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Fabula Bovarya...ou l'art de la fuite romanesque

" Fabula Bovarya" est un blog qui s'adresse à tous ceux qui, comme moi, sont atteints d'un incurable bovarysme.

Fabula en latin, c'est l'histoire, la fable, celle dans laquelle on plonge avec délice, pour fuir les réalités pesantes...


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Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi | 19 mars 2008

Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi de Mathias Malzieu (J'ai lu, 150 pages). Terminé le 18 mars 2008.


Genre : roman

Avis : 4/5


RESUME EDITEUR : " Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi ? Qu'est-ce que ça veut dire la vie sans toi ? Qu'est-ce qui se passe pour toi là ? Du rien ? Du vide ? De la nuit, des choses de ciel, du réconfort ? " Mathias, une trentaine d'années mais une âme d'enfant, vient de perdre sa mère. Sans le géant qu'il rencontre sur le parking de l'hôpital, que serait-il devenu ? Giant Jack, 4,50 mètres, " docteur en ombrologie ", soigne les gens atteints de deuil. Il donne à son protégé une ombre, des livres, la capacité de vivre encore et de rêver malgré la douleur... Il le fera grandir. Mathias Malzieu nous entraîne dans un monde onirique, intimiste et poignant, dans la lignée d'un Lewis Carroll ou d'un Tim Burton.

Quel livre poignant Mathias Malzieu signe là... J'ai longtemps hésité avant de l'acheter, puis hésité encore plus avant de le lire mais je ne regrette finalement pas d'avoir tenté l'aventure.

Pourtant, rien que le titre du roman me serrait le cœur : « Maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi »... En effet, le thème que le chanteur du groupe Dionysos aborde est des plus intimes et des plus touchants puisque le roman évoque la perte d'une maman.

Dès le début, le narrateur pose les questions essentielles et si naturelles face à la mort d'une mère : " Comment on va faire maintenant qu'il fait tout le temps nuit sur toi ? Qu'est-ce que ça veut dire la vie sans toi ? Qu'est-ce qui se passe pour toi là ? Du rien ? Du vide ? De la nuit, des choses de ciel, du réconfort ? " Les premiers mots de ce texte sont jetés aux lecteurs dans leur simplicité désarmante et le prennent à la gorge, l'assaillent. Dès ces premiers mots, j'ai senti l'émotion m'étreindre et ma gorge se nouer. Perdre sa maman, ça semble inimaginable. Et c'est ce que va devoir affronter ce jeune narrateur d'une trentaine d'années, chez qui la perte de sa mère va laisser un vide incommensurable. Une douleur profonde et incompréhensible aux autres. Une blessure béante au creux de son cœur.

Et c'est là que Giant Jack va faire son apparition. Sur le parking de l'hôpital où le temps s'est arrêté. Il est là pour aider le narrateur à surmonter sa douleur, à accepter le deuil. Et de pas enchantés en balades magiques, ces deux personnages vont se lier d'une improbable amitié.

L'impression que laisse ce magnifique petit livre est celle que bien d'autres avant moi ont qualifié « d'univers à la Tim Burton ». Mais c'est vrai. J'adore moi-même Tim Burton, et si les mots de Mathias Malzieu avaient une couleur, ils auraient celle des films de Tim Burton. C'est un voyage onirique que le chanteur nous propose là à travers le pays des morts que le narrateur souhaite rejoindre pour retrouver sa maman disparue.

Tout à la fois quête initiatique et recherche d'apaisement, ce roman, ce conte presque, pourrais-je dire, offre une vision profondément sensible de ce qu'est l'épreuve du deuil. Cette épreuve infiniment douloureuse et abrupte est décrite avec réalisme, force et poésie par Mathias Malzieu. J'en avais les larmes aux yeux et le cœur renversé à certaines pages. C'est une lecture dont on ne peut ressortir indemne je pense, car, que l'on ait connu cette terrible épreuve ou pas, le drame est tellement puissant que chaque individu pourra ressentir l'émotion que transmet ce livre.

Alors bien sûr, tout le monde ne trouvera pas de Giant Jack, ce bon géant qui soigne le deuil sur sa route. Mais on peut trouver notre « ombre » pour nous protéger, et continuer à nous faire avancer. Et, quand on a la chance de ne pas avoir encore été confronté à cette épreuve, prendre conscience qu'il faut profiter de tous les instants auprès de ceux que l'on aime. Parce que c'est tellement important, l'amour. L'amour d'une maman en particulier.

Et comme je sais que tu passes parfois faire un tour en ces pages, je te laisse ici le message d'amour le plus profond et le plus sincère qui émane de mon cœur, maman : je t'aime.

 

Publié par Alwenn à 23:19:31 dans @ Romans | Commentaires (10) |

La disparition d'Anastasia Cayne | 18 mars 2008

La disparition d'Anastasia Cayne de Gregory Galloway (Albin Michel (Wiz suspens), 362 pages). Terminé le 17 mars 2008.

 
Genre : roman jeunesse

Avis : 3/5

 
RESUME EDITEUR  : Anna Cayne préfère qu'on l'appelle Anastasia, aime Houdini le prestidigitateur, élabore des codes secrets et des énigmes, s'habille tout en noir et passe son temps à écrire de fausses nécrologies sur les habitants de la ville. Quand je suis tombé amoureux d'elle et qu'elle a mystérieusement disparu, j'ai commencé à recevoir des messages codés que seule Anastasia aurait pu m'envoyer...

 

         La disparition d'Anastasia Cayne est un livre pour le moins étrange et dérangeant... à la fois roman d'initiation et roman à suspens, le lecteur peut vite se sentir pris en otage de cette narration interne anonyme, puisque du narrateur, nous ne connaîtrons jamais le nom. A peine la première lettre de son prénom, un lapidaire G.

         Anna est une jeune gothique mystérieuse, une adolescente pleine de vie aux habitudes étranges : elle écrit de fausses nécrologies, s'enthousiasme pour des objets qu'elle peut trouver au hasard de sa vie et envoie des lettres ou des cartes postales codées. Rien n'est banal chez Anna, contrairement au narrateur, son petit ami, qui se fond dans la masse adolescente sans signe distinctif particulier.

         L'ambiance du livre, sans être lugubre, est cependant assez oppressante puisque dès la quatrième de couverture, on sait qu'Anna est vouée à disparaître. Disparaître. Le mot est lâché. Après les longues pages où le narrateur décrit sa relation avec Anna, disséminant des détails sur sa vie personnelle et la vie au lycée, Anna s'évapore. Suicide ? Fugue ? Meurtre ? Les questions demeurent sans réponse et même à la fin du livre, le mystère reste entier. Bien sûr, de nombreux indices ont été éparpillés avec soin tout au long du roman un peu comme Anna elle-même aurait aimé le faire, mais les pistes sont si nombreuses, qu'il est impossible de trancher in fine. Ce que j'ai d'ailleurs trouvé très frustrant. L'atmosphère même du roman m'a fait de plus indéniablement penser à L'affaire Jennifer Jones d'Anne Cassidy : tout est lourd de sous-entendus, et le thème même de la disparition et du malaise adolescent plombe les pages. Ce parti pris de rédaction n'est pas inintéressant en soi, mais en matière de littérature jeunesse, on ne s'attend pas toujours à une telle gravité.

         On sent tout au long du roman planer quelque chose de malsain mais sans jamais pouvoir mettre le doigt dessus. C'est le genre de livre qui tourne autour du pot sans jamais l'atteindre. Et c'est ce qui créé ce malaise.

         Au final, je n'ai pas été conquise par ce roman puisqu'Anne Cassidy avait selon moi déjà ouvert la voie et qu'il n'y a donc là rien de neuf sous le soleil. De plus, cette incertitude constante au fil de l'intrigue qui ne trouve aucune résolution finale finit par être angoissante et décevante.

         Je reconnaîtrais cependant à l'auteur un réel talent pour avoir imaginé le personnage d'Anna, hors du commun et extrêmement attachant, voire fascinant. Gregory Galloway parvient à nous faire entrevoir l'étrangeté attirante de la jeune fille à travers le regard enamouré de son narrateur et par le biais de ses curieuses manies.

    « Simple comme la neige », code phare du roman, résume à lui seul l'antithèse de ce livre : derrière une histoire apparemment banale se cache la profondeur glacée des errances adolescentes.

Publié par Alwenn à 16:22:18 dans @ Littérature jeunesse | Commentaires (5) |

Fantômes à tous les étages | 17 mars 2008

Fantômes à tous les étages de Laura Ruby (Albin Michel (Wiz), 295 pages). Terminé le 10 mars 2008.

 
Genre : roman jeunesse

Avis : 4/5

 
RESUME EDITEUR  : Cape May, ses jolies demeures, ses plages, ses fantômes... Les vieilles maisons sont toujours hantées par quelques fantômes. À Cape May c'est encore pire, il y a autant de spectres que d'habitants. Lily, qui vient d'emménager, ne tarde pas à s'en rendre compte. Coups de téléphone étranges, objets changeant de place, confiture dans les chaussures... et si c'était l'oncle Max disparu depuis des lustres ? Alors que Lily croit avoir résolu l'énigme, d'autres membres de la famille viennent frapper à la porte...

 

         Voilà un roman de fantômes comme on les aime : espiègles, farceurs et amicaux. L'ambiance du roman m'a fait penser à ces livres de la bibliothèque rose de mon enfance : l'esprit de l'intrigue est naïf et candide, et c'est avec un plaisir non dissimulé que l'on se glisse sur la piste et que l'on enquête chapitre après chapitre...

         Lily, l'héroïne, est attachante et on suit son histoire avec bonheur. Que se passe-t-il donc dans la demeure de Cape May ? Les événements étranges se succèdent sans que l'on puisse y apporter d'explication rationnelle. Mais aidé de Vaz, un beau grec de son âge, Lily va mener l'enquête pour comprendre...

        La construction du roman est, de plus, intéressante : en effet, les chapitres alternent entre l'histoire de Lily et des « interventions » de fantômes, qui, pour certaines, sont pleines d'humour.

         L'écriture est fluide et l'on se laisse très vite prendre dans cette histoire. Le livre plaira donc certainement beaucoup à un jeune public : juste de quoi frissonner un peu, sourire, et vibrer.

         Et pour les adultes qui s'égareront entre ces pages, vous aurez le bonheur de tomber dans une atmosphère digne des meilleurs romans d'aventure d'il y a quelques années, quelques clins d'œil modernes en plus.        

Publié par Alwenn à 00:07:45 dans @ Littérature jeunesse | Commentaires (2) |

Un heureux événement | 10 mars 2008

Un heureux événement de Eliette Abecassis (Livre de poche, 157 pages). Terminé le 05 mars 2008.

 
Genre : roman

Avis : 4/5

 

RESUME EDITEUR  : " Désormais ma vie ne m'appartenait plus. Je n'étais plus qu'un creux, un vide, un néant. Désormais, j'étais mère. " Violent, sincère, impudique, le nouveau roman d'Eliette Abécassis brise les tabous sur la maternité, cet "heureux événement " qui n'est peut-être qu'une idéologie fabriquée de toutes pièces. Après Mon père et Clandestin, la romancière affirme un ton toujours plus personnel, où la fiction se mêle à une analyse subversive de la société.

 

         Il y a eu beaucoup de controverses me semble-t-il autour de ce livre d'Eliette Abecassis qui traite sans complaisance de la maternité.

         N'étant moi-même pas mère, je ne pourrais peut-être pas parler de ce livre en toute objectivité, mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu' « Un heureux événement » ne peut laisser indifférent...

          Tout d'abord, je dois avouer qu'au moment où j'ai refermé le livre, je me suis dit que le but de l'auteur avait été de détourner tout au long du livre le fameux aphorisme de Simone de Beauvoir (que l'auteur cite beaucoup d'ailleurs) : « On ne naît pas femme, on le devient », pour le mettre  au service de la maternité et le transformer en un réaliste « On ne naît pas mère, on le devient ». Quoi de plus légitime que d'aboutir à cette réflexion ? Quoi de plus naturel iront même jusqu'à penser certains. Et du coup, quoi de plus banal penseront les plus pragmatiques...

         Certes, en des temps où la psychologie et la psychanalyse ont envahi notre société, dans les magazines comme à la télé, rien de plus normal que de penser que la maternité n'est pas un sentiment inné chez la femme et que l'on devient mère par une longue construction de soi. Ce qui est une Lapalissade pour certains, peut en réalité être un discours salvateur pour d'autres : qu'est-ce que cela peut faire du bien d'entendre, de lire que devenir mère peut être difficile et que c'est toute une vie qui change quand un enfant arrive !

         Alors bien sûr, il se pourrait qu'Eliette Abecassis abuse un peu sur certains points, qu'elle grossisse volontairement le trait pour mieux faire passer ses idées. Mais le ton est donné dès le début et il a le mérite d'être clair : dès les premières pages en effet, on voit la narratrice se débattre dans les affres physiques de sa grossesse, et la description qui est faite n'est pas sans rappeler le début de La métamorphose de Kafka... un peu de malice, un peu d'ironie, et le lecteur est prévenu : c'est presque une satire.

         La pauvre narratrice enchaîne les déboires et il est vrai que lorsque l'on n'est pas encore mère, cette avalanche de chutes de Charybde en Scylla a de quoi faire froid dans le dos, voire réfréner les ardeurs les plus folles en matière de grossesse et de maternité... Mais justement, c'est peut-être trop pour être réaliste.

         Bien sûr que la maternité à de quoi faire peur. Mais quel amour sent-on de la part de cette mère pour son bébé ! Et quelle note d'espoir folle à la fin du livre quand la narratrice fait une découverte qui semble lui paraître naturel sans plus désormais lui faire peur.

         Bref, Eliette Abecassis nous enseigne qu'il ne s'agit pas tans « d'être maman » que de le devenir, et que, comme tout apprentissage, il peut être long, laborieux, et douloureux.  Parce que finalement, le plus gros défaut de la narratrice, c'est peut-être d'avoir fait un enfant « sans y penser » et de n'avoir pas pris le temps de dire au-revoir à une partie de sa vie... Parce que devenir mère, c'est à mon avis faire le deuil de certaines choses, mais pour en découvrir d'autres, plus en harmonie avec nos préoccupations et nos envies, si c'est un choix réfléchi et souhaité.

         Enfin, selon moi, Eliette Abecassis a le courage dire les choses clairement, et surtout de balayer l'idée reçue qui veut que la maternité aille à toutes les femmes comme un gant, de manière simple et naturelle. Le droit au doute, aux interrogations, à la douleur, aux peurs, c'est aussi ça être une femme, et peut-être un jour, une mère.

 

Publié par Alwenn à 17:10:30 dans @ Romans | Commentaires (2) |

Aristote détective | 10 mars 2008

Aristote détective de Margaret Doody (10/18, 248 pages). Terminé le 04 mars 2008.

 
Genre : polar antique

Avis : 4/5

RESUME EDITEUR  : A l'aube du mois de Boédromion, juste au déclin du solstice d'été à Athènes en 328 avant J.-C., un éminent citoyen est brutalement assassiné d'une flèche dans la gorge. Le jeune Stéphanos est rempli d'horreur devant ce spectacle, mais il est encore plus effrayé en écoutant la proclamation publique accusant son cousin Philémon de ce meurtre. Car, selon la loi athénienne, c'est à Stéphanos, plus proche parent mâle de l'accusé, que revient le redoutable honneur de défendre Philémon devant l'Aréopage. Dans son désarroi, il va chercher aide et assistance auprès de son vieux maître Aristote. En racontant son aventure, Stéphanos brosse un savoureux portrait d'Aristote et de ses excentricités, ses enthousiasmes, sa passion pour les poteries et le bon vin. Grâce au philosophe, notre héros fera éclater la vérité.

 

         Après avoir dévoré un certain nombre de polars antiques au temps des Romains, place au polar antique made in Greece... Enfin, Margaret Doody n'est pas grecque mais son héros- détective lui l'est bien, puisqu'il s'agit du célèbre philosophe Aristote, rien de moins ! Aristote le grec, ou plutôt devrions-nous dire le Macédonien, et dieu sait qu'à l'époque, on faisait la différence...

 

         Quelle belle découverte que celle-ci en tout cas ! ça change des ambiances de Rome et c'est tout l'art de la rhétorique antique qui se développe petit à petit au fil de ces pages pour mieux nous entraîner dans une passionnante enquête.

 

         On découvre ainsi l'Athènes antique, le mode de vie des Grecs, et surtout, on plonge avec délice aux côtés de cet Aristote romanesque dans une intrigue pleine de rebondissements. Aristote reste chez lui et le héros Stéphanos, lui apporte au fur et à mesure de ses découvertes les différents éléments qui vont permettre de dénouer cet écheveau. Et c'est avec brio que le jeune Athénien fera éclater la vérité le jour du procès !

        

         Margaret Doody transcrit bien les angoisses du jeune héros, les réflexions du philosophe, et l'on suit plaisamment cette incursion dans la civilisation méditerranéenne qui a sans doute le plus perfectionné son système judiciaire et poussé à son paroxysme l'éloquence et la rhétorique, que nous avons conservées encore aujourd'hui. A cet égard, j'ai particulièrement apprécié les dernières pages du livre, qui mettent en scène le procès, et à la lecture desquelles on peut presque suivre en temps réel la présentation argumentative des deux parties. C'est fascinant.

 

         Il y a d'autres tomes mettant en scène cet Aristote détective et si j'arrive à me procurer les autres (certains sont en rupture de stock), je me ferais un plaisir de faire un petit bout de chemin supplémentaire aux côtés du philosophe...

Publié par Alwenn à 16:39:14 dans @ Polars antiques | Commentaires (2) |

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