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Aujourd'hui | 17 avril 2008

 

D'île en île passe l'alizé. Celui-ci sent le mombin. Pour aujourd'hui. Et cette senteur fait oublier le reste.

La frayeur animale (et ce qu'elle comporte d'avilissement, de colère, de déracinement, et de nivellement des hommes et de leurs volontés par le sang échappé, bu par la terre jusqu'à en recracher des sucres et des cafés de race) qui s'était tue sous les exclamations des jours sans chaîne, glissée dans le Tout-Monde d'un lettré qui suivrait, la pointe acérée des boues de la Lézarde... cette frayeur rampe toujours. Elle s'habille d'incrédulité qui se vérifie parfois encore. Je serais tenté de dire malheureusement, mais j'emploierai « inévitablement ».

Les fragments déportés, les pièces rapportées, les rebuts des bordels et des caniveaux, les enfants enlevés à la hâte des quais de Seine à Pondichéry, ce qui restait des primitifs, à l'ombre des mornes, et pas qu'à Basse-Pointe, un instant, d'un seul cœur silencieux, laissent passer. J'aime saisir cette émotion, l'instant fugace d'une communion. Sans même s'appesantir sur le flou de l'Histoire, le d'accord pas d'accord, dont certains protagonistes, dont le mèt' zafè des fois, s'habillaient tout entier, plus déchirés que leur linge, mais pas moins vrais.

Un vieux conteur raconte. (Que pourrait-il bien faire d'autre ?) Est-ce que la cour dort ? Non, la cour ne dort pas.

Publié par maximgar à 17:45:28 dans 9, galerie de Solibo | Commentaires (0) |

Cirque III : Clowns | 28 mars 2008

 

Des ballons de toutes les couleurs se sont échappés d'un anniversaire.

J'aime les clowns tristes. J'ai un souvenir qui me revient trop souvent du clown triste d'un bouquin qui finit par ...Ce serait comme le commissaire voudrait. La municipalité, l'assistante sociale, les promoteurs immobiliers, les hommes de loi, les hommes de la rue. On pouvait le conduire dans un hospice ou un autre.
Tout cela lui était devenu indifférent.

Ce clown là se nommait Gédéon, Gédéon Van Der Leuwen, et il est devenu un ami au fil des relectures.

J'ai voulu écrire quelque chose de compliqué, toute la journée, je ne suis pas sûr d'y être arrivé, car sinon je l'aurais appelé « Coulrophobie sous le règne éclair d'Otto Premier, Roi d'Albanie » ou quelque chose comme ça.

J'ai un Bozzo qui m'accompagne depuis plus de trente ans dans une assiette. Je ne crois pas avoir jamais rien conservé aussi longtemps.

Des ballons de toutes les couleurs se sont échappés d'un anniversaire.


OST - Clowns - Goldfrapp

 

Publié par maximgar à 00:00:27 dans 9, galerie de Solibo | Commentaires (5) |

Cirque I : Chapiteau et Parade | 27 mars 2008

 

 


 

 

J'avais six ans, j'étais plus proche des sept, quand chacun vers l'entrée de sa classe, au beau mitan des déboulés de courir dans tous les sens qui avaient suivi la sonnerie de sept heures cinquante, un plus grand m'avait envoyé son épaule dans le visage, m'explosant l'œil et la pommette. Du coup, j'avais fini l'année scolaire plus tôt. Je n'ai jamais bien su s'il l'avait fait exprès, mais je le crois, parce qu'après, bien qu'il me foutait plus la trouille qu'autre chose, il m'a toujours fui, du regard, de la parole, à l'angle des trottoirs. Comme je n'étais pas allé avec ma classe voir le Cirque Jean Richard sur la Place des Palmistes, ils avaient eu pour exercice de m'en écrire une belle lettre, que j'ai gardée longtemps dans mon carnet de santé.

Pour ma part, j'avais vu la représentation en famille et comme un cyclope. Persuadé de louper la moitié des clowneries, une tranche des jongleries, un bout de la ménagerie et quelques harmonies funambules dans les boucles trapézistes.

Dans cette conviction du manqué, je croyais aussi avoir loupé la parade, l'entrée des artistes, comme les arts de la rue jusque par-dessus les toits, jetés des instruments de ces cogne-trottoirs de saltimbanques et des pas soulève-poussière des éléphants qui tiraient tels les hercules d'avant les caravanes et les grilles d'acier trempé du vieux lion, lequel malgré son pelage de peluche rousse trop lavée sans assouplissant n'attendait qu'un défaut de cadenas pour nous en faire voir de toutes les couleurs, comme lui avait enseigné Léon le Caméléon. Je n'étais pas encore un vaillant latiniste - et je ne l'ai finalement jamais été - mais le lien m'a toujours paru évident entre les lions et les caméléons. De même qu'entre les caméléons et les chameaux.

Je suis resté persuadé que les cirques entrent ainsi dans les villes. En paradant. Qu'ils viennent en ligne, en défilé, en parchemin déroulé, la réclame est sur nos routes, elle danse au rythme martial d'une caisse claire, au rythme dansant du tambourin, tout avant que tous se lovent circulaires. Car les cirques sont des ronds, même pour qui n'a jamais été latiniste. Car les cirques sont des rondes, pour qui n'a jamais vu un ventre cristalliser, indépendamment des discours soutenus des biographes, ce qui sera une émotion dans l'arène : le cirque n'est pas un théâtre, c'est un bordel, un instant disloqué à la minute près, dégagé des règles théâtrales - quand elles ne lui étaient pas tout bonnement interdites, il y a un ou deux siècles - pour un sort improvisé - ou une improvisation millimétrée... qu'est-ce qu'on s'en fout que ce soit l'un ou l'autre, auguste et clown blanc.

A bout de tramway, il y a peu encore, deux mois à peine, l'Arlette Gruss avait posé ses bagages, ses roulottes, sa ménagerie, ses chapiteaux. A l'heure des représentations, je payai ma place pour la ménagerie, et je regardai passer les animaux qui vont faire leur petit tour et puis s'en vont, retourner sous les lampes chauffantes, dans la paille qui sent le fauve, avec des enfants aux grilles qui s'inclinent. Paradant sur la mi-distance. J'avais six ans et beau ne pas me l'expliquer, j'étais plus proche des sept.

 

OST  - Welcome to the circus - Susumu Hirazawa

 

Publié par maximgar à 20:27:31 dans 9, galerie de Solibo | Commentaires (0) |

Resserrement | 04 décembre 2007

 


 

Sur les trottoirs que rasent les murs corrigés à la bombe de la galerie Solibo, quand une fraction de ces ébauches des sans-craie sans-fusain qui traînent à l'ombre des réverbères me rappelle une intervalle lointaine, une latitude allogène et l'infléchissement de soleil qui va avec, je me souviens sans le faire exprès, sans préméditation avenante, des architectures de phrases, des couloirs des goulets des détroits qui serpentent et se frisent dans une bibliothèque borgésienne, je me dis, c'est chouette quand même, je viens d'une contrée où le verbe "cacher" s'énonce, s'annonce "serrer". Ou je pense autre chose.

Mais l'idée est là. Que le bâtisseur de ce verbe, l'horloger à la petite grammaire petit nègre et à l'orthographe quarteronne n'avait rien, ne possédait rien. Rien qui ne tienne dans le creux de la main, ni cachette, ni rien à cacher qui ne se fourre dans le poing et s'envole quand ce dernier se détend en doigts. Alors serrer. Serrer des trésors qui n'échappent pas à l'index. Serrer des histoires de personnages qui ne savent pas sur quelle scène de quel théâtre aller jouer. Serrer des amours. Se serrer l'un l'autre pour réécrire la pudeur.

Publié par maximgar à 16:09:42 dans 9, galerie de Solibo | Commentaires (4) |

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