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Fabula Bovarya...ou l'art de la fuite romanesque

" Fabula Bovarya" est un blog qui s'adresse à tous ceux qui, comme moi, sont atteints d'un incurable bovarysme.

Fabula en latin, c'est l'histoire, la fable, celle dans laquelle on plonge avec délice, pour fuir les réalités pesantes...


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Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles | 12 mai 2008

Oscar Wilde et le meurtre aux chandelles, de Gyles Brandreth (10/18 Grands détectives, 384 pages). Terminé le 11 mai 2008.

 
Genre : roman policier

Avis : 5/5

 
RESUME EDITEUR  : En cette fin de siècle trépidante, Oscar Wilde, dandy éclairé, virevolte de mondanités en rendez-vous discrets, lorsqu'un drame vient bouleverser sa vie. Tandis qu'il s'apprête à écrire Le Portrait de Dorian Gray, il découvre dans un meublé le corps d'un jeune garçon de sa connaissance. Tout semble indiquer un meurtre rituel. Et en ami fidèle, Oscar Wilde s'est juré de ne pas trouver le repos tant que justice n'aura pas été faite pour Billy Wood.

 
         Voilà une lecture tout à fait jubilatoire ! Derrière la couverture acidulée de ce poche nouveau format de la collection 10/18 se cache un petit bijou de roman policier.

         C'est, depuis quelques temps, la grande mode de mettre en scène des personnages historiques connus dans des enquêtes policières. Et Gyles Brandreth se propose humblement -mais avec toute la force de son talent- de nous faire accompagner Oscar Wilde dans son enquête...

    Oscar Wilde... Rien que le nom de ce génie fait vibrer et appelle les atmosphères londoniennes fin de siècle dans lesquelles se mêlent cigarettes, brandy et dîners mondains...

         Et Gyles Brandreth a le délicieux talent de brosser une ambiance charmante et surannée que n'aurait pas renié Wilde en personne je suis sûre... Des alcôves de clubs masculins aux visites mondaines, d'escapades parisiennes en balades en cab dans Londres, l'écriture porte le lecteur dans un univers parfaitement recréé. Un travail formidable qui nous plonge complètement le Londres fin de siècle qu'hantèrent aussi bien Wilde que Jack l'éventreur ou Arthur Conan Doyle.

         Les personnages, en outre, ont ainsi l'étoffe de la réalité (on y croise Robert Sheppard, bien sûr, le narrateur, mais aussi le peintre Millais et d'autres encore) mais aussi le panache des détectives d'antan, puisqu'aux côtés de Wilde chemine justement le jeune Arthur Conan Doyle... Beaucoup de personnages trouvent ainsi un ancrage historique et Gyles Brendreth les fait se mouvoir avec un naturel absolument désarmant. Et Wilde lui-même trouve un souffle incroyable au travers de répliques parfois empruntées à son œuvre elle-même, parfois au travers de traits d'esprits tout droit sortis de l'imagination de l'auteur, mais avec une finesse tout à fait wildienne... Un vrai régal ! Et encore, nous n'avons que la traduction ! J'imagine le bonheur que ce doit être dans la langue de Shakeaspeare...

         L'intrigue en elle-même est très bien trouvée. On se trouvera sans doute un peu le reflet du portrait de Dorian Gray (que Wilde rédige d'ailleurs au moment où l'auteur situe son histoire) avec le meurtre mystérieux d'un jeune homme, retrouvé entouré de chandelles dans un garni.

         L'histoire se boit comme du petit lait, et j'ai personnellement retrouvé les émotions que j'avais jadis quand, adolescente, je lisais les aventures de Sherlock Holmes... Car Wilde en plus, j'ai oublié de le dire, s'est pris de passion pour le nouvel héros de son ami Doyle et s'amuse, avec brio, il faut le dire, à jouer les détectives à la manière de Holmes...

         En bref, on passe un excellent moment, complètement absorbé par l'ambiance, les personnages, le style, l'intrigue... Pour tout dire, j'ai commencé le livre et n'ai pu le lâcher avant de l'avoir terminé. Il m'a fallu l'après-midi mais je crois que j'aurais pu mordre si on avait tenté de me distraire de ma lecture.

Wilde est un personnage naturellement fascinant, mais Gyles Brandreth fait plus que le ressusciter, il lui donne corps, il donne une nouvelle énergie à ce dandy irlandais que l'on connaît essentiellement pour ses traits d'esprits et le scandale qui l'éclaboussa à la fin de sa vie. Dans ce livre, c'est le splendide Wilde qui s'exprime, le merveilleux Wilde qui enquête, l'attachant Wilde que l'on voit évoluer en famille, l'exceptionnel Wilde qui revit, tout simplement, sous la plume magique de Gyles Brandreth...

         Et il semblerait qu'il y ait d'autres épisodes de prévus ! Que cela va être long d'attendre !!! Je suis sous le charme, je suis conquise, je suis ravie. Wilde, même mort, continue d'inonder de son aura mystérieuse et impénétrable ceux qui l'approchent... Merci à Gyles Brandreth d'avoir insufflé à Oscar Wilde un regain magnifique de vie...

Publié par Alwenn à 23:26:51 dans @ Polars | Commentaires (4) |

La reine dans le palais des courants d'air | 09 mai 2008

La reine dans le palais des courants d'air, Millenium, tome 3, de Stieg Larsson (Actes Sud, 710 pages). Terminé le 03 mai 2008.

 
Genre : roman policier

Avis : 4/5

 
RESUME EDITEUR  : Que les lecteurs des deux premiers tomes de la trilogie Millénium ne lisent pas les lignes qui suivent s'ils préfèrent découvrir par eux-mêmes ce troisième volume d'une série rapidement devenue culte. Le lecteur du deuxième tome l'espérait, son rêve est exaucé : Lisbeth n'est pas morte. Ce n'est cependant pas une raison pour crier victoire : Lisbeth, très mal en point, va rester coincée des semaines à l'hôpital, dans l'incapacité physique de bouger et d'agir. Coincée, elle l'est d'autant plus que pèsent sur elle diverses accusations qui la font placer en isolement par la police. Un ennui de taille : son père, qui la hait et qu'elle a frappé à coups de hache, se trouve dans le même hôpital, un peu en meilleur état qu'elle... Il n'existe, par ailleurs, aucune raison pour que cessent les activités souterraines de quelques renégats de la Säpo, la police de sûreté. Pour rester cachés, ces gens de l'ombre auront sans doute intérêt à éliminer ceux qui les gênent ou qui savent. Côté forces du bien. on peut compter sur Mikael blomkvist, qui, d'une part, aime beaucoup Lisbeth mais ne peut pas la rencontrer, et, d'autre part, commence à concocter un beau scoop sur des secrets d'Etat qui pourraient, par la même occasion, blanchir à jamais Lisbeth. Mikael peut certainement compter sur l'aide d'Armanskij, reste à savoir s'il peut encore faire confiance à Erika Berger, passée maintenant rédactrice en chef d'une publication concurrente.

 

         Allez, autant l'avouer tout de suite, j'ai un peu moins aimé ce tome que les précédents. La faute à quoi ? allez-vous demander immédiatement... Eh bien la faute à Stieg Larsson, ce fieffé écrivain qui persiste à démarrer comme un diesel... J'ai de nouveau trouvé le début très long, surtout dans les développements relatifs à la Säpo et au fonctionnement des institutions suédoises. Et pourtant, il est important de comprendre ce fonctionnement pour ensuite se laisser mollement porter par l'intrigue et saisir l'importance de ce détail pour le dénouement. Certes. Mais ceux qui me connaissent un tant soit peu savent combien j'ai du mal à saisir les subtilités dès que l'on aborde les domaines de la politique et les rouages d'un Etat... C'est donc davantage un problème de conflit d'intérêt entre mon piètre sens politique, et celui, exacerbé, de Stieg Larsson.

         En revanche, une fois ces explications passées, et les nouveaux personnages en scène, c'est parti pour une course folle à travers les pages du roman... Lisbeth, toujours aussi centrale est en bien fâcheuse posture et les rebondissements ne vont encore pas manquer dans ce tome.

         Cette fois-ci, l'intrigue se fait plus James Bond que jamais : espionnage, contre-espionnage, surveillance et méfiance... le voile à du mal à se déchirer, tant les masques se superposent.

         C'est un vrai tourbillon de faux-semblants qui s'affrontent, se dévoilent, se dissimulent, se révèlent... un vrai bonheur ! Les personnages sont vraiment de plus en plus attachants et j'avoue que j'ai eu un sacré pincement au cœur quand j'ai tourné la dernière page, en me disant que je ne retrouverai plus Mikaël, Lisbeth, Erika et les autres...

         Et pourtant, je suis sûre que Larsson avait encore bien des histoires à nous raconter sur ses héros... Il paraîtrait qu'il avait un quatrième tome en préparation mais son père refuse de publier car ce n'était là qu'une ébauche. Et même si je meurs d'envie de savoir ce qu'il nous préparait, je suis assez d'accord avec le principe : je n'aime pas que l'on donne à lire comme achevé les brouillons d'un écrivain, sans son accord qui plus est, ou pire, qu'on tente de le donner à un pseudo-successeur qui en fera son livre et non plus le projet initial de l'auteur...

         Mais bon, quel dommage tout de même que cette trilogie soit finie... J'ai vécu des heures terribles, à n'attendre que les moments où je pourrais me plonger dans les livres, et poursuivre ces trépidantes aventures... Aaaaah... des heures de bonheur concentré... Je ne regrette vraiment pas de m'être lancée dans cette lecture...

         Une dernière chose, pour ceux qui ont lu et qui me comprendront : je n'aime pas du tout Rosa et je suis sûre qu'entre les trois femmes, Rosa, Erika et Lisbeth, il y aurait pu avoir une rivalité absolument terrible qui aurait auguré des pages encore... passionnantes !

         Je laisse donc ces livres dans ma bibliothèque avec un soupir de résignation : les meilleures choses ont une fin mais celle-ci a malheureusement un goût de prématuré, à  l'image du décès de son auteur... Et dire qu'il n'aura même pas eu le temps de voir le succès immense de ses œuvres... Le plus bel hommage qu'on puisse alors lui rendre désormais c'est de le remercier pour ces pages envoûtantes et franchement originales. Alors merci Monsieur Larsson de m'avoir offert cette petite étincelle de lecture qui vous rend accro et vous laisse avec le souvenir d'avoir vécu une aventure formidable.

 

Publié par Alwenn à 23:11:33 dans @ Polars | Commentaires (2) |

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette | 29 avril 2008

La fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette, Millenium, tome 2, de Stieg Larsson (Actes Sud, 652 pages). Terminé le 27 avril 2008.

 
Genre : roman policier

 

Avis : 5/5

 
RESUME EDITEUR  : Tandis que Lisbeth Salander coule des journées supposées tranquilles aux Caraïbes, Mikael Blomkvist, réhabilité, victorieux, est prêt à lancer un numéro spécial de Millénium sur un thème brûlant pour des gens haut placés : une sombre histoire de prostituées exportées des pays de l'Est. Mikael aimerait surtout revoir Lisbeth. Il la retrouve sur son chemin, mais pas vraiment comme prévu : un soir, dans une rue de Stockholm, il la voit échapper de peu à une agression manifestement très planifiée. Enquêter sur des sujets qui fâchent mafieux et politiciens n'est pas ce qu'on souhaite à de jeunes journalistes amoureux de la vie. Deux meurtres se succèdent, les victimes enquêtaient pour Millénium. Pire que tout, la police et les médias vont bientôt traquer Lisbeth, coupable toute désignée et qu'on a vite fait de qualifier de tueuse en série au passé psychologique lourdement chargé. Mais qui était cette gamine attachée sur un lit, exposée aux caprices d'un maniaque et qui survivait en rêvant d'un bidon d'essence et d'une allumette ? S'agissait-il d'une des filles des pays de l'Est, y a-t-il une hypothèse plus compliquée encore ?

 

         Me voilà donc poursuivant mes aventures suédoises... Mikael Bloomkvist a pu reprendre sa vie d'avant l'affaire Wenneström, et Lisbeth, elle, a décidé de prendre ses distances pour mieux se protéger.

         Mais le crime ne fait pas de pause, lui, et deux nouveaux investigateurs lancent le lecteur sur la piste de la Mafia de sexe... D'entrée de jeu, le ton est donné : le prologue présente une scène sombre, où une très jeune fille, attachée sur un lit, semble subir les pires sévices. Cette nouvelle affaire est on ne peut plus ténébreuse et entourée de la plus profonde noirceur...

         Très rapidement, le rythme va se mettre en place. Les personnages ayant été campés dans le premier tome, c'est comme si l'on reprenait une conversation avec de vieux amis, là où elle s'était arrêtée... Et tout va très vite s'accélérer... Le lecteur se retrouve pris dans le tourbillon de cette enquête mystérieuse et quand l'histoire s'affole, le lecteur plonge encore plus dans l'aventure...

         Dans ce deuxième tome, le personnage de Lisbeth s'épaissit, et ce petit bout de femme mystérieux, cette Fifi Brindacier aux doigts de fée sur un clavier fascine encore plus... Mais qui est-elle vraiment ? La tueuse psychopathe que les médias décrivent après que tout l'accuse de trois meurtres sanglants ? Ou bien une jeune femme dont le passé la rattrape peu à peu ? Une asociale ? Une victime ? Un bourreau ? Le personnage de la filante Lisbeth prend de l'ampleur, enfle au fil des pages et l'on apprend à connaître cette hackeuse insondable.

         Et aussi incroyable que cela puisse paraître, le personnage de Lisbeth, central dans ce tome, est presque tout le temps absent (c'est un peu frustrant d'ailleurs parfois...), ce qui ne fait que renforcer encore son importance.

         Peu à peu, l'enquête avance, et même si parfois j'ai pu regretter quelques longueurs, c'est parce que je suis trop impatiente et que je voulais connaître la suite des événements le plus vite possible. Mais qu'est-ce que j'ai pu détester ces flics qui ne comprennent rien à rien et qui enfoncent les portes ouvertes avec une bêtise consommée ! Qu'est-ce qu'on aimerait les secouer, leur ouvrir les yeux, leur mettre des bâtons dans les roues ou que sais-je encore !

         Mais lorsque les morceaux du puzzle se mettent en place progressivement et que tout semble s'éclairer de la lumière blafarde d'un début de vérité, c'est encore plus extraordinaire que ce que l'on avait imaginé... Jusqu'à ce dénouement... Incroyable dénouement, palpitant, haletant... On a les nerfs à vifs sur les dernières pages, la boule au ventre et les cris cherchant à s'échapper qui râpent la gorge...

Et pour la première fois depuis quelques mois, le teasing final ne m'a pas agacée. Je n'en ai pas voulu à Stieg Larsson de me planter là avec mes questions... D'une part parce que je savais que j'allais pourvoir lire la suite, et d'autre part parce que mon coeur n'aurait pas résisté une page de plus à la pression psychologique de ce dénouement... Un geste de santé publique que de ne pas conclure ces dernières pages, finalement...

Enfin, la galerie de personnages s'étoffe de quelques nouveaux individus, notamment cet intéressant boxeur... Chaque personnage tient son rôle, possède sa place et son importance et quand vous pensez avoir compris les liens qui les unissent, vous êtes encore loin du compte...

Bref, ce deuxième tome m'a laissée pantelante dimanche soir et lundi matin, quand je me suis réveillée et que je me suis rendue compte que je ne devais pas aller à la librairie avant le samedi, j'ai cru défaillir.... Du coup, contre toute attente, j'ai fait quelques kilomètres dans la journée-même pour me procurer le troisième tome, sur lequel je me suis jetée une fois à la maison... Et que je savoure en ce moment même... Et il va bien falloir en profiter, puisque ce sera malheureusement le dernier...

Publié par Alwenn à 21:30:22 dans @ Polars | Commentaires (2) |

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes | 22 avril 2008

Les hommes qui n'aimaient pas les femmes, de Stieg Larsson (Actes Sud, 574 pages). Terminé le 15 avril 2008.

 
Genre : roman policier

Avis : 5/5

 
RESUME EDITEUR  : Ancien rédacteur de Millénium, revue d'investigations sociales et économiques, Mikael Blomkvist est contacté par un gros industriel pour relancer une enquête abandonnée depuis quarante ans. Dans le huis clos d'une île, la petite nièce de Henrik Vanger a disparu, probablement assassinée, et quelqu'un se fait un malin plaisir de le lui rappeler à chacun de ses anniversaires. Secondé par Lisbeth Salander, jeune femme rebelle et perturbée. placée sous contrôle social mais fouineuse hors pair, Mikael Blomkvist, cassé par un procès en diffamation qu'il vient de perdre, se plonge sans espoir dans les documents cent fois examinés, jusqu'au jour où une intuition lui fait reprendre un dossier. Régulièrement bousculés par de nouvelles informations, suivant les méandres des haines familiales et des scandales financiers. lancés bientôt dans le monde des tueurs psychopathes, le journaliste tenace et l'écorchée vive vont résoudre l'affaire des fleurs séchées et découvrir ce qu'il faudrait peut-être taire.

         Il fallait bien qu'un jour je me plonge enfin dans ce phénomène de l'édition dont on parle tant... Voilà chose faite.

         Et pourtant, Dieu sait que ces livres étranges, au grand format, aux couvertures noires à liseré rouge, aux illustrations peu avenantes et aux titres incroyablement longs et tordus ne m'attiraient pas du tout !

         Et puis, chemin faisant dans les librairies que j'écume, voyant que ces livres persistaient à trôner en bonne place, j'ai fini par me convaincre que ce désormais best-seller devait bien receler quelque pépite pour faire tourner autant de têtes...

         Poussée donc plus par la curiosité que par un réel engouement marketing, me voilà donc un jour rentrant avec le tome 1 de Millénium sous le bras.

         Dès les premières pages, j'ai pensé m'être totalement fourvoyée dans mon choix de lecture : assaillie par des propos journalistico-politico-financiers, me voilà pestant contre un début de narration très lent, dont l'intrigue ne semble pas vouloir se mettre en place bien que l'auteur ait appâté le client par un prologue bien mystérieux... Damned ! J'en étais presque à crier « remboursez ! »... Mais, d'un naturel plutôt tenace, je décide de poursuivre plus avant ma lecture. Et là, le double effet Larsson s'est mis abruptement en œuvre...

         Le premier effet Larsson est de vous prendre en otage entre ses pages, une irrépressible envie de connaître la suite vous tenaillant l'esprit. Normal, me direz-vous, pour un polar.

         Le deuxième effet Larsson alors ? Une inénarrable plongée dans un monde particulier, aux allures folles de réel et à l'irréalisme romanesque, duquel on ne veut pas émerger...

         Personnellement, je suis restée fascinée par le personnage de Lisbeth Salander. Mystérieuse et fuyante, profonde et étrange, la jeune femme n'en finit pas d'étonner tout au long du roman. Le personnage principal Mikael Blomkvist, bien que sympathique, en paraît presque falot à côté !

         L'intrigue est habilement menée : sorte de mystère de la chambre jaune à l'échelle insulaire, la disparition d'Harriet Vanger titille l'imagination du lecteur... On se prend au jeu et on cherche à savoir ce qui s'est passé ce jour funeste... Qui ? Pourquoi ? Comment ? Quand ? sont les questions qui vous tarauderont autant qu'elle taraudent les personnages. Et vous aussi vous n'aurez de cesse de connaître la vérité !

         Dans l'ambiance neigeuse de la Suède moderne, tous les thèmes de la société actuelle viendront s'échouer sous vos yeux : finances, journalisme, sexualité, violence, rapports familiaux... tout se mêle, s'enchevêtre, pour tisser une toile policière haletante.

         Parfois, on se sentira un peu perdu dans cette immense famille Vanger aux squelettes jonchant les placards. Parfois, on se sentira bousculé par le plaisir indicible de l'auteur de nous malmener sur les sentiers de fausses pistes. On pourra même parfois regretter de ne plus savoir comment tout lier.

         Et puis, tel le tisseur patient et besogneux, Larsson dénoue petit à petit son écheveau sous vos yeux ébahis. Oh, bien sûr, tout n'est pas d'une originalité patentée ! Mais quel univers intrigant et attachant ! On se sent bien dans les pages de Stieg Larsson : une fraîcheur venue du Nord qui a de quoi réconcilier avec le polar moderne selon moi. Out en effet (et dieu merci !) l'ésotérisme ! Out les personnages de détectives à la Bruce Willis, tout en muscles et si peu en finesse ! Out aussi le sanguinolent à tout va qui s'exerce dans des remakes de scènes de crimes névrotiques. Place à la violence froide mais réaliste, aux personnages nuancés et complexes, au cadre d'un monde contemporain vicié, jumeau romanesque de l'univers dans lequel nous vivons.

          Enfin, dernier point et pas des moindres pour moi, Stieg Larsonn parvient à écrire une histoire policière qu'Agatha Christie n'aurait pas renié : pas de dérogation aux règles du polar puisque tous les personnages que le lecteur rencontre ont une réelle part dans l'intrigue. Le lecteur habile pourra mener l'enquête aux côtés de Mikael et Lisbeth. Le(s) criminel(s) seront à vos côtés dès le début et marcheront au même rythme que vous...

         Bon, nul besoin d'épiloguer car tout le monde l'aura compris : j'ai moi aussi cédé avec délice à cette vague suédoise et je n'avais pas fini le premier tome que le deuxième avait atterri sur ma table de chevet, prêt à être dévoré.

         Une vrai belle découverte pour moi. Une bonne surprise surtout parce que les couvertures affublées de ces titres si étranges - pour ne pas dire grotesques de prime abord- étaient loin de m'inspirer !

         Puissè-je ainsi au moins retenir cette leçon, qu'en littérature plus qu'en tout autre domaine, l'habit ne fait pas le moine et le gâteau est parfois bien plus moëlleux que la croûte...

         Alors, aux gourmands friands de polars inédits et innovants, vous pouvez succomber les yeux fermés à ces pavés nordiques !

Publié par Alwenn à 21:26:29 dans @ Polars | Commentaires (10) |

Double dames contre la mort | 29 août 2007

Double dames contre la mort, de Yvonne Besson (Pocket policier, 370 pages). Terminé le 27 août 2007.

Genre : roman policier

Avis : 4/5

RESUME EDITEUR : La découverte fait froid dans le dos : dans une villa cossue de Dinard surplombant l'océan gît le corps en putréfaction d'une jeune femme assassinée. Ayant apparemment subi des sévices sexuels, elle aurait été étranglée...
Au même moment, à Marville, en Normandie, la publication dans la presse de la photo de la victime ravive chez la capitaine de police Carole Riou des cicatrices douloureuses : la défunte, fille d'un respectable galeriste britannique, ressemble à s'y méprendre à sa propre cousine, morte trente ans auparavant dans des conditions quasi similaires. Les visages se superposent, le passé se mêle au présent. Quel tour macabre le destin a-t-il décidé de jouer au capitaine Riou ?

 
Décidément, j'aime bien l'écriture d'Yvonne Besson : elle a un talent particulier pour décrire les petites villes de province à l'ambiance étouffante, où se jouent des drames qui, des années après, résonnent encore de leur écho macabre. Les personnages sont toujours saisis sur le vif, décryptés dans leur pensée avec une justesse et une profondeur étonnante. Attachants jusque dans leurs défauts les plus agaçants.

Alors évidemment, ceux qui aiment les polars où ça bouge, les romans musclés et dynamiques resteront sur leur faim parce que l'univers d'Yvonne Besson correspond sans doute plus aux « Cinq dernières minutes » qu'aux « Experts »... Mais quand on aime ce genre d'atmosphère et ce type d'écriture, on ne peut qu'être comblé ! Yvonne Besson prend un malin plaisir à nous balader dans son histoire, sans jamais opacifier plus que de raison les indices qu'elle sème au fil des pages. Cela amène, en tant que lecteur, à confondre le ou les coupables parfois assez rapidement, mais peu importe ! L'écriture d'Yvonne Besson se savoure et son univers se vit...

C'est le troisième roman que je lis de l'auteur, et je ne me lasse vraiment pas du personnage de Carole Riou et de ses intrigues policières ! A quand un autre opus de ses aventures ?

Publié par Alwenn à 00:15:18 dans @ Polars | Commentaires (0) |

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