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2ème volet de l'article de Luc Bronner sur la diversité | 30 octobre 2008



L'ascension, loin de la politique
LE MONDE | 29.10.08 | 19h05  •  Mis à jour le 29.10.08 | 19h05

ans son bureau en open space (espace ouvert), au coeur d'une pépinière d'entreprises du 11e arrondissement à Paris, parmi une poignée de patrons trentenaires, style décontracté, ambiance écolo-libérale, Saïd Hammouche, 35 ans, porte costard-cravate sombre et sérieux. Le directeur général de Mozaïk RH, spécialiste du recrutement de diplômés "issus de la diversité", pur produit de la méritocratie scolaire de la Seine-Saint-Denis, parle avec les mots d'un chef d'entreprise pour évoquer la France et ses banlieues. Des "process" à élaborer pour améliorer l'insertion des jeunes des quartiers. Du "sourcing" nécessaire pour dénicher les talents du ghetto. Et de la nécessité de contourner le monde politique pour réussir à peser sur la société française. Loin, très loin, des partis traditionnels.

 

Pas de subvention quémandée à des élus locaux. Pas de local associatif obtenu après mille supplications. Pas de conseiller municipal qui supervise le conseil d'administration. "On ne se place plus en position de demandeurs, mais on veut être acteurs", explique le jeune patron, originaire de Bondy. Diplômé d'un master en conseil aux collectivités locales, il a ouvert son propre cabinet de recrutement avec l'idée d'agir avec les outils de l'entreprise. "La politique est fermée, dit-il. Les espaces qui restent sont les espaces professionnels. C'est là qu'on peut faire bouger la société."

Saïd Hammouche est à l'image des nouvelles élites issues des quartiers. Découragées par l'ostracisme des partis, elles ne font plus confiance à la politique. Fortement diplômées, elles privilégient la réussite professionnelle individuelle, le travail de réseau, pour faire carrière et se constituer une légitimité sociale incontestable. "On ne veut plus être dans l'assistanat, on ne veut plus du paternalisme, souligne El Yamine Soum, 29 ans, doctorant prometteur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS). Et comme on est nombreux à sortir de l'université avec des masters, ou plus, il y a de plus en plus de cadres, d'entrepreneurs, de chercheurs issus des quartiers." Ce que résume plus crûment un représentant de la nouvelle intelligentsia noire, trentenaire, surdiplômé et sans complexe - mais qui préfère rester anonyme : "Les jeunes issus des ZEP font de la finance pour rattraper en une génération le retard accumulé en dix générations. Et vous voulez leur parler des partis ? De figures comme Stéphane Pocrain (ex-porte-parole des Verts) ou Malek Boutih (ancien président de SOS-Racisme) ? On rigole."

Une élite qui a tiré profit de la "massification" de l'enseignement supérieur - même si l'absence de statistiques ethniques interdit d'avoir des données précises. Des juristes. Des ingénieurs. Des médecins. Des financiers. "Je suis bluffé par le nombre de bac + 4 ou de bac + 5 dans les quartiers", se réjouit Saïd Hammouche. Y compris, désormais, au sein des grandes écoles pionnières dans l'ouverture sociale. Comme Sciences Po, où les conventions ZEP mises en place en 2001 ont permis le recrutement de 477 élèves, dont 64 déjà diplômés ont commencé à peupler les étages de direction des cabinets d'audit, des sociétés de conseils et de la haute fonction publique. Un mouvement qui va encore s'amplifier : la promotion de 2001 ne comptait que 17 élèves issus des lycées de zone d'éducation prioritaire (ZEP), celle qui sortira en 2013 en compte 118. Ce n'est qu'un début, mais l'élite française commence à prendre des couleurs.

Cette génération accumule les diplômes. Mais a aussi appris à se donner les mêmes armes relationnelles que le reste de l'élite. Zoubeir Ben Terdeyet, 30 ans, consultant en finance islamique, a découvert l'importance des réseaux à l'université, puis au moment d'entrer sur le marché du travail. "J'étais à Paris-X, à Nanterre. Les jeunes de banlieue allaient plutôt à l'UNEF pour militer sur le prix des tickets au restaurant universitaire. Ou pour faire une action sur le conflit palestinien. Les autres, ceux de Neuilly-sur-Seine, je les voyais aller à la Junior entreprise et réussir à se faire facturer des prestations par des entreprises." Lui obtient un master en finance. Brillant mais insuffisant. Faute de contacts dans le milieu de l'entreprise, il ne trouve pas d'emploi - comme cinq autres étudiants issus de banlieue.

Zoubeir Ben Terdeyet s'est donc lancé dans la construction d'un réseau pour les jeunes diplômés des quartiers. En 2004, il fonde avec quelques amis les Dérouilleurs - en référence au livre d'Azouz Begag sur les jeunes des quartiers qui réussissent à ne pas "rouiller" au pied des immeubles. La volonté de s'entraider. Le désir de faire "comme les autres", comme les anciens d'HEC, les anciens de Polytechnique, ceux d'Henri-IV, les Arméniens, les juifs, les Bretons... : partager les contacts et les relations. "Le marché parallèle de l'emploi est essentiel. Et l'information est ce qui vaut le plus cher", explique-t-il.

Informel, farouchement apolitique, le réseau a connu un développement exponentiel par le seul bouche-à-oreille. Grâce à une liste de diffusion créée sur Yahoo! et des soirées "networking", il compte aujourd'hui près de 4 000 membres, dont beaucoup de bac + 4 et bac + 5, avec des antennes à Strasbourg, Marseille, mais aussi à l'étranger. Les membres se signalent mutuellement les stages et les postes disponibles dans leur entreprise ou leur entourage. Ou font passer des CV de "frères" et de "soeurs" en recherche d'emploi. "On ne voulait pas de la génération de la marche des Beurs, complètement désillusionnée, raconte Zoubeir Ben Terdeyet, attablé devant son ordinateur portable, dans un bar branché du 9e arrondissement de Paris, où se retrouvent les Dérouilleurs. On voulait repartir sur des forces vives, motivées, avec un objectif de court terme - trouver des stages, des CDD, des CDI - et un objectif plus lointain - avoir un réseau pour nos enfants."

La politique n'est pas oubliée, mais ces nouvelles élites mettent en place une stratégie du détour. Gagner le respect professionnel. Conquérir sa légitimité pour ne pas se contenter des strapontins offerts par les politiciens. Et, plus que tout, ne jamais être dépendant d'un appareil. "On veut être libres et conserver notre liberté d'expression", explique Hamza Bouaziz, 30 ans, originaire de la cité Salvadore-Allende à Villetaneuse (Seine-Saint-Denis), titulaire d'un master en finance et économiste dans une filiale de BNP Paribas. "Avant de faire de la politique, il faut être fort économiquement. Il faut pouvoir être indépendant. Sinon vous finissez comme les types qui ont commencé par être payés par SOS-Racisme, puis par le PS", dit Zoubeir Ben Terdeyet.

Les modèles de ces élites ne sont pas des hommes politiques - hormis l'étoile Barack Obama, bien sûr. La figure qui revient est celle de Mehdi Dazi, 42 ans, inconnu du grand public, diplômé de Sciences Po, passé par les Etats-Unis pour contourner le plafond de verre français, devenu directeur général d'un fonds d'investissement des Emirats arabes unis, aujourd'hui membre du conseil de surveillance de Vivendi grâce à son parcours international. Un itinéraire qui fait rêver les jeunes diplômés. Et qui valide, à leurs yeux, l'idée que la stratégie du détour peut être la bonne pour conquérir la France. Comme lui, un nombre important de diplômés ont choisi de s'exiler dans les pays du Golfe. Au point que les Dérouilleurs ont créé à Dubaï une antenne d'une cinquantaine de membres.

Ces élites maghrébines et noires en sont persuadées : si un Obama français devait apparaître, il ne sortirait pas du ventre d'un appareil politique. Mais plutôt du secteur privé. "Les entreprises sont plus avancées sur la question de la diversité. Constituer des équipes de clones ne les intéresse plus", relève Salah Houyem, Dérouilleur de 35 ans, titulaire d'un MBA, aujourd'hui cadre dans les ressources humaines au sein d'Areva. "Les partis ? Tout le monde sait que ça ne se passe plus là. Ils sont hors contexte, hors société", note l'écrivain Karim Amellal. A 30 ans, ce maître de conférences n'est pas, précisément, sur un strapontin : il dirige le mastère "affaires publiques" de Sciences Po, le coeur du réacteur de la prestigieuse institution.

Originaire de la cité sensible de la Fauconnière, à Gonesse (Val-d'Oise), Karim Amellal est passé par l'Institut d'études politiques de Paris avant la mise en place des conventions ZEP. Avec le collectif Qui fait la France ?, qui réunit des écrivains comme Faïza Guène, Mohamed Rezane ou Dembo Goumane, il défend une autre façon de faire de la politique. Hors des appareils. Pour ne parler que du fond, que du contenu, pour gommer les questions de carrière trop présentes dans les écuries partisanes. "Nous, on écrit, on va dans les lycées, on fait des conférences, on anime des ateliers d'écriture. C'est beaucoup plus utile", affirme-t-il.

Une prudence, un éloignement du politique, qui témoignent, paradoxalement, d'une forme avancée d'intégration. Une forme de banalisation, au fond, des élites maghrébines et noires. C'est la thèse que défend Marwan Mohamed, 33 ans, un rescapé de l'échec scolaire, qui avait arrêté l'école au CAP, avant de reprendre ses études jusqu'au doctorat, aujourd'hui une des figures montantes de la sociologie française. "Cette mise à distance de la politique peut être comprise comme une forme de conformisme social, dit-il. Les élites des quartiers font comme le reste des classes moyennes et bourgeoises : elles se placent aussi dans une logique individualiste." La résilience sociale et la "notabilisation", piliers de la carrière des futurs Obama français ? Réponse d'ici à dix ou vingt ans...


Luc Bronner
Article paru dans l'édition du 30.10.08

Publié par karimamellal à 12:37:10 dans Chroniques et analyses sur l'actualité | Commentaires (1) |

"Anniversaire" des émeutes | 28 octobre 2008

Excellent article de Luc Bronner dans l'édition du Monde d'hier.

 



Analyse
Banlieue, l'état d'urgence demeure, par Luc Bronner
LE MONDE | 27.10.08 | 12h36  •  Mis à jour le 27.10.08 | 12h36


rois ans après les émeutes urbaines de l'automne 2005, la situation des quartiers populaires de banlieue ne s'est pas améliorée. Malgré les nombreuses annonces des gouvernements Villepin et Fillon, malgré les réflexions engagées sur la question des ghettos et des discriminations, la plupart des indicateurs restent au rouge. Qu'il s'agisse de chômage, de logement, d'enclavement, d'éducation ou de sécurité, les quartiers sensibles continuent de cumuler les mêmes difficultés. Et tout laisse supposer que la crise économique risque de toucher, en premier lieu, ces territoires où se concentrent les emplois les plus précaires, les plus fragiles.

 

Au-delà de la conjoncture, plusieurs facteurs, structurels, se conjuguent pour laisser craindre une nouvelle détérioration du tissu social. Au niveau sécuritaire d'abord. Les forces de l'ordre constatent que le niveau de tension n'a jamais réellement diminué depuis la crise de 2005. La France n'a certes pas connu d'émeutes comparables - 10 000 véhicules incendiés, 230 bâtiments dégradés, 200 millions d'euros de dégâts en trois semaines -, mais les quartiers sont secoués, presque tous les jours, par des poussées de violence, de la voiture incendiée au "caillassage" de policiers. Cinq émeutes qualifiées de "graves" ont eu lieu depuis octobre 2007 (Saint-Dizier, Villiers-le-Bel, Grigny, Vitry-le-François, Romans-sur-Isère). Pour le seul département de la Seine-Saint-Denis, la police fait état de 185 fonctionnaires blessés, sur un effectif de 3 500 hommes, depuis le début de l'année.

L'inquiétude réside moins aujourd'hui dans la répétition du scénario de 2005 que dans une radicalisation des actions. Le spectre d'un mouvement global, comme en 2005, semble en effet peu probable. D'abord parce qu'à l'époque il avait fallu une conjonction exceptionnelle d'événements pour rendre possible la propagation des incidents (mort de deux jeunes poursuivis par la police ; grenade lacrymogène semant la panique dans une mosquée ; déclarations de Nicolas Sarkozy sur la "racaille" et le "Kärcher"). Ensuite, parce que le ministère de l'intérieur a mis en place de véritables forces d'élite capables d'empêcher les velléités émeutières des jeunes - sans anticiper toutefois les effets pervers de ce qui est perçu comme une "militarisation" (hélicoptères, drones, balles de caoutchouc, etc.). Enfin, parce que le monde des quartiers reste profondément divisé, comme le montrent, tous les jours ou presque, les affrontements entre bandes.

Les craintes portent sur l'aggravation continue des violences avec, désormais, un recours plus fréquent aux armes à feu. A plusieurs reprises, des coups de feu ont été tirés contre les forces de l'ordre, blessant plusieurs dizaines de fonctionnaires, notamment à Villiers-le-Bel, Grigny ou Romans-sur-Isère. En sens inverse, les forces de l'ordre sont passées, au moins une fois, à côté de la catastrophe : à Grigny, en mai 2007, les policiers ont tiré de sept à neuf balles réelles contre des émeutiers. Ces tirs n'ont fait qu'un blessé léger. Mais tous les acteurs s'alarment des conséquences que provoquerait un décès parmi les émeutiers ou les policiers au cours d'affrontements.

Le second facteur structurel tient à l'aggravation de la coupure entre l'opinion et les jeunes de banlieue. Dans les mois qui ont suivi la crise de 2005, le discours des "émeutiers" l'avait emporté en replaçant au coeur des débats publics les questions de discrimination, de désenclavement, d'emploi, de logement. Les condamnations des violences s'accompagnaient alors de propositions traduisant la prise de conscience de la société quant à l'existence de véritables ghettos. Mais cette lecture compréhensive n'a pas duré. L'indignation provoquée par les incendies de bus lors du premier anniversaire des émeutes (octobre 2006), par les incidents de la gare du Nord (mars 2007), puis par les deux nuits de violences à Villiers-le-Bel (novembre 2007), a renforcé l'image désastreuse des émeutiers, et avec eux celle de tous les jeunes.

 

LE REJET DES "JEUNES À CAPUCHE"

 

Les discours de condamnation sont restés, mais l'effort d'explication de la crise identitaire a disparu. En témoigne l'épisode des sifflets au Stade de France, lors du match France-Tunisie, le 14 octobre. Lorsque Fadela Amara désigne "ces gens-là" comme des "voyous" pour parler des siffleurs, lorsque Bernard Laporte évoque la recherche d'un "public sain" pour éviter celui de banlieue, lorsque 80 % des Français se disent choqués, on mesure le rejet dont font l'objet les "jeunes à capuche". Une coupure dramatique, puisqu'elle constitue le carburant principal des futures violences urbaines.

Le rapport à la politique et à la République constitue un troisième facteur majeur d'inquiétude. Signe d'une croyance renouvelée dans le politique, les émeutes de 2005 s'étaient en effet traduites par une vague d'inscriptions sur les listes électorales, puis par une participation très forte lors de la présidentielle. Mais ce mouvement n'a pas duré : la participation aux législatives (juin 2007) et aux municipales (mars 2008) s'est effondrée, traduisant le fait que, d'un point de vue politique, les banlieues sont revenues à la situation d'avant 2005.

Les carences du plan banlieue - qui ne parvient pas à compenser les diminutions de moyens dans l'éducation nationale - et l'incapacité des partis politiques à accepter en leur sein des représentants de la diversité ont douché les plus volontaires. Au-delà de l'effet de surprise, la nomination au gouvernement de Rachida Dati, Fadela Amara et Rama Yade n'a pas convaincu durablement. Pour les élites des quartiers, ces désignations relèvent toujours du "fait du prince" beaucoup plus que d'une évolution en profondeur des partis. Un constat renforcé par la vision d'un Barack Obama aux portes de la Maison Blanche : si ce dernier devait être élu, sa victoire serait perçue comme une nouvelle démonstration du décalage entre les idéaux républicains et la réalité des pratiques en France.

Dans ce contexte déprimé, la seule bonne nouvelle vient des grandes entreprises. Confrontées à un renouvellement de leurs effectifs avec le départ des générations du baby-boom, certaines d'entre elles puisent désormais sans complexe dans le vivier des diplômés de banlieue. La nouveauté est qu'elles ne se placent plus dans une approche morale, comme dans les années 1980 ou 1990, mais qu'elles assument leur vision opportuniste, purement économique. Ce changement d'attitude ne suffira pas à sortir les banlieues du marasme. Mais on peut y voir un signe, encourageant, de banalisation de ces territoires et de leurs habitants. Une goutte d'espoir dans un torrent de craintes.

Publié par karimamellal à 13:13:01 dans Chroniques et analyses sur l'actualité | Commentaires (0) |

Rioufol sévit encore ! | 25 octobre 2008

Un extrait du bloc-note d'Ivan Rioufol (Le Figaro) du 24/10. Ce n'est certes pas la première fois que Rioufol s'en prend aux "sociétés ouvertes" pour mieux sacraliser les sociétés fermées, mais sa référence au bouquin d'Alain Laurent et la citation qu'il met en exergue sont proprement énormes. Considérons donc, avec Rioufol, qu' "une société ouverte doit demeurer pour une part fermée à ce qui menace de l'affaiblir". CQFD !!!!

 L'avenir des sociétés ouvertes
En tout cas, la force des réalités, aggravées par le ralentissement économique qui s'installe, ne pourra taire longtemps les nécessaires réflexions sur les sociétés ouvertes que sont aussi les démocraties européennes. En France, plus de trente ans d'immigration extra-européenne ont apporté des bouleversements économiques, culturels, sociaux qui contribuent à rendre le pays plus fragile, en dépit des dénégations officielles et des désinformations. Comme l'écrit Alain Laurent (La société ouverte et ses nouveaux ennemis, Les Belles Lettres) : "Une société ouverte doit demeurer pour une part fermée à ce qui menace de l'affaiblir." N'est-ce pas ce que vient de décider la Grande-Bretagne du travailliste Gordon Brown, qui entend restreindre sa politique d'immigration après avoir, en mars, instauré la "double peine" pour les étrangers délinquants ? "Si les gens sont licenciés, la question de l'immigration devient extrêmement épineuse", explique le secrétaire d'état à l'Immigration, Phil Woolas. Le gouvernement français est loin de parler si dru. Il va devoir s'y résoudre.

 

Publié par karimamellal à 12:58:59 dans Chroniques et analyses sur l'actualité | Commentaires (0) |

Le Parisien : les entreprises recrutent dans les quartiers | 21 octobre 2008

 Les employeurs recrutent dans les quartiers

Le Parisien, 20/10/2008 

 

Article encourageant du Parisien sur un exemple d'opération de recrutement de jeunes "issus de la diversité" (quelle terrible formulation...) dans les "quartiers" (autre infâme formulation, mais il faut bien nommer, non ?). Doit-on se féliciter de ce qu'un événement aussi normal fasse l'objet d'un article dans l'un des journaux les plus lus de France ? Doit-on penser que c'est là la moindre des choses et que le vrai problème reste entier : le plafond de verre, soit le recrutement et la PROMOTION de Français d'origine étrangère à des niveaux hiérarchiques supérieurs (cadres, cadres supérieurs) dans les grandes entreprises françaises et, bien sûr, car c'est encore pire dans ce secteur, dans les fonction publique ?

Cela pose deux questions : 1) quel traitement médiatique adéquat face à la "gestion de la diversité" (faut-il en parler au risque de crisper ceux qui n'en profitent pas ? Faut-il ne pas grossir le trait, au rsique d'occulter le problème des discriminations et de banaliser les solutions ?) ; 2) quelle solution préconiser : le recrutement massif "en bas de l'échelle" en priant pour que les ascenseurs sociaux fonctionnent dans les entreprises ? Ou bien le recrutement ciblé à des postes à responsabilités, en privilégiant la dimension symbolique, donc l'appel d'air ?

Le salon Emploi & Divers'Cités se tient aujourd'hui dans le quartier d'affaires. But du rendez-vous : recruter des jeunes issus de la diversité.


Florence Hubin | 20.10.2008, 07h00
 

«IL Y A aujourd'hui une pénurie dans les profils de commerciaux : malgré la période difficile, nous avons un client qui recherche rapidement cinq ou six commerciaux », explique Boujema Hadri, du cabinet de recrutement RHDI (les Ressources humaines diversifiées). Créé en 2005, le cabinet RHDI est justement spécialisé dans le recrutement des commerciaux « issus de la diversité » : la minorité visible, les handicapés, les seniors... « La fonction commerciale est celle où la diversité est la plus atténuée alors que les préjugés sont encore très forts sur les fonctions de gestion ou les postes de top managers », constate-t-il.

« On s'attache uniquement aux compétences »

Pour trouver les bons profils, c'est simple : « On s'attache uniquement aux compétences des candidats, on saute la partie du CV concernant l'état civil. En passant des annonces dans les journaux locaux, comme dans les pages départementales du Parisien, ou en recrutant directement auprès des missions locales de Seine-Saint-Denis par exemple, on est sûr de trouver des candidats issus de la diversité. »

« On se définit comme un employeur engagé : dans notre société, il y a des diplômés et des non-diplômés, et une diversité culturelle », assure Marie-Anne Sirot, responsable recrutement et carrière chez Paritel Télécom, une société de Courbevoie qui propose aux petites entreprises des services de télécommunication. « Nous n'avions jamais participé à ce type de forum auparavant. Nous allons rencontrer des candidats car nous avons quatre offres de recrutement en cours. »

Chez Norisko (société d'assistance et de contrôle technique des constructions et des équipements), la diversité dans le recrutement est également appliquée depuis longtemps, tout simplement en raison du type de formation recherché.

Les BTS et DUT recherchés

« Il y a parmi nos 3 500 collaborateurs une très forte proportion d'enfants nés en France de parents ou grands-parents immigrés », constate Christophe Chenevat, DRH Ile-de-France de Norisko. « Parmi lesquels des jeunes diplômés issus de formations courtes et techniques (BTS ou DUT) qui ont connu une forte promotion ces dernières années. »

Si l'entreprise participe à tous les salons de l'emploi, c'est parce qu'elle recrute beaucoup avec 800 embauches depuis janvier. Norisko tiendra un stand ce lundi en vue de préparer ses embauches 2009.

Publié par karimamellal à 22:35:44 dans Chroniques et analyses sur l'actualité | Commentaires (1) |

Sur la Marseillaise huée | 17 octobre 2008

Au feu ! Les pompiers arrivent...


Par Karim Amellal


Bien sûr, il faut maintenant que les matches de foot, en fonction de la couleur de l'équipe adverse, se jouent sur des territoires spécifiques, que les équipes maghrébines, ou africaines, aillent jouer ailleurs, en province, ou pourquoi pas "chez eux", à l'étranger, mais sûrement pas à Paris, encore moins en banlieue. Confer Bernard Laporte, inénarrable secrétaire d'Etat aux sports, et personnage exempt de tout reproche lui aussi, chevalier blanc, à peine terni par quelques sordides affaires de corruption qui ont - mais ce ne fut pas le cas, dieu merci - failli l'empêcher d'être ministre. De quoi l'a-t-on accusé ? De broutilles. De faits divers. De chantage. D'escroquerie dans une affaire de casino. De favoritisme. Et puis d' "irrégularités fiscales" aussi. Des broutilles. Pas de quoi fouetter un chat. Surtout pas de quoi le faire renoncer, en son âme et conscience, il est presque ministre après tout, à décerner des brevets de citoyenneté, à s'énerver contre ceux qui sifflent un symbole, l'hymne national, dans les stades. Non, Bernard Laporte est un citoyen sans reproche, un preux chevalier, blanc, tout blanc, un serviteur du peuple qui ferraille contre les contempteurs du drapeau et de l'hymne : ces gosses des cités, les vauriens, les racailles, qui dénigrent la République. Accessoirement, l'Etat, par l'entremise des services fiscaux, a déposé plainte contre lui, pour violation du secret fiscal. Mais ça ne compte pas.


A sa décharge, il n'y a pas que lui. Et je m'empresse de préciser, car on ne manquerait pas de me dire que je défends les siffleurs, moi aussi, et que je porte atteinte au drapeau, que je trouve ça ridicule de siffler la Marseillaise. Non que je trouve cet hymne beau ou noble, je n'oublie pas le "sang impur" censé représenter une France éternelle qui n'est pas, loin s'en faut, celle à laquelle j'aspire. Mais enfin. On ne siffle pas son équipe nationale, quelque en soit le prétexte. Et surtout pas cette équipe-là, l'équipe de France, qu'on ne peut pas taxer de racisme, de bafouer la diversité ou d'autres saloperies. Sauf peut-être de perdre, parfois... ! Car il s'agit après tout d'une règle de bon sens : on ne s'insulte pas. On ne crache pas sur son reflet, même décati, quand on se scrute le matin au-dessus du lavabo. Alors oui, tous ont réagi, fermement réagi, oh oui ! Ecoutons-les. "Le match doit être arrêté et des sanctions prises" (Coppé), "c'est insultant, pas tolérable" (Fillon), "il faut expulser" (Ségolène), "certains symboles ne s'insultent pas" (Hortefeux), "il faut une sanction" (Julien Dray), "le niveau le plus élevé de la bêtise" (Fadela Amara), etc, etc.


Passons sur cette dernière déclaration absurde d'une personnalité outrancière, dont le moins que l'on puisse dire est que le fameux « plan anti-glandouille » n'a manifestement pas produit les effets escomptés... Non, le problème, notre souffrance, sont ailleurs. Encore une fois, et comme pour le match France-Algérie d'octobre 2001 lorsque le stade fut envahi par une foule de supporters, les commentaires indignés ne se focalisent que sur l'événement lui-même, non sur ses causes. Dès lors, il devient impossible de conduire une analyse raisonnée sur un problème grave d'identification d'une partie de la population aux symboles théoriques de l'appartenance nationale. Dès lors, la lancinante et essentielle question « qu'est-ce qu'être Français ? » disparaît derrière le voile scandaleux des réactions à chaud, ou à vif.


Mais une fois encore, et une fois passée cette réaction épidermique et la condamnation unanime de l'outrage au drapeau, il nous faudra revenir sur les motifs d'une discorde, sur les raisons objectives qui conduisent des citoyens français, souvent depuis plusieurs générations, à refuser en bloc de s'identifier à la République lorsqu'elle est confrontée, dans le stade ou ailleurs, à d'autres vecteurs d'identification. Et comme le remarque avec pertinence l'éditorial du Monde du 16 octobre, alors peut-être deviendra-t-il indigne « des principaux responsables publics d'ignorer ce que ces sifflets expriment, qu'ils le veuillent ou non : la rage des banlieues, le sentiment de rejet et le désarroi des jeunes issus de l'immigration ».


Les causes importent plus que les effets, aussi dévastateurs, brutaux et choquants soient-ils. Mais dans notre démocratie d'opinion où les électeurs sont à caresser dans le sens du poil, il est très facile, pour faire remonter à la surface de vieilles angoisses, de se concentrer sur un phénomène en omettant ses ressorts. La Marseillaise huée, cela renvoie pourtant qu'on le veuille ou non à l'un des visages du mal français : la désintégration sociale de catégories bien identifiées de la population, leur enclavement croissant sur des territoires en relégation, leur enfermement dans des bulles où la haine, la rage et le désespoir entremêlés sont les seules nourritures terrestres.


On peut être scandalisé, légitimement, par une Marseillaise huée dans un stade de foot. On ne peut en revanche, a fortiori quand on est un responsable politique, se contenter de crier au loup. Il faut être sérieux et proposer des solutions sérieuses. Déplacer les matches « touchy » en province ? Interdire à certains jeunes, en fonction de l'endroit où ils habitent, d'y participer ? Arrêter et condamner les siffleurs ? Ok, ça soulage deux minutes. Mais les mêmes causes, elles, continueront de produire les mêmes effets... De 2001 à 2008, cela ne s'est pas démenti.

Publié par karimamellal à 17:08:06 dans Chroniques et analyses sur l'actualité | Commentaires (6) |

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