" Fabula Bovarya" est un blog qui s'adresse à tous ceux qui, comme moi, sont atteints d'un incurable bovarysme.
Fabula en latin, c'est l'histoire, la fable, celle dans laquelle on plonge avec délice, pour fuir les réalités pesantes...
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Spirit Lake, de Sylvie Brien (Gallimard Scripto, 237 pages). Terminé le 19 juin 2008.
Genre : roman jeunesse
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : Québec, 13 mai 1915, Dans
l'infirmerie ou camp de détention de Spirit Lake. Peter Gaganoyitch agonise sur
un lit de camp. Il n'a que quatorze ans. Comment en est-il arrivé là ? Trois
mois plus tôt, il débarquait au Canada, avec Iwan, son frère, et sa grand-mère
adorée fuyant la guerre et l'Autriche-Hongrie. Ils pensaient atteindre un
nouveau paradis... Comment un jeune garçon, interné au milieu d'un no man's
land de glace, utilise miraculeusement ses qualités humaines, son imagination.
Et comprend que le bonheur se choisit chaque matin, au saut du lit, comme un
vêtement. Un magnifique roman, une magistrale leçon de vie.
Dès les premières lignes de Spirit Lake, le lecteur est happé par l'histoire : Peter Gaganoyitch nous parle. Il nous parle de la lente agonie qu'il est en train de vivre. On ne sait pas de quoi le jeune garçon est en train de mourir, mais il se meurt dans l'infirmerie du camp de Spirit Lake.
Mais qu'est-ce que Spirit Lake ? Spirit Lake est un camp d'internement de prisonniers pendant la première guerre mondiale, au Canada. C'est un pan de l'histoire totalement méconnu pour moi. Je savais que les Américains avaient agi de la même manière envers les Japonais pendant la seconde guerre mondiale, mais je ne savais pas que le Canada avait fait de même lors de la première guerre mondiale, avec tous les ressortissants austro-hongrois qui abordaient leurs rives, fuyant la guerre en Europe.
Peter Gaganoyitch est un de ces exilés volontaires, croyant arriver sur une terre promise, échappant aux horreurs de la guerre. Il arrive à Québec avec son frère, Iwan, et sa grand-mère. Mais rien ne se passera comme prévu, et pire, les deux jeunes seront envoyés à Spirit Lake. Peter n'a que 14 ans, et il ne devrait pas se trouver dans cet endroit. Mais poursuivi par la haine d'un gradé, il suit son frère Iwan dans ce camp d'internement. La vie va durement l'éprouver, jusque dans cette expérience finale par laquelle commence le livre.
La narration bascule sans cesse du présent au passé, voguant entre l'agonie de Peter et la vie dans le camp, qu'il a vécu jusqu'à temps de se retrouver sur ce lit d'infirmerie. Le lecteur n'a de cesse d'essayer de comprendre ce qui lui est arrivé, comment et pourquoi ce jeune garçon est en train de mourir.
La vie dans le camp est décrite sans artifice, mais sans misérabilisme non plus. Les relations se nouent, les amitiés se lient, mais les inimitiés éclatent aussi. Pas de manichéisme dans ce livre, simplement des sentiments profonds et humains. Un épisode m'a particulièrement marqué : celui où Peter se voit dépossédé d'une « farine » de sarrasin qu'il a reçu dans un étrange colis, et que les femmes du village d'internement décident d'utiliser pour cuire des galettes à tout le monde. Mais cette farine n'est pas celle que l'on croit, et une émotion à la fois glacée et émue m'a saisie à la lecture de ce passage.
Enfin, Spirit Lake trouve une certaine originalité dans le mélange des genres : l'auteur a en effet choisi de mêler tout un pan fantastique à ce récit romancé qui s'appuie sur des bases historiques réelles. J'avoue que je suis assez partagée sur ce choix : il cadre parfaitement avec le décor du lac, sur les berges duquel se dresse le camp, un lac aux esprits dans les légendes indiennes, et où il se passe d'étranges choses. Mais d'un autre côté, le récit aurait tout aussi bien pu tenir sans cet apport fantastique, et ce, même si une grande partie l'intrigue repose sur l'histoire de ce lac et tend vers une fin qui boucle certains « mystères » du roman.
Il n'en reste pas moins que c'est un roman fort, émouvant. Une belle leçon d'humanité et de courage. Et beaucoup d'espoir.
Publié par Alwenn à 00:04:48 dans @ Littérature jeunesse | Commentaires (2) | Permaliens
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