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Emission RFI "L'école des savoirs", avec Emmanuelle Bastide.
Emission sur RFI (Discrimination positive, essentiellement) avec pierre-Edouard Deldique
Cliquer ci-dessous pour écouter :
http://media.putfile.com/amellal
Publié par karimamellal à 14:27:18 dans Emissions radio et TV (essai, roman et chroniques) | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par karimamellal à 14:16:46 dans Forum Nouvel Obs sur la discrimination positive | Commentaires (0) | Permaliens
Karim Amellal (Auteur de l’essai Discriminez-moi !) « Nous avons besoin d’un nouveau projet de société » Le parcours de Karim Amellal est atypique. Franco-Algérien, il a vécu longtemps en Algérie avant de s’installer dans la banlieue parisienne. Il a fréquenté les grandes écoles et vient de publier un essai ( Discriminez-moi ! Flammarion) qui fera date. A 27 ans, le jeune essayiste crie sa révolte et dit qu’une autre France est possible. Avez-vous été surpris par les émeutes qui secouent les banlieues françaises depuis deux semaines et comment les analysez-vous ? Non. Ces émeutes étaient à la fois logiques et prévisibles. Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Or, cela fait plus de vingt ans que rien n’a été véritablement entrepris pour lutter contre le creusement des inégalités, l’ampleur des discriminations raciales, les multiples ségrégations sociales et économiques qui emprisonnent dans des ghettos les personnes qui vivent dans les quartiers défavorisés, surtout les jeunes. Nos gouvernants ne cessent d’envoyer des signaux négatifs : ils ont peur de l’Islam, peur de la diversité culturelle, peur des quartiers, et comme ils ont peur, ils ont préféré refermer le couvercle sur la réalité des banlieues. Il n’a fallu qu’une étincelle, les mots de Sarkozy, pour enflammer le brasier. Aujourd’hui, on assiste, non à des actes de délinquance sauvage perpétrés par des « racailles », mais à un acte de révolte contre une société et des élites perçues comme autistes. Enfin, je pense que l’importance de ces émeutes doit nous alerter sur le degré de frustration des jeunes issus de l’immigration : ils ne peuvent plus tolérer l’exclusion globale dont ils souffrent, l’absence de représentation, l’impossibilité de sortir du ghetto. A force d’avoir ignoré et laissé pourrir tous ces problèmes, on a créé une situation hautement à risque, proche de celle qui a préfiguré des types bien plus graves d’émeutes raciales, comme aux Etats-Unis. Le titre de votre livre, Discriminez-moi, ressemble à un cri de révolte, d’amour et de désespoir... Oui. Je suis révolté et désespéré par l’incurie des hommes politiques depuis vingt ans. Nous en sommes toujours au même point et cela fait mal. Le décalage qui existe entre les nobles principes de la République et la cruelle réalité des ghettos français est insupportable. La propension de la France à sans cesse s’ériger en donneuse de leçons à l’étranger, sur le terrain des droits de l’homme notamment, contraste avec son incapacité chronique à se remettre en question, à s’adapter à la réalité d’un pays devenu, qu’on le veuille ou non, multiculturel et multiconfessionnel. Le hiatus existant entre les droits formels affirmés dans les textes et les droits réels liés à une fraction importante de notre société, les personnes issues de l’immigration, est intolérable. Ma révolte vient aussi de ce que notre imaginaire national n’a finalement que peu évolué depuis la colonisation : la figure de l’« autre », l’étranger ou celui qui y ressemble, l’Arabe en particulier, continue de faire peur, de déranger et de susciter le rejet. Je suis donc désespéré et révolté par ce que je vois et ce que j’entends, mais je suis en même temps fier d’être un Français d’origine algérienne. J’aime mes deux pays comme un enfant aime à la fois son père et sa mère. Le diagnostic est donc clair : l’intégration à la française est une impasse. Que faut-il faire à votre avis ? Instaurer la discrimination positive ? Je ne dis pas que l’intégration à la française est une impasse. Elle a tout de même eu de beaux succès... mais au siècle passé ! Nous devons aujourd’hui adapter ce modèle sans toutefois trop rogner les principes qui le fondent. La République doit « digérer » la diversité culturelle, les différences culturelles, les religions, et non les rejeter en marge, les exclure du système. Nous avons besoin d’un nouveau projet de société, moderne, correspondant à la réalité multiculturelle de notre pays. Les jeunes des quartiers ne croient plus en la République, ils ne savent même pas ce que c’est. Il n’y a plus de « modèle », qu’un grand vide où s’insinuent toutes les frustrations. Pour redonner du sens à tout cela et recréer un modèle, il faut de puissants symboles, il faut une machine à positiver là où il n’y a que de l’échec. Il faut aussi taper un grand coup tant on a accumulé de désespoir. C’est pour cela que je préconise une discrimination positive, provisoirement, afin de produire de l’espoir, de nouveaux horizons de réussite ; bref, pour rétablir une égalité des chances qui aujourd’hui n’existe que sur de vieux parchemins. On retrouve dans votre livre, dès la page 20, le mot « racaille ». Quelle est donc l’image aujourd’hui d’un jeune beur ? Pour une vaste majorité de la population française, les « beurs » ont une image négative, en témoignent de nombreux sondages d’opinion sur le sujet. En réalité, les clichés sont nombreux et font encore écho, à certains égards, à la prégnance d’un schéma de type néocolonial dans notre imaginaire national. C’est vrai que pour beaucoup de Français, les jeunes beurs qu’ils voient à la télé, arborant une casquette et parlant en verlan, sont des « racailles ». Mais peut-on, à l’instar du ministre de l’Intérieur, se borner à de tels préjugés ? Naturellement non. Le problème, c’est que la très faible représentation (c’est un euphémisme) des personnes issues de l’immigration dans les lieux de pouvoir (grandes écoles, haute administration, politique, grandes entreprises) confirment d’une certaine manière les préjugés : autrement dit, pense-t-on, s’ils ne sont nulle part, c’est que ce sont vraiment des « racailles » ! C’est aussi pour cela qu’il faut des symboles puissants, pour changer les mentalités : plus on verra de personnes issues de l’immigration réussir (ce qui suppose de lever les barrières), plus on rétablira le dialogue, la confiance et la compréhension mutuelle. Quand on s’appelle Karim Amellal et qu’on est diplômé de sciences po, est-ce qu’il est facile de trouver du travail ? Le fait de passer par des grandes écoles (j’ai fait sciences po mais je suis aussi passé par l’Ecole supérieure de commerce de Paris) facilite beaucoup les choses : cela donne les codes et nous permet de nous insérer dans de bons réseaux. Dans cette mesure, les grandes écoles, pour les personnes issues de l’immigration, n’ont rien à voir avec les universités. C’est d’ailleurs pour cela qu’il faut élargir l’accès des grandes écoles aux personnes issues de l’immigration. Cela dit, j’ai un parcours assez atypique : je suis né en France, d’une mère française et d’un père algérien, et j’ai ensuite vécu plusieurs années en Algérie avant de venir m’installer dans une cité du Val-d’Oise. J’ai maîtrisé très tôt, grâce à mes parents, les codes culturels et sociaux requis pour une progression sociale optimale. Je ne suis pas un vrai « beur », je n’ai pas passé toute ma vie dans un quartier sensible même si je connais très bien cette réalité. Rémi Yacine 2005-11-14/2005-11-14-30127 |
Publié par karimamellal à 14:09:07 dans Presse Algérie (interviews, tribunes, articles) | Commentaires (0) | Permaliens
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Mais face à ces événements tragiques, à ce déferlement de barbarie, que faire ? Ecarquiller chaque jour davantage les yeux devant son écran de télévision ou bien s'efforcer de comprendre. Comprendre ? Mais est-ce seulement possible ? Est-ce seulement nécessaire ? Je le crois. Pour endiguer cette violence qui submerge les "quartiers", il nous faut bien tâcher de comprendre les ressorts de cette haine. Les racines du mal sont très nombreuses. Trop longtemps ignorées, elles gonflent et affleurent désormais à la surface de notre République. Elles sautent au visage. L'analyse sociologique explique la violence par le chômage, la précarité, la relégation et la ghettoïsation. Bien, mais cela ne suffit pas. On ne comprend toujours pas. Expliquer qu'un jeune qui vit dans une cité brûle la voiture de son voisin de palier parce qu'il n'a pas d'emploi ne satisfait personne. Pire, cela énerve.
Aucune violence n'est gratuite. Toutes ont un sens profond. Voler une voiture a une finalité : le voleur récolte un bénéfice, il fait un profit. Mais brûler une voiture ne procure strictement aucun avantage. Quel est donc le sens d'un tel acte ? C'est un acte radical qui, parce qu'il ne procure aucune satisfaction autre que le besoin de le perpétrer, doit retenir toute notre attention. Pas notre sympathie, notre attention. Parce que brûler une voiture est un acte ignoble de révolte, un acte de guerre même, l'acte de celui qui n'a plus rien à perdre, il doit nous interpeller. Brûler une voiture, brûler dix voitures n'est pas un jeu, contrairement à ce que disent certains, c'est une impérieuse nécessité.
Dire cela, ce n'est pas faire le jeu des casseurs, ce n'est pas méconnaître l'angoisse de nos compatriotes qui, du haut de leurs balcons, surveillent toutes les nuits leurs véhicules, ce n'est pas non plus nier le ressentiment, la "haine", de ceux qui n'ont désormais plus de voiture. Dire cela, comprendre cet acte, c'est déjà lutter contre les racines du mal.
Cela fait maintenant plus de vingt ans que les banlieues, à intervalles réguliers, retiennent notre attention, toujours en mal. Nous n'y voyons le plus souvent que deal, délinquance, insécurité. Les médias ne parlent que de ça. N'y a-t-il que ça ? Non. Il y a d'abord des gens qui souffrent d'être enfermés de l'autre côté de la France. Des jeunes qui souffrent d'être rejetés de la communauté nationale. Des jeunes qui souffrent de ne pas jouir des mêmes droits que les autres Français.
Le racisme latent, l'ampleur des discriminations raciales, la puissance des mécanismes ségrégatifs, la défaite de l'école, la panne de valeurs et de symboles mobilisateurs, notre incapacité chronique à réduire les inégalités et à accepter la diversité culturelle : ce sont autant de facteurs qui acculent les jeunes des quartiers, et notamment les jeunes issus de l'immigration.
Ceux-ci portent aussi une part de responsabilité dans cette spirale de l'échec. En quête d'identité, séduits par la dialectique du bad boy , pris dans les affres d'une surconsommation effrénée et incapables de se rassembler autour de projets intégrateurs, ils se laissent bien souvent piéger par les deux radicalismes qui les guettent : d'une part, un retour exacerbé et parfois violent à la foi, dont l'islamisme est la figure latente, et, d'autre part, la délinquance et le recours à des voies informelles, violentes, pour acquérir ou détruire des biens qu'ils ne peuvent se procurer par d'autres moyens.
Aujourd'hui dans les quartiers, à force d'avoir accumulé tant d'impuissance et d'inertie, de plus en plus de jeunes entretiennent le sentiment d'être coupés du reste de la société, abandonnés aux marges, laissés pour compte. Ils se figurent que les autres, souvent les "Blancs" dans leur discours, sont des ennemis contre lesquels, désormais, il faut se battre. C'est cette représentation tragique qu'il nous faut à tout prix contrecarrer.
Comment ? Par l'envoi de puissants signaux. Il ne suffit pas seulement de déployer davantage de moyens financiers, de recourir aux sempiternelles politiques sociales ou urbaines. Non, ces solutions ont déjà été employées, elles ne sont pas suffisantes. Nous devons désormais faire face à une situation inédite où, du côté des jeunes des quartiers comme du côté du reste de la France, le manque de dialogue et l'incompréhension réciproque, depuis tant d'années, ont produit une masse colossale de défiance, un gouffre de haine. Aussi faut-il rechercher, créer les conditions d'un dialogue constructif. Non avec les casseurs, mais avec l'ensemble des habitants des cités, les jeunes surtout.
Il faut dès à présent songer à l'avenir. Or celui-ci ne peut s'envisager sans une refonte profonde de la politique dite, selon une formule malheureuse, "d'intégration". Celle-ci doit être adaptée à la réalité d'une France multiculturelle et multiconfessionnelle. Mais nous ne pouvons plus continuer à lutter avec les mêmes instruments contre des maux nouveaux. Le mal symbolique des quartiers défavorisés et des jeunes issus de l'immigration doit être combattu, non sur le terrain socio-économique, mais avant tout sur le terrain symbolique. Nous devons produire de nouvelles valeurs d'espérance, nous devons replacer la réussite au coeur du projet d'intégration, nous devons promouvoir la diversité culturelle partout où celle-ci est absente, c'est-à-dire dans l'ensemble des lieux où s'incarne aujourd'hui le pouvoir : la haute fonction publique, la sphère politique, les grandes entreprises, les grandes écoles.
Nous avons trop attendu avant de lutter sérieusement contre les discriminations raciales et les ségrégations en tout genre qui paralysent certains individus dans des bulles de relégation. Nous avons trop attendu avant de reconnaître et d'accepter pleinement la diversité culturelle de notre pays, laquelle ne passe pas par des mesures coercitives afin de freiner d'improbables communautarismes, mais par des signaux d'ouverture et de tolérance, sans naturellement rogner les principes fondamentaux de notre démocratie. Nous avons trop attendu avant d'admettre que certaines situations exigeaient des moyens exceptionnels, et non des bricolages périphériques dont le surplus financier est mécaniquement absorbé par l'augmentation des coûts administratifs. Nous avons trop attendu avant de mettre en oeuvre une politique globale, sociale, économique, culturelle, symbolique qui donne aux jeunes des quartiers l'envie de réussir et le goût du vivre ensemble.
Essayiste, Karim Amellal, 27 ans, est l'auteur de Discriminez-moi ! Enquête sur nos inégalités, éditions Flammarion, 364 pages 2005.
Publié par karimamellal à 14:02:17 dans Tribunes publiées | Commentaires (0) | Permaliens
" Discriminez-moi !" est un cri du cœur, un cri d'amour, un cri d'effroi. Entre discriminations raciales et ségrégations sociales, les "minorités ethniques" n'ont pas fini de payer le prix de leur différence. De cette indignation naît une réflexion originale et documentée sur l'intégration "à la française". En suivant le fil rouge de la discrimination positive, loin des raccourcis partisans et des stéréotypes réducteurs, ce livre pénètre au vif de ces blessures de notre société qui nous font plus que jamais souffrir et tiennent nos gouvernants en échec égalité des chances, multiculturalisme, place de l'islam, défaite de l'école, situation des banlieues. Parce qu'il n'est plus temps de se contenter de vaines incantations et de lamentations creuses, ces pages nous plongent au cœur des débats qui passionnent le paysage politique.
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Publié par karimamellal à 13:22:32 dans Discriminez-moi ! Enquête sur nos inégalités (Essai, Flammarion, 2005) - revue de presse, interviews | Commentaires (0) | Permaliens
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