« La littérature est la preuve que la vie ne suffit pas » [Fernando Pessoa]
Il ferma une paupière à demi et entraperçut un morceau de nuit. Debout au milieu de la pièce, il recommença l'opération : de l'autre côté de son œil fermé, la nuit brillait à pertes de vue. Sombre et lisse, toute habillée d'absence et d'invisible, elle se parait de noir rien que pour lui, cachée derrière sa paupière plissée. Au fond de cette nuit là, aucune étoile, pas de lune ni même de lampadaire. Aucune lumière pour venir troubler la noirceur étincelante. Aucune lumière pour l'éblouir ou lui rappeler le reflet de ses yeux. De ses cheveux. De leurs cheveux. Un répit vide de lumière, un instant. Il resta plongé dans sa nuit artificielle encore quelques secondes, avant de rouvrir brusquement les yeux. A quoi bon une nuit si terne, sans reflet ni lumière, à quoi bon voir briller le noir, lorsque l'on garde encore en tête la couleur des cheveux qui brûlent ? Il sentit ses yeux, grands ouverts sur le jour, brûler en même temps que Le souvenir. Le souvenir de cette couleur. Il repoussa violemment sa manche et pris son poignet entre ses doigts et les referma sur le morceau de ruban orange attaché à son bras. Il planta le bout de ses ongles dans le tissu, puis les enfonça plus profond dans sa chair, jusqu'à ce que l'image disparaisse. Sa respiration, qui jusque là allait en s'accélérant dangereusement, s'apaisa. A nouveau, il ferma un œil et tenta de reprendre ses esprits : la nuit était partie.
Bande son ***Linkin Park- Valentine's day (minutes to midnight)***