" Fabula Bovarya" est un blog qui s'adresse à tous ceux qui, comme moi, sont atteints d'un incurable bovarysme.
Fabula en latin, c'est l'histoire, la fable, celle dans laquelle on plonge avec délice, pour fuir les réalités pesantes...
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99 francs, de Frédéric Beigbeder (Folio, 299 pages). Terminé le 21 octobre 2007.
Genre : roman
Avis : 2/5
RESUME EDITEUR : En ce temps-là, on mettait des photographies géantes de produits sur les murs, les arrêts d'autobus, les maisons, le sol, les taxis, les camions, la façade des immeubles en cours de ravalement, les meubles, les ascenseurs, les distributeurs de billets, dans toutes les rues et même à la campagne. La vie était envahie par des soutiens-gorge, des surgelés, des shampoings antipelliculaires et des rasoirs triple-lame. L'oeil humain n'avait jamais été autant sollicité de toute son histoire : on avait calculé qu'entre sa naissance et l'âge de 18 ans, toute personne était exposée en moyenne à 350 000 publicités. Même à l'orée des forêts, au bout des petits villages, en bas des vallées isolées et au sommet des montagnes blanches, sur les cabines de téléphérique, on devait affronter des logos "Castorama", "Bricodécor", "Champion Midas" et "La Halle aux Vêtements". Il avait fallu deux mille ans pour en arriver là.
Je suis très déçue cette fois-ci par
Beigbeder. Autant j'avais adoré L'amour dure trois ans, autant je me
suis ennuyée à la lecture de celui-ci.
La première partie est pourtant très bonne : créatif de pub désabusé, Octave cherche à se faire virer de la boîte où il travaille. A grands coups de slogans publicitaires actuels et de dépeçage en règle des techniques marketing qui nous abrutissent, le narrateur tisse avec son lecteur un lien à la limite sado-maso : on aurait envie de le baffer (après tout, il a plus de thunes qu'on n'en aura jamais nous, et il ose se plaindre) ou alors de se faire baffer nous-mêmes (comment pouvons-nous être aussi naïfs, -pour ne pas dire autre chose-, et nous laisser avoir comme des abrutis par la pub ? On le savait déjà qu'on était les vaches à lait des grandes marques, mais là, ça ne donne plus envie d'aller faire ses courses. Ou alors pour acheter autre chose.) Bref, une bonne première partie. Vraiment.
Mais au fur et à mesure que le livre avance, c'est une véritable Bérézina littéraire et stylistique. La construction était pourtant intelligente (je, tu, il, nous, vous, ils) mais elle apparaît artificielle plus on progresse dans le roman.
On perd rapidement de vue l'objectif de départ d'Octave, qui était de se faire virer, je le rappelle, et on assiste à un pseudo road-movie publiciste américain du narrateur, accompagné de son copain Charlie, et là, le fil rouge se délite progressivement pour disparaître complètement.
Quant à la fin, elle semble totalement bâclée, et elle est inintéressante (c'est cette partie-là qu'il a écrit après son rail de coke ?) et complètement en digression par rapport au début du roman.
Je suis donc hyper déçue. Et le plus rageant c'est que compte tenu de la réelle qualité du début, on referme le livre avec la désagréable impression qu'on aurait pu avoir bien mieux comme roman si Beigbeder ne s'était pas laissé aller à des travers stylistiques qui se veulent post-modernistes, fleurant bon l'écriture sous emprise de substances illicites... C'est dommage.
Mais le pire dans cette histoire, c'est que j'aurais envie de me gifler pour avoir été aussi idiote : j'ai acheté le bouquin alléchée par le nom d'un auteur qui m'avait plu précédemment, et matraquée par la pub qui avait été faite autour du film (que je n'ai pas vu, je le souligne). Et voilà comment acheter et donner de l'argent à quelqu'un qui vous explique par A + B que vous êtes de vrais moutons dont l'instinct se limite aujourd'hui à la consommation.
Publié par Alwenn à 16:24:04 dans @ Romans | Commentaires (0) | Permaliens
Le liseur, de Berhnard Schrink (Folio, 242 pages). Terminé le 13 octobre 2007.
Genre : roman
Avis : 5/5
RESUME EDITEUR : A quinze ans, Michaël fait par hasard la connaissance, en rentrant du lycée, d'une femme de trente-cinq ans dont il devient l'amant. Pendant six mois, il la rejoint chez elle tous les jours, et l'un de leurs rites consiste à ce qu'il lui fasse la lecture à haute voix. Cette Hanna reste mystérieuse et imprévisible, elle disparaît du jour au lendemain. Sept ans plus tard, Michaël assiste, dans le cadre de des études de droit, au procès de cinq criminelles et reconnaît Hanna parmi elles. Accablée par ses coaccusées, elle se défend mal et est condamnée à la détention à perpétuité. Mais, sans lui parler, Michaël comprend soudain l'insoupçonnable secret qui, sans innocenter cette femme, éclaire sa destinée, et aussi cet étrange premier amour dont il ne se remettra jamais. Il la revoit une fois, bien des années plus tard. Il se met alors, pour comprendre, à écrire leur histoire, et son histoire à lui, dont il dit : "Comment pourrait-ce être un réconfort, que mon amour pour Hanna soit en quelque sorte le destin de ma génération que j'aurais moins bien su camoufler que les autres ? "
Le choix de ce livre après Le secret
de Grimbert est un coup de la fortune. Le liseur était dans ma PAL et il est
arrivé dans mes mains comme à chaque fois, par le jeu du hasard. Mais que le
hasard fait si bien les choses parfois !
Le liseur traite du même thème de la Shoah, mais envisagé cette fois-ci à travers le point de vue allemand et à travers le regard du narrateur, issu de la génération d'après le IIIeme Reich. A travers son éducation amoureuse avec Hanna, puis de sa découverte sur le passé de sa maîtresse, les questions se succèdent. Comment expliquer ? Comment comprendre ? Comment réagir ? Le narrateur se pose les questions essentielles à tout cheminement de compréhension et d'explication face au mal, à l'horreur. Lui, qui n'a pas pris part aux funestes événements, mais qui devra porter comme une faute le poids des erreurs de la génération précédente. Cette rencontre avec Hanna est de celle qui renverse tous les préjugés, toutes les opinions, toutes les convictions. Le narrateur en sera marqué à vie. Mais encore une fois, l'écriture permet la libération des émotions et des sentiments. Elle n'aide pas toujours à comprendre, mais elle tente tant bien que mal de le faire.
Publié par Alwenn à 22:00:23 dans @ Romans | Commentaires (2) | Permaliens
Un secret, de Philippe Grimbert (Livre de poche, 184 pages). Terminé le 08 octobre 2007.
Genre : roman
Avis : 5/5
RESUME EDITEUR : Souvent les enfants s'inventent une famille, une autre origine, d'autres parents. Le narrateur de ce livre, lui, s'est inventé un frère. Un frère aîné, plus beau, plus fort, qu'il évoque devant les copains de vacances, les étrangers, ceux qui ne vérifieront pas... Et puis un jour, il découvre la vérité, impressionnante, terrifiante presque. Et c'est alors toute une histoire familiale, lourde, complexe, qu'il lui incombe de reconstituer. Une histoire tragique qui le ramène aux temps de l'Holocauste, et des millions de disparus sur qui s'est abattue une chape de silence. Psychanalyste, Philippe Grimbert est venu au roman avec La Petite Robe de Paul. Avec ce nouveau livre, couronné en 2004 par le prix Goncourt des lycéens et en 2005 par le Grand Prix littéraire des lectrices de Elle, il démontre avec autant de rigueur que d'émotion combien les puissances du roman peuvent aller loin dans l'exploration des secrets à l'œuvre dans nos vies.
Je ne suis pas allée voir le film, je ne
sais pas si j'irai le voir, mais une chose est sûre : grand bien m'a pris
de céder aux sirènes de la promotion faite autour de ce livre...
Je ressors de ma lecture complètement bouleversée... L'histoire est absolument superbe, racontée dans un style simple, dépourvu de fioritures, pénétrant avec une acuité puissante au cœur des sentiments humains : amour, trahison, culpabilité, tristesse et deuil...
Bâtie sur les cendres encore tièdes de la Shoah, l'histoire de ce narrateur qui s'est inventé un frère et qui, inconsciemment, lutte avec les démons cachés de sa famille, nous livre une émotion intense.
Ca faisait bien longtemps -trop longtemps sans doute- que je n'avais pas refermé un livre avec cette petite perle troublée qui s'accroche à votre œil, naturellement, simplement, parce que les événements que nous livre Philippe Grimbert sont durs, lourds, et pourtant nimbés de pureté dans les sentiments qui s'échappent des personnages et qu'ils entretiennent entre eux.
Un secret est un petit bijou qu'il faut avoir lu. Une fois commencé, on ne peut plus le lâcher avant d'avoir compris, avant d'avoir su, avant d'avoir ressenti.
Jusqu'au bout, le livre nous emporte. Reste alors un profond sentiment de tristesse, mais aussi d'espoir : l'écriture peut dire l'indicible, l'écriture peut dévoiler l'inavouable, l'écriture peut libérer des masques du mensonge ou de la dissimulation. Mais plus que tout, l'écriture permet de ne jamais oublier. Quand la révélation d'un secret permet aux morts de s'envoler, laissant leur souvenir s'imprimer dans le tréfonds de nos âmes...
Publié par Alwenn à 14:23:07 dans @ Romans | Commentaires (0) | Permaliens
Une situation légèrement délicate, de Mark Haddon (Nil éditions, 494 pages). Terminé le 06 octobre 2007.
Genre : roman
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : George & Jean Hall vous invitent au (second) mariage de leur fille Katie (têtue comme une mule et affligée d'un caractère de cochon) qui a l'intention d'épouser Ray (un géant improbable aux " mains d'étrangleur "), le 15 mars 2007. D'ici là... George (qui perd la tête aussi poliment que possible), sa femme Jean (qui couche avec l'ancien collègue de George), Jamie (leur fils homo incapable d'officialiser sa liaison avec son amant en l'invitant au mariage) et Katie (qui se demande si elle aime vraiment Ray)... prieront pour que leur folie familiale ne soit qu'une situation légèrement délicate.
Je m'explique : en ouvrant le livre, je me suis sans doute attendue à trouver le même ton que dans le livre précédent. Cependant, les personnages étant forts différents, le ton ne pouvait être identique. Ainsi, une fois habituée à l'atmosphère et à l'ambiance du roman, je me suis laissée prendre au rythme que Mark Haddon donne à ses histoires et j'ai lu avec plaisir.
Mark Haddon nous livre ici la chronique d'une famille britannique dans toute sa splendeur : amours, emmerdes, mariage, enterrement (un tout petit, mais un enterrement quand même)... dans un style d'écriture souple et tellement réaliste ! L'auteur a le don d'expliquer les petites choses de la vie avec une simplicité déconcertante, mais de manière toujours imagée. Un vrai régal.
De plus, chacun peut se trouver des points communs avec l'un ou l'autre des personnages, ou même un peu dans chaque. Ou encore reconnaître ses proches dans l'un ou l'autre. Je me suis beaucoup retrouvée dans Jamie, le fils homosexuel (euh, rien à voir avec moi, je sais, mais son caractère me correspond assez bien...) mais aussi un peu dans Katie, la fille qui se marie et se pose un millier de questions... Le ton est souvent décalé, les situations cocasses et parfois même limite déjantées (scène d'anthologie de la baignoire pour George !!!) et c'est un vrai plaisir de se trouver perdu au milieu de cette famille...
On aurait le réflexe de se dire au premier abord qu'ils sont barjots. C'est vrai. Et si finalement toutes les familles étaient comme ça ? Sous des apparences lisses et banales, les petits soucis de la vie quotidienne peuvent vite venir frôler le drame, plongeant tout le monde dans... des situations légèrement délicates...
Avant de terminer, je voulais mettre un extrait qui m'a bien plu, concernant Jamie (et je nierai toute ressemblance avec ma personne, si, si...) :
« Jamie avait consacré beaucoup de temps et d'énergie à organiser sa vie exactement comme il le voulait. Travail. Maison. Famille. Amis. Tony. Gym. Relaxation. Quelques passerelles entre certains compartiments. Katie et Tony. Amis et gym. Mais s'il existait des compartiments, ce n'était pas pour rien. C'était comme au zoo. On pouvait mélanger chimpanzés et perroquets. Mais si on retirait toutes les cages, c'était le bain de sang assuré. »
A lire donc, sans scrupule, sans arrière-pensée, sans parti pris ni sans attentes particulières. Juste pour le plaisir de rire ou de sourire du malheur des autres, avant de retrouver les nôtres.
Publié par Alwenn à 12:24:11 dans @ Romans | Commentaires (2) | Permaliens
Carnages, de Maxime Chattam (Pocket, pages). Terminé le 25 septembre 2007.
Genre : thriller
Avis : 4/5
RESUME
EDITEUR : Harlem Est. 18 novembre, 8h28. Ils sont
tous là, dans le hall d'entrée du lycée Village Academy. Plus que quelques
minutes avant le début des cours. Parmi les élèves, un adolescent, un sac à dos
ouvert à ses pieds. Lentement, il lève son arme vers ses camarades et cale des
chargeurs dans sa poche. Le carnage peut commencer...
Quand l'inspecteur Lamar Gallineo arrive sur les lieux du massacre, c'est pour
découvrir le cadavre défiguré du tueur qui a fini par retourner l'arme contre
lui. Rapidement, cette affaire dépasse le simple fait divers : de nouvelles
tueries éclatent dans d'autres établissements.
A chaque fois, le même scénario, inexplicable. Des lycées de New York aux
souterrains abandonnés du métro, Lamar va tenter d'enrayer cette macabre
épidémie. Mais les apparences sont trompeuses. Toujours...
Tout d'abord, un immense remerciement
à Belgarpat qui m'a gentiment envoyé ce petit livre inédit de Maxime Chattam
par la poste...
Et en lisant l'adjectif « inédit », vous pouvez imaginer l'excitation qui peut saisir un lecteur de Chattam en tenant entre ses mains cet opuscule que la majorité du grand public n'a pas lu encore... C'est assez étrange comme sensation : on se sent privilégié, comme rentrant dans le cercle intime de l'auteur, qui vous fait la faveur de vous livrer ses talents d'écriture dans ces quelques pages... (T'avais pas tort en utilisant l'expression « petites mains fébriles », Belgarpat ;-))
Bref, on saisit le livre, on l'observe beaucoup d'abord. Sa couverture. On l'ouvre ensuite, on fait bruisser habilement les feuilles. On écoute le bruit des mots qui cherchent à s'enfuir. Et puis on s'assoit et on pose ses yeux sur les premiers mots. On lit, enfin.
Plaisir. Plaisir de découvrir une histoire comme Maxime Chattam sait les faire : circonvolutions autour de massacres dans des lycées américains. Fureur et sang, violence. Ce n'est par pour rien que le livre porte le titre de « Carnages ». Alors là, premier bémol de la pauvre âme sensible que je suis : j'aime le style cru de Maxime, même si je n'ai lu qu'un seul tome sur les trois de sa trilogie du Mal, mais là, il faut aimer les visions d'horreurs que peuvent occasionner des blessures mortelles au fusil... On aurait presque le goût âcre et ferreux du sang dans la bouche...
L'inspecteur Lamar est un flic bien campé, original. Hors norme. L'enquête repose sur ses épaules et heureusement qu'il les a bien larges. Parce l'histoire lui réserve bien des surprises. Et au lecteur aussi par la même occasion. On ne refera pas Maxime, et heureusement : il a le don de vous faire des surprises.
Et là où j'ai envie de mettre du sel dans la plaie, pour faire un peu mal tout de même, c'est sur le dénouement de l'intrigue. Oui, c'est vrai, l'histoire tient debout et ne manque pas de ressort. Mais elle manque par contre cruellement d'approfondissement psychologique. On pourra mettre cela sur le compte de la brièveté du roman, bien sûr. Mais on connaît -malheureusement- les racines américaines authentiques et tristement réelles de ces dernières années, qui forment le terreau de l'histoire... Et je pense que l'évocation de ce sujet aurait mérité que Chattam investisse davantage ses personnages d'une profondeur psychologique dont il ne les a pas dotés. C'est dommage. Les motivations finales dévoilées à la fin peuvent donc apparaître un peu simplistes, voire réductrices. Manichéen. Oui. Mais Chattam est très manichéen. C'est sans doute là son plus grand défaut et sa plus grande qualité.
Enfin, merci encore à toi, Belgarpat, de m'avoir permis de lire « Carnages ».
Publié par Alwenn à 21:49:39 dans @ Thrillers | Commentaires (4) | Permaliens
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