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Fatum

loin s'en faut

N.M (1762 ; mot.lat.)

 
 
A la page 762 du petit Robert se trouve Fatum.
L'un des mots les plus jolis de la langue française. Il a cette douceur et cette profondeur, le poids d'une civilisation que l'on dira antique et toute la légéreté de son avenir. Curieusement. Etrangement. Il ressemble à Fatras, qui d'ailleurs le précède sur cette page où tous les mots commencent par F. Comme Fatuité. Est-ce a dire que Fatum serait subtilement lié à Fatras par je ne sais quel fatuité. Quelques lignes, quelques courbes emplient d'une encre mécanique, et tout devient limpide. J'aime à croire que ce dictionnaire me parle de cet entrelacement fortuit. J'aime le lien surtout quand il est improbable. J'aime le temps qui s'écoule sans le choisir. Le laisser vivre et dégager de tous ces entrelas une certaine forme de destin fortuit. Bienvenu au milieu du Fatras des routes qui forment peut-être, qui sait, toute la rondeur du Fatum. 

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Avant de reprendre une semaine écourtée : En vrac, | 18 avril 2006

 
Un grand pardon à l’artiste qui s’interresse au quotidien, madame Gasc s,i j’ai quelque peu galvaudé sa démarche artistique en la fractionnant et en réinterprétant.

Du chocolat, du chocolat, du chocolat. Pas un seul lapin, même pas mort. Mais des canards. Plein de canards qui font coin-coin quand je m’éloigne.

Une fleur sur le bord d’un comptoir. Une fleur qu’on aurait pu prendre pour une femme. Une impatience inassouvie. Un thé au caramel qui refroidit. Une rencontre qui n’arrive plus à être si fortuite. Une voix qui chuchote dans les graves. Un mot qui chatouille. Un regard qui réconcilie et efface tous les labyrinthes de l’ennui.

Un italien qui compatit et qui perd son pari. Me raconte sa vie. Un russe qui n’a plus de repère et qui change de lit. Blanc, rouge… La couleur de la nuit. Un Eric et un Anthony, qui se tiennent chaud autour d’une assiette froide ou d’un bouillon à l'eau de piscine.

Du chocolat ou du calva. Un printemps qui s’épanouit. Un vert tendre qui réunit. Un ami.

Et puis la vaisselle qu’on oublie et qui s’empile. Le ménage qu’on devrait faire et qu’on ne fait pas. Le soleil qui décline à son rythme et dont on se nourrit. Les moineaux qui disparaissent de Paris. Un merci pour les mots colorés de madame green.

Une semaine qui reprend et qu’on aime déjà parce que c'est mardi.



Publié par bidule14 à 12:34:46 dans Une photo - Un jour | Commentaires (0) |

Pérégrination bouchère pour œuf de paques / ce week-end | 18 avril 2006

Tu sais ça commence comme une humeur. Tu regardes le boucher et tu as comme l’envie de te moucher. Un premier filé et ça continue sans s’arrêter. Tu as besoin de savoir. Tu as besoin de trouver quitte à te moucher tout en entier. Le moment ou tu te sentiras lavé. Le boucher n’a pas bougé il te regarde du coin de l’œil. Il attend que tu trouves la force de lui demander de s’en aller. Celle de te trouver, dans toute l’humeur de tes mouchoirs empilés.  Tu  résistes, tu préfèrerais ne pas pleurer, tu as une certaine fierté. Pourtant il faut y aller. Prendre en ses bras cette chaire que tu croyais inerte, la faire parler, la cuisiner et la digérer. C’est le seul moyen de raccrocher son tablier.

J’attend ce jour avec impatience. Car cohabiter avec cette saloperie de boucher n’est pas aisé.

Jean-Michel Espitallier, m’inspire ce rêve pas tout à fait étranger. Ces corps qui pendent dans le vide d’un hangar humide. Ces corps encore vivants, accrochés par le cou ou par les pieds. Ces cadavres encore fumants qu’on aurait pu dire être l’œuvre du boucher. Des crochets, des chaînes, des esses. Quelques éléments funestes déjà empaquetés dans des sarcophages en plastique ou en papier. Suffocante vision. Plus rien à faire que de ne rien faire pour les y déloger.

Et puis, quelque chose de plus qui appelle à traverser la vie. Une humeur qui se lit dans les replis d’un mouchoir. Ce quelque chose qui fait peur comme la lame d’un boucher. Je me souviens de cette angoisse sans me rappeler pour autant s’il s’agissait originellement de la mienne. Alors je ne trouve pas vraiment la fantaisie bouchère d’Espallier tout à fait grotesque. Pas plus que de frapper un aveugle avec une bate de base-ball ne me semble burlesque. Et cette phrase comme une litanie :  « je ne suis pas un monstre, je ne suis pas un monstre, je ne suis pas un monstre ». Je ne suis pas ce boucher dont je t’offre la tête sur un billot. Moi, non plus je ne suis pas une monstre. Et je sais qu’il y a autre chose qu’un boucher, mais qu’il faut le trouver.

Aujourd’hui ce livre posé au milieu d'un mirroir ou d'un mouchoir.
Qui sait peut-être celui de nos ressemblances. 

 

Ref.  Jean-Michel Espitallier " Fantaisie bouchère " - Francis Bacon "Lucian Freud" 1965.


 

 

Publié par bidule14 à 11:31:00 dans Une photo - Un jour | Commentaires (0) |