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Le dilemme arménien | 10 septembre 2008

Petit pays du Caucase coincé entre trois puissances régionales que sont la Turquie, la Russie et l'Iran, l'Arménie avec ses 3 millions d'habitants et sans accès à la mer, n'a pas franchement une situation géopolitique très favorable.

                   

Comment faire pour sortir de son isolement politique et géographique sans se fâcher davantage avec ses voisins. Si vu d'Europe le principal problème demeure le génocide arménien pour la diaspora. La réalité vue de Turquie et d'Arménie est un peu différente. Il faut en effet ici corriger ce qu'on a pu entendre ces derniers temps sur la relation turco-arménienne dans les médias. Le blocus turc imposé à l'Arménie n'a en effet rien à voir avec le génocide arménien. Il découle de la guerre arméno-azérie des années 90 et de l'occupation encore actuelle d'une partie du territoire azérie (une bande de terre entre l'Arménie et le Haut-Karabagh) par l'armée arménienne.

 

La visite historique du président turc Abdullah Gül en Arménie n'arrive pas dans un moment neutre pour celle-ci. L'actualité de la Géorgie qui est dans une situation de guerre avec son puissant voisin russe qui lui a coûté une partie de son territoire internationalement reconnu montre en effet que cette partie du monde peut encore se transformer en une guerre d'influence des puissances. L'expérience géorgienne montre qu'une politique d'alignement sur une grande puissance ne peu pas être efficace pour ces petits pays du Caucase. La seule possibilité politique pour eux est de garder une équidistance entre les différentes puissances. L'Arménie est donc un exemple inverse de la Géorgie. A force de s'allier avec la Russie systématiquement, elle risque de se couper de son unique accès à l'occident chrétien qu'est la Turquie. L'exemple de l'oléoduc BTC(1) le montre bien. Si une situation de paix avait cours entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan et donc avec la Turquie, cet oléoduc n'aurait jamais du faire un tel détour et aurait du traverser directement l'Arménie. Tel n'a pas été le cas et tel ne sera pas le cas tant que l'Arménie n'aura pas accepté de régler son problème avec son voisin Azérie. Cela représente ne perte de près de 1 milliards de dollar par ans pour l'Arménie que récupère la Géorgie sous forme de taxe de transit.

 

Le Caucase a cela de particulier qu'il est à l'épicentre des civilisations et de régimes très différents. D'un côté la Turquie avec régime laïc, une population musulmane sunnite et un model globalement tourné vers l'Europe et les Etats-Unis. De l'autre la Russie avec un régime autoritaire de type national-capitaliste. Au sud l'Iran qui est une théocratie chiite et de l'autre côté le reste du monde turc et des régimes autoritaires non démocratiques mais laïcs. L'Arménie qui occupe une place à part dans le monde chrétien puisque son église n'est catholique, ni orthodoxe mais dont les européen étaient les garants sous l'empire ottoman puisqu'ils avaient un droit de protection des chrétiens d'orient ; cette Arménie ne peut trouver sa place dans cette poudrière géopolitique et religieuse si elle n'est pas en paix avec ses voisins.

 

Il faut donc, nous européens, sortir l'Arménie de son passé tragique dans laquelle elle est enfermée et ne pas oublier que la politique doit se faire surtout et d'abord pour les vivants.

  (1) BTC : Bakou, Tiflis, Ceyhan. Oléoduc qui transporte le pétrole de la mer caspienne de Bakü en Azerbaïdjan à Ceyhan en Turquie en évitant la Russie et l'Arménie et qui alimente principalement l'Europe mais aussi les Etats-Unis en hydrocarbures. Cet oléoduc représente à lui seul 1% de la production de pétrole mondial

Publié par emirdeniz à 11:42:24 dans Divers | Commentaires (0) |

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