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Un mot un espoir une crise

intimité et fluidité de la mémoire

Jules Renard | 16 avril 2006

Un bon mot vaut mieux qu'un mauvais livre.

Publié par simonlaporte à 17:09:20 dans Quelques pêtites citations... | Commentaires (0) |

Georges Bernard Shaw 1923 | 16 avril 2006

Je me cite souvent, cela apporte du piment à ma conversation.

Publié par simonlaporte à 17:07:48 dans Quelques pêtites citations... | Commentaires (0) |

L'inde entre archaïsme et modernisme. | 16 avril 2006

Inde : archaïque ou moderne ?

 

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Les catalogues de voyages et les dépliants touristiques, qui ne sont jamais à court de clichés, diraient que l'Inde est une terre de contrastes : son immensité géographique (3287590 km2 soit six fois la France, 2933 km d'Est en Ouest et 3214 km du Nord au Sud), sa population pléthorique, environ 1,1 milliards d'individus. Le nombre des langues parlées ne fait pas l'unanimité selon les sources : si l'Etat reconnaît officiellement 22 langues nationales (mais on lit aussi le chiffre de 18), on dénombrerait près de 3400 (3372 !!) langues et dialectes locaux. En fait, il n'y en aurait que 13 (en plus des 22) parlées par plus de 5 millions de locuteurs et 216 concernant des groupes de plus de 10000 personnes...

On en valide en tout cas, même avec ces approximations, l'idée d'une diversité extrême des conditions sociales, économiques, religieuses, culturelles, ...

Il n'est donc pas surprenant que le voyageur soit, dans ce pays étonnant, témoin de scènes qui reflètent la multiplicité des différents plans de vie. Nous nous attacherons ici à rapporter quelques éléments à l'appui de deux thèses opposées :

1. L'Inde est un pays encombré d'archaïsmes, paralysé par une bureaucratie omniprésente et inefficace, évoluant vers le monde moderne avec regret et dans certains secteurs seulement
2. L'Inde est un pays démocratique dynamique, ce qui permet l'émergence rapide d'une modernisation. Les îlots encore évidents de structures obsolètes, inadaptées aux besoins de la société se réforment d'ailleurs par les effets de politiques libérales.

Sans doute, les exemples choisis ci-après peuvent-ils influencer l'opinion prépondérante. A chacun de se faire un avis après lecture ou, mieux encore, en allant sur place et en gardant les yeux, et surtout l'esprit, ouverts.

Les chemins de fer

L'Inde possède un réseau ferrré énorme (63122 km en 2003 dont 42000 km voies larges standardisées, 17000 km en voies métriques et 3700 km en voies étroites de deux pieds), qui fut le plus long du monde pendant longtemps, paraît-il, maintenant dépassé par la Chine. Très intelligemment les Britanniques, durant l'époque coloniale, développèrent cette infrastructure qui répondait à un double objectif :

 Permettre l'acheminement rapide de troupes et de matériel militaire pour contrôler plus aisément un empire immense et disparate,
 Transporter vers les ports les produits agricoles que les colons exportaient vers la Métropole (coton, thé, jute, indigo, épices, etc.)

Entreprise publique, la Compagnie des Chemins de fer (Indian Railways) joue toujours un rôle majeur dans les échanges commerciaux. Largement subventionnée, elle permet à des millions de passagers (13 millions par jour), de voyager dans des conditions certes sommaires mais qui ont le mérite d'exister. Le frêt ferroviaire, quant à lui, ne s'est pas développé car très fortement concurrencé par la route. Un certain nombre de voies sont restées au standard métrique et la modernisation des infrastructures (ouvrages d'art, passages à niveau, motrices, wagons, etc.) demeure marginale. Le matériel roulant est globalement vétuste. Les vitesses sur le réseau sont dérisoires : les trains de voyageurs les plus rapides (Shatabdi, Rajdhani) plafonnent à 70-75 km/h de moyenne. Les trains ordinaires (omnibus) se traînent à 20-30 km/h.

Cependant, dans ce contexte pesant, des points de modernisation sont perceptibles Ainsi, les réservations sont elles entièrement informatisées. Il est également possible de réserver et de payer son billet par Internet. Dans les grandes villes, un bureau spécial de réservation et émission de billets est réservé aux étrangers (ou Indiens de l'étranger) et des quotas de places leur sont réservées. Ces facilités sont curieusement affectées d'une lourdeur bureaucratique inutile quand, à Delhi, le paiement d'un billet en roupies requiert la présentation d'un reçu de change de devises...

Le réseau routier

Le réseau routier indien se subdivise en routes nationales (34608 km), routes régionales (128622 km) et routes terminales (2737080 km) soit un total de 3.01 millions de kilomètres. Gigantesque, il fait l'objet, depuis une dizaine d'années, d'un effort considérable de modernisation. L'objectif à court terme, est d'obtenir un réseau moderne de 65569 km de routes nationales qui, bien que concernant seulement 1.7 % du total, concoure pour 45 % du trafic. Le programme en cours de réalisation consiste à améliorer les routes nationales pour connecter les grandes métropoles : Delhi, Mumbai, Chennai et Calcutta. C'est ce que l'on appelle le Quadrilatère d'or, ainsi que les Corridors Nord-Sud et Est-Ouest reliant Kanniyakumari à Srinagar d'une part, Porbandar à Silchar d'autre part. Ce projet comporte la transformation en 4/6 voies de ces routes nationales, à l'horizon 2007.

La route transporterait 65 % du trafic frêt et 87 % du trafic passagers. Le trafic croîtrait au taux de 7 à 10% par an alors que le parc circulant augmente de quelque 12% par an.

Il était temps, car l'accent principal avait été mis pendant longtemps sur le désenclavement des villages par la confection de petites routes de desserte qui n'exigent, il est vrai, pour leur exécution, que de moyens techniques rudimentaires. Ainsi était-il fréquent de voir, le long des routes, des femmes casser les cailloux avec des marteaux et des hommes chauffer le goudron dans de grandes bassines sur des feux de bois pour le verser ensuite à la louche sur la chaussée. Inutile de dire que le revêtement bosselé avait une durée de vie limitée. La modernisation des grands axes a vu apparaître des intervenants de Travaux Publics mieux équipés de machines goudronneuses automatiques.

Mais, à visiter l'Inde, on a l'impression que ces travaux avancent par à-coups. Les finitions traînent en longueur, la signalisation est inexistante : ainsi, passe-t-on de quatre à deux voies sans que rien ne l'indique, ou bien un tronçon refait se termine abruptement par une dénivellée de quelques centimètres (bonjour, la sécurité de la conduite !).

Le comportement des usagers demeure inchangé sur ces axes modernes. On peut aussi bien se retrouver nez à nez avec un camion ou un tracteur circulant à contre-sens qu'avec des troupeaux traversant tranquillement. Lorsque ces quatre voies traversent des villages, la circulation y est chaotique. Au total, il n'est pas raisonnable d'espérer rouler à plus de 70 km/heure de moyenne sur ces axes présumés modernes, qui nécessitent pourtant des investissements colossaux.

Un rapport officiel récent (mars 2005) dont des extraits sont parus dans la presse, compare les avantages de l'Inde et de la Chine en termes d'infrastructures routières. La Chine est très en avance sur l'Inde car les grands axes de communication ont été privilégiés par rapport aux dessertes locales. La cohabitation, sur les grandes routes de l'Inde, d'usagers aux vitesses très différentes, est décrite comme un facteur majeur d'insécurité.

La circulation dans les grandes villes relève souvent du casse-tête. Ce n'est pourtant pas faute d'une politique volontariste pour la création d'autoroutes urbaines surélevées ou d'autoponts et échangeurs aux carrefours encombrés. Delhi se dote (enfin) d'un métro de plusieurs dizaines de km essentiellement aérien. Il est question d'un super-périphérique pour détourner de la capitale le flux des camions.

Des efforts importants ont été engagés pour diminuer la pollution. Ainsi, à Delhi, tous les rickshaws à moteur ont du s'équiper pour utiliser du gaz liquide à faible pollution, les bus municipaux sont en cours de conversion. A Bombay, lmes rickshaws sont interdits dans le centre ville. A Agrâ, la municipalité restreint les rickshaws et les camions car les gaz d'échappement attaquent le marbre du Taj Mahal. Mais les problèmes sont tellement énormes que l'on a l'impression que les solutions sont toujours insuffisantes. Dans le vieux Delhi, la densité humaine est telle que la circulation est un cauchemar. La juxtaposition des voitures, rickshaws à moteur, cyclo-rickshaws, charettes à bras, vélos fait que la vitesse générale est celle du moins rapide. Si on ajoute les vaches, les éléphants (quand même occasionnels) et les piétons, on arrive très vite au blocage.

L'informatique et les technologies de l'information

Le goût et les aptitudes en développement logiciel des indiens viennent probablement d'une longue tradition ancestrale dans les domaines des mathématiques et de l'astrologie.

L’Inde est la première destination de l’offshore en services informatiques avec un chiffre d’affaires de 17,2 milliards de dollars, soit 44 % du marché mondial. Ce marché est en pleine croissance puisqu’il devrait atteindre 94 milliards de dollars en 2008 et l’Inde entend accentuer sa domination en prenant plus de 50 % de ce marché, soit 48 milliards de dollars. En 2005, le nombre d’informaticiens devrait dépasser le seuil du million, soit 200 000 de plus en une seule année.

L’Inde est devenue en quelques années l'un des premiers fournisseurs en développement de logiciels et en services informatiques grâce à une main-d’œuvre hautement qualifiée, anglophone et dont les salaires sont très attractifs pour les entreprises qui souhaitent externaliser une partie de leur activité. La Nasscom (National Association of Sotware and Services companies) estime que le coût horaire d’un développeur indien s’établit entre 18 et 26 dollars contre 55 à 65 dollars en Europe de l’Ouest ou aux Etats-Unis. En nombre d’ingénieurs spécialisés en TIC parlant anglais, l’Inde vient en deuxième position derrière les Etats-Unis.

L'Inde s'enorgueillit, à juste titre, du développement très rapide des technologies de l'information. Quarante trois millions de téléphones portables (chiffre de septembre 2004) équipent déjà les Indiens à des prix défiant toute concurrence. Le réseau satellite couvre apparemment les villages les plus reculés. Cette desserte par satellite fonctionnait déjà depuis des années pour les téléphones fixes que l'on trouve partout, signalés par un panneau jaune ISD/STD/PCO (communications internationales, nationales, locales). L'accent est mis maintenant sur l'équipement Internet. Les "cafés Internet" fleurissent dans les villes et les tarifs (20/30 Rs de l'heure) sont suffisamment attractifs pour permettre à de nombreux jeunes l'accès au WEB.

De nombreux instituts forment des bataillons de diplômés souvent brillants que les multinationales recrutent de plus en plus volontiers. Jusqu'à il y a peu, ces ingénieurs et techniciens s'expatriaient vers des pays anglophones, par exemple la Silicon Valley, en Californie, où ils seraient plus de 20000, souvent dans des postes de haut niveau. Mais depuis quelques années, des grandes compagnies privées indiennes ont opportunément saisi la chance du développement phénoménal de ce secteur d'activité : Bangalore, Bombay, Hyderabad, et plus récemment Gurgaon (banlieue de Delhi) ou Calcutta sont autant de pôles d'activité informatique. La production de logiciels est une spécialité indienne mais, en revanche, tout le hardware (composants) est davantage réalisé par des pays du sud-est asiatique, comme la Corée du sud ou Taiwan.

Dans d'autres secteurs voisins des services, l'Inde s'est très rapidement imposée comme un intervenant sérieux. Beaucoup de pays européens et davantage encore les Etats Unis, procèdent à la délocalisation d'activités vers des pays émergents. Ainsi, de nombreuses sociétés font-elles faire en Inde tout le traitement informatique de leur comptabilité. La création, en Inde, de Call Centers (centres d'appels) permet à des sociétés du monde entier de faire traiter à moindre coût les appels téléphoniques de leur clientèle par du personnel parfaitement anglophone dont les salaires sont très inférieurs à ceux des Etats Unis ou de Grande Bretagne. Ces Call Centers sont cependant critiqués : le métier d'opérateur standardiste est stressant, oblige à des horaires de travail décalés puisque le client qui appelle une société ne sait pas que la personne qui lui répond est à 15000 km, sur un autre continent. Ces Call Centers recouvrent des activités aussi diverses que l'assistance à la vente de produits, les réservations d'hôtels ou de tickets de vols aériens, les demandes techniques, le service clientèle des banques, le marketing à distance, la recherche de débouchés pour les produits, etc.

Les jeunes diplomés (souvent sur-diplomés par rapport aux compétences réellement requises dans ce travail) qui y sont embauchés sont certes ravis de bénéficier d'un salaire alléchant d'après les standards locaux, mais n'y restent souvent pas plus de quelques mois.

Plus sérieux encore, le développement rapide des Call Centers pourrait très bien n'être qu'un feu de paille. D'autres pays pourraient d'ici peu s'avérer des compétiteurs redoutables, telle la Chine qui a lancé un gros programme pour mieux former ses jeunes diplomés à la pratique de l'anglais (un opérateur de Call Center doit parler sans accent trahissant son origine).

Mais le sous-continent Indien a évolué, ces dernières années, en augmentant considérablement ses compétences et capacités techniques. Les fameux centres d’appels (voir plus haut) sont désormais moins importants que la conception de circuits intégrés ou le développement de technologies avancées. Plusieurs fournisseurs informatiques ou télécoms américains de premier plan y ont leur plus important centre de développement après ceux fonctionnant aux Etats-Unis. C’est le cas de Sun, Cisco ou Microsoft par exemple. Capgemini qui y emploie déjà 2500 personnes a indiqué récemment qu’elle comptait passer rapidement à 10 000 personnes. Dell doit également atteindre ce nombre de 10 000 personnes. Par ailleurs, IBM compte recruter quatorze mille salariés en Inde d'ici à la fin de l'année selon une information parue fin juin 2005 dans le New York Times.

L’Inde possède aujourd’hui des entreprises de taille internationale comme Infosys ou Wipro (respectivement 1,6 et 1,87 milliards de dollars de chiffre d’affaires). Ces deux entreprises sont en plus largement profitables avec des bénéfices de 419 et 363 millions de dollars. Le secteur des TIC est donc celui qui connaît la plus forte croissance en Inde. En ajoutant les exportations de logiciels et services et l’outsourcing, le marché indien des TIC a augmenté de 32 % sur un an, au 31 mars 2005, pour atteindre 22 milliards de dollars. C’est l’activité d’outsourcing qui augmente le plus vite avec un taux de croissance de 50 % environ pour dépasser plus de 5 milliards de dollars.

Cependant l'Inde pourrait connaître une pénurie de main d'œuvre dans le secteur IT d'ici cinq ans. Toujours selon le Nasscom, cette branche emploie actuellement environ trois cent quarante-huit mille personnes, 42% de plus que l'année dernière, un chiffre qui devrait s'établir quatre cent soixante-dix mille dans un an et à un million en 2009.

Si l'Inde compte plus de un milliard d'habitants, moins de 10% des jeunes diplômés possèdent les compétences nécessaires à rejoindre l'industrie IT. On redoute donc une pénurie de main d'œuvre d'ici cinq ans, entre deux cent cinquante mille et trois cent mille. Le problème crucial du pays ne serait pas la quantité de travailleurs, mais leurs compétences, car la quantité ne compense pas la qualité.

Dans des domaines différents, mais qui n'en sont pas moins importants pour le développement du pays, l'utilisation des nouvelles technologies permettra d'amener l'éducation pour tous dans les villages et conduit à des recherches sur le E-learning (télé-enseignement) et les bibliothèques numériques. Un vaste projet de numérisation des documents anciens vise à la conservation du patrimoine qui risque de disparaître de par la dégradation des supports (papier, encre). Le support des nombreuses langues nationales ou anciennes pose des problèmes importants aux développeurs, la majorité des logiciels étant basés sur les langues anglo-européennes. Dans les universités et les centres de recherche, la carence en moyens (vieux PC servant de serveurs, coupure de réseau fréquentes, salles informatiques mal climatisées...) est compensée par une extrême motivation des professeurs et étudiants.

Le secteur médical

L'Inde se fait une spécialité, depuis quelques années, du tourisme médical. Quelques hôpitaux haut de gamme proposent à la clientèle étrangère des interventions chirurgicales à des tarifs trois à quatre fois infèrieurs à ceux pratiqués en occident : orthopédie, pontage cardiaque, prothèse dentaire attirent ces touristes d'un nouveau style (150000 en 2004). Les compétences hors pair des praticiens, l'hygiène au moins comparable à celle que nous rencontrons dans nos établissements (ce qui n'est pas trop difficile vu la fréquence des maladies nosocomiales en France), le confort et l'hôtellerie supérieurs à nos standards (là, c'est encore moins difficile), suffisent à assurer l'expansion de ce créneau des services.

Hélas, ce tableau flatteur de la médecine indienne n'est pas du tout représentatif de la situation générale. L'Inde est pratiquement le derrnier des pays asiatiques en termes de pourcentage du PNB consacré à la santé. Les hôpitaux et dispensaires des villages sont démunis de tout, manquent de moyens (équipement, médicaments), comme de personnel. Dans l'Inde rurale, démotivés par des salaires de misère, découragés par les politiques misérables de l'Etat, les médecins émigrent aux Etats Unis ou plus fréquemment se réfugient dans l'apathie et l'indifférence à moins, à l'instar de certains infirmiers et auxiliaires de santé, qu'ils ne monnayent des soins présumés gratuits.

L'état sanitaire des gens pauvres des campagnes est terrible : infirmités aggravées par manques de soins, plaies surinfectées, dents pourries à quarante ans sont monnaie courante. Des épidémies de choléra, de polyo, de méningite, voire de peste (1994) apparaissent sporadiquement ici ou là. Depuis 2004, l'Inde a ravi à l'Afrique du Sud le triste record mondial de personnes atteintes du sida ou porteurs du virus HIV (5,3 millions environ). En ville, les médecins sont plus nombreux; les clientèles privées sont globalement plus solvables. Mais la sédentarité, les conditions de travail de plus en plus stressantes, les transports en commun mal commodes, inconfortables et surchargés, l'abus du tabac, l'excès de consommation de féculents et de sucres, engendrent des maux qui frappent massivement une population psychologiquement non préparée, sous-informée donc plutôt inconsciente des risques : obésité (l'augmentation de personnes obèses, en quelques années, est fulgurante), hypertension, diabète (l'Inde est le pays comptant le plus de diabétiques, environ 30 millions) sont devenus, en quelques années, des fléaux majeurs.

Le tourisme

Si l'on visite l'Inde en "voyage de groupe" on pourrait s'imaginer que ce pays est une destination majeure du tourisme : vaste contrée à la civilisation prestigieuse et évoluée, l'Inde dispose en effet d'un énorme potentiel. Potentiel géographique tout d'abord car, depuis les hautes montagnes himalayennes du nord jusqu'aux rizières et backwaters du Kerala, en passant par les étendues arides ponctuées de forts saisissants au Rajasthan, la palette des paysages est incroyablement diverse. Potentiel culturel ensuite, car sa longue histoire a fait de l'Inde un creuset de cultures variées, souvent antagonistes, et qui se sont fondues ici en une mosaïque unique au monde : l'univers hindou des grands temples du Sud n'a rien à voir avec l'architecture Moghole du Nord et elle-même se distingue sensiblement de la culture rajpoute du Rajasthan, pour ne donner que ces exemples.

Le touriste de groupe, ravi, aura tendance, en une douzaine de jours de voyage au Rajasthan (80 % des touristes étrangers ne vont que dans ce seul Etat, et encore, dans quelques villes "phares" seulement), à croire que l'Inde est parsemée d'anciens palais de Mahârâja reconvertis en hôtels de luxe au charme quelque peu désuet et passablement rococo.

Bien entendu, cette vision exotique ne correspond nullement à la réalité de l'industrie du tourisme en Inde. Un premier chiffre, déjà, porte à reflexion : moins de trois millions de visiteurs étrangers par an. Alors que plus de quatre millions d'Indiens se rendent à l'étranger... Les investisseurs privilégient le créneau haut de gamme (4 ou 5 *) mais le service offert, ainsi que la maintenance, ne sont pas toujours à la hauteur des prétentions. Des chiffres parus dans la presse (mars 2005) indiquent qu'à Delhi, les prix des hôtels de catégorie supérieure ont augmenté de 60 à 80% en trois ans sans que l'inflation (4-6 % par an, maintenant), ni les qualifications ne justifient un tel bond. Les opérateurs touristiques considèrent désormais l'Inde comme une destination plutôt chère par rapport aux autres pays d'Asie du sud-est. La volonté politique affichée demeure sans grand contenu. Hormis la rareté des espaces constructibles libres dans le centre des villes et, par conséquent, un marché immobilier coûteux, la bureaucratie décourage les investisseurs : il ne faut pas moins de 38 autorisations différentes avant de pouvoir construire puis mettre en service un hôtel. Temps perdu, qui se compte en années, dépenses de dessous de tablee, sont autant d'obstacles.

La situation n'est pas meilleure pour les hôtels de moyenne gamme qui draînent l'énorme marché de la clientèle nationale. Les Indiens voyagent énormément dans leur pays. Que ce soit pour se rendre dans des lieux religieux en pèlerinage, pour aller visiter de la famille à l'occasion d'un évènement, naissance, mariage, décès, ou autre, pour vivre une période de lune de miel dans un beau lieu touristique, des millions de personnes transitent chaque jour dans les trains ou les bus. Mais les petits hôtels trop souvent vétustes, à l'entretien inexistant, à la propreté douteuse et au personnel fruste, sont infiniment plus nombreux que les établissements récents, tenus par des managers vigilants et exigeants envers leur personnel sur la qualité, la propreté et le service...

Il n'ya aucune fatalité dans ce constat, mais seulement l'expression d'une inertie trop souvent répandue.

Politique et développement

L'Inde s'enorgueillit, non sans raison, d'être "la plus grande démocratie" du monde. Plus d'un Indien s'est bien amusé des péripéties ridicules qui ont marqué l'élection présidentielle aux Etats Unis en l'an 2000, avec les machines vétustes et non fiables utilisées pour le décompte dans certains Etats, d'après ce que la presse a expliqué au bon peuple.

Ici, le taux de participation électorale est élevé, sans atteindre les scores confiscatoires des régimes soit disant démocratiques des régimes autoritaires. Le vote est libre, quoique l'on reviendra sur le contenu de cette notion. Les femmes votent depuis 1950 (souvenons-nous, ce ne fut qu'en 1944 que les femmes obtinrent le droit de vote en France), ainsi que les Intouchables, la lie de la société, dépourvue de tous droits, paraît-il, selon les intellectuels progressistes, indiens ou non. Il est vrai que ce droit leur est trop souvent dénié par certaines franges intolérantes et fondamentalistes des castes supérieures.

Le système politique fédéral accorde aux Etats de larges pouvoirs, très supérieurs en tout cas à ceux des instances régionales ou préfectorales de la République Française, malgré une décentralisation présumée bien avancée.

Le verdict des urnes permet l'alternance politique. Ainsi, en 2004, la coalition de droite dirigée par le BJP (Bharatiya Janatha Party) a-t-elle cédé la place au Congress (centre gauche) qui a du, pour former le gouvernement, constituer une alliance avec divers petits partis de gauche parmi lesquels on note les communistes marxistes. Le BJP et ses alliés auraient perdu le pouvoir pour avoir mené une politique de libéralisation économique trop hâtive, estimée dommageable pour les classes moyennes-pauvres de la population. Cependant, le budget 2005 présenté par le Ministre des Finances en février, aurait plutôt tendance à montrer que le nouveau gouvernement entend continuer et même accélérer la libéralisation économique, sans pour autant montrer beaucoup d'attention au programme social sur lequel il s'était mis d'accord avec ses partenaires de gauche, dans le but évident de revenir au pouvoir.

Bref, soit qu'il soit question pour nous de prendre parti, il apparaît, à la simple lecture des journaux et revues anglophones locales, que le processus démocratique est ouvert, ce qui, me semble-t-il, est la marque d'un pays moderne, dans le sens où les occidentaux l'entendent. Cette situation résulte, au moins partiellement, de la conjonction de plusieurs facteurs favorables. Déjà, de par leur culture, les Indiens sont portés aux débats d'idées, à telle enseigne que l'on est plus souvent porté à tracer des plans mirifiques sur ce que l'on va faire qu'à agir réellement.

Une petite digression amusante va nous permettre d'illustrer ce propos. Voici trois exemples récents (mars 2005) lus dans la presse :

 Le magnifique lac Pichola d'Udaipur (Rajasthan) est vide; on n'a pas vu cela depuis 1972. La cause ? Une série d'années de très faible mousson. Un agent de voyage d'Udaipur me dit récemment : "Ce n'est pas grave. L'an prochain, on aura autant d'eau que nécessaire car on va dériver l'eau d'un barrage au sud d'Udaipur". Quelques jours après, je lis dans la presse que l'on étudie actuellement la possibilité de relever de trois mètres la hauteur d'un barrage situé une centaine de km d'Udaipur et que le supplément de réserve serait détourné par conduite vers Udaipur. Dans combien d'années, cinq ou dix au minimum !!
 Noida est une grande banlieue de Delhi. Un "projet" d'immeuble de 135 étages, battant le record mondial de hauteur de la tour Taipei 101 (508 m) à Taiwan serait à l'étude !! En fait, évidemment, seul un fada a lancé l'idée et tout le monde s'est jeté dessus sans réfléchir... Il suffit de voir les bâtiments les plus hauts de l'Inde à Bombay pour se rendre compte que demain n'est pas la veille de ce nouveau record du monde !!!
 Lors du désastreux tsunami du 26 Décembre 2004, les Iles (indiennes ) d'Andaman, proches de l'épicentre ont été frappées en premier. Personne n'a réagi et deux heures plus tard, le tsunami arrivait sur les côtes du Tamil Nadu, tuant quelque 15000 personnes. Inertie administrative, absence d'initiative, manque de personnel, etc. tout s'est combiné pour le résultat que l'on sait. Moins de deux mois plus tard, les Indiens clament qu'ils vont mettre en place un réseau de surveillance et d'alerte utilisant le dernier cri de la rechnique, équipement de communication satellitaire, cartes numérisées, ordinateurs portables en réseau, vidéo-conférences instantanées pour les prises de décision et transmission aux cellules de veille décentralisées sur les côtes menacées. La question n'est pas de savoir s'ils sont capables de le faire, ils le sont. Mais le feront-ils et quand ?

La colonisation britannique, si elle a largement pillé et appauvré ce pays en exploitant ses richesses naturelles, a eu au moins le mérite d'introduitre des idées occidentales modernes parmi les classes qui accédaient à l'éducation (pour mieux servir leurs Maîtres). Les Indiens qui allaient faire leurs études en Europe ont d'ailleurs, pour leur plus grand bénéfice, été au contact des idées réformistes des 19 et 20ème siècles. L'émergence d'une conscience nationale ne date guère que du 19ème siècle et doit beaucoup aux Anglais, même si cette assertion ne fait pas plaisir à certains historiens indiens qui font remonter l'idée d'"unité nationale" aux temps beaucoup plus anciens des grands Empires, comme les Maurya (empereur Ashoka, 3ème siècle avant notre ère), les Gupta (4ème-7ème siècle de notre ère) ou même les Moghols, surtout avec Aqbar (17ème siècle), oubliant que ce dernier, comme les prédécesseurs de sa dynastie, n'était pas un autochtone et ne représentait que la minorité musulmane au pouvoir. Ces mêmes historiens sollicitent également le passé en faisant du Panchayat (l'autorité administrative traditionnelle au niveau d'un village) la structure élémentaire démocratique de la société. Il n'en est évidemment rien puisque les membres cooptés des Panchayat sont et ont toujours été des notables, par exemple des propriétaires terriens. La démocratie a adopté les Panchayat mais ne leur doit pas grand chose.

Le vote démocratique reste largement orienté par les groupes d'intérêts qui se situent au niveau des castes ou des sous-castes. Des pans entiers d'électeurs constituent, pour les hommes politiques qui manient les promesses sans nuances ni scrupules, autant de "banques de vote". L'appartenance à une caste X d'un homme politique conditionne largement le vote des gens qui font partie de la même caste. Il est troublant de constater à quel point beaucoup d'indiens sont désillusionnés par leurs hommes politiques qu'ils accusent de manière systématique de corruption, d'incompétence, de népotisme, voire d'activités criminelles et mafieuses. Leur opinion n'est sans doute pas toujours exagérée, à lire les informations codées que délivre la presse, malgré l'(auto)censure qu'elle s'impose.

Les "libertés" démocratiques sont d'ailleurs souvent battues en brèche par des abus bureaucratiques trop souvent impunis : les plaintes judiciaires inabouties sont légion, les procès qui durent des années se comptent par dizaines de milliers, les gens battus à mort dans des postes de police ne sont pas des exceptions, la drogue soit-disant illégale est en vente libre dans des villes que la décence nous interdit de citer mais que tout le monde connaît, le boom immobilier actuel, sans précédent, avec des plus-values de 30 à 60% sur un an, doit beaucoup au recyclage d'argent illicite. Des économistes évaluent que 40 à 60% des montants de transactions immobilières sont non déclarés et que ce pourcentage reflète l'économie parallèle du pays. Pas étonnant que l'introduction de la TVA au 1er avril 2005 se heurte à de puissants groupes de pression. Le précédent gouvernement avait déjà tenté, il y a quelques années, d'introduire la TVA et avait dû reculer devant le tollé que ce projet soulevait.

Et pourtant, l'administration indienne est, comme tous les acteurs économiques, empêtrée dans un système aussi compliqué qu'absurde de multiples taxes hétéroclites selon les Etats, le plus archaïque étant peut-être l'octroi que les marchandises payent pour passer d'un Etat à un autre, occasionant de longues files de camions et des heures perdues en attente.

 

 

Publié par simonlaporte à 14:51:54 dans Inde | Commentaires (0) |

Le système des castes en Inde | 16 avril 2006

A propos de castes

On nous pose souvent la question sur l'origine des castes en Inde. Voici quelques éléments pour une reflexion plus approfondie.

Définition de Bouglé :

"Nous dirons qu’une société est soumise au régime des castes si elle est divisée en un grand nombre de groupes héréditairement spécialisés, hiérarchiquement superposés et mutuellement opposés, si elle s’oppose à la fois aux mélanges de sang, aux conquêtes de rang et aux changements de métiers"

Origine des castes

Sur l'origine des castes, il y a beaucoup d'essais d'explication, mais aucune pleinement satisfaisante à ce jour. Sans doute se trouve-t-il des éléments exacts dans chacune.
Les données historiques, bien qu'insuffisantes, sont instructives : rappelons que vers 1500 avant notre ère, des bandes originaires du Caucase et qui s'appelaient eux-mêmes "Arya" envahirent l'Inde par le nord-ouest jusqu'aux plateaux du Deccan : d'où les langues indo-européennes parlées dans la moitié nord, alors que le sud parle des langues dravidiennes.

Facteurs structurels

1) division du travail
Le sociologue Ghurye considère le système des castes comme le développement sur le sol indien d'une institution indo-européenne plus large. On connaît les trois grandes fonctions qui, selon Georges Dumézil, ont déterminé les classes sociales communes aux sociétés indo-européennes : prêtre - guerrier - agriculteur. Et certains ont voulu voir une origine "raciale" au système des castes : une structure imposée par les envahisseurs aryens. Sans doute la culture de ceux-ci a-t-elle eu une influence, mais cela ne veut pas dire que les populations dravidiennes n'étaient pas déjà elles-mêmes organisées en castes, suivant le principe défendu par Louis Dumont dans son grand ouvrage, "Homo hierarchicus", qui fait référence même s'il est contesté.
2) endogamie
Claude Lévy-Strauss, dans "Les Structures élémentaires de la parenté", après avoir souligné l'universalité de la prohibition de l'inceste, jette les bases d'une classification des groupes humains selon le type de mariage.

Endogamie : Règle (ou pratique) enjoignant à un individu de choisir son conjoint à l’intérieur de son propre groupe (groupe de parenté, groupe territorial, groupe statutaire, etc.).

Exogamie : Règle (ou pratique) enjoignant à un individu de choisir son conjoint à l’extérieur de son propre groupe (groupe de parenté, groupe territorial, groupe statutaire, etc.).

Emmanuel Todd, dans "La diversité du monde" analyse les conséquences des différences structurelles
"Le trait original et fondamental du système familial de l'Inde du Sud est le mariage préférentiel asymétrique, qui repose sur un double postulat : un interdit d'ordre exogamique sur l'alliance avec les parents du côté du père, une prescription d'ordre endogamique obligeant à l'alliance du côté de la mère. Le conjoint est, idéalement, une cousine croisée matrilatérale (fille du frère de la mère). Mais, dans certains cas, il peut s'agir d'une nièce, c'est-à-dire d'une fille de la soeur. Les deux faces de ce mécanisme - exogamie patrilatérale et endogamie matrilatérale - sont également importantes. C'est leur combinaison qui engendre les principales idéologies indiennes, et en particulier les castes.
L'existence d'un modèle endogame au niveau familial explique celle d'une idéologie endogame au niveau social. La fermeture matrimoniale de la famille sert de modèle à la fermeture matrimoniale de la caste. Mais plus subtilement, le système matrimonial encourage une perception asymétrique de l'espace social: tous les individus n'occupent pas des positions équivalentes, tous ne sont pas épousables, tous ne sont pas égaux. Dans un tel environnement anthropologique et mental, l'idée d'égalité des hommes ou d'équivalence des peuples paraît singulièrement abstraite".

 

L’hindouisme et le système des castes

Pour ceux qui souhaiteraient se familiariser un peu avec le système des castes en Inde, voici quelques extraits d’une intervention de M. Pierre Amado, directeur de recherche au CNRS, professeur à l'Ecole pratique des Hautes Etudes.


(…) La civilisation indienne est une civilisation traditionnelle. Dans les civilisations traditionnelles, l'homme s'éprouve comme une parcelle de l'univers, il ne ressent pas le besoin de se distinguer, de se singulariser, de s'individualiser. Il préfère se fondre dans le groupe, dans l'environnement naturel dont il se sent part intégrante.

Les civilisations traditionnelles sont donc extrêmement rassurantes, puisque leurs traditions paraissent intangibles à ceux qui les vivent du fait que leurs lois et leurs coutumes ont été fixées par des mythes fondés sur une révélation.

Dans les civilisations « rationnelles » qui sont les nôtres, rien de la tradition n'existe sans qu'elle passe au crible de la raison. Je peux même dire que la tradition, chez nous, c'est de refuser la tradition.

Le noyau, le cœur, la maxime de la civilisation indienne peut s'énoncer de la façon suivante : l'univers n'est pas chaotique, il y a un ordre du monde, il y a une disposition naturelle des choses, il y a une norme universelle. Cette formule s'exprime dans un mot sanskrit : le "dharma". Le "dharma", c'est ce qui fonde l'univers et le maintient, c’est ce qui lui donne une cohésion. Si, durant votre vie présente, vous agissez dans le sens de cette harmonie et de cet équilibre, alors vous serez réincarné à une meilleure place, mieux intégré à l'univers dans votre prochaine incarnation. Si au contraire, vous faites des "entorses" à la disposition naturelle des choses, si vous vous écartez de cette loi du bon ordre, si vous faites un faux pas, alors votre prochaine incarnation sera plus lourde à porter (…).

Ainsi, dans la tradition de l'Inde, l'échelle sociale apparaît comme une échelle de valeurs morale. L'inégalité des naissances apparaît comme la manifestation même de la justice. Il faut bien reconnaître que c'est tout à fait opposé à ce que nous pensons dans nos sociétés égalitaires. Mais puisque l'inégalité des naissances est la manifestation même de la justice, comment pourrait-on la mettre en question ? Or l'inégalité des naissances, c'est ce que nous appelons l'inégalité des castes.

(…) Pour se sentir intégré à l'univers, il n'est donc que d'agir en accord avec sa naissance. Le but final des renaissances et de toute cette série de réincarnations, c'est la délivrance de toute naissance, c'est-à-dire la dissolution dans l'absolu qui est l'unique réalité. Donc, observer les règles de la naissance, suivre le code de conduite de sa caste, c'est une manière d'être dans l'univers qui témoigne qu'il est plus important d'être que d'avoir.

Bien sûr, cela n'implique pas que tous les Hindous soient des philosophes, mais cela implique que chacun, consciemment ou non, agit en accord avec une certaine manière d'envisager les rapports de l'homme et du monde, exactement comme, que nous le voulions ou non, chacun d'entre nous pense et agit selon notre civilisation judéo-chrétienne occidentale.

Si donc je ne veux considérer que l'aspect social du problème, je peux dire que notre société maintient un idéal égalitaire qui met l'accent sur l'importance, l'indépendance et la responsabilité de l'individu, alors que la société hindoue se fonde sur un modèle hiérarchisé, et non égalitaire, où la prééminence appartient aux groupes fermés, complémentaires et interdépendants, et non pas à l'individu. Chaque groupe, chaque caste se caractérise en accord avec sa place dans la hiérarchie par un ensemble de règles spécifiques, héréditaires d'ailleurs, qui entraînent un comportement particulier dans la société. Par exemple : mariage endogame, pratiques religieuses particulières, coutumes alimentaires, interdits, privilèges, spécialisations professionnelles...

On peut dire que l'histoire sociale de l'Inde, plus enchevêtrée encore que son histoire politique, consiste essentiellement dans la concurrence de ces innombrables groupes, les uns ambitieux de s'assurer un rang plus élevé dans la hiérarchie, les autres jaloux d'y maintenir leur position privilégiée contre leurs rivaux. Preuve donc que ce système n'est pas statique mais a des capacités d'adaptation qu'il n'a cessé de manifester au cours des âges, de sorte que la société indienne, malgré tous les changements économiques et politiques qui ont pu se produire, a conservé ses caractères propres et sa structure unique.

(…) Ce tableau idyllique que je vous trace de la société indienne a son revers. D'abord, c'est une organisation qui maintient une idéologie conservatrice. Par ailleurs, le sens des responsabilités, dans une société comme la société de castes, se dilue.

(…) Cette société est-elle bloquée par le système des castes ? Il se trouve qu'elle a toujours été dynamique, ne serait-ce d'ailleurs que grâce à la concurrence des castes. Mais en plus, cette tradition est vivante (…). Par exemple, les interdits que nous connaissons dans la civilisation de l'Inde n'ont cessé d'évoluer. Contrairement à une opinion répandue, le végétarianisme est une création récente. A une époque ancienne, on sacrifiait des vaches et on donnait la viande de vache à manger au peuple à qui on la distribuait (…).

De même, l'hérédité des métiers, à laquelle on réduit trop souvent certaines images simplistes du système des castes, est loin d'être aussi rigoureuse qu'on le dit. Par exemple, parmi les brahmanes, on trouve des hommes d'affaire opulents comme de pauvres cultivateurs et de modestes cuisiniers (…). Cela n'empêche d'ailleurs ni les uns ni les autres d'observer les règles de leur naissance et, en particulier, d'apprendre et d'enseigner le sanskrit dès leur enfance.

(…) Le développement économique de l'Inde a fait croître de façon considérable la classe moyenne urbaine. La riche bourgeoisie commerçante et industrielle a augmenté de même. Il n'en est pas moins vrai que si la conscience de classe a augmenté parallèlement à ce développement commercial et industriel, la conscience de caste n'a pas disparu, loin de là, même chez les 200 ou 300 millions d'Indiens qui appartiennent à une nouvelle société de consommation. Par ailleurs, tous les mouvements d'émancipation des basses castes qui ne se développent pas seulement dans le monde ouvrier, témoignent précisément que la conscience de caste est bien vivante.

(…) Le non-attachement (je préfère dire "le non-attachement " que le "renoncement" ou le "détachement ") demeure aujourd'hui même l'une des valeurs les plus haut placées spirituellement et on est fier, en Inde, que son grand-père ait abandonné tous ses biens pour vivre en ascète dans un ashram de la montagne, de même que chez nous, on est fier d'un grand-père qui, étant parti de rien, dirige sa propre usine... Est-ce à dire que l'on doive tenir la société indienne pour une société d'ascètes ? Bien sûr que non.

(…) On pourrait même dire, en se référant à ce que disait Max Weber en parlant de la société industrielle au 17e et 18e siècles, que l'idéal de non-attachement s'accompagne souvent en Inde d'une certaine austérité de vie chez ceux-là mêmes qui sont les plus riches. Ils continuent à pratiquer leur industrie, leur commerce, à amasser de l'argent, mais l'argent, dans les castes commerçantes, se trouve justifié et valorisé grâce à des dons. Et nombreux sont ceux qui donnent des legs et des sommes importantes à des institutions religieuses, culturelles ou charitables, lesquels investissements prennent place souvent dans des fondations qui favorisent le développement, tels que dispensaires, écoles ou universités (…). 
 

Le système des castes

••••••••••••••••••••••••••••••

Le terme caste vient du portugais casta, ou catégorie pure, non mélangée (allusion à l'étanchéité des castes entre elles), qui fut introduit en Inde au 16ème siècle. Il est ambigu et, bien que largement employé, il ne reflète pas l'arrière-plan qui explique l'origine et le développement de cette organisation de la société.

On lui préfère le terme varna, qui signifie couleur et englobe les quatre grands groupes sociaux originels suivants :

 Les Brahmanes, dont sont issus les prêtres
 Les Kshatriya qui fournissent les gouvernants et les guerriers
 Les Vaishya ou agents économiques (commerçants)
 Les Sudra ou artisans, au service des trois premières varna.

Dans la conception traditionnelle, telle que décrite dans les Dharma Shastra, l'appartenance d'un homme à une varna donnée dépend de sa naissance : un fils de Brahmane naît Brahmane. Cette appartenance est intangible pour la durée de cette vie. S'il est né dans une basse caste, Sudra, par exemple, il ne pourra améliorer son statut qu'au cours d'une incarnation ultérieure par l'effet des bons karma accumulés au cours de la présente vie. Pour l'Hindouisme, cette division de la société est naturelle et correspond aux tempéraments et prédispositions de l'être humain. Telle personne avec une grande force de caractère et de la bravoure est Kshatriya par nature.

A l'époque moderne, le Mahatma Gandhi restait fermement partisan de cette subdivision de la société en quatre catégories. Cependant, quelques rares textes anciens laissent entendre que le passage d'une varna donnée à une autre est possible au cours d'une même vie. Un enseignant (Brahmane) peut ainsi devenir commerçant (Vaishya). Mais l'on ignore si cette facilité était exceptionnelle ou la règle à certaines époques. La courte durée de la vie, la sédentarité dans les villages, l'absence d'éducation de la grande majorité des gens, expliquent aisément et justifient cette conception des varna ainsi que la spécialisation professionnelle héréditaire dans le cadre des jâti. Les siècles d'occupation par des pouvoirs étrangers ne peuvent qu'avoir renforcé le conservatisme de la société hindoue.

Les mythes rapportent que la race humaine est issue d'un Etre divin géant, à forme humaine, Purusha. De sa bouche, sont venus les Brahmanes, de ses bras les Kshatriya, de ses cuisses les Vaishya et de ses pieds les Sudra. Dans cette conception, il est bien évident que nul n'est supérieur à l'autre. L'humble artisan n'est pas inférieur au puissant guerrier ni au prêtre intercesseur des divinités. Il leur est complémentaire et indispensable. De tous temps, ont existé des intellectuels et des Sages d'une part, des gens de pouvoir et d'action d'autre part, des hommes d'argent et de commerce aussi et enfin des ouvriers et des serviteurs. L'asservissement de certains par d'autres est une faiblesse humaine, non une loi naturelle.

Au fil des siècles, cette organisation s'est complexifiée. A la notion de varna s'est surimposée celle de jâti ou groupement socioprofessionnel spécifique. Dans la société traditionnelle, le fils reprenait souvent le métier du père. Mais la société indienne est ainsi faite que chaque jâti a voulu se différencier des autres par un ensemble de règles comportementales et sociales particulières : c'est le dharma de la jâti. Parmi ces règles, celles qui portent sur la pureté rituelle des habitudes quotidiennes, alimentaires entre autres, sont très contraignantes. Le mariage endogamique est également la règle, mais il évite les risques de consanguinité en recherchant les opportunités de partenaire dans d'autres villages. Les règles qui gouvernent les jâti évoluent progressivement, mais toujours dans le sens d'exigences accrues, d'exclusions variées qui ont pour but de rehausser le statut de la jâti en question. Il faut en effet savoir que plus une catégorie est haut placée dans la hiérarchie sociale, plus elle se doit de suivre des règles de vie exigeantes. Ainsi, les Brahmanes très orthodoxes seront-ils soumis à des règles de pureté rituelle très complexes. A l'autre bout de l'échelle sociale, aucune exigence ne pèse sur les gens. Les jâti sont très nombreuses, plus de 4300. D'une province à l'autre, la place d'une jâti donnée dans la hiérarchie sociale peut varier très sensiblement.

L'apparition de l'intouchabilité au cours histoire de l'Inde s'explique probablement par les deux facteurs suivants :

 D'une part, certains métiers (vidangeurs, équarisseurs, etc.) sont par nature très sales. Les gens excluaient ceux qui manipulaient des substances pouvant propager des maladies.
 D'autre part, certains délits graves étaient punis d'une proscription sociale totale et définitive : meurtre d'un Brahmane ou d'une vache, mariage de grave mésalliance.

Reste à savoir si les métiers "sales" n'étaient pas justement les seuls qui restaient accessibles à des gens exclus du corps social... Ce phénomène de l'intouchabilité s'est développé au cours des siècles au point d'atteindre un pourcentage significatif de la société (160 millions de personnes actuellement) car l'intouchabilité, comme d'ailleurs l'appartenance à n'importe quelle caste, est une donnée héréditaire. Il nous paraît stupéfiant que la grave erreur d'un père soit transmise à toute sa descendance, mais il en est ainsi dans la société hindoue où la notion de karma collectif prime sur toute autre analyse. C'est la croyance en la pluralité des vies qui, seule, permet de changer de statut.

Les Intouchables étant des hors castes, il apparaît logique que les non-Hindous soient également considérés comme des Intouchables. Ainsi en est-il des populations tribales (Adivasi) des régions reculées du pays. Ainsi en est-il également des minorités religieuses.

Les discriminations liées à l'intouchabilité ou à l'appartenance à quelque caste que ce soit ont été abolies par la constitution (article 17) de l'Inde indépendante dès 1950. Mais force est de constater que l'ostracisme social dont les Intouchables sont frappés n'a que partiellement évolué. Dans les villages, les Intouchables sont relégués à la périphérie et doivent avoir leur propre puits, car l'accès au puits communautaire ne leur est pas permis. L'entrée dans les temples ne leur a été concédée qu'avec réticence. Autrefois, que l'ombre d'un Intouchable touche celle d'un Brahmane était considéré comme une offense. Les Intouchables, qui se désignent eux-mêmes sous le nom de Dalits (opprimés) sont encore l'objet de persécutions et de mauvais traitements. L'action du gouvernement tente de corriger les inégalités sociales qui les frappent. Moins scolarisés que la moyenne, du fait de la pauvreté des familles et des réticences des villageois à voir leurs enfants admis à l'école, ils bénéficient en compensation d'une politique de discrimination positive qui leur réserve des quotas d'emplois dans la fonction publique, en proportion de leur importance numérique. Ces dispositions pourtant déjà anciennes ne sont pas pleinement efficaces. Les quotas ne sont pas atteints et les emplois pourvus sont le plus souvent subalternes. D'autre part, cette politique de discrimination positive est fortement critiquée par les castes supérieures, surtout les Brahmanes qui, traditionnellement lettrés et bien éduqués, estiment qu'ils sont défavorisés et qu'une telle politique ne peut qu'affaiblir le niveau général de l'éducation.

Un débat actuel pose la question d'appliquer cette politique d'emplois réservés aux Intouchables dans le secteur privé. De nombreuses voix s'élèvent pour s'opposer à une décision qui n'est pas de la responsabilité des Pouvoirs Publics et amoindrirait l'efficacité du secteur privé, surtout en matière de compétitivité internationale. D'autres voix plaident pour l'équité sociale. Intouchable ne signifie pas forcément pauvre et exclu. De nombreux hommes d'affaires, des médecins et avocats réputés, des politiciens influents, ont émergé de la masse des Intouchables et militent souvent en faveur de leurs droits.

Le Mahatma Gandhi les appelait Harijan ou enfants de Dieu, marquant ainsi qu'il ne voyait pas de différence entre le plus puissant et le plus démuni. Mais cette vision d'un saint homme ne changea en rien la situation de ces malheureux et l'appellation fut même considérée comme paternaliste et malencontreuse car Harijan signifie également bâtard.

La situation commença à bouger de manière significative lorsque le Docteur Ambedkar, lui-même Intouchable et membre du Parlement, se convertit en 1956, peu avant sa mort, au Bouddhisme, religion qui ne reconnaît pas les castes, entraînant avec lui des centaines de milliers de personnes, rien qu'au Maharashtra.

La conversion à une autre religion est apparue à beaucoup d'Intouchables comme une solution pour sortir de leur état. Le Christianisme en a largement profité, par exemple dans les Etats du Nord-est (Nagaland, Tripura, etc.), christianisés à 90%, car peuplés de tribaux hors castes. Les missionnaires, souvent américains et se réclamant de sectes chrétiennes diverses, continuent à exercer une forte influence prosélyte dans les régions tribales arriérées. Leur action humanitaire indéniable ne peut cependant occulter l'objectif premier et persévérant de conversion obtenue par la persuasion et la distribution de nourriture.

Le cas des conversions à l'Islam est assez similaire. Si certains empereurs fanatiques comme Aurangzeb (17-18ème siècle) ont converti des populations entières par l'épée, les conversions pacifiques n'en ont pas moins existé tout au long des longues périodes de pouvoir Musulman en Inde. Elles concernaient déjà des Intouchables ainsi que certains courtisans du Palais qui acquéraient ainsi considération et pouvoir. A certaines époques, l'impôt prélevé sur les non-Musulmans (jizia) a également joué un rôle d'incitation. De nos jours, les conversions d'Hindous à l'Islam sont rares et se produisent, par exemple, lorsqu'une femme hindoue épouse un musulman. Les Musulmans (12% de la population) font ainsi de l'Inde le troisième pays musulman du monde (ex-aequo avec le Bengladesh), après l'Indonésie et le Pakistan

L'Hindouisme, lui-même non prosélyte, voit d'un oeil très défavorable les activités de conversion des missionnaires. Il est cohérent avec sa propre vision du monde : chacun naît dans un certain milieu, avec une religion donnée et doit assumer ses origines et sa culture. Les Hindous ne sont pas davantage favorables à ce que des étrangers, Occidentaux par exemple, se convertissent à l'Hindouisme, sans du moins s'y impliquer très sérieusement.

Malgré leur situation souvent misérable, la plupart des Intouchables ne se révoltent pas contre le système des castes puisque celui-ci résulte de l'ordre naturel des choses. On observe même que les Intouchables créent entre eux des catégories qui se comportent entre elles comme des castes. Il existe donc des Intouchables plus Intouchables que d'autres. Ceci est une preuve, s'il en est, de l'extrême solidité du système.

Cette rigidification et stratification de la société ne correspondent plus du tout aux conceptions philosophiques initiales car elles génèrent des antagonismes et non des complémentarités. Lorsque des castes agraires, comme les Jats et les Gujars, qui devraient être très proches l'une de l'autre, en viennent à se jalouser et se combattre, on peut penser que les impératifs de survie économique sont désormais étroitement liés aux intérêts propres à chaque caste. En ce sens, la caste a encore de beaux jours devant elle. D'autant que 65% des gens vivent encore dans les campagnes ou de petites agglomérations. Cependant, la croissance rapide des grandes villes (Mumbay 14 millions d'habitants, Delhi 11 millions) a déjà commencé à nuancer le tableau. La caste y est de moins en moins liée à la jâti. Les changements de profession de père à fils s'accélèrent. L'émergence d'une société aisée, voire riche, la vie en famille nucléaire, l'éducation supérieure, éloignent progressivement les gens des conceptions étroites de la caste et de ses contraintes. On ne saurait dire si le jeune Brahmane a des amis Intouchables mais ce n'est désormais plus impossible.

Le monde moderne altère sensiblement sinon la théorie de cette organisation sociale, du moins sa pratique. On ne change toujours pas de varna mais la caste de naissance influe de moins en moins sur le cours de la vie, du moins dans les villes. L'éducation moderne, l'allongement considérable de la durée de la vie, la grande mobilité, sont autant de facteurs qui facilitent les changements personnels et professionnels, quand ils n'y obligent pas.

On peut se demander si de nouvelles jâti ne vont pas se créer avec d'autres modes de fonctionnement. Mais leurs membres seront issus de castes différentes, par exemple un informaticien peut être Brahmane ou Sudra. C'est sans importance dans l'exercice du métier (jâti) mais l'on ignore jusqu'à quel point la sphère personnelle et comportementale (dharma) en est modifiée. Autrement dit, les varna sont-elles appelées à se dissoudre ou s'uniformiser ? On ne peut préjuger de l'avenir car l'on assiste en même temps à des phénomènes contradictoires. Par exemple, dans de nombreuses annonces matrimoniales, il est fréquent de lire : "caste indifférente". Dans le même temps, la revendication religieuse peut aller jusqu'à l'expression d'un extrémisme violent (conflit d'Ayodhya). Dans un autre registre, l'on constate la persistance du mariage arrangé et des exigences des familles face aux aspirations des jeunes gens.

castes (varna): dans l'Inde antique division de la société en quatre classes :
1.Brahman - caste supérieure (élite sacerdotale)
2.Kshatriya - familles princières (guerriers, scribes)
3.Vaishyas - citoyens ordinaires (paysans, artisans et marchands)
4.Sudras - hommes de basses besognes (travailleurs serviles)
Les castes inférieures se subdivisent en une multitude de sous-castes. Ceux qui sont hors castes sont appelés chandala, actuellement paria (intouchables).

 

Publié par simonlaporte à 14:41:06 dans Inde | Commentaires (0) |

Corée du Nord: éléments de base. | 15 avril 2006

République populaire démocratique de Corée

Corée du Nord

Choson-minjujuui-inmin-Konghwaguk

 

Capitale: Pyongyang
Population: 22,5 millions (2001)
Langue officielle: coréen
Groupe majoritaire: coréen (99 %)
Groupes minoritaires: chinois, japonais
Système politique: État unitaire centralisé sous régime communiste
Articles constitutionnels (langue): art. 54 et 159 de la Constitution de 1998
Lois linguistiques: décrets et lois sur l'alphabet Hangul et lois scolaires

1 Situation géographique

 

La Corée du Nord est appelée officiellement République populaire démocratique de Corée (en coréen: Chosun Minjujuui Iinmin Konghwaguk ou simplement Cho-Sun, c'est-à-dire «Matin calme»). C'est un pays d’Asie orientale, situé au nord de la péninsule de Corée, bordé au nord par la Chine, au nord-est par la Russie, à l’est par la mer du Japon, au sud par la Corée du Sud et à l’ouest par la mer Jaune. La superficie du pays est de 120 538 km² , soit 40 % de l'Italie, contre 99 268 km² pour la Corée du Sud.

La capitale et ville principale de la Corée du Nord est Phyongyang (ou traditionnellement Pyongyang). Principale métropole industrielle du pays, Pyongyang compte 1,5 million d’habitants (estimation 1990). Les autres grandes villes principales sont Tchongjin (265 000 habitants), centre industriel et port au nord-est du pays ; Wonsan (215 000 habitants), port de la mer du Japon au sud du pays, et Kaesung (140 000 habitants), à proximité de la frontière sud-coréenne.

Sur le plan administratif, la Corée du Nord comprend neuf provinces: Hamgyong-Nord, Hamgyong-Sud, Yangkang, Chagang, Pyongan-Nord, Pyongan-Sud, Kangwon, Hwanghae-Nord, Hwanghae-Sud et trois villes au statut particulier : Pyongyang, Kaesung et Nampho (voir la carte administrative).

2 Données démolinguistiques

En 2003, la population de la Corée du Nord était estimée à 25,1 millions d'habitants. Les provinces de Hamgyeongnamdo, Pyeonganbukto, Pyeongannamdo et Pyeongyang sont les plus populeuses avec plus de trois millions d'habitants chacune.

Province

Population 2003

Superficie

Chagangdo

1 505 300

16 968 km2

Hamgyongbukto
(Hamgyong-Nord)

2 608 200

17 570 km2

Hamgyeongnamdo
(Hamgyong-Sud)

3 316 600

18 970 km2

Hwanghaebukto
(Hwanghae-Nord)

1 834 800

8 007 km2

Hwanghaenamdo
(Hwanghae-Sud)

2 492 300

8 002 km2

Kaesung

431 000

1 255 km2

Kangwon

1 597 800

11 152 km2

Nampho

931 000

753 km2

Pyonganbukto
(Pyongan-Nord)

3 135 600

12 191 km2

Pyongannamdo
(Pyongan-Sud)

3 454 600

11 577 km2

Pyongyang

3 066 600

2 000 km2

Yangkang

817 800

14 317 km2

Corée du Nord

25 191 700

122 762 km2

À l'exemple de la Corée du Sud, c'est l'un des pays les plus homogènes du monde sur le plan ethnique et linguistique. En effet, selon les sources officielles, 99 % (probablement 90 % dans les faits) des habitants de la Corée du Nord sont des Coréens de souche; ils parlent le coréen. Les minorités sont essentiellement des Chinois, ainsi qu'une petite communauté japonaise. Bien que la Constitution soit censée garantir la liberté religieuse, les pratiques religieuses ne sont guère tolérées. De plus, il est très difficile de citer des statistiques, mais 68 % de la population serait «sans religion»; le reste pratiquerait des religions traditionnelles, dont le Tchondogyo (ou religion de la Voie céleste), une synthèse coréenne (présente également dans le Sud) de confucianisme, de bouddhisme et de christianisme. Environ 4 % des Nord-Coréens seraient adeptes du bouddhisme, du catholicisme et du protestantisme. Il n'en demeure pas moins qu'en Corée du Nord les activités religieuses autonomes sont presque inexistantes.

La langue coréenne

Outre la Corée du Sud (46 millions de locuteurs du coréen), la langue coréenne est parlée par environ deux millions de locuteurs en Chine, principalement dans les provinces bordant la Corée du Nord. On compte un demi-million de locuteurs du coréen au Japon et la Russie, et au moins 600 000 aux États-Unis. D'autres communautés vivent à Singapour, en Thaïlande, à l'île de Guam et au Paraguay. Le nombre total des locuteurs de cette langue serait de 78 millions de locuteurs.

La langue coréenne est une langue isolée, elle constitue une famille à elle seule, la famille coréenne. Il existe plusieurs variétés dialectales, notamment celui de Séoul (le phyojunmal ou kangwondo) devenu langue officielle en Corée du Sud et celui de Pyongyang (le munhwaeo ou phyongandoeo) devenu langue officielle en Corée du Nord. On distingue aussi le tchungtcheongdo (tchungtcheongdo du Nord et tchungtcheongdo du Sud), le kyongsangdo (kyongsangdo du Nord et kyongsangdo du Sud), le chollado (chollado du Nord et chollado du Sud) et le dialecte de l'île Cheju (le cheju). Les différences entre ces variétés sont relativement minimes, mais néanmoins importants entre les variétés du Nord et celles du Sud, notamment entre le phyojunmal (Sud) et le munhwaeo (Nord).

Comme il est arrivé souvent au cours de l'histoire, la division politique (depuis 1948) entre le Nord et le Sud a favorisé la différenciation de la langue nationale des deux Corées. Dans le Sud, le vocabulaire emprunté et l'usage de mots chinois ne subit que de faibles restrictions, mais dans le Nord, la politique linguistique, plus volontariste, a eu pour effet d'«épurer» la langue et d'imposer une norme dite de «langue cultivée», qui privilégie les mots d'origine coréenne indigène plutôt que les mots sino-coréens ou anglais. Il existe donc un certain nombre de différences de vocabulaire entre le Nord et le Sud, car le lexique est influencé par la politique et les contacts extérieurs différents (p. ex., le russe au nord, l'anglais au sud). Comme les Coréens n'ont pratiquement pas de contact entre le Nord et le Sud, il peut arriver qu'ils éprouvent certaines difficultés mineures à se comprendre lorsqu'ils ont à communiquer entre eux. Dans les deux États, la langue coréenne constitue une puissant instrument d'identité nationale.

 

La corée du Nord en bref.

Espérance de vie H.
Espérance de vie F.
Taux de natalité
Taux de mortalité
69 ans

74 ans

16 o/oo

7 o/oo

Taux de fécondité
Taux d'alphabètisation
Médecins
Calories h/jour
2 e/f

99%

3,0 o/oo

2 141 kcal.

Automobiles
Téléviseurs
Internet
Téléphone
2,4 o/oo

160o/oo

nc

3,9%

Démocratie populaire
Parti unique
Présidentiel

As. populaire suprême (687)

Découpage


9 Provinces
3 Villes


Exécutif : nom du Dirigeant
Date indépendance


M.Kim Jong Il (grand leader)

1948

 

 

Membre de :

F.A.O.*/ F.I.D.A.*/ M.N.A./ O.A.C.I.*/ O.I.E./ O.M.I.*/ O.M.M.*/ O.M.P.I.*/ O.M.S.*/ O.M.T.*/ O.N.U./ O.N.U.D.I.*/ S.N.C.R. Rec./ U.I.T.*/ U.N.E.S.C.O.*/ U.P.U.*/

Effectifs militaires:

 

Terre
950 000 h.

Marine
46 000 h.

Aviation
110 000 h.

Réseaux de communbication

Routes (Km)
V. Ferrées (Km)
Marine (Tjb)


31 200

5 214

1 122 765


Circulation à
Immat. Int.
Aéroport(s)
droite

KP

78

Ressources
Monnaie.


R.N.B. (Md$)
R.N.B.H.($)
Won (KPW)


11,7*

520*


P.I.B. (%)


Population active (%)



A.
I.
S.


A.
I.
S.



30

34

36


36

30

34


Export (M$)
Import (M$)


Terres arables
RÈact. Nucl.
1 490

2 540


22 %

0

Ressources et rangs pour les premiers producteurs
Agricoles
Minières
Industrielles
Millet
Pêche
Riz
Tabac (14)
Maïs

Argent
Charbon (12)
Fer (18)
Lignite (19)
Or
Phosphates

Acier
Électricité

Environnement.
Eau douce disponible par habitant (m3/an)
3 387

Energie consommée par habitant (kg EVP/an)
870

CO2 rejeté par habitant (tonne/an)
3,01

 

Publié par simonlaporte à 21:10:52 dans Corée du Nord | Commentaires (0) |

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