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[34 degrés d'une ombre, la mienne] | 02 septembre 2008

 

[réflexion à une muette]... A l'inclinaison des Tropiques, dans les mers des silences, dans le feutré des anges, dans le pas sur la neige éternelle, comme le talon dans la poussière, les ombres passent avec le jour et sa course. Un angle de soleil te tendra sur la gauche, celui du réverbère te jettera sur la droite, et si je continue de marcher le long du trottoir, tu t'émietteras et tu renaîtras de la cendre électrique, ou du roulis des halogènes alignés.

[souvenir silencieux]... Ce jour-là, nous avions quitté l'école plusieurs fois, jusqu'à une petite terrasse à l'angle de la rue du Docteur Devèze et de l'avenue Voltaire, face au Félix, l'épicerie qui n'avait pas encore fait ses petits mais où on trouvait ces prunes chinoises séchées et acides dont le souvenir picote encore mon palais. Sur la terrasse, nous avions dessiné nos ombres, décalquage sur le béton bientôt besogné par la saison des pluies. A huit heures. A onze heures. A quatorze heures. A seize heures. Histoire de comprendre que le soleil, les ombres, tout ça c'était lié. Lié à la fatigue du jour.

[fleur à la craie]... Si tu restes immobile, comme une tige, l'ombre autour de toi dessine des pétales. A l'heure précise de la petite aiguille horlogère, pour ses soixante frémissements, tu viens, et tu reffeuilles. Tu t'habilles. Mais immobile. Trotteuse amputée qui joue la paire de gambettes avec sa propre ombre mécanique.

[rationalisme effréné]... On ne mesure pas ce qui change. On estime. On contourne.

[réflexion en sourdine]... A l'inclinaison des Tropiques, dans les mers des silences, dans le feutré des anges, dans le pas sur la neige éternelle, comme le talon dans la poussière, les ombres passent avec le jour et sa course. Un angle de soleil te tendra sur la gauche, celui du réverbère te jettera sur la droite, et si je continue de marcher le long du trottoir, tu t'émietteras et tu renaîtras de la cendre électrique, ou du roulis des halogènes alignés. Tout ce qui se passe dans l'ombre, dans la moiteur de sous le manteau, tu me le chuchoteras. Dans le repos de mes mains d'avoir trop caressé la pierre, et embrassé la carrière de tailleur de paragraphes, aux vacillements des chandelles dans la danse sur le mur de tes cousines chinoises, tu sauras mon ombre, distinguer le vrai du faux, les hoquets des mensonges de ma respiration. On ne mesure pas ce qui change. On estime, on apprécie, on commerce avec les nombres, quand le trente-quatre d'hier sera au baril le trente-sept deux du matin. Des livres encore. Des poids. Mais immobile. Parce que si je tremble, je vacille, si je vacille je doute, et l'ombre d'un doute c'est comme assombrir l'innocence de certitudes. C'est comme jeter sur la lumière des rêves les noirceurs du métro, savoir où on va sans rien connaître d'où on est. Ça ne te manque pas ? ce dont tu nais ? cette lumière qui ne me traverse pas et te jette dans un grand vide, celui de ma non-transparence, celui de ma mystification faite chair.

[exception quotidienne]... On dit que l'être mort le plus découpé des bordures n'a jamais vu le jour, mais qu'il se faufile à la vitesse de la lumière, sous le soleil exactement, pas à côté juste en dessous. Comme j'ai pu l'aimer cette chanson et Anna sans même penser aux ombres. Parce juste en dessous, l'ombre est réduite, moins habillée, moins habitée. Les ombres portées ont le solfège qui gît. C'est une façon de ne pas voir, mais de contourner sans cesse, de noircir jusqu'aux frontières. De se connaître soi soi-même, en forme ou pas.

[paragraphe poli mais diluvien]... Les ombres portées ont le solfège qui gît. Les ombres propres collent à la peau. Surtout quand elle est douce. Mais je parlais de saison des pluies tout à l'heure, comme autant de caresses cruelles, d'ongles enfoncés. La saison des ombres qui baignent et qu'on voit rouler sur les flaques tandis que la pluie mange le béton qu'elle façonne sans polir. Les nappes qu'elle dessine gondoleront tes pas, sans la pénombre d'un doute. En petites volées de poussières. En petits cailloux de ciment.

[héritage géométrique et confidentiel]... Dans le trente-quatre quelques dizaines. Mon ombre qui me devance, ou celle qui me suit. Toute la lumière que je ne rendrais jamais à ma silhouette sur les murs, mon coulissé sur le plancher. Me le rediras-tu, pauvre rapporteur, espion au dos rond, homme de l'ombre et de la nuit, les secrets de mes trente-quatre degrés désilluminés ?

[univers mystérieux des synonymes]... On ne mesure pas ce qui change, tu pourras toujours rapporter les angles maladroits des insolations. On ne mesure pas ce qui change. On spécule, on mise. On dessine des fractales qui à force font de belles lignes, on en convient. Du doigt on reconnaît une hanche, un rein malheureux. Un rien malheureux on confond peut-être, l'un dans l'autre ou l'une, les accidents que dessinait l'enfièvrement contre un mur, dans un jeté grillagé moustiquaire, une toile pudique : une pensée qui pense que deux ombres qui baisent se mélangent mieux que toutes les couleurs, elle se fondent. Elles se confondent. Mais comme dans confondre, il y a se brouiller, il y a démasquer, tromper ou déjouer, et que le monochrome se fout de tout ça, les pensées se taisent. Et quand on y regarde pas de plus près, elles se parent d'aquarelles et de musiques. Il paraît.

 

inspiré d'un thème des Impromptus

 


OST - Speed of Light - Asian Dub Foundation (2008)


Publié par maximgar à 23:49:04 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (0) |

Les papillons de mer sous ce nombril du monde | 12 juillet 2008

 

Qu'elles soient ornées d'enjolivures relatives, de propositions multipliées, ponctuées à l'infini de signes épars, de respirations tremblotantes, ou courtes à ne rien dire ou presque - et là le presque fait toute la différence - qu'elles soient écrites ou parlées, les phrases peuvent tout contenir d'une première personne à la seconde, à la troisième et aux plurielles, le verbe entier dans le catalogue insatisfaisant des syllabes emboîtées, jusqu'à la description des envols de papillons de mer sur les bullées de l'écume, sous ce nombril du monde, guidé par cet instinct primal d'irréel mathématique qui veut qu'après la virgule quarante-cinq puisse être la moitié de neuf, et neuves les lumières du matin ampoulé qu'ils coursent dangereusement, et cætera

OST - Butterfly Caught [RJD2 remix] - Massive Attack


Publié par maximgar à 00:43:22 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (2) |

Mode On | 08 juillet 2008

 

Une sensation de déjà-vu m'embrasse les mains. Ou les embrase, c'est presque pareil. C'est l'écrin des lucioles. Je le connais ce velours des brises, car, quand la nuit me tombait dessus par surprise, je n'avais rien d'autre que ces insectes étoilés pour retrouver ma route, ma débrouillardise de chemin, mon loin des sentiers battus. Cette forme d'expression particulière, unique, le ricochet de mes idées sur des encyclopédies bariolées et forcément incomplètes. Parce que, "mets-le toi bien dans la tête : tout le papier ne pourra jamais contenir le monde."

Je n'ai jamais voulu contenir le monde pourtant, deux ou trois personnes en même temps. Pas plus.

La maison n'a pas changé, si ce n'est la poussière par blessures en lambeaux, en parchemin paraffine, qui laisse à découvert les sillages vestiges des araignées. Débarrassés de ses draps blancs, le mobilier ne joue plus les fantômes. Et l'encre teinte sur mon pupitre fantaisiste bricolé de cartes postales et de post-it, de n'oublie pas ça, pense à ceci.

Décapuchonnés les stylos, volantes les feuilles, les premiers mots se barrent. Ça me revient, ce n'était pas vraiment parti. Et puis ce ne sont pas des lucioles, mais les diodes électro luminescentes, les cristaux liquides de l'écran. J'ai remis l'interrupteur sur « on ».


OST - The Power is on - The Go ! Team


Publié par maximgar à 17:58:22 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (0) |

Marciello avait peur en avion : il en a pris tout le temps ces septs jours là | 25 avril 2008

 

On dirait la nuit. A pas feutrés. A mots meurtris. A lune couverte. Avec regrets. Qu'est-ce que j'écris éthéré quand même ces derniers temps. Qu'est-ce que je n'écris presque rien. A quoi ressemblent les facteurs dans Outlook Express ?

Est-ce qu'ils ont des mobylettes ?

Comme Tron ?


OST - Ira Diei Chaos Night - Zbigniew Preisner


Publié par maximgar à 23:32:36 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (1) |

Canton de Sabres | 24 avril 2008

 

Les imprimeurs des Arts abattent une forêt. L'épine et la rosée dans la terre se sont ensommeillées. L'air porte une fragrance résineuse. Sous le pied le sable est profond. Ce sont les Landes, ou les lœss de Hesbaye.

A l'heure du déjeuner, quand s'arrêtent les rotatives, que les uns font des éclats de soleil et des fractions de lumière avec l'aluminium, l'un d'eux se croit pianiste sur une vieille bête de bois désaccordée, qui s'écaillent nonchalamment sous l'abri où elle côtoie des quinze tonnes affamés d'asphalte.

Jouer au piano sur cet instrument qui ne ressemble plus à rien, c'est comme du violon. Une science intime de la note juste en rien dessinée sur le clavier.

Le bois qui macère, celui qui ne finira pas en parquet, celui de mes cahiers d'écolier, celui qui ne finira pas en volets qui claquent et en portes qui grincent, celui où je t'écrirai des mots d'amour ou d'autres qui n'en auront pas l'air mais qui m'en diront tant, ce bois-là se détache âcrement et signe le vent.


OST - Les Valseuses - Laurent Korcia


Publié par maximgar à 18:13:18 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (2) |

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