" Fabula Bovarya" est un blog qui s'adresse à tous ceux qui, comme moi, sont atteints d'un incurable bovarysme.
Fabula en latin, c'est l'histoire, la fable, celle dans laquelle on plonge avec délice, pour fuir les réalités pesantes...
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Le portrait de Dorian Gray, d'Oscar Wilde (folio classiques, 403 pages). Terminé le 01 juin 2008.
Avis : 5/5
RESUME EDITEUR : Le héros de l'unique roman d'Oscar Wilde doit rester éternellement jeune : son portrait seul sera marqué progressivement par le temps, les vices, les crimes, jusqu'au drame final. Dans ce chef-d'oeuvre de l'art fin de siècle (1890), l'auteur a enfermé une parabole des relations entre l'art et la vie, entre l'art et la morale, entre le Bien et le Mal. Les apparences du conte fantastique, et du roman d'aventures, où le crime même ne manque pas, fascinent le lecteur ébloui par les dialogues étincelants de l'auteur de théâtre, les paradoxes de l'esthète, la phrase du poète. La tragédie vécue par l'écrivain, le bagne, le déshonneur, la mort prématurée laissent ainsi, lisse et pur, son roman unique.
Le roman policier précédent de Gyles Brandreth a été pour moi un tel moment jubilatoire que cela m'a donné envie de lire ENFIN le portrait de Dorian Gray de l'inoubliable Oscar Wilde. Je l'avais dans ma bibliothèque depuis mes 18 ans, au moins, mais je n'avais jamais mis le nez dedans (oui, oui, je sais, honte à moi...) Désormais, l'erreur est réparée. Et que n'ai-je pas lu ce roman avant !
Déjà, il faut reconnaître à Gyles Brandreth le talent formidable d'avoir nourri son livre (Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles) de morceaux choisis aux accents éminemment wildien dans Le portrait de Dorian Gray. On retrouve ainsi de nouvelles formules dorénavant célèbres, directement extraites du roman.
Quant au roman même de Wilde, quel récit envoûtant ! Bien sûr, on trouve cette atmosphère londonienne et mondaine que j'ai tant aimée dans le livre précédent, mais vue, cette fois, à travers le regard acéré de Wilde et passée au crible de sa verve caustique.
Lord Henry semble être la copie littéraire de Wilde, un peu dandy, un peu désabusé, manipulateur et curieux observateur. Un vrai bonheur. L'évolution du personnage de Dorian Gray, d'abord aux côtés de Lord Henry, puis dans une démarche personnelle et choisie est fascinante.
Cette lente descente aux Enfers se suit avec avidité et curiosité, en se demandant où le personnage trouvera le point de non-retour dans ses expériences de débauche et de vice.
Les quelques pages qui reprennent à demi-mots le personnage de Des Esseintes dans A rebours de Huysmans sont éloquentes dans l'évolution de Dorian Gray.
Beaucoup de thèmes cher à Wilde sont évoqués dans ce roman : la lutte du bien et du mal, l'influence masculine au sein de relations pas toujours très claires, la perte de la jeunesse et de la beauté -et corrélativement la fuite du temps-, la décadence psychique sous l'emprise des drogues mais aussi sous la domination de la fascination du mal, l'esthétisme et le beau, etc.
Je me suis plongée dans ce classique de la littérature avec autant de délectation que le livre précédent. J'ai découvert un style que j'aime beaucoup, et aussi une modernité dans la conception de la société - et des êtres humains en général -, très intéressante et surprenante.
Finalement, et à certains égards, bien des individus n'ont pas beaucoup évolué dans leur appréhension du monde et ce que Wilde pense et dit de la société de son époque pourrait presque être calqué sur la société actuelle.... C'est à la fois amusant et terriblement inquiétant...
La grande originalité du roman de Wilde est, de plus, d'ajouter une dimension fantastique à l'intrigue, ce qui lui confère ainsi un goût de conte philosophique à la fois profond et cruel.
Wilde a du génie, c'est certain. Un talent visionnaire, c'est sûr. Et une plume époustouflante, c'est indéniable. Je pense que je lirais d'autres choses de lui car l'homme et son histoire m'ont totalement happée.
Publié par Alwenn à 17:02:17 dans @ Romans classiques | Commentaires (4) | Permaliens
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