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Le retour décroisé | 22 avril 2008

 

Les soldats que j'avais dans la tête ont déposé les armes. La guerre que je devais mener s'est endormie à l'autre bout de mes bras. A l'autre bout de mes draps, dans les plissés déplissés d'un relief étranger s'éteignent les lumières, la force des faibles, la faiblesse des forts et dans l'étoffe les oripeaux qui vacillent.

Je peux m'endormir.

J'ai confiance en toi.

Car je t'ai vaincue et qu'au final j'ai perdu et vice-versa. On a tant pleuré qu'au final je n'ai même plus pied. Dans mes rêves de toit de clocher, quatre murs, des orgues pour sceller les unions et les naissances. C'est le branle-bas de tes bas qui m'a laissé dans cet état. Dans le décroisé de tes jambes. Où alourdir mes cuisses.

Je peux en goûter des nuits, au jour de ton visage. Et même quand les nuits raccourcissent, ça reste ton visage.

A battre dans ton ventre, le fer tant qu'il est chaud, au cliquetis des larmes dans les éclats des yeux. Il y a des regards qui ne trompent pas, même quand le tien se trompe : je ne suis pas si beau que ça.

Il y a des soldats qui jonchent le sol en mille parterres de mots autour de tout ce qu'on peut faire quand on ne se parle pas.


OST - Log off - Kenji Kawaï

 


Publié par maximgar à 20:56:53 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (0) |

Aujourd'hui | 17 avril 2008

 

D'île en île passe l'alizé. Celui-ci sent le mombin. Pour aujourd'hui. Et cette senteur fait oublier le reste.

La frayeur animale (et ce qu'elle comporte d'avilissement, de colère, de déracinement, et de nivellement des hommes et de leurs volontés par le sang échappé, bu par la terre jusqu'à en recracher des sucres et des cafés de race) qui s'était tue sous les exclamations des jours sans chaîne, glissée dans le Tout-Monde d'un lettré qui suivrait, la pointe acérée des boues de la Lézarde... cette frayeur rampe toujours. Elle s'habille d'incrédulité qui se vérifie parfois encore. Je serais tenté de dire malheureusement, mais j'emploierai « inévitablement ».

Les fragments déportés, les pièces rapportées, les rebuts des bordels et des caniveaux, les enfants enlevés à la hâte des quais de Seine à Pondichéry, ce qui restait des primitifs, à l'ombre des mornes, et pas qu'à Basse-Pointe, un instant, d'un seul cœur silencieux, laissent passer. J'aime saisir cette émotion, l'instant fugace d'une communion. Sans même s'appesantir sur le flou de l'Histoire, le d'accord pas d'accord, dont certains protagonistes, dont le mèt' zafè des fois, s'habillaient tout entier, plus déchirés que leur linge, mais pas moins vrais.

Un vieux conteur raconte. (Que pourrait-il bien faire d'autre ?) Est-ce que la cour dort ? Non, la cour ne dort pas.

Publié par maximgar à 17:45:28 dans 9, galerie de Solibo | Commentaires (0) |

Radiographie des Téléphones un Tigre dans le Moteur | 11 avril 2008


Je n'ai plus vraiment le temps de vous raconter. J'ai un coup de fil à passer.

 



OST - Deceptacon - Le Tigre


Publié par maximgar à 18:20:20 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (0) |

Souffle | 10 avril 2008


...C'est le drame des ballons de basket, de rebondir. Entre autres drames...

Les apnéistes et les silencieux sont parfois pris de fatigues. Ou bien ce sont les restes d'une compagnie aéroportée de bulles de champagne qui au baiser de la marée haute les abandonnent sur une langue de sable. Le temps d'une crispation, ils laissent se dilater les multiples crépitements du plaisir aux parcelles éparpillés et sous-cutanées du corps.
La polyphonie des orgues, l'âme des timbres, les lettres qu'ils ne s'envoient pas, l'harmonie, au sens musical : la fusion. La concorde au un, huit, douze et peu importent les croisements du métro parisien. Ils tuent à plus ou moins petits feux, et grillent des clopes ou des étincelles de prunelles, juste après.

Pour ceux qui respirent, la question ne se pose pas. Pour ceux qui respirent bien des questions ne se posent pas.


OST - Breathe - The Cinematic Orchestra

 

Publié par maximgar à 17:34:50 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (1) |

A bout de souffle sans direction aucune | 10 avril 2008

 

Alors qu'au-dessus des sous-titrages jaune Arte, Oh Dae-su donnait un nouveau sens à « si j'avais un marteau », je rêvassais dans mon poäng Ikea, sans direction aucune. Mes derniers jours étaient sans direction aucune. Et alors ? Si j'avais un marteau, je cognerais le jour. Je cognerais la nuit.

Surtout la nuit, si j'avais une cloche. Je me dis des fois que, puisque la nuit il ment, Bashung pourrait prendre des trains à travers la plaine. Je confiais l'autre jour, au hasard des conversations et des synchronisations des mobiles, comme je regrettais que Romain ne puisse pas venir me dire ce qu'il pense des mots que je tape au marteau, que je cogne le jour, que je cogne la nuit, quand j'y mets tout mon cœur. Alors comme je repense à Romain, que je le vois dans son appartement Rue du Bac, même que j'ai laissé son adresse quelque part en évidence dès que je parle de livres, s'il traîne sur la toile, on sait jamais, les suicidés ont tendance à l'errance... je le vois dans son appartement, exactement comme il s'y est décrit lui-même aux Enchanteurs « ...un vieillard couvert de vains honneurs, tapi dans son fauteuil au coin du feu, avec sa couverture, ses pantoufles et son bonnet ridicule d'un autre temps, et qui ne fait que compter les pages et les livres qu'il a écrits... » Alors comme je repense à Romain, je repense à Patricia et à ses New York Herald Tribune, qu'elle vendait sur les Champs. Comme j'ai du mal à croire qu'elle ne soit pas Teresina ! Mais, je n'y pense pas trop longtemps, je ne crois pas qu'il soit utile de rêver les allées venues de Romain. Celles de Patricia non plus.

Il y a quelque chose de dégueulasse au 11 rue Campagne Première. Comme il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark. Et on n'y peut rien. Pour le reste. Pour le reste, complètement marteau, à bâtons rompus et manches brisés, syllabes ouïghours et fusils chinois, même pas gêné de parler tout seul, j'ai laissé échapper que Mao était mon pote. Et quelques heures après j'en rigole encore. Si vous saviez ce qu'il a fait à mon premier anniversaire.

Cinéma toujours, d'un autre genre. Hier encore, alors que je matais un feuilleton très girlie, histoire d'entretenir ma féminité, je me suis rappelé au souvenir de Mel Brooks, et comme il était question du Danemark et que mes idées ne cessent de se coller les unes aux autres, comme si ma tête se la jouait usine à malabar, j'ai jeté To Be or Not Be sur la platine - celui de Johnson avec Mel Brooks donc, car je n'ai pas celui de Lubitsch, le blanc bonnet du bourricot que j'ai dans ma collection. Je me disais que Mel, lui, s'il était moins vieux, il saurait mettre en boîte des sourires pour spectateurs, en tournant un péplum bourré d'anachronismes, le dessin pathétique en cinémascope cintré d'une nation antique qui jette sur ses anonymes et éphémères héros du cirque le voile de sa bonne conscience, prétendant ainsi défendre des malheureux d'un paradis rêvé, qui, sur son propre sol seraient taxés de médiévaux et de sectaires. On sortirait de la salle, en n'ayant pas tout compris du message en sourdine. Juste sensibles aux gags graveleux, mais nous serions quelque part imprégnés du ridicule ainsi filmé - mortel et inhumain, infect et sinistre - commun aux héros et aux oppresseurs. Et je ne m'étale même pas sur le reste. Quand j'y pense, il me faudrait une cigarette, et là il pleut trop pour sortir m'en griller une dehors.

La nuit, si tu mens, si tu prends des trains à travers la plaine, que confondu dans la lecture des sous-titrages jaune Arte, si jamais t'avais un marteau, tu traverserais heureux en dehors des clous, d'avoir dit dans le désordre aux petits bonhommes rouges, aux petits bonhommes verts, les artères bouchées de Maximgar.

 

OST - Breathless - 조영욱

 

Note pendant que j'y pense : 조영욱 quand il travaille à la bande-son de 올드보이 tout en contrepoint et survol des travellings, titre chacune des pistes d'un nom de « film noir » - j'aime quand on prononce « film noir » à l'américaine. Ainsi sans s'en rendre compte, des films de Mankiewicz croisent ceux de Bergman , en passant par Soderbergh, Tourneur, Polanski, De Palma, Aldrich ou Godard, d'où ce Breathless, à bout de souffle. Je suis plutôt content, un peu comme si j'étais sûr que Romain comprendrait tout.

 

Publié par maximgar à 14:14:57 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (4) |

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