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Fabula Bovarya...ou l'art de la fuite romanesque

" Fabula Bovarya" est un blog qui s'adresse à tous ceux qui, comme moi, sont atteints d'un incurable bovarysme.

Fabula en latin, c'est l'histoire, la fable, celle dans laquelle on plonge avec délice, pour fuir les réalités pesantes...


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La déesse noire | 06 juin 2006

Murena, La déesse noire (livre cinquième), de Dufaux et Delaby (Dargaud, 50 pages). Terminé le 06 juin 2006.

RESUME : Rome,
au printemps 62. Après la mort de sa mère Agrippine et de Burrhus,
l'ancien préfet des cohortes prétoriennes, le jeune Néron poursuit son
règne. Sa nouvelle favorite, Poppée, tire quant à elle ses ficelles
depuis l'ombre du Prince, ombre grandissant sous le sceau peu à peu
marqué de la folie...


Genre : bande dessinée

Avis : 4/5

Si
je n'achète pas souvent de bd, c'est bien pour cette raison : ce sont
de petites mignardises qui ne durent jamais assez longtemps à mon goût.
C'est comme ces bonbons de mon enfance que l'on commençait à doucement
suçoter, histoire de profiter, mais dans lesquels on finissait par
croquer avidement dès que l'on sentait le cœur fondant sous l'enrobage
prêt à céder... Les bd ont exactement le même effet sur moi. Je
commence toujours doucement, mais je suis bien trop vite happée par
l'histoire et je n'aurais de cesse de tourner les pages jusqu'à la
dernière.

Résultats
des courses sur Muréna : ça faisait un an que j'attendais la sortie du
tome 5. Samedi, je suis allée faire un tour à la librairie, et je m'en
suis emparée. Je l'ai docilement ramené à la maison, où je lui ai
changé quatre fois de place mais sans jamais l'ouvrir (si c'est pas du
masochisme, ça...). Et hier soir, je n'ai pas pu résister. Je l'ai
ouvert à 1 heure du matin, juste avant de m'endormir, en me disant
qu'ainsi, je ne lirais que les premières pages... Si ce n'est pas être
naïf que d'être si peu objectif sur soi !.... 45 minutes plus tard,
j'avais fini. Est-ce qu'on peut imaginer cette distorsion ? Un an
d'attente consommé en 45 minutes... Arrrrrrggggg...

Cela
dit, je ne suis pas du tout déçue (d'avoir terminé la bd, si, mais ça
c'est une autre histoire). Dufaux et Delaby nous livrent ici un album
au dessin épatant : je n'ai pas cessé de m'extasier sur le goût du
détail, sur les couleurs (j'adore particulièrement les teintes d'orange
ocré des scènes de nuits dans les demeures éclairées aux lampes à
huile), les visages, la mise en scène... Il est sûr que pour cela au
moins, je pourrai rouvrir tant que je veux l'album, je découvrirai même
des détails qui m'auront échappé à la première lecture.

Le
scénario demeure centré sur le personnage de Néron, qui prend une telle
ampleur que la place attribuée à Lucius Murena, héros éponyme de la bd,
en est restreinte. Le figure du prince basculant dans la folie est ici
au cœur de l'histoire.

Les
femmes ont toujours ce rôle qui, depuis le début de l'aventure Muréna,
les propulse au rang de grandes manipulatrices. D'une beauté froide
mais merveilleuse, Poppée a remplacé Acté dans le lit du Prince et
tisse sa toile patiemment. Il y a toujours cette double identité de la
femme « belle de jour » et monstre des ténèbres qui est un thème
récurrent chez le duo. Poppée n'est en sorte qu'un avatar d'Agrippine.

Sénèque
est toujours là, mais on sent que le philosophe perd peu à peu de son
emprise sur le jeune César. Ce basculement de la folie que l'on
évoquait plus haut fait d'ailleurs l'objet d'une scène qui m'a
personnellement « ennuyée » : lorsque je l'ai lue la première fois,
sans aller voir la note correspondante, je l'ai trouvée un peu
artificielle. Or on connaît le souci d'exactitude du duo qui s'appuie
sur de la documentation et s'entoure d'historiens du monde romain pour
s'assurer une certaine véracité historique. Je me suis trouvée un peu
démunie face à cette scène où Néron, enivré des paroles mielleuses de
Pétrone, finit par se mettre nu face à sa cour, qui l'admire du regard
que l'on porte sur les statues divines. En allant voir la note
correspondante, les deux auteurs ont l'honnêteté d'annoncer que cette
scène est pure invention et qu'elle doit symboliser le basculement de
Néron vers la folie et le rôle qu'a joué son entourage en attisant ses
délires. Soit. Mais franchement, j'ai trouvé un côté trop « travaillé »
à cette scène, qui ne cadre pas avec la « spontanéité » des autres
scènes.

Le
passage de la course de char est très bien (clin d'œil à l'anthologique
scène de Ben Hur, sans nul doute) mais son gros défaut est de « manger
» 11 pages du livre. Comme c'est un passage extrêmement visuel, avec
une scénarisation très cinématographique, on avale un cinquième du
livre sans s'en rendre compte. D'où aussi ce sentiment de frustration
quand on termine l'album, car à bien réfléchir, peu d'intrigues
finalement se nouent dans cet opus. C'est un album centré sur les
personnages, leurs pensées, leurs rôles les uns par rapport aux autres,
leurs cheminements... On sent que se mettent en place les pièces d'un
jeu d'échec machiavélique où chaque individu aura son rôle à jouer.
Pour l'instant, l'heure est au positionnement.

Bref,
il va falloir que je patiente encore un an pour la suite... En
attendant, je pourrais toujours relire les tomes précédents. Et les
regarder jusqu'à satiété, car il y a vraiment une qualité de dessin que
j'adore. Longue vie au duo Dufaux-Delaby !

Publié par Alwenn à 09:16:57 dans @ Bandes dessinées | Commentaires (0) |

Poèmes de Rimabud : qu'en aurait pensé le poète de vingt ans ? | 25 avril 2006

Poèmes de Rimbaud en bandes dessinées, Collectif (Petit à Petit, 2003-96 pages). Terminé le 25 avril 2006.

Genre : bande dessinée

Avis : 4/5


Après avoir lu les poèmes de Verlaine en BD, quoi de plus normal que de
s'attaquer à ceux du voyant de Charleville, « l'homme aux semelles de
vent », Arthur Rimbaud ?

Depuis
mon adolescence, je voue une admiration sans borne à ce poète, et sans
avoir toujours tout compris de sa poésie, je l'ai aimée et portée en
moi, fascinée par son parcours hors-norme.

Je
ne répèterai pas les commentaires d'usage sur cette entreprise de
scénariser des poèmes puisque j'en ai déjà parlé dans ma critique sur Les poèmes de Verlaine en BD. Mon avis est quasi-identique.

A
un détail près : je trouve ici, dans la plupart des cas, le dessin plus
incisif, plus agressif que chez Verlaine. Ce n'est souvent pas mon
style de dessin (je dois avouer que j'ai même un peu de mal avec
certains traits), mais il faut reconnaître que cela donne une
profondeur supplémentaire à la critique affleurante des poèmes :
l'image du bourgeois tant haï par Rimbaud (A la musique) ainsi que la religion et son cortège de Tartuffes (Les pauvres à l'église, Le châtiment du Tartuffe) entre autres.

Certaines scénarisations sont d'une facture assez classique, donc abordables par tous (Ma bohème, Première soirée, Le dormeur du val), d'autres me posent un sérieux souci d'interprétation (Honte (alors là, il faudrait m'expliquer le rapport avec Jack l'éventreur...), Bonne pensée du matin, et même Sensation ou Aube).

Mes trois préférés sont Roman (actualisé et avec un gros parti pris interprétatif très intéressant : je l'ai déjà exploité avec mes élèves en cours), Bal des pendus et surtout, surtout, Le mal. J'ai complètement flashé sur cette interprétation moderne de Le mal,
qui m'a totalement conquise dans l'actualité de son fond. Je pense que
là aussi je vais tenter une exploitation pédagogique, en centrant sur
la dimension argumentative de la scénarisation (qui existe déjà bien
sûr dans le poème mais qui là, passera d'autant mieux auprès des élèves
que les images renverront à des référents culturels et historiques
connus d'eux car récents.)

Bref,
comme pour Verlaine, il y a à boire et à manger, comme on dit, et le
tout est de ne pas s'en faire une indigestion. Et puisque je viens de
tenter un méchant jeu de mots (on ne se moque pas, svp), je voudrais
encore une fois saluer le talent de Christophe Renault qui se charge
des encarts biographiques, qui sont à chaque fois rédigés avec beaucoup
d'humour et de clins d'œil.

Publié par Alwenn à 21:20:29 dans @ Bandes dessinées | Commentaires (0) |

Poèmes de Verlaine | 17 avril 2006

Poèmes de Verlaine en bandes dessinées, Collectif. (Petit à Petit - 96 pages) Terminé le 08 avril 2006.

Genre : bande dessinée

Avis : 4/5

La
petite maison d'édition « Petit à Petit » offre un beau livre au
contenu parfois contestable mais toujours intéressant. Le pari était
risqué : illustrer et interpréter les textes de grands poètes, Paul
Verlaine en l'occurrence ici. A noter qu'un effort a été fait pour
essayer de présenter la biographie du poète, dans un encadré noir, sur
la même page que le texte original. Le style y est malicieux et offre
des anecdotes pleines de sens et qui, à défaut d'éclairer toujours
l'œuvre, renseignent sur l'homme.

Les
17 poèmes choisis dans ce recueil sont illustrés de manière très
inégale : on aime ou pas le trait du dessinateur (différent à chaque
poème), - c'est affaire de goût -, mais on peut surtout être surpris de
l'interprétation du poème en lui-même : agréablement parfois, avec
certaines interprétations intelligentes et novatrices, qui apportent
une lumière nouvelle sur certains textes galvaudés ; désagréablement
dans certains cas, où l'on perd de vue le sens profond du texte et où
la scénarisation va chercher des idées bien trop éloignées de l'univers
verlainien.

Cependant,
comme le texte original est proposé sur la page de droite avant chaque
scénarisation, le lecteur peut se faire sa propre image du poème et ne
pas se laisser entièrement influencer par l'interprétation. Ensuite,
comme je le disais plus haut, c'est donc affaire de goût, et surtout
affaire de sensibilité personnelle. Quand on a côtoyé Verlaine
longtemps avant de lire ce livre, on peut être déçu, ou enchanté. C'est
quitte ou double. Mais l'ensemble demeure de bonne qualité et, sans
forcément tout aimer, on y trouvera sans doute son compte si l'on
apprécie ce prince des poètes que fut Verlaine. Et pour ceux qui le
découvrent, les jeunes notamment, ce peut être un bon moyen de les
amener vers la poésie avec un support (la BD) qu'ils apprécient souvent.

Publié par Alwenn à 16:46:14 dans @ Bandes dessinées | Commentaires (0) |

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