" Fabula Bovarya" est un blog qui s'adresse à tous ceux qui, comme moi, sont atteints d'un incurable bovarysme.
Fabula en latin, c'est l'histoire, la fable, celle dans laquelle on plonge avec délice, pour fuir les réalités pesantes...
Depuis le 17-04-2006 :
152619 visiteurs
Depuis le début du mois :
5170 visiteurs
Billets :
123 billets
Un heureux événement de Eliette Abecassis (Livre de poche, 157 pages). Terminé le 05 mars 2008.
Genre : roman
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : " Désormais ma vie ne m'appartenait plus. Je n'étais plus qu'un creux, un vide, un néant. Désormais, j'étais mère. " Violent, sincère, impudique, le nouveau roman d'Eliette Abécassis brise les tabous sur la maternité, cet "heureux événement " qui n'est peut-être qu'une idéologie fabriquée de toutes pièces. Après Mon père et Clandestin, la romancière affirme un ton toujours plus personnel, où la fiction se mêle à une analyse subversive de la société.
Il y a eu beaucoup de controverses me semble-t-il autour de ce livre d'Eliette Abecassis qui traite sans complaisance de la maternité.
N'étant moi-même pas mère, je ne pourrais peut-être pas parler de ce livre en toute objectivité, mais le moins que l'on puisse dire, c'est qu' « Un heureux événement » ne peut laisser indifférent...
Tout d'abord, je dois avouer qu'au moment où j'ai refermé le livre, je me suis dit que le but de l'auteur avait été de détourner tout au long du livre le fameux aphorisme de Simone de Beauvoir (que l'auteur cite beaucoup d'ailleurs) : « On ne naît pas femme, on le devient », pour le mettre au service de la maternité et le transformer en un réaliste « On ne naît pas mère, on le devient ». Quoi de plus légitime que d'aboutir à cette réflexion ? Quoi de plus naturel iront même jusqu'à penser certains. Et du coup, quoi de plus banal penseront les plus pragmatiques...
Certes, en des temps où la psychologie et la psychanalyse ont envahi notre société, dans les magazines comme à la télé, rien de plus normal que de penser que la maternité n'est pas un sentiment inné chez la femme et que l'on devient mère par une longue construction de soi. Ce qui est une Lapalissade pour certains, peut en réalité être un discours salvateur pour d'autres : qu'est-ce que cela peut faire du bien d'entendre, de lire que devenir mère peut être difficile et que c'est toute une vie qui change quand un enfant arrive !
Alors bien sûr, il se pourrait qu'Eliette Abecassis abuse un peu sur certains points, qu'elle grossisse volontairement le trait pour mieux faire passer ses idées. Mais le ton est donné dès le début et il a le mérite d'être clair : dès les premières pages en effet, on voit la narratrice se débattre dans les affres physiques de sa grossesse, et la description qui est faite n'est pas sans rappeler le début de La métamorphose de Kafka... un peu de malice, un peu d'ironie, et le lecteur est prévenu : c'est presque une satire.
La pauvre narratrice enchaîne les déboires et il est vrai que lorsque l'on n'est pas encore mère, cette avalanche de chutes de Charybde en Scylla a de quoi faire froid dans le dos, voire réfréner les ardeurs les plus folles en matière de grossesse et de maternité... Mais justement, c'est peut-être trop pour être réaliste.
Bref, Eliette Abecassis nous enseigne qu'il ne s'agit pas tans « d'être maman » que de le devenir, et que, comme tout apprentissage, il peut être long, laborieux, et douloureux. Parce que finalement, le plus gros défaut de la narratrice, c'est peut-être d'avoir fait un enfant « sans y penser » et de n'avoir pas pris le temps de dire au-revoir à une partie de sa vie... Parce que devenir mère, c'est à mon avis faire le deuil de certaines choses, mais pour en découvrir d'autres, plus en harmonie avec nos préoccupations et nos envies, si c'est un choix réfléchi et souhaité.
Publié par Alwenn à 17:10:30 dans @ Romans | Commentaires (2) | Permaliens
Aristote détective de Margaret Doody (10/18, 248 pages). Terminé le 04 mars 2008.
Genre : polar antique
Avis : 4/5
RESUME EDITEUR : A l'aube du mois de Boédromion, juste au déclin du solstice d'été à Athènes en 328 avant J.-C., un éminent citoyen est brutalement assassiné d'une flèche dans la gorge. Le jeune Stéphanos est rempli d'horreur devant ce spectacle, mais il est encore plus effrayé en écoutant la proclamation publique accusant son cousin Philémon de ce meurtre. Car, selon la loi athénienne, c'est à Stéphanos, plus proche parent mâle de l'accusé, que revient le redoutable honneur de défendre Philémon devant l'Aréopage. Dans son désarroi, il va chercher aide et assistance auprès de son vieux maître Aristote. En racontant son aventure, Stéphanos brosse un savoureux portrait d'Aristote et de ses excentricités, ses enthousiasmes, sa passion pour les poteries et le bon vin. Grâce au philosophe, notre héros fera éclater la vérité.
Après avoir dévoré un certain nombre de polars antiques au temps des Romains, place au polar antique made in Greece... Enfin, Margaret Doody n'est pas grecque mais son héros- détective lui l'est bien, puisqu'il s'agit du célèbre philosophe Aristote, rien de moins ! Aristote le grec, ou plutôt devrions-nous dire le Macédonien, et dieu sait qu'à l'époque, on faisait la différence...
Quelle belle découverte que celle-ci en tout cas ! ça change des ambiances de Rome et c'est tout l'art de la rhétorique antique qui se développe petit à petit au fil de ces pages pour mieux nous entraîner dans une passionnante enquête.
On découvre ainsi l'Athènes antique, le mode de vie des Grecs, et surtout, on plonge avec délice aux côtés de cet Aristote romanesque dans une intrigue pleine de rebondissements. Aristote reste chez lui et le héros Stéphanos, lui apporte au fur et à mesure de ses découvertes les différents éléments qui vont permettre de dénouer cet écheveau. Et c'est avec brio que le jeune Athénien fera éclater la vérité le jour du procès !
Margaret Doody transcrit bien les angoisses du jeune héros, les réflexions du philosophe, et l'on suit plaisamment cette incursion dans la civilisation méditerranéenne qui a sans doute le plus perfectionné son système judiciaire et poussé à son paroxysme l'éloquence et la rhétorique, que nous avons conservées encore aujourd'hui. A cet égard, j'ai particulièrement apprécié les dernières pages du livre, qui mettent en scène le procès, et à la lecture desquelles on peut presque suivre en temps réel la présentation argumentative des deux parties. C'est fascinant.
Il y a d'autres tomes mettant en scène cet Aristote détective et si j'arrive à me procurer les autres (certains sont en rupture de stock), je me ferais un plaisir de faire un petit bout de chemin supplémentaire aux côtés du philosophe...
Publié par Alwenn à 16:39:14 dans @ Polars antiques | Commentaires (2) | Permaliens
Passer l'hiver d'Olivier Adam (pages). Terminé en février 2008.
Genre : recueil de nouvelles
Avis : 2/5
RESUME EDITEUR : Ils
sont sonnés, lessivés, cassés. Un souffle suffirait à les faire tomber.
Pourtant, les personnages de ce livre possèdent une force intérieure
insoupçonnée. Chauffeur de taxi, infirmière, ex-taulard ou vendeuse de
supermarché, ils s'accrochent à la vie avec l'énergie du désespoir. Ce sont des
invaincus.
Olivier Adam décrit avec sobriété ces grands blessés de l'existence, ces paysages noyés dans le brouillard, qui sont comme la métaphore d'une inguérissable mélancolie, ces femmes maternelles auprès de qui des hommes déjà usés tentent de retrouver un réconfort. Avec ce recueil, Olivier Adam s'impose d'emblée comme un « nouvelliste » hors pair, dans la lignée des « grands » américains (Carver, Cheever), dont il a assimilé leurs techniques : stylisation, art de l'ellipse, montage « cut », refus de la psychologie.
Je n'étais probablement pas dans un bon état d'esprit pour lire ce livre dont un ami m'avait dit tant de bien, parce que vraiment, je crois que j'ai détesté cette lecture. Je n'ai aimé ni l'écriture d'Olivier Adam, dont on m'avait vanté l'efficacité, ni les personnages désabusés et perdus que l'auteur met en scène.
Je me suis absolument forcée à aller jusqu'au bout de cette lecture, pourtant courte, tant ces nouvelles m'ont mises mal à l'aise. On a l'impression que l'auteur se complaît dans le misérabilisme, la détresse la plus noire et les situations les plus glauques. C'est oppressant, c'est pessimiste, et ce n'est franchement pas le livre à lire quand on a des soucis personnels. L'éditeur présente les héros comme des « invaincus ». Des invaincus ? Ah, bon ? Où ça ? Je n'ai vu que des âmes blessées, embourbées dans leur vie triste et minable, se débattant avec toute la force du désespoir...
Je n'aime pas trop cette vague de nouveaux auteurs qui surfent sur le malheur des gens pour en faire des histoires dans lesquelles ceux qui n'ont pas de soucis peuvent se plonger avec délectation en se félicitant de ne pas avoir à subir tout ça. C'est la fameuse phrase de Lucrèce poussé en art de vivre littéraire : « Qu'il est bon, assis sur la falaise, de regarder autrui se débattre dans la tempête »...
C'est tellement facile effectivement. Mais je ne peux être touchée par cette vision de l'être humain, qui, tombant dans le désespoir le plus noir, n'a d'autre solution que de se raccrocher à sa condition pour essayer une dernière fois de donner un sens à sa vie. Pour moi ce ne peut être ça la vie. Parce que c'est bien plus beau et poétique si l'on veut bien s'en donner la peine.
Désolée, je n'hurlerais donc pas avec les loups sur ce coup-là... Les éloges dithyrambiques dont bénéficient à la fois le livre et l'auteur ne me rallieront jamais à la mouvance littéraire des despair stories...
Publié par Alwenn à 16:29:52 dans @ Recueil de nouvelles | Commentaires (0) | Permaliens
Paroles