qu'il veut faire de la fonction publique un « modèle ». Lui-même a donné l'exemple en nommant des préfets issus de l'immigration, tels Pierre N'Gahane, d'origine camerounaise. Ministre de l'Intérieur, déjà, il avait nommé Aïssa Dermouche, d'origine algérienne, soulevant un tollé en parlant de « préfet musulman ».
Sa grande fierté reste d'avoir fait entrer Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade au gouvernement, même si elles l'ont un peu déçu pour des raisons différentes. Il n'empêche : ces trois ministres seront à ses côtés aujourd'hui. Quant à la réforme du préambule de la Constitution qu'il appelait de ses voeux pour y introduire la notion de diversité, elle attendra ! Ce matin, Simone Veil lui remettra son rapport, qui préconise... de ne rien changer.

 

 

Le Figaro : 

Le président devrait annoncer mercredi après-midi de nouvelles mesures pour faciliter l'accès aux grandes écoles et à la haute administration des jeunes issus de l'immigration ou de milieux défavorisés. Suivez en direct le discours du chef de l'Etat à 14h30 avec Public Sénat.

Comment sortir des petits pas en matière d'égalité des chances ? Comment relancer cet idéal affiché depuis des siècles, jusque dans la devise de la République ? Nicolas Sarkozy devrait apporter ses réponses mercredi après-midi, lors d'un discours qu'il prononcera à l'École polytechnique.

À titre personnel, le président était favorable à une «politique prioritaire», notamment envers les minorités. Mais cette action positive se heurte à la Constitution, dès lors qu'on entend la systématiser et l'inscrire dans la loi. Car la France ne reconnaît que des citoyens, quelle que soit leur origine ou leur couleur de peau... La commission Veil, chargée de réfléchir au préambule de la Constitution, a d'ailleurs rejeté les politiques préférentielles fondées sur la race, et mis en garde contre leurs effets pervers.

Aux États-Unis, la Cour suprême est régulièrement saisie par des Américains blancs qui s'estiment lésés, victimes de discrimination à l'envers. Et un ressentiment entre communautés s'est installé comme une plaie, que Barack Obama a décrit dans son discours sur la race prononcé durant sa campagne.

En France, le conseiller du président, Henri Guaino, redoute que des rancœurs n'éclatent tandis que la crise menace. La diversité pourrait laisser croire aux «petits Blancs» qu'ils sont les oubliés du gouvernement.

C'est donc finalement un discours social que devrait prononcer aujourd'hui le président. L'objectif est d'éviter une fracture dans les classes populaires. «Nous avons replacé la diversité dans une cause plus large, celle de la mobilité sociale», dit-on à l'Élysée. C'est au cœur du creuset français, dans la fonction publique et les grandes écoles, que Nicolas Sarkozy entend relancer le fameux ascenseur social. «Je veillerai (...) à ce que dans nos grandes écoles, dans nos universités, la diversité sociale qui regroupe souvent la diversité ethnique puisse se retrouver de façon beaucoup plus volontariste», avait-il annoncé fin novembre.

 

Demande de visibilité

Le président pourrait évoquer, mercredi après-midi, la création d'une nouvelle voie d'accès aux grandes écoles et à la fonction publique, une entrée dédiée aux enfants des quartiers défavorisés, sur le modèle de Sciences Po. Son directeur, Richard Descoings, avait contourné le traditionnel concours, jugé «trop discriminant socialement», puisque centré sur une culture livresque dont ne disposent pas naturellement les élèves venus de milieux modestes. C'est ainsi que l'école de la rue Saint-Guillaume avait conclu, en 2000, des conventions avec des lycées situés en zone d'éducation prioritaire (ZEP). Depuis, 62 lycées ont rejoint le dispositif, 477 élèves venus de banlieue ont été intégrés à l'école, après un grand oral, avec d'autant plus de succès qu'ils étaient, pour la plupart, brillants. Beaucoup peuvent s'orienter vers les écoles d'élite de la République. Combien l'auraient-ils fait si Sciences Po n'était venu leur tendre la main ?

Richard Descoings pourrait d'ailleurs bien se voir chargé de généraliser cette expérience pour bousculer les grandes écoles. Dans le même temps, les classes prépas devraient accueillir plus d'étudiants venus de milieux défavorisés.

Au-delà de ces mesures, il faut aussi répondre à l'urgence et à la demande pressante de visibilité des minorités. Le président devrait, comme il l'a fait par le passé, multiplier les nominations dans les postes qui dépendent du gouvernement : ambassadeurs, préfets, présidents d'université... Sarkozy entend aussi presser les partis de promouvoir des cadres issus de l'immigration. Quant aux entreprises, il réfléchit à un système d'incitations. Les marchés publics pourraient ainsi inclure une clause qui bénéficierait aux entreprises disposant d'un «label équité».

 

 

Publié par karimamellal à 12:09:12 dans Chroniques et analyses sur l'actualité | Commentaires (0) |

Lectures | 08 décembre 2008

Certains amis m'ont invité à écrire ici ce que je lisais et à commenter ces lectures. Après tout, pourquoi pas !

Je viens d'achever la lecture de L'Amérique que nous voulons (Flammarion, 2008), de Paul Krugman, professeur d'économie à Princeton, célèbre chroniqueur du New-York Times et prix Nobel d'économie 2008.

Cet excellent livre, très marqué à gauche, explique en gros que les Etats-Unis, depuis trois décennies, sont idéologiquement dominés par ce qu'il nomme les "conservateurs de mouvement" (en réalité, selon lui, des "révolutionnaires radicaux" tant ils sont positionnés à droite sur l'échiquier idéologique). Ces derniers, qui ont fait avorté toutes les tentatives de réformes des années Clinton (celle de l'assurance maladie notamment), ont contribué en instrumentalisant toutes les peurs et les angoisses de l'Amérique (sécurité, racisme, spectre de la crise morale...) à creuser profondément les inégalités sociales. Celles-ci, plus fortes que jamais, doivent être réduites grâce à la rénovation de l'Etat-Providence et à des politiques de transferts vigoureuses. La réforme - et l'extension - de la Social Security et, surtout, la mise en place, enfin, de l'assurance maladie universelle doivent constituer les chantiers prioritaires.

Le livre est passionnant, notamment l'analyse qu'il fait du déplacement sur le curseur du conservatisme du parti Républicain et de ses conséquences sociales désastreuses mais un autre pan de son analyse est également intéressant et doit être mentionné ici : son explication de l'amoindrissement de l'Etat-providence par l'instrumentalisation du racisme. L'analyse est simple : la rhétorique républicaine condamnant les dépenses sociales est fondée sur le fait que ceux qui bénéficient le plus de ces dépenses se trouvent être les minorités. L'argument électoraliste est ainsi tout trouvé : inutile d'accroître l'intervention publique puisque celle-ci sert principalement les noirs, plus pauvres que les blancs. Cette corrélation, établie par des économistes tels que Alesina, Glaeser et Sacerdote, entre la composition raciale d'un Etat et sa politique sociale aboutit à la conclusion que plus il y a de noirs (ou de "minorités") dans un Etat, moins les dépenses sociales seront importantes. Krugman applique cette analyse à certains Etats dirigés par des "Républicains de mouvement" et démontre qu'elle est juste.

En détaillant l'ensemble des raisons qui ont conduit au triomphe de la "politique de l'inégalité" et à l'aggravation consécutive, et sans précédent aux USA, des inégalités sociales (l'Amérique de 2008 est, selon les analyses sur les inégalités de revenus de Piketty et Saez dont s'inspire Krugman, plus inégalitaire que l'Amérique d'avant le New Deal), Krugman appelle de ses voeux certaines réformes essentielles et, globalement, le renforcement de l'Etat providence. Mais il fonde son vibrant plaidoyer en faveur de l'accroissement de l'intervention publique, notamment en matière de santé, sur l'exemple... français ! Le modèle social français est ainsi à de très nombreuses reprises, à la fin du livre, cité en référence. Idem pour notre système fiscal, progressif, et donc bien plus juste que le système fiscal américain, également progressif mais dans une bien moindre mesure et, surtout, paralysé par une série de niches fiscales hallucinantes qui fonctionnent au profit des très très riches (centile supérieur de l'échelle des revenus). Ses développements sur les vertus du modèle social français, sur la justesse de notre politique de transferts (il ne tarit pas d'éloge sur notre sécurité sociale, en passant cependant sous silence ses travers en matière de financement) et sur la qualité et l'efficience de notre système de santé (avérée par l'OMS selon laquelle les USA dépensent par habitant deux fois plus que la France pour obtenir une espérance de vie... inférieure à celle qu'il y a en France (77,5 aux USA contre 79,6 en France)) sont à bien des égards... stimulants et rassurants !

Au total, le constat porté par Krugman sur l'Amérique de 2008 est sévère et très inquiétants. Ecrit avant la victoire de Barack Obama, il constitue une argumentation riche et étayée en faveur d'une reprise en main par les libéraux (ou les "progressistes", soit les libéraux en action, selon la terminologie de Krugman) de la politique sociale américaine.  Obama a du pain sur la planche !

Je lis également Tokyo électrique, superbe recueil de nouvelles écrites par des écrivains japonais de renom (dont Tomomi, Ryûji et Makoto), paru à Tokyo en 2000 et traduit en France en 2006 (édition Philippe Picquier). C'est une série de portraits géniaux, tantôt déjantés tantôt épurés (flics, prostituée, femme de ménage) qui évoluent dans le Tokyo du quotidien, souvent dans une atmosphère crépusculaire et inquiétante. Une autre manière de (re-)découvrir la topographie sentimantale de cette ville fascinante.

Très friand de littérature japonaise ces tesmp-ci (sans doute une conséquence de l'été tokyoïte), je croque aussi, en quelques bouchées tant le plaisir est là, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, de Haruki Murakami (en poche, collection 10/18). Ce roman raconte la vie d'un fils unique, Hajime, qui, propriétaire de deux bars de jazz à Tokyo, marié et père de famille, retrouve au seuil de ses 40 ans Shimamoto-San, son premier amour, une jolie fille évanescente et un peu boiteuse qui laissa sur lui des traces indélébiles. Après Le passage de la nuit (exceptionnel de pureté et de simplicité) et, il y a plus longtemps, Après le temblement de terre (de Kobé), l'impression merveilleuse que j'ai en lisant le style pur et envoutant de ce formidable auteur ne cesse de grandir.

A bientôt,

Karim

Publié par karimamellal à 23:46:04 dans Chroniques et analyses sur l'actualité | Commentaires (3) |

WE chargé | 04 décembre 2008

Petit point d'agenda :

Le WE sera chargé :

- Vendredi soir, je serai à Ris-Orangis avec mes amis du Collectif Qui Fait la France pour une conférence-débat que nous co-organisons avec Disiz La Peste ;

- Samedi matin, je présenterai mon parcours et Sciences Po dans mon ancien lycée de Gonesse ;

- Samedi après-midi, je participerai à la 61ème Journée Dédicaces de Sciences Po, à partir de 14h, au 27 rue Saint-Guillaume (Paris 7ème) ;

- Dimanche après-midi, à 15h, je serai l'invité d'un "café d'artiste" à la porte d'Aubervilliers (je ne connais pas encore le lieu exact...) ;

Par ailleurs, jeudi prochain, 11 décembre, à 18h30, je me rendrai à Pantin, au Ciné 104, pour la diffusion en AP du documentaire d'Hugues Demeude "93, l'effervescence" dans lequel des membres de notre Collectif (dont votre serviteur) interviennent. Ce doc sera diffusé sur France TV ultérieurement.

A bientôt, et au plaisir de vous croiser !

KA

Publié par karimamellal à 00:21:12 dans Chroniques et analyses sur l'actualité | Commentaires (3) |

Conférence - semaine de l'égalité - Le Collectif Qui Fait la France avec Disiz la Peste | 02 décembre 2008

Dans le cadre de la "semaine de l'égalité", la salle Le Plan, l'association Permis de Vivre la Ville et notre collectif "Qui Fait La France ?", organisent une soirée concert/débat le :

Vendredi 05 Décembre 2008 à partir de 19h

au PLAN, 1 Rue Rory Gallagher 91130 RIS-ORANGIS

Au programme :

Spectacle : Théâtre - "Vous avez dit visible ?", Mix et Remix par la Cie Nle Génération, Danse avec S1BIOS

Concert Rap/Slam : Chakal MC'S et la Cave à Sons, GE, Lamenas, Impact Juvenil, Guerilla Verbal et DISIZ

Débat : "Issus de la diversité !!", Appartenant aux minorités visibles !!", De quoi parle-t-on ?. DISIZ, les auteurs du "Lexik des cités" et les membres de notre collectif échangeront avec la salle autour de ces questions.

Entrée libre. Réservation obligatoire (sous réserve des places disponibles).

Pour réserver votre place, envoyer un mail à :  actionculturelle@leplan.com

Publié par karimamellal à 12:39:47 dans Chroniques et analyses sur l'actualité | Commentaires (0) |

Réflexions sur la diversité (1) | 28 novembre 2008

Réflexions sur la diversité (1)
Par Karim Amellal
 

Coup sur coup, deux rapports pointent à nouveau du doigt l'absence de diversité dans les médias. Le premier, officiel, émane du CSA via son « observatoire de la diversité » ; le second, plus cinglant, du club Averroès. A l'heure où le décalage observé entre la France et les Etats-Unis en matière de promotion des minorités fait débat, ces énièmes constats sont lancinants. D'autant plus qu'ils sont très sévères. Pour Michel Boyon, DG du CSA, les conclusions de l'étude de l'Observatoire de la diversité – une progression des minorités à l'écran de seulement 1% an dix ans – sont « inacceptables et intolérables ». De nombreux responsables politiques, à droite comme à gauche, lui ont emboité le pas, à l'instar de Jean-François Copé ou de Frédéric Lefèvre. Pour eux, qui planchent au Parlement sur la loi sur l'audiovisuel public, une telle situation justifierait une action positive à France Télévision.

 

Effet Obama oblige, les responsables publics sont prompts à s'engager, parfois radicalement, sur le sujet. La diversité ne laisse plus indifférent. Michel Boyon veut même en faire « l'un des grands chantiers de l'année 2009 ». Tout le monde s'émeut donc, une nouvelle fois, à l'unisson, de ce que les lieux de pouvoirs en France, les grandes entreprises, les grandes écoles, les médias, la haute fonction publique, ne représentent pas suffisamment la diversité. Tout le monde s'émeut, oui, mais personne ne fait rien.

 

Car cela fait dix ans que notre pays vit au rythme de ces déclarations d'intention, de ces péroraisons et préconisations qui, désormais, à défaut d'actes, sonnent creux, énervent, horripilent. D'autant plus que, dans les circonstances actuelles, la légitimité du discours sur la diversité est elle-même fragilisée.

 

Car de quelle diversité parle-t-on ? De diversité ethnique, sociale, religieuse, des talents, des mérites, des personnalités ? Par diversité l'on entend bien sûr, traditionnellement, par euphémisme, la diversité culturelle. A l'écran, on fait ainsi le compte des noirs, des beurs et des blancs. Ce n'est évidemment pas blâmable, au contraire, tant nos appareils de pouvoir sont monocolores, absolument pas représentatifs de la diversité culturelle, donc, de la population française. Et s'il n'y a pas d'appareil statistique pour mesurer les proportions sur le fondement d'un critère ethnique, mais qu'à-cela-ne-tienne, tant pis, on bricole. On a toujours bricolé sur ce terrain-là.

 

Le problème, c'est que la diversité, surtout en République, ne peut se réduire à la diversité culturelle et la question de la sous-représentation – ou de la mal-représentation – à une question de stigmate culturel. Le problème, en vérité, est bien plus large et il est désormais nécessaire de l'appréhender plus largement, en incluant la diversité culturelle, ou plutôt la différence culturelle, dans une catégorie plus vaste et consensuelle, celle de diversité sociale. L'enjeu est même, et il est grand, de faire de la diversité sociale le nouveau paradigme de la défense de l'égalité des chances, de l'égalité réelle des droits.

 

On le sait bien, nos lieux de pouvoirs ne sont pas seulement blancs, monocolores, blafards. Ils sont aussi élitistes, paralysés par des logiques de cooptation et de favoritisme, engoncés dans des crispations de classes, de privilèges qui, parfois, ont un parfum d'ancien régime. Les médias, naturellement, en tant qu'ils sont les instruments porteurs, les vecteurs, du discours politique, relaient la parole de ceux qui sont dans le système, des insiders, au détriment de tous ceux qui, par leur naissance, par leurs stigmates, restent en-dehors, spectateurs passifs et simples récipiendaires des images et des mots de ceux qui détiennent les pouvoirs en conservent jalousement le périmètre sacré.

 

Le problème de notre société, ce n'est pas tant le racisme que l'inégalité structurelle des chances, l'absence de porosité sociale, les rigidités systémiques qui entravent l'ascension d'individus qui, en raison de leurs stigmates (couleur de peau, lieu de résidence, origine sociale, etc.), ne maîtrisent pas les codes, souffrent depuis le début d'une marginalisation que les institutions, malgré elles, orchestrent. L'école (collège et lycée) étant de ce point de vue devenue la machine à créer et à pérenniser des inégalités la plus formidable qui soit !

 

L'inégalité des chances est générale. Elle concerne bien sûr les Français que l'on dit (mais qui ne se disent jamais) « issus de l'immigration », c'est-à-dire d'origine étrangère, mais pas seulement. Trop de gens sont aujourd'hui dans les contre-allées de l'ascension sociale, en raison de leur origine, de leur religion, de leur lieu de résidence, de leur handicap, de leur sexe ou encore de leur âge. Et bien souvent les stigmates se superposent, s'accumulent, produisant une sédimentation de problèmes, de tristesse.

 

Le discours sur la diversité ne peut omettre ces gens-là. Il ne peut se focaliser sur le critère culturel, ou ethnique, car il laisse de côté des catégories essentielles de la population qui, elles aussi, se trouvent à l'écart des lieux où s'exercent les pouvoirs en raison de processus de ségrégation de facto, non institutionnalisés bien sûr, qui figent les situations de départ et, donc, les inégalités de départ.

 

En vérité, le grand problème avec la diversité – et ce problème saute de plus en plus aux yeux -, c'est que celle-ci n'a jamais été conceptualisée. En l'état, et malgré quelques tentatives intéressantes de formalisation du concept (voir le rapport de M. Wieviorka sur la diversité dans l'éducation nationale), elle ne vaut rien. Elle n'a pas de contenu. Elle est vide de sens. Ou plutôt, elle n'a que le sens que lui prête celui qui l'utilise. Cette situation n'est pas satisfaisante. Elle en devient même contre-productive car la « diversité » est en train de constituer un alibi : se contenter d'en parler exonère de toute responsabilité d'agir.

 

KA

 

Publié par karimamellal à 10:26:19 dans Analyses | Commentaires (2) |

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