" Fabula Bovarya" est un blog qui s'adresse à tous ceux qui, comme moi, sont atteints d'un incurable bovarysme.
Fabula en latin, c'est l'histoire, la fable, celle dans laquelle on plonge avec délice, pour fuir les réalités pesantes...
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Les ennemis de Jupiter, de Caroline Lawrence (Milan Poche 2005 - 280 pages). Terminé le 01 mai 2006
Avis : 2/5
RESUME EDITEUR : Ils
sont quatre : Flavia, la fille d'un armateur romain, Jonathan, le jeune
chrétien, Nubia, l'esclave africaine, et Lupus, le petit mendiant muet.
Alors qu'une terrible épidémie de peste s'abat sur Rome, ils sont
appelés auprès de l'empereur pour une mystérieuse mission. Nouvelles
aventures, nouveaux périls...
Je l'avais attendu avec impatience, celui-là ! Je suis cette série d'un « club des quatre » romain depuis le début :
Tome 1 : Du sang sur la Via Appia (excellent)
Tome 2 : Les secrets de Pompéi (excellent)
Tome 3 : Les pirates de Pompéi (bien)
Tome 4 : Les assassins de Rome (bien)
Tome 5 : Les dauphins de Laurentum (très bien)
Bon, ben là, je dois avouer que je suis déçue. L'univers de cette
nouvelle aventure est sombre. Trop sombre pour ces petites histoires
qui d'habitude voguent davantage sur les eaux calmes de la littérature
jeunesse bon enfant. Rien qu'en observant la couverture, le ton est
donné : le visage émacié et livide d'un Jonathan au regard mauvais se
détache sur un fond de temple en flammes. C'est vrai que lorsque je
l'ai acheté, j'ai eu un petit mouvement de recul.
- L'histoire ensuite ne prête pas aux effusions enfantines... Le climat
tout d'abord : l'épidémie de peste qui s'abat sur Rome en 80 après
JC... Des images de chariots convoyant des monceaux de cadavres hors de
l'Urbs, il y a plus gai, quand même...A cela viendra se rajouter
l'incendie, celui de 80 toujours, qui ravagea le capitole et 3
quartiers de Rome.
De plus, les péripéties sont déprimantes :
on tombe de Charybde en Scylla, jusqu'à la toute fin. C'est de
l'acharnement. D'ailleurs, je n'ai pas trop apprécié l'effet très
marketing du teasing final.
- Les personnages ensuite : on côtoie un Titus ambigu, peu aimable,
violent parfois (je ne dis pas que ce n'était pas le cas, mais...) et
une Bérénice (oh, choc !) machiavélique, manipulatrice, détestable. Une
véritable Agrippine. On est loin de l'image que l'on peut se faire à
travers Racine. Evidemment, on arguera que c'est pour les besoins du
scénario. Certes. Mais quand même. En outre, dixit Suétone, Bérénice
aurait été répudiée en 78 et serait rentrée en Judée cette même année,
soit deux ans avant l'épisode situé dans ce livre par C. Lawrence. Là,
on doit tout de même reconnaître l'honnêteté de l'auteur puisque dans
le dernier « rouleau », elle mentionne ses licences. Mais elle persiste
et signe pour une Bérénice gardienne de l'Arche d'Alliance...
- Les licences historiques : je n'ai pas bien saisi l'intérêt de
glisser des allusions à l'Arche d'Alliance, dont l'auteur imagine que
c'est Bérénice elle-même qui l'a rapportée de Jérusalem (n'importe
quoi). Evidemment, on connaît les conjectures à propos du triomphe de
Titus dont un bas-relief sur son arc de triomphe a fait -et fait
toujours- couler beaucoup d'encre : on y aperçoit la grande Ménorah
(attestée par Flavius Josephus dans ses écrits) et ce que d'aucuns
s'autorisent à penser être l'Arche d'Alliance. Aucune vérification
possible en réalité.
De
même, les allusions par Flavius Josephus lui-même sur Néron et son
équivalent numéraire hébreu (666). Pourquoi ? Je n'ai pas compris.
Et
en plus, ce n'est pas beau de tirer de manière éhontée la couverture à
soi. Le nombre d'années qui séparent la première destruction du Temple
par Nabuchodonosaure (le 9 d'Av) et celle par Titus (le 9 d'Av aussi),
n'est pas de 666 ans, mais 656... Bref, parler de tout ça dans un
ouvrage destiné aux 10-14 ans, c'est plus que de la coquetterie
littéraire, c'est de l'hubris. Tiens ! voilà aussi une notion qu'elle
aborde...
Je ne nie pas la volonté d'éclairer les jeunes lecteurs sur tous ces
points de civilisation latine ou d'histoire romaine, mais
l'enchaînement des idées n'est pas très clair. Parfois, ça m'a un peu
donné l'impression d'être construit de bric et de broc.
Bon, je crois qu'on aura compris. J'ai été déçue. Je n'aime pas la
tournure que prennent les événements. J'aimais cette série parce
qu'elle était simple et tendre, naïve et enfantine. Ce tome 6 est
froid, sombre, triste et violent. Et je suppose que ce n'est pas le
suivant qui sera mieux si le teasing laisse bien présager de la suite.
Publié par Alwenn à 16:28:28 dans @ Littérature jeunesse | Commentaires (0) | Permaliens
L'âge des glaces 2
Avis : 4/5
RESUME : le mammouth Manny, Sid le paresseux et Diego le tigre aux dents de sabre sont de retour sur les écrans. Au programme : sauver les animaux de la vallée, rien de moins que ça ! En effet, les glaciers fondent à vue d'œil, risquant à tout moment d'engloutir la vallée et ses habitants. Le clan doit trouver une solution, et vite...
Retrouvailles avec toute la petite bande de joyeux allumés préhistoriques pendant 1h30...
Bon, on ne va faire languir personne, on commence par Scrat (photo) : toujours aussi désopilant. Du pur Tex-Avery, j'avais l'impression de voir les démêlées du comique Coyotte. Sauf qu'ici, c'est le fameux gland qui joue le rôle de Bip-Bip... Bonne trouvaille d'ailleurs de la part des scénaristes : puisque Scrat ne parle pas, mais qu'ils ont voulu en faire un personnage à part entière, le film est entrecoupé d'intermèdes « scratiques » régulièrement. Ca permet de ménager le suspense par rapport à la trame de l'histoire du clan et de suivre avec une moquerie non dissimulée les déboires de ce pauvre écureuil... Tordant de rire. Il y a même un épisode où il se bat à la Yoda.
Les répliques sont toujours aussi bien tournées mais alors, par contre, il faut avoir l'esprit vif, ou l'oreille aiguisée, ça dépend, pour pouvoir toujours tout comprendre : certains personnages parlent avec une rapidité étonnante pour un film dont le public est plutôt enfantin.
Deux nouveaux venus : Ellie, la jeune mammouth qui se prend pour un opossum, et ses deux « frangins », deux vrais opossums, eux, Crash et Eddie. Deux petites racailles à poils qui n'ont ni leur langue dans la poche, ni les mains derrière le dos. Une vraie tornade à eux deux ! Que dis-je, un ouragan ! Ils m'ont conquise ! Ellie, un peu moins. Peut-être parce que je n'ai pas trop aimé la tournure mièvre prise à un moment avec l'histoire d'amour entre Manny et Ellie. Je ne sais pas.
Diego, toujours égal à lui-même, sarcastique et plein d'esprit. Un régal.
Sid : (cri du cœur) : j'adoooooooooore ! Alors sur ce coup-là, ils nous ont gâtés avec Sid. Plus tordant que jamais, avec un épisode absolument hilarant, celui de l'enlèvement par une troupe de mini-paresseux. Episode musical très très très réussi ! Et clin d'œil aussi, sans doute car ça m'a fait penser soit à Indiana Jones et le temple maudit ou alors le veau d'or dans les Dix commandements de Cecil B. DeMille. Pour moi, ça a été le meilleur passage du film.
En parlant des clins d'oeils, il y a aussi une scène terrible avec les deux opossums, munis de sarbacanes, qui font un vol plané contrôlé façon Matrix et tourné avec le fameux plan « ralenti suspendu » des frères Wachowski...
Bon. Tout ça, c'est les « plus ». Pour les « moins » (parce qu'il faut de tout pour faire une critique impartiale) :
- l'intermède musical avec les vautours, que j'ai vraiment détesté parce que l'espace d'un instant, j'ai cru que je m'étais trompé de film et que je regardais un disney.
- La montée au bateau qui fait un peu trop épisode biblique de l'Arche de Noé ou bien l'arrivée de tous les animaux de la jungle pour voir le roi Lion, au choix selon ses références culturelles.
- Un mammouth qui nage... hum, hum...
- Les deux monstres aquatiques qui sont inutiles pour la progression de l'histoire -bon, mis à part à la fin où ils ont une utilité, d'accord-
- Enfin, pour des enfants, je pense que c'est un film qui « va trop vite ». L'enchaînement des gags est rapide, sans temps morts ou rarement, et pour un enfant, enregistrer tout, ça doit être dur. Mais bon, le plaisir est là : j'ai autant mêlé mes rires qu'à ceux des bouts de choux qui me cernaient de tous côtés.
Bref, une réussite. Je ne regrette pas.
Publié par Alwenn à 22:24:49 dans @ Sorties ciné/Sorties théâtre | Commentaires (0) | Permaliens
L'arbre, de Pierre Magnan (Folio,pr.ed.1992-142 pages). Terminé le 26 avril 2006.
Genre : conte ( ?)
Avis : 5/5
RESUME EDITEUR : Connaissez-vous
la légende du chêne, immense et majestueux, qui domine le petit village
de Montfuron depuis la nuit des temps ? On raconte que, lorsque la mort
rôde, l'arbre se met à brûler... Les étranges pouvoirs de cet oracle
mystérieux déchaînent les peurs, les passions et les convoitises.
Certains sont prêts à tout, même à tuer, pour s'en emparer.
Humez,
humez ! Voilà une histoire qui sent bon la Provence ! Même si l'on n'a
pas l'accent, la lecture de ce court conte gouleyant chante avec les
inflexions du sud de la France. Je ne connaissais pas Pierre Magnan,
bien qu'ayant maintes fois entendu parler de son œuvre (c'est lui qui a
écrit La maison assassinée) ou de son style si particulier et,
franchement, après lecture je n'en suis pas déçue ! Bien au contraire !
Quelle langue savoureuse ! Tous ces mots, dont certains, tombés en
désuétude, qui se côtoient ici sans fausse note, et que l'on meure
d'envie d'adopter pour ne pas les oublier une fois le livre refermé :
mirliflore, boulingrins... Toutes ces tournures de phrases qui vous
happent et vous enrobent, saisissant votre imagination dans la moindre
de ses images... Et jusqu'au nom des personnages... Ah ! heureux
Polycarpe Truche d'arborer un état-civil aussi piquant ! Quelle
truculence ! Monsieur Magnan force le respect : il porte l'amour de la
langue française au travers de ses phrases et érige l'écriture au rang
d'art suprême. Chapeau !
Publié par Alwenn à 21:39:57 dans @ Romans | Commentaires (0) | Permaliens
Poèmes de Rimbaud en bandes dessinées, Collectif (Petit à Petit, 2003-96 pages). Terminé le 25 avril 2006.Avis : 4/5
Après avoir lu les poèmes de Verlaine en BD, quoi de plus normal que de
s'attaquer à ceux du voyant de Charleville, « l'homme aux semelles de
vent », Arthur Rimbaud ?
Depuis
mon adolescence, je voue une admiration sans borne à ce poète, et sans
avoir toujours tout compris de sa poésie, je l'ai aimée et portée en
moi, fascinée par son parcours hors-norme.
Je
ne répèterai pas les commentaires d'usage sur cette entreprise de
scénariser des poèmes puisque j'en ai déjà parlé dans ma critique sur Les poèmes de Verlaine en BD. Mon avis est quasi-identique.
A
un détail près : je trouve ici, dans la plupart des cas, le dessin plus
incisif, plus agressif que chez Verlaine. Ce n'est souvent pas mon
style de dessin (je dois avouer que j'ai même un peu de mal avec
certains traits), mais il faut reconnaître que cela donne une
profondeur supplémentaire à la critique affleurante des poèmes :
l'image du bourgeois tant haï par Rimbaud (A la musique) ainsi que la religion et son cortège de Tartuffes (Les pauvres à l'église, Le châtiment du Tartuffe) entre autres.
Certaines scénarisations sont d'une facture assez classique, donc abordables par tous (Ma bohème, Première soirée, Le dormeur du val), d'autres me posent un sérieux souci d'interprétation (Honte (alors là, il faudrait m'expliquer le rapport avec Jack l'éventreur...), Bonne pensée du matin, et même Sensation ou Aube).
Mes trois préférés sont Roman (actualisé et avec un gros parti pris interprétatif très intéressant : je l'ai déjà exploité avec mes élèves en cours), Bal des pendus et surtout, surtout, Le mal. J'ai complètement flashé sur cette interprétation moderne de Le mal,
qui m'a totalement conquise dans l'actualité de son fond. Je pense que
là aussi je vais tenter une exploitation pédagogique, en centrant sur
la dimension argumentative de la scénarisation (qui existe déjà bien
sûr dans le poème mais qui là, passera d'autant mieux auprès des élèves
que les images renverront à des référents culturels et historiques
connus d'eux car récents.)
Bref,
comme pour Verlaine, il y a à boire et à manger, comme on dit, et le
tout est de ne pas s'en faire une indigestion. Et puisque je viens de
tenter un méchant jeu de mots (on ne se moque pas, svp), je voudrais
encore une fois saluer le talent de Christophe Renault qui se charge
des encarts biographiques, qui sont à chaque fois rédigés avec beaucoup
d'humour et de clins d'œil.
Publié par Alwenn à 21:20:29 dans @ Bandes dessinées | Commentaires (0) | Permaliens
Venise.net, de Thierry Maugenest (Liana Levi, 2003 - 153 pages). Terminé le 24 avril 2006.
Genre : roman policier
Avis : 4/5
RESUME : Venise,
de nos jours. L'accident étrange survenu à une jeune universitaire
française, spécialiste de l'art du quattrocento, pousse un inspecteur
italien à prendre contact avec un vieil érudit américain. Quel lien le
Tintoret peut-il avoir avec les disparitions mystérieuses et tragiques
de tous les spécialistes d'histoire de l'art qui ont approché certaines
de ses œuvres ces dernières années ?
Petit
polar intelligemment construit : dans un va-et-vient qui suit les
avancées de l'enquête, le lecteur traverse les époques : époque moderne
rendu par la typographie des e-mails que s'échangent deux personnages,
et XVIème siècle à travers le récit imaginé autour de la figure
historique qu'est Jacoppo Robusti, dit « Il Tintoretto », « le Tintoret
» en français.
Dans ce même temps du présent, utilisé apparemment comme une marque de fabrique par T. Maugenest (voir ma critique de Manuscrit MS 408
par le même auteur), on suit l'histoire d'une période de la vie de ce
peintre, notamment à travers la réalisation de ses oeuvres à la Scuola
di San Rocco.
Bien documenté, l'auteur nous fait naviguer sur les canaux de la
Sérénissime, parcourir les ruelles : Venise est presque un personnage à
elle-seule tant on sent la connaissance de T. Maugenest pour cette
ville, et son attachement, poindre à tous les paragraphes. Cependant,
quand, comme moi, on n'a pas eu la chance de s'être rendu dans la cité
des Doges ou de bien la connaître, cela peut vite devenir agaçant
d'essayer de suivre un parcours dont les noms ne renvoient aucun écho.
Mais passons. L'imagination pallie facilement le manque de connaissance.
L'intrigue n'est pas un modèle du genre policier puisque l'on comprend
finalement très rapidement de quoi il en retourne et qui -ou quoi- se
cache derrière tout cela. Mais je ne crois pas que l'intérêt de ce
polar réside dans la recherche d'un coupable mais bien plus dans
l'évocation d'une période charnière de la Sérénissime, période de
basculement, dont le Tintoret, en vénitien de souche qu'il était, s'est
peut-être fait le représentant le plus objectif à travers des peintures
à l'atmosphère parfois lourde ou oppressante (cela est d'ailleurs bien
expliqué dans le roman par le vieux professeur).
A ce propos, j'ai trouvé cette figure du vieux professeur pour le moins
« amusante » : j'avais un peu de mal à imaginer un vieillard de 96 ans
rédigeant des mails. Attention ! Je ne suis pas en train de nier la
capacité des plus âgés à s'être adapté à l'ère internet quand elle est
apparue, mais tout de même, je trouve un peu « gros » cette image du
vieil érudit de 96 ans (tout de même !) cliquant et pianotant sur son
clavier.
Enfin,
ce court récit aura aiguisé ma curiosité pour l'œuvre du Tintoret et
pour l'histoire de Venise. Je n'ai pas vérifié la part de véracité
historique et celle de l'imaginaire romanesque, mais qu'importe,
l'essentiel est de passer un bon moment de lecture.
Publié par Alwenn à 11:20:25 dans @ Polars | Commentaires (0) | Permaliens
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