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Mission : Florent Pagny Impossible | 20 novembre 2007



 Un jour par inadvertance, au cours d'une soirée mondaine sur msn, ou durant une embuscade sur meetic, j'ai du laisser traîner une carte de visite, sur laquelle on retrouve mon nom et mon numéro de téléphone au boulevard Eusebio Cafarelli (dit le Chanoine), parce qu'il m'y arrive fréquemment n'importe quoi par téléphone comme les plus fidèles fans de mes aventures rocambolesques l'auront déjà remarqué une fois. J'arpentais mon salon en tâchant de trouver quelques mots justes et adéquats pour un blog sous-traité en Thaïlande, quand la sonnerie de mon téléphone retentit. Je décrochai comme soulagé d'un poids, interrompu dans mon triste et dur labeur de technocrate altermondialiste du verbe. « Monsieur, nous avons besoin de vous. A la salle polyvalente de la MJC de Saint-Binau en Velours. » Je comptais demander à qui j'avais affaire, car comme chacun sait, les salles polyvalentes des MJC se louent à n'importe qui pour une poignée de pain, et on a tôt fait de se retrouver embarqué avec des malandrins louches et peu recommandables, recherchés par INTERPOL, le FBI, le MI-6, ou les gardes champêtres rattachés à la police communale de Comblins-les-Picolettes sur la Douves. Mais mon interlocuteur ne me laissa pas le temps d'en placer une : « nous connaissons votre réputation, nous savons que vous êtes le meilleur. » Voilà une accroche qui valait toutes les présentations. Je me contentais d'un : « On se retrouve dans une heure. »

Trois heures plus tard, grâce à Billy mon système GPS volé au cours d'une mission tchétchène sur le dos d'un missile sol-sol hautement bactériologique que j'avais réussi à détourner sur un institut Pasteurovski, je me garais sur le parking de la salle polyvalente de la MJC de Saint-Binau en Velours. Un homme dont la silhouette se découpait dans l'entrée inondée de lumière me salua de la main et vint à ma rencontre.

- Difficile à trouver ? me fit-il d'un sourire narquois.

C'est vrai qu'après avoir pris la route qui contournait le petit village de Vilain-la-Débâcle, et que les Vilains-Lâches - les habitants de Vilain-la-Débâcle que le Saint Binaudien appellent carrément les Couards alors qu'ils ont dans les mêmes proportions portés la mode skinhead à la sortie de la guerre - surnomment le périphérique, je m'étais paumé dans la rue unique et en cul-de-sac du Hameau de Haille et Fineserbe.

- C'est que nous préférions rester discrets, continuait l'homme, nous avions parié que vous arriveriez en trois jours, mais vous êtes vraiment un très bon.

La flatterie a tendance à me rendre confiant, et je ricanais comme un imbécile qui se la joue. J'enfilais ma veste et je le suivais dans la salle polyvalente. Six hommes y étaient déjà attablés, et à peine avais-je désenfilé ma veste pour la jeter sur le portemanteau, qu'on me présentait un fauteuil cuir face à mes sept hôtes dont les visages restaient faiblement visibles perdus dans l'ombre. Là j'étais tombé sur un gros coup, pas de doute.

L'homme qui m'avait accueilli s'était assis au milieu de tous, et il commençait à me faire les présentations : René Lancelot de la confédération des véliplanchistes sexagénaires, Charles Frument du comité estival des fêtes du Bassin d'Arcachon, Laurent Romechko porte-parole de la météorologie télévisée, Hervé Sinclair de la SACEM, Julio Hernandez de la Paella Valenciana restaurant de bord de mer de la Côte Balnéaire del Sol, et Jacky vendeur de glaces. Il finit par lui-même, le meilleur pour la fin, Hughes Grante, grand sociétaire de la Compagnie des Plages privatisées landaises et des Campings qui vont avec.

- Vous voyez où nous voulons en venir ? me demanda-t-il.

Tout ce que je voyais c'est qu'il venait de faire les présentations, et que j'avais là une belle brochette de faiseurs de pognons des étés qui chauffent, à quelques exceptions près, comme ce Laurent Romechko de la Météo, ou ce Hervé Sinclair de la SACEM. Mais je balançais sans trop y réfléchir la première chose qui me passa à la tête : l'instinct du tueur, l'inspiration du neurone actif à la synapse sensible.

- Et bien, vous travaillez tous ou presque pour l'industrie estivale, mais vous avez eu (comme nous tous) un été pourri, d'où la présence de Laurent Romechko, et vous aimeriez réchauffer l'ambiance, d'où la présence de Monsieur Sinclair de la Sacem.

Ils se retournèrent tous les uns vers les autres. Même si leurs visages restaient dans le noir, on entendait à la surprise de leurs chuchotements, qu'ils étaient épatés. Hughes Grante reprit la parole :

- On nous avait prévenus que vous étiez un bon, mais vous dépassez toutes nos attentes.

Laurent Romechko se leva et avança dans la lumière vers un tableau posé au mur. On y trouvait plein de graphiques et de hiéroglyphes.

- Voyez-vous, commença-t-il, l'été a été complètement nase.

L'homme de la SACEM s'était levé à son tour et avait marché vers le mur opposé, où se trouvait un autre tableau plein de graphiques et de cartes de France.

- Nous avons observé une corrélation entre un tube de l'été et le temps tout pourri.

Hughes Grante frappa sa table du poing, en appuyant sur la touche play de son radio-cassette et en brandissant une photo de chanteuse plutôt sexy qui ne me laissa immédiatement pas insensible, même si a priori le beat lascif qui cognait dans les petites baffles du poste n'était que trop pas assez structuré pour mes goût de trip-hopeur averti :

- Oui ! tout le temps que Rihanna a chanté « UMBRELLA » cet été, il a fait moche.

C'est vrai que maintenant que j'y réfléchissais, ils n'avaient pas tort. L'homme de la SACEM n'était pas à cours d'argument :

- Je dirai même plus ! Depuis que son single « don't stop the music » est sorti en radio, il n'arrête pas de passer. Si ça ce n'est pas un preuve.

Je me levais de mon fauteuil et me dirigeais vers un premier tableau, puis vers le second, fis semblant de m'y intéresser. Je n'avais qu'une unique inquiétude. De toute évidence, non seulement la petite Rihanna chantait n'importe quoi, mais c'était prémonitoire. Restait à savoir ce que ces hommes allaient me demander de lui faire prémonitoirer, si vous me concédez le néologisme. Qu'elle chante « Magic Sarko » ou « Nico in my mind » !!! on ne sait jamais où la mégalomanie de certains peut pousser la culture pop ? Avant qu'ils ne me fassent leur proposition, j'avançais mes pions.

- Vous désirez donc que je lui écrive une chanson, comme « Sunglasses », ou « Fouette moi la crème solaire » ?

J'avais déjà le riddim dans la peau à l'idée de traîner quelques jours en studio avec cette petite. Mais ces hommes avaient un plan encore plus machiavélique.

- Nous avons un plan encore plus magnifique.

Je me retournais légèrement inquiet.

- Vous allez écrire pour Florent Pagny.

Je crois sincèrement que l'Homme a des limites. Un jour un athlète courra le 100 mètres plus vite que jamais, et nul ne le battra jamais, à moins de réduire la distance du 100 mètres, de changer ses chaussures ou la qualité des pistes. Un jour un nageur nagera le 100 mètres plus vite que jamais, et nul ne le battra jamais, à moins de réduire la distance du 100 mètres, de changer son maillot de bain ou la densité de l'eau. Et ainsi de suite. Je crois sincèrement que l'Homme est un individu plein de limites, et que là je venais de toucher une des miennes.

Je les ai donc laissés en plan, et je suis reparti en me paumant sur le périphérique de Vilain-la-Débâcle, juste après la rocade de Saint-Binau en Velours, en croisant David Halliday au passage... pauvre de lui.


OST - Umbrella - Rihanna


Publié par maximgar à 11:28:22 dans 64, boulevard Cafarelli | Commentaires (21) |

Pipoman à Hamelin | 09 novembre 2007

 

Mon petit appartement sympa 64 boulevard Eusebio Cafarelli (dit le Chanoine) a beau être en ville, il est loin de la ville, la mourante, Hamelin, celle dont on m'a donné les clefs, en même temps qu'une bonne poignée de main ferme du maire, sourire dents blanches accroche flashes des photographes, lors d'une cérémonie qui avait lieu dans ma ville, et pas dans la sienne, à quelques pas de chez moi à peine. Je ne m'estime pas très sûr que ce que j'avais fait pour ça puisse valoir telle récompense, mais j'avais chaussé mon meilleur sourire dents blanches accroche flashes des photographes.

Dans la vie, je me suis fait une spécialité de réussir tout et n'importe quoi tant que ça n'engage que moi, qu'il n'y a pas trop à réfléchir, et que je ne me retrouve pas en compétition, du fait d'un côté Poulidor malgré moi qui m'entraîne à réussir la collec' complète des plus beaux échecs sur le fil. Non, par contre, donnez-moi une mission impossible, un objectif bidule alpha dont personne ne veut, et je vous le fais, vite fait et surtout bien fait.

Cette petite ville dont j'ai maintenant les clefs, quelque part, parce que j'ai réussi à les perdre, s'appelait (et s'appelle sûrement encore, mais plus pour longtemps) la Cité Dortoir d'Hamelin. Et comme beaucoup de quartiers défavorisés à l'abandon, elle était infestée par deux calamités : les rats et leurs cailles dont les déjections se dessinaient sur les murs à la bombe bon marché volée. J'avais rien à y faire, je m'y étais perdu, comme ça m'arrive des fois, quand mon GPS a bu. Le maire, un coco de la vieille époque où ça marchait mieux, pleurait au milieu du square où je m'étais arrêté pour lire la carte municipale des rues ou à vrai dire de la rue et des coupes gorges.

- Qu'est-ce qu'il y a mon bon monsieur ?
- Il y a qu'il y a des rats et des cailles ici.

Voilà, moi, on me dit ça et je me sens dératiseur dans l'âme.

- Je vais vous faire ça, mon bon monsieur.

Il me suivit les yeux écarquillés. Je voyais bien à sa mine, qu'il s'attendait à ce que je sorte une flûte de ma Twingogo - un modèle spécial tunné en rajoutant un « go » à côté du nom - diesel, et que je me mette à attirer tous les rats et les cailles comme ce bon vieux flûtiste d'autrefois. J'ouvris le coffre et j'en sortis un Kärcher que je lui remis :

- Tenez-moi ça, sinon ça va tout niquer mon bass boom system.

Puis j'ai mis le son à fond, la première, puis la seconde, et tous les rats et les cailles m'ont suivi au pas de course, quand c'était pas en tektonite. J'avais sauvé la ville. Afin d'éviter ce qui arriva dans la véritable histoire, le maire me payas rubis sur l'ongle, et vint jusqu'à chez moi me remettre les fameuses clefs de la ville que je sais plus où je les ai mises.

A vrai dire quelle importance ? car on invente rien, tout comme on ne change pas les choses ! Plus de rats, plus de cailles, il n'y avait tout simplement plus d'enfants à Hamelin. J'avais un peu fait d'un caillou deux coups. La cité mouroir avait laissé toutes ses retraites dans la fonte de mes clefs et les nouvelles couches de peintures des murs, il ne lui restait plus qu'à s'endormir dans la légende.


OST - Keys to the city - The Go! Team


Publié par maximgar à 17:45:21 dans 64, boulevard Cafarelli | Commentaires (2) |

Mission : Pépito Impossible | 30 octobre 2007



 C'est assez souvent quand je traîne dans le salon de mon appartement du 64 boulevard Eusebio Cafarelli (dit le Chanoine) qu'il m'arrive n'importe quoi. Comme si un halo facétieux régnait sur la place, et que de sa tête ronde et chauve il m'assénait des coups informels de péripéties et aléas cases départ sans passer par la prison, et autres équipées controuvées. Là, ce fut le téléphone qui sonna : « monsieur, on a besoin de vous à l'Ambassade du Mexique. » Ben voyons. Moi qui désirais regarder tranquillement Casino Royale, et prendre quelques notes sur les ficelles du métier : je comptais bien devenir sauteur en hauteur professionnel, et donc fan de bonds, une reconversion comme une autre après avoir été quelques années agent à tout faire au nom du grand quelque chose.

A l'Ambassade du Mexique, rien ne ressemblait à une carte postale, pas de mariachi, pas de tequila dans mon verre, pas de sourire, pas de chaleur dans les voix : il régnait une consternation, sèche comme les plaines du Jalisco en janvier. A croire qu'ils allaient entrer en guerre. Quant à Monsieur l'Ambassadeur, il bouillonnait, se tirait les cheveux, derrière son écran d'ordinateur, un téléphone à l'oreille.

On m'avait apporté un café, et je soufflais dessus au moment où l'ambassadeur raccrocha.

« Un petit gâteau peut-être pour accompagner le café ? »

Ça sentait le piège à plein nez, mais comment pouvais-je poliment refuser ?

« Oui, volontiers. »

L'Ambassadeur ouvrit violemment un tiroir de son massif bureau et il en tira une boîte de Pépito Choco Pépites, qu'il balança à même la table basse qui s'étendait devant moi.

« Regardez ! regardez ! » criait-il, jurant ses grands dieux.

Je regardais. Sur le verso de la boîte le gentil Pépito chevauchait un choco pépites avec la passion d'un fan de rodéo en sombrero et poncho. Mais je crus rapidement comprendre le problème : la boîte était plutôt légère.

« Alors que voyez-vous ? » demanda l'Ambassadeur.

Je préférais faire l'idiot et lire ce qui était écrit dessus comme s'il s'agissait d'un bon port-salut :

« AHAahhahAHAah !!! Trop drôle... retrouve sur chaque sachet une Blague Trop Pépito pour faire rigoler tes copains ! »

L'Ambassadeur se calma immédiatement.

« Vous êtes un bon, on m'avait prévenu. Vous avez tout de suite compris. Vous êtes l'homme de la situation. »

Il me fit signe d'ouvrir le paquet. Je ne me fis pas prier et tirait un sachet fraîcheur de la boîte.

« Vous voyez, vous voyez », continuait-il.

J'y voyais rien du tout, mais je lus à haute voix, tout ce qui se trouvait sur le paquet.

« Trop Cassé. Une maman mexicaine demande à son fils :
- Que fais-tu ?
- Rien.
- Et ton frère ?
- Il m'aide. »

En dessous Pépito complètement explosé de rire en rajoutait une couche : « C'est du boulot de ne rien faire. » Quant au gâteau, il était plutôt bon.

« Prenez en un autre », insistait l'Ambassadeur. Je ne me fis pas prier.

« Trop Dingo. Deux fous marchent dans le désert du Mexique. L'un demande à l'autre :
- Pourquoi tu as emporté cette portière de voiture ?
- Pour ouvrir la fenêtre si j'ai trop chaud. »

Et Pépito complètement fracasse en dessous d'en rajouter une couche : « Il en faudrait deux pour faire un courant d'air. »

J'avais vite fait d'avoir mangé toute la boîte quand l'Ambassadeur m'en balança une autre de Choco Mouss'Lait, bientôt suivie d'une Choco Mouss'Choco et de Mini Roulés. Au mur il me projeta le contenu du site www.pepito.fr , beaucoup moins digeste, ce dernier se faisait l'apologie d'un Pépito prince du Carambar, du Mexique terre de Blondes, Belgique d'outre-mer.

« Vous comprenez pourquoi nous avons fait appel à vous ? », me demanda au bout d'un certain moment l'Ambassadeur.

Pour sûr je ne comprenais pas pourquoi, et je ne voyais surtout pas comment, alors je donnais la réponse la plus simple du monde.

« Vous avez fait appel à moi pour en finir avec les Pépito. »

L'Ambassadeur me tapota l'épaule.

« On m'avait dit que vous étiez un bon », se reprit-il, très ému, « mais vous êtes vraiment le meilleur. Les Pépito de Lu sont en train de donner à votre jeune génération l'image d'un Mexique crétin, assoupi de la pépite, misérable et pas doué... »

Ils avaient tenté de nombreuses procédures, appelant au boycott, assurant preuves ADN à l'appui que selon ses traits Pepito était plutôt guatémaltèque, voire métis salvadorien et yankee, mais rien n'y avait fait. Je compris dès lors l'importance de ma mission.

Le lendemain, mon avion se posait à Miami. Evidemment quand je dis « mon avion », ce n'est pas comme lorsque vous dîtes j'ai raté « mon bus », il s'agit vraiment de mon avion. Le lendemain, mon avion se posait donc à Miami. Je commençai alors le tour des South Beach Residence, lieu de rencontres pour petits vieux plus très jeunes qui s'éclatent quand même avec les sous de leur fond de pension. Le temps d'offrir un Choco Mouss'Choco à la plus latina des retraitées que tous les petits vieux de l'Amérique du Nord tançaient leurs fonds de pension pour qu'ils n'investissent plus chez Danone. Enveloppé de mon costume de super-héros de la finance, du genre MaxiRequin, je rentrai chez moi me mater Casino Royale par amour pour le saut, et pour ne pas regarder PPDA expliquer que Danone, les méchants venaient de laisser tant et tant de personnes sur le pavé pour satisfaire leurs associés.


OST - Vamos a matar Compañeros / Ennio Morricone


Publié par maximgar à 17:40:32 dans 64, boulevard Cafarelli | Commentaires (4) |

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