" Fabula Bovarya" est un blog qui s'adresse à tous ceux qui, comme moi, sont atteints d'un incurable bovarysme.
Fabula en latin, c'est l'histoire, la fable, celle dans laquelle on plonge avec délice, pour fuir les réalités pesantes...
LIRE est le verbe que j'aimerais pouvoir conjuguer à toutes les personnes et à tous les temps le plus souvent possible...
Mes lectures ? De tout, de rien... je voyage dans les mots au gré de mes découvertes et de mes marottes du moment.
C'est ainsi qu'après avoir découvert la littérature jeunesse par
l'intermédiaire de mon travail, je m'en suis fait une passion. D'où le
mélange des genres de Fabula Bovarya.
Pas de panique ! Pour s'y retrouver, on suit la couleur
(même si je ne suis pas vraiment une fan des classifications en
littérature : les frontières ne sont pas toujours simples à déterminer)
- en ROSE : les livres de littérature jeunesse, les livres pour ado.
- en VIOLET : les livres pour "adultes".
Que dire de mes avis ? Sans doute qu'ils sont toujours très subjectifs (forcément) mais, avant tout, toujours sincères. Je ne prétends pas être critique littéraire.
D'ailleurs, Monsieur Pennac, j'aurais bien aimé rajouter à vos "Droits imprescriptibles du lecteur" un onzième droit, qui me tient à coeur - et qui me paraît tout aussi essentiel que les dix autres - : le droit de ne pas avoir aimé un livre...(accompagné de son corollaire, le droit de le dire...)
Le droit de ne pas lire.
Le droit de sauter des pages.
Le droit de ne pas finir un livre.
Le droit de relire.
Le droit de lire n'importe quoi.
Le droit au bovarysme (maladie textuellement transmissible)
Le droit de lire n'importe où.
Le droit de grappiller.
Le droit de lire à haute voix.
Le droit de nous taire.
(in Comme un roman, de Daniel Pennac)
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La disparition d'Anastasia Cayne de Gregory Galloway (Albin Michel (Wiz suspens), 362 pages). Terminé le 17 mars 2008.
Genre : roman jeunesse
Avis : 3/5
RESUME EDITEUR : Anna Cayne préfère qu'on
l'appelle Anastasia, aime Houdini le prestidigitateur, élabore des codes
secrets et des énigmes, s'habille tout en noir et passe son temps à écrire de
fausses nécrologies sur les habitants de la ville. Quand je suis tombé amoureux
d'elle et qu'elle a mystérieusement disparu, j'ai commencé à recevoir des
messages codés que seule Anastasia aurait pu m'envoyer...
La disparition d'Anastasia Cayne est un livre pour le moins étrange et dérangeant... à la fois roman d'initiation et roman à suspens, le lecteur peut vite se sentir pris en otage de cette narration interne anonyme, puisque du narrateur, nous ne connaîtrons jamais le nom. A peine la première lettre de son prénom, un lapidaire G.
Anna est une jeune gothique mystérieuse, une adolescente pleine de vie aux habitudes étranges : elle écrit de fausses nécrologies, s'enthousiasme pour des objets qu'elle peut trouver au hasard de sa vie et envoie des lettres ou des cartes postales codées. Rien n'est banal chez Anna, contrairement au narrateur, son petit ami, qui se fond dans la masse adolescente sans signe distinctif particulier.
L'ambiance du livre, sans être lugubre, est cependant assez oppressante puisque dès la quatrième de couverture, on sait qu'Anna est vouée à disparaître. Disparaître. Le mot est lâché. Après les longues pages où le narrateur décrit sa relation avec Anna, disséminant des détails sur sa vie personnelle et la vie au lycée, Anna s'évapore. Suicide ? Fugue ? Meurtre ? Les questions demeurent sans réponse et même à la fin du livre, le mystère reste entier. Bien sûr, de nombreux indices ont été éparpillés avec soin tout au long du roman un peu comme Anna elle-même aurait aimé le faire, mais les pistes sont si nombreuses, qu'il est impossible de trancher in fine. Ce que j'ai d'ailleurs trouvé très frustrant. L'atmosphère même du roman m'a fait de plus indéniablement penser à L'affaire Jennifer Jones d'Anne Cassidy : tout est lourd de sous-entendus, et le thème même de la disparition et du malaise adolescent plombe les pages. Ce parti pris de rédaction n'est pas inintéressant en soi, mais en matière de littérature jeunesse, on ne s'attend pas toujours à une telle gravité.
On sent tout au long du roman planer quelque chose de malsain mais sans jamais pouvoir mettre le doigt dessus. C'est le genre de livre qui tourne autour du pot sans jamais l'atteindre. Et c'est ce qui créé ce malaise.
Au final, je n'ai pas été conquise par ce roman puisqu'Anne Cassidy avait selon moi déjà ouvert la voie et qu'il n'y a donc là rien de neuf sous le soleil. De plus, cette incertitude constante au fil de l'intrigue qui ne trouve aucune résolution finale finit par être angoissante et décevante.
Je reconnaîtrais cependant à l'auteur un réel talent pour avoir imaginé le personnage d'Anna, hors du commun et extrêmement attachant, voire fascinant. Gregory Galloway parvient à nous faire entrevoir l'étrangeté attirante de la jeune fille à travers le regard enamouré de son narrateur et par le biais de ses curieuses manies.
« Simple comme la neige », code phare du roman, résume à lui seul l'antithèse de ce livre : derrière une histoire apparemment banale se cache la profondeur glacée des errances adolescentes.
Publié par Alwenn à 16:22:18 dans @ Littérature jeunesse | Commentaires (4) | Permaliens
Fantômes à tous les étages de Laura Ruby (Albin Michel (Wiz), 295 pages). Terminé le 10 mars 2008.
Genre : roman jeunesse
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : Cape May, ses jolies demeures,
ses plages, ses fantômes... Les vieilles maisons sont toujours hantées par
quelques fantômes. À Cape May c'est encore pire, il y a autant de spectres que
d'habitants. Lily, qui vient d'emménager, ne tarde pas à s'en rendre compte.
Coups de téléphone étranges, objets changeant de place, confiture dans les
chaussures... et si c'était l'oncle Max disparu depuis des lustres ? Alors que
Lily croit avoir résolu l'énigme, d'autres membres de la famille viennent
frapper à la porte...
Voilà un roman de fantômes comme on les aime : espiègles, farceurs et amicaux. L'ambiance du roman m'a fait penser à ces livres de la bibliothèque rose de mon enfance : l'esprit de l'intrigue est naïf et candide, et c'est avec un plaisir non dissimulé que l'on se glisse sur la piste et que l'on enquête chapitre après chapitre...
Lily, l'héroïne, est attachante et on suit son histoire avec bonheur. Que se passe-t-il donc dans la demeure de Cape May ? Les événements étranges se succèdent sans que l'on puisse y apporter d'explication rationnelle. Mais aidé de Vaz, un beau grec de son âge, Lily va mener l'enquête pour comprendre...
La construction du roman est, de plus, intéressante : en effet, les chapitres alternent entre l'histoire de Lily et des « interventions » de fantômes, qui, pour certaines, sont pleines d'humour.
L'écriture est fluide et l'on se laisse très vite prendre dans cette histoire. Le livre plaira donc certainement beaucoup à un jeune public : juste de quoi frissonner un peu, sourire, et vibrer.
Et pour les adultes qui s'égareront entre ces pages, vous aurez le bonheur de tomber dans une atmosphère digne des meilleurs romans d'aventure d'il y a quelques années, quelques clins d'œil modernes en plus.
Publié par Alwenn à 00:07:45 dans @ Littérature jeunesse | Commentaires (2) | Permaliens
Un heureux événement de Eliette Abecassis (Livre de poche, 157 pages). Terminé le 05 mars 2008.
Genre : roman
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : " Désormais ma vie ne m'appartenait plus. Je n'étais plus qu'un creux, un vide, un néant. Désormais, j'étais mère. " Violent, sincère, impudique, le nouveau roman d'Eliette Abécassis brise les tabous sur la maternité, cet "heureux événement " qui n'est peut-être qu'une idéologie fabriquée de toutes pièces. Après Mon père et Clandestin, la romancière affirme un ton toujours plus personnel, où la fiction se mêle à une analyse subversive de la société.
Il y a eu beaucoup de controverses me semble-t-il autour de ce livre d'Eliette Abecassis qui traite sans complaisance de la maternité.
N'étant moi-même pas mère, je ne pourrais peut-être pas parler de ce livre en toute objectivité, mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu' « Un heureux événement » ne peut laisser indifférent...
Tout d'abord, je dois avouer qu'au moment où j'ai refermé le livre, je me suis dit que le but de l'auteur avait été de détourner tout au long du livre le fameux aphorisme de Simone de Beauvoir (que l'auteur cite beaucoup d'ailleurs) : « On ne naît pas femme, on le devient », pour le mettre au service de la maternité et le transformer en un réaliste « On ne naît pas mère, on le devient ». Quoi de plus légitime que d'aboutir à cette réflexion ? Quoi de plus naturel iront même jusqu'à penser certains. Et du coup, quoi de plus banal penseront les plus pragmatiques...
Certes, en des temps où la psychologie et la psychanalyse ont envahi notre société, dans les magazines comme à la télé, rien de plus normal que de penser que la maternité n'est pas un sentiment inné chez la femme et que l'on devient mère par une longue construction de soi. Ce qui est une Lapalissade pour certains, peut en réalité être un discours salvateur pour d'autres : qu'est-ce que cela peut faire du bien d'entendre, de lire que devenir mère peut être difficile et que c'est toute une vie qui change quand un enfant arrive !
Alors bien sûr, il se pourrait qu'Eliette Abecassis abuse un peu sur certains points, qu'elle grossisse volontairement le trait pour mieux faire passer ses idées. Mais le ton est donné dès le début et il a le mérite d'être clair : dès les premières pages en effet, on voit la narratrice se débattre dans les affres physiques de sa grossesse, et la description qui est faite n'est pas sans rappeler le début de La métamorphose de Kafka... un peu de malice, un peu d'ironie, et le lecteur est prévenu : c'est presque une satire.
La pauvre narratrice enchaîne les déboires et il est vrai que lorsque l'on n'est pas encore mère, cette avalanche de chutes de Charybde en Scylla a de quoi faire froid dans le dos, voire réfréner les ardeurs les plus folles en matière de grossesse et de maternité... Mais justement, c'est peut-être trop pour être réaliste.
Bref, Eliette Abecassis nous enseigne qu'il ne s'agit pas tans « d'être maman » que de le devenir, et que, comme tout apprentissage, il peut être long, laborieux, et douloureux. Parce que finalement, le plus gros défaut de la narratrice, c'est peut-être d'avoir fait un enfant « sans y penser » et de n'avoir pas pris le temps de dire au-revoir à une partie de sa vie... Parce que devenir mère, c'est à mon avis faire le deuil de certaines choses, mais pour en découvrir d'autres, plus en harmonie avec nos préoccupations et nos envies, si c'est un choix réfléchi et souhaité.
Publié par Alwenn à 17:10:30 dans @ Romans | Commentaires (2) | Permaliens
Aristote détective de Margaret Doody (10/18, 248 pages). Terminé le 04 mars 2008.
Genre : polar antique
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : A l'aube du mois de Boédromion, juste au déclin du solstice d'été à Athènes en 328 avant J.-C., un éminent citoyen est brutalement assassiné d'une flèche dans la gorge. Le jeune Stéphanos est rempli d'horreur devant ce spectacle, mais il est encore plus effrayé en écoutant la proclamation publique accusant son cousin Philémon de ce meurtre. Car, selon la loi athénienne, c'est à Stéphanos, plus proche parent mâle de l'accusé, que revient le redoutable honneur de défendre Philémon devant l'Aréopage. Dans son désarroi, il va chercher aide et assistance auprès de son vieux maître Aristote. En racontant son aventure, Stéphanos brosse un savoureux portrait d'Aristote et de ses excentricités, ses enthousiasmes, sa passion pour les poteries et le bon vin. Grâce au philosophe, notre héros fera éclater la vérité.
Après avoir dévoré un certain nombre de polars antiques au temps des Romains, place au polar antique made in Greece... Enfin, Margaret Doody n'est pas grecque mais son héros- détective lui l'est bien, puisqu'il s'agit du célèbre philosophe Aristote, rien de moins ! Aristote le grec, ou plutôt devrions-nous dire le Macédonien, et dieu sait qu'à l'époque, on faisait la différence...
Quelle belle découverte que celle-ci en tout cas ! ça change des ambiances de Rome et c'est tout l'art de la rhétorique antique qui se développe petit à petit au fil de ces pages pour mieux nous entraîner dans une passionnante enquête.
On découvre ainsi l'Athènes antique, le mode de vie des Grecs, et surtout, on plonge avec délice aux côtés de cet Aristote romanesque dans une intrigue pleine de rebondissements. Aristote reste chez lui et le héros Stéphanos, lui apporte au fur et à mesure de ses découvertes les différents éléments qui vont permettre de dénouer cet écheveau. Et c'est avec brio que le jeune Athénien fera éclater la vérité le jour du procès !
Margaret Doody transcrit bien les angoisses du jeune héros, les réflexions du philosophe, et l'on suit plaisamment cette incursion dans la civilisation méditerranéenne qui a sans doute le plus perfectionné son système judiciaire et poussé à son paroxysme l'éloquence et la rhétorique, que nous avons conservées encore aujourd'hui. A cet égard, j'ai particulièrement apprécié les dernières pages du livre, qui mettent en scène le procès, et à la lecture desquelles on peut presque suivre en temps réel la présentation argumentative des deux parties. C'est fascinant.
Il y a d'autres tomes mettant en scène cet Aristote détective et si j'arrive à me procurer les autres (certains sont en rupture de stock), je me ferais un plaisir de faire un petit bout de chemin supplémentaire aux côtés du philosophe...
Publié par Alwenn à 16:39:14 dans @ Polars antiques | Commentaires (2) | Permaliens
Passer l'hiver d'Olivier Adam (pages). Terminé en février 2008.
Genre : recueil de nouvelles
Avis : 2/5
RESUME EDITEUR : Ils
sont sonnés, lessivés, cassés. Un souffle suffirait à les faire tomber.
Pourtant, les personnages de ce livre possèdent une force intérieure
insoupçonnée. Chauffeur de taxi, infirmière, ex-taulard ou vendeuse de
supermarché, ils s'accrochent à la vie avec l'énergie du désespoir. Ce sont des
invaincus.
Olivier Adam décrit avec sobriété ces grands blessés de l'existence, ces paysages noyés dans le brouillard, qui sont comme la métaphore d'une inguérissable mélancolie, ces femmes maternelles auprès de qui des hommes déjà usés tentent de retrouver un réconfort. Avec ce recueil, Olivier Adam s'impose d'emblée comme un « nouvelliste » hors pair, dans la lignée des « grands » américains (Carver, Cheever), dont il a assimilé leurs techniques : stylisation, art de l'ellipse, montage « cut », refus de la psychologie.
Je n'étais probablement pas dans un bon état d'esprit pour lire ce livre dont un ami m'avait dit tant de bien, parce que vraiment, je crois que j'ai détesté cette lecture. Je n'ai aimé ni l'écriture d'Olivier Adam, dont on m'avait vanté l'efficacité, ni les personnages désabusés et perdus que l'auteur met en scène.
Je me suis absolument forcée à aller jusqu'au bout de cette lecture, pourtant courte, tant ces nouvelles m'ont mises mal à l'aise. On a l'impression que l'auteur se complaît dans le misérabilisme, la détresse la plus noire et les situations les plus glauques. C'est oppressant, c'est pessimiste, et ce n'est franchement pas le livre à lire quand on a des soucis personnels. L'éditeur présente les héros comme des « invaincus ». Des invaincus ? Ah, bon ? Où ça ? Je n'ai vu que des âmes blessées, embourbées dans leur vie triste et minable, se débattant avec toute la force du désespoir...
Je n'aime pas trop cette vague de nouveaux auteurs qui surfent sur le malheur des gens pour en faire des histoires dans lesquelles ceux qui n'ont pas de soucis peuvent se plonger avec délectation en se félicitant de ne pas avoir à subir tout ça. C'est la fameuse phrase de Lucrèce poussé en art de vivre littéraire : « Qu'il est bon, assis sur la falaise, de regarder autrui se débattre dans la tempête »...
C'est tellement facile effectivement. Mais je ne peux être touchée par cette vision de l'être humain, qui, tombant dans le désespoir le plus noir, n'a d'autre solution que de se raccrocher à sa condition pour essayer une dernière fois de donner un sens à sa vie. Pour moi ce ne peut être ça la vie. Parce que c'est bien plus beau et poétique si l'on veut bien s'en donner la peine.
Désolée, je n'hurlerais donc pas avec les loups sur ce coup-là... Les éloges dithyrambiques dont bénéficient à la fois le livre et l'auteur ne me rallieront jamais à la mouvance littéraire des despair stories...
Publié par Alwenn à 16:29:52 dans @ Recueil de nouvelles | Commentaires (0) | Permaliens
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