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Si je n'ai point trop écrit ces derniers jours, c'est à cause de la grosse bosse que j'avais à la tête, de « la » Thanksgiving, et de la petite bouffe extra qui va avec. Sans être particulièrement partisan de l'exportation des fêtes d'une contrée à l'autre, j'ai un amour affectif amoureux empreint d'affection pour « la » Thanksgiving, car quitte a s'approprier des réjouissances d'ailleurs autant en choisir une où l'on mange bien, et autre chose que des bonbons. Les fumets se brouillaient donc les uns les autres dans ma grande cuisine de mon petit appartement du boulevard Eusebio Cafarelli (dit le Chanoine). Je déballais mes derniers paquets, d'une main, je touillais ma soupe au potiron, de l'autre. Je dessinais des étoiles de noix de pécan. J'écrasais des patates douces. Je pétrissais mes pains de maïs. Bien sûr je regrettais de ne pas avoir mis la main sur une bonne grosse dinde bio, mais ce gros poulet de Bresse ferait l'affaire : après tout j'allais manger tout seul. Mais une fois n'étant pas la coutume de quand il m'arrive du grand n'importe quoi n'importe comment, mon téléphone ne sonna pas.
On sonna à ma porte. J'allais ouvrir en m'essuyant grossièrement les mains dans mon tablier. Je n'attendais pas d'invités, mais comme le dit le proverbe, plus on est de fous moins il y a de citrouille. C'est avec un grand sourire qui sentait bon la gelée de canneberges que j'ouvris d'un « oui » enjoué. A l'entrée se trouvaient trois hommes, deux jeunes fringants, des frères peut-être, et au milieu un vieux débris en blouse blanche qu'ils semblaient soutenir. C'est ce dernier qui prit la parole d'une voix assez caricaturale, tel un professeur Tournesol qui aurait paumé ses papiers : « Monsieur », commença-t-il de son petit timbre aigu, « on dit que vous êtes le meilleur. » C'était comme un « sésame ouvre-toi », je les laissais entrer.
Le vieil homme s'assit, et ses acolytes restaient debout de chaque côté du fauteuil. Je remarquais leurs doigts grandement gantés. Il humait l'air, intéressé.
- Vous préparez Thanksgiving, demanda-t-il.
- Pas exactement, corrigeais-je, je prépare « la » Thanksgiving.
- Est-ce vraiment différent ?
- C'est vraiment la mienne.
Je déposais quatre verres de cidre, et trois parts de pumpkin pie. Ils n'y touchèrent point de leurs mains gantées. Je m'assis à mon tour, et je sirotais.
- Voyez-vous, commença le vieil homme, ce que nous avons à vous proposer comme affaire tourne un peu autour de Thanksgiving.
Il me dressa un court historique de la fête de Thanksgiving qui me gava rapidement. Ainsi, un navire marchand, le Mayflower ou autrement dit La Fleur de Mai, avait transporté 102 immigrants britanniques par erreur jusqu'à Plymouth, accompagné du Speedwell qui du fait d'une petite avarie arriva à bon port, lui, bien plus tard. Ces immigrants du Mayflower allaient être les premiers immigrants britanniques à s'établir durablement en Amérique du Nord, à tel point qu'on pouvait les considérer comme fondateurs des Etats-Unis d'Amérique, et bla bla bla, et bla bla bla. J'avais des haricots verts en daube sur le feu moi.
- Vous rendez-vous compte que de la descendance de ces hommes naquirent huit présidents des Etats-Unis ?
- Et Marilyn Monroe, ajouta un acolyte.
- Et Clint Eastwood, ajouta l'autre.
- Vous voyez où je veux en venir ? conclut le vieil homme.
Absolument pas. Mais le silence n'est pas un de mes plus fabuleux talents.
- L'un de vos ancêtres avait loupé le bateau ?
Le vieil homme échangea un regard joyeux avec ses deux sbires.
- On nous avait dit que vous étiez un bon... mais à ce point là !!! je suis épaté.
- Moi aussi, ajouta un acolyte.
- Moi aussi, ajouta l'autre.
- Mais en fait, se reprit le vieil homme, ce n'est pas exactement ça.
Ce n'était pas exactement ça. Leur ancêtre, Edwin Hervesant n'avait pas loupé le bateau, il était monté à bord de l'Aprilweeds en compagnie d'une centaine d'immigrants, vers la Nouvelle-Angleterre. J'écoutais distraitement en traînant dans la cuisine, parce que j'avais du gingembre à râper. J'hasardais quand même une question :
- Si votre ancêtre est arrivé en Amérique, dans une colonie qui a depuis disparu, comment descendez-vous de lui ?
C'était là tout le problème, leur ancêtre était revenu seul avec l'Aprilweeds d'Amérique. Du moins seul, c'était une façon de parler, car il revint avec des Ours. Il s'était donc tout naturellement installé en Slovénie où à force de temps et d'errance, il était devenu Manouche, forçant ainsi son fils à devenir Romanichel, son petit-fils Tzigane, son arrière-petit-fils Gitan, et ainsi de suite dans le tout sauf président des Etats-Unis, mais en caravane. J'écoutais bouche bée mon gingembre à la main.
- Vous utilisez du gingembre ? rigola le vieil homme avant de me lancer un flacon de Viagra.
Je l'attrapais en plein vol, et la glissais dans une poche de mon tablier. Qui sait ? dans 33 ans, ça pourrait être utile.
- Et qu'est-ce que je viens faire là dedans ?
- Nous aimerions que vous retourniez dans le passé pour comprendre ce qui s'est passé... voire pour arranger les choses.
- Pardon ?
Le vieil homme ouvrit une petite blague qui contenait une bague à belle pierre bleue. Il avait travaillé toute sa vie à ce projet : une bague à remonter le temps. Personnellement, je ne crois pas qu'on puisse changer le passé comme dans Retour Vers le Futur. Je suis plus dans la catégorie Armée des Douze Singes, cinématotemporellement parlant. Et je l'expliquais sans attendre à mes invités.
- Si vous en êtes persuadé, vous ne risquez donc rien, dit le vieil homme.
- Rien, ajouta un acolyte.
- Rien du tout, ajouta l'autre.
Je rangeais le gingembre quelque part dans mon tablier et m'approchais de la bague. J'étais quand même interloqué. Le vieil homme me la tendait sous le nez, la pierre bleue était coulissante, il la tournait sur elle-même.
- Voyez-vous, dans cette position, vous vous retrouverez sur l'Aprilweeds...
Il la tourna encore,
- ... et là vous êtes de retour maintenant dans votre salon.
- Et pourquoi vous n'avez pas disparu ?
Le vieil homme sourit :
- C'est parce qu'elle ne marche qu'à la lumière du soleil. En fait le mécanisme lui-même ne marche qu'à l'énergie solaire.
Il la sortit de la blague et la tenant entre le pouce et l'index, il la portait vers ma main. Je la sentais mal cette affaire.
- Et pourquoi vous n'y allez pas vous-même ?
- Pour deux raisons.
- Je vous écoute.
- La première, c'est que nous sommes directement concernés dans l'Histoire et qu'agir sur le destin de notre ancêtre pourrait avoir des répercussions immédiates sur la validité de notre existence. Comme dans Retour vers le Futur.
- Oui, bon ça, j'y crois pas du tout. Mais passons. Et la seconde ?
- La seconde...
Il se tortilla les cheveux.
- La seconde c'est que vous êtes le meilleur.
Ç'aurait du me mettre la puce à l'oreille. Que je sois le meilleur était une raison pour que j'y aille, pas pour que lui n'y aille pas. Mais tel le Corbeau je lâchai mon fromage pour choper la bague. Je me l'enfilai au doigt, et précisai à ses sbires :
- Vous me touillez la soupe au potiron, les enfants.
Puis je tournai la pierre.
Je tombai de plein fouet sur le pont d'un navire en mer, la tête la première, et je m'assommai radicalement. Je dormis longtemps, pour me réveiller aux fers à fond de cale, dans les roulis du matériel. Au-dehors déjà, une voix criait : « Terre, terre ! » Je tentais de jeter un coup d'œil, mais j'y voyais rien. Impossible d'atteindre la bague des doigts, justement parce qu'elle était à mes doigts, et mes mains dans mon dos.
J'attendis. Parfois un jeune garçon, venait me donner à manger à la cale, et changer l'eau de mon écuelle. Et les jours passaient. Et le bois humide dégageait de plus en plus une puanteur de chien mouillé et de déjections de rats. Les autres animaux étaient nombreux dans cette cale, et je discutais parfois avec eux, de tout et de rien, de mes citrouilles et potirons, ou de Florent Pagny et de Jacques Brel, ce qui est assez logique quand on parle au coq à l'âne.
Il me semblait que deux semaines, peut-être trois, étaient passées, et j'avais toujours une bosse sur la tête quand un autre colon vint me voir. A sa tenue, ce devait être quelqu'un de très important. Il me baragouina quelque chose dans un anglais auquel je ne comprenais rien. Je lui répondis :
- All you need is love.
Et il acquiesça, je crois qu'il voulait me dire, qu'on était sur le nouveau monde, le monde des nouvelles chances, où même un type comme moi, tombé du ciel pendant la traversée et vêtu d'un tablier de forgeron en coton décoré d'une pomme et d'un navet allait pouvoir commencer une nouvelle vie. Il me baragouina encore quelque chose, et je compris qu'il était Edwin Hervesant, le fameux ancêtre de mes commanditaires. Libéré de mes entraves, je le suivis, remontai sur le pont, et découvris la ville naissante. Comme ces colons avaient su faire naître de rien, les prémisses d'une cité florissante. J'en étais impressionné. Par contre, le temps était couvert, et assurément, je n'avais aucune chance de faire fonctionner la bague. Edwin Hervesant me tapota l'épaule. Et nous traversâmes la ville.
Pourquoi donc leur sort était-il lié à l'échec ? je n'en savais rien. Je ne me posais pas de questions, et cet après-midi là, j'aidais au travail de la ville et des diverses constructions, donnant du marteau et poussant la brouette. Autour de moi, c'était le bonheur du labeur bien fait. Ces hommes, ces femmes, ces enfants avaient tout pour réussir.
Quant à moi, j'avais là l'occasion de trouver une dinde bio. Vu que le temps ne se découvrait pas, je n'allais pas encore rentrer. Je me confectionnais un lance-pierres et je partis en ballade. Dès qu'il ferait beau, je rentrerai avec ma dinde sous le bras. Après tout, je n'allais pas attendre que cette nouvelle colonie disparaisse, et soit la proie du typhus, du paludisme ou d'un raid d'une tribu indienne du coin, comme c'était si fréquent en Roanoke. Après tout, si le vieil homme le voulait il règlerait sa bague sur une autre période.
Bientôt, je tombai sur le bel animal de mes désirs. Une belle dinde qui gloussait peinarde dans les hautes herbes. L'animal si confiant m'avait vu, mais il n'avait aucune idée du sort que je lui réservais. Il m'observa donc, et me laissa l'attraper tout simplement. Par contre, les ours qui l'espionnaient depuis bien longtemps avant moi, ne trouvèrent pas la chose aussi simple. Je venais de leur piquer leur déjeuner. Ils rugirent, puis se ruèrent.
Je ne sais pas exactement comment je m'en sortis, mais je me faufilai entre deux, zigzaguai entre quatre, et fonçai comme un dératé vers le village. Le troupeau de bestiaux m'y poursuivit, saccageant tout sur leur passage, envoyant valdinguer hommes et clôtures, femmes et enfants, bois et avenirs. Les cris, le feu, le sang et la poudre se mêlaient sous une pluie fine. Je me battais avec ce qui me tombait sous la main, mais en vain. Les bêtes étaient plus fortes, plus cruelles. Bientôt, nous ne fûmes plus que quatre. Edwin Hervesant, Rodrigo en espagnol, la dinde et moi, acculés à un mur, derniers survivants d'une colonie tuée dans l'œuf.
- Yé vé pas mé laisser faire, s'écria Rodrigo en s'emparant de mon tablier.
Edwin complètement abattu tomba à genoux dans la boue, pleurant à chaudes larmes, tandis que l'Espagnol affrontait les ours comme on affronte les taureaux dans l'arène, secouant mon tablier à tous les vents. Un ours s'en empara et mordit dedans, avant de le refiler à son voisin.
- Mon viagra, mon gingembre, m'exclamais-je.
Mais il était trop tard, et surtout un membre de Rodrigo fraîchement arraché venait de m'arriver en plein poire m'envoyant aux fraises tomber dans les pommes.
Quand je rouvris les yeux, je fus étonné par ce qui arrivait aux ours. Oublieux de leur œuvre destructrice, ils s'adonnaient au plaisir de la chair, les uns avec les autres, mais pire que tout, l'un d'eux s'était pris d'affinité pour Edwin. Ce dernier n'était plus du tout abattu, au contraire, il semblait par des caresses subtiles reprendre du poil de la bête. C'est à ce moment qu'un rayon de soleil frappa mon visage, et que tenant fermement ma dinde, j'actionnai ma bague, et me retrouvai avec ledit volatile dans mon salon.
- Alors, alors ? s'empressèrent autour de moi le vieil homme et ses acolytes.
Je laissais la dinde courir se cacher dans la cuisine. Qu'est-ce que c'est idiot une dinde, quand même. Puis je m'époussetais. L'un des acolytes me tendit la main, et j'en profitais pour faire glisser son gant : sa main était comme une patte d'ours, jamais il n'aurait pu enfiler la bague, c'était donc là, la fameuse vraie seconde raison. Je la sortis de mon propre doigt et la tendit au vieil homme :
- J'aimerais pouvoir vous dire quelque chose. Mais le seul quelque chose qui me semble sûr à présent est qu'on ne peut pas modifier son destin, même en l'écrivant à l'avance, ou en le raturant par la suite, il est écrit au tipp-ex même de la correction sur un papier de bonne qualité, il est ce qu'il est, figé dans le roc, inscrit dans le marbre, et si la vie a plus d'un ours dans son sac, ce n'est pas toujours dimanche. Vous me comprenez ?
Evidemment, ils ne me comprenaient pas.
- Je savais que vous étiez le meilleur, me dit le vieil homme. Gardez cette bague, elle ne me sert plus à rien.
Et ils partirent tous les trois. Il ne me restait plus qu'à attirer la dinde en lui faisant une blague :
- Viens ma petite, je vais te faire une farce.
Je pourrais vous en raconter plus. Sur comment ébouillanter une dinde pour mieux la plumer. Sur comment trouver de la vache bio gallo-romaine. Sur comment voler du vin aux Noces de Cana parce qu'il y avait distribution gratuite... entre autres. Mais tout ça, vous le retrouverez aisément dans vos livres d'histoires, entre les lignes, dans le blanc entre les paragraphes, et les ombres des lettrines majuscules. De celles dans les bouquins brochés qu'on ouvre avant de s'endormir, et qu'on referme en se réveillant, un sourire et un os de dinde entre les lèvres, en s'écriant : « qu'elle était bonne la Thanksgiving. »
OST - The New World - James Horner
Publié par maximgar à 15:51:20 dans 64, boulevard Cafarelli | Commentaires (15) | Permaliens
Monsieur Yumoshi,
Où sont passés les Japonais qui prennent des photos partout comme des clichés artifices à venir contre des souvenirs en mal de photos souvenirs, ou comme moi je fais des captures écran que je colorie patiemment en bleus acier et prusse ? Ce matin un livre vierge est tombé au milieu de la rue, et il n'y avait personne pour le prendre en photo. Et personne pour le prendre sur la tête.
C'est déjà ça, vous me direz.
La police était là par contre, et faisait concert de sirènes, attirant les badauds comme des compagnons d'Ulysse. Il y avait un peu de roulis, et je croyais voir mieux que les autres, ce qu'il y avait à voir dans ce livre géant. Alors je m'accrochais comme je pouvais, dans les hauteurs d'un réverbère boiteux.
A Tokyo on peut voir tant de choses, depuis les hauteurs de fer forgées. Alors vous ne vous rendez peut-être plus compte, de tout ce qu'on peut écrire dans un libretto immaculé géant tombé d'un aéroplane nuageux. A moins que ce ne soit New-York qui vous a fait ça.
Moi, je passe mes journées à regarder tout ce qu'on pourrait y écrire dans ce livre, s'il était tombé ailleurs.
Cordialement
N.
OST - Moon River - Hi-Posi
Publié par maximgar à 17:07:48 dans 50, boulevard du Crépuscule | Commentaires (3) | Permaliens
Chers Holly & Paul,
J'écrivais à Truman, il n'y a pas si longtemps. Il y a de cela un café à peine. C'était avant qu'un cahier géant ne vienne s'écraser au milieu de la rue. Ce n'est pas vraiment la peine que je vous en donne tous les détails, vous les aurez bien assez tôt par les journaux.
J'avais pensé lui demander, « sais-tu ce que sont devenus, Holly et Paul ? », mais je me suis retenu. Aux dernières nouvelles, et tout du moins à la sienne, vous seriez plutôt allés de travers. Surtout toi, Holly, préférant Manhattan avec un écrivain sans le sou à la vie entretenue de maîtresse docile en plein latifundisme brésilien. Mais qu'est-ce qu'on s'en fout ? Vous ne l'avez pas lue. Surtout toi, Holly. On le sait, ça ne fait pas longtemps que tu fréquentes les bibliothèques.
Je continue de jalouser Paul. Pas pour ce qui est d'avoir trouvé du ruban pour sa machine à écrire, (j'ai laissé tomber la Remington Portative et je milite pour les portables et l'écriture sans papier, ce qui n'est pas plus mal vue ma production, manquerait plus que des arbres souffrent pour ça). Non ma jalousie c'est de le savoir être tombé sur une bague dans une pochette surprise, et être allé la faire graver chez ce grand joaillier de la Cinquième Avenue pour le breakfast.
Je me disais, vous savez, ce soir c'est Nouvel An, on pourrait aller voir les cotillons la fête, et vous m'écouteriez raconter mes dernières aventures, même (surtout) les inédites. Mais vous n'aurez pas ce courrier pour ce soir. Et moi je serai en retard pour préparer quoi que ce soit.
Je me disais, aussi, ce matin au réveil, en écoutant mon Holly à moi, qu'on ne pouvait pas retourner dans les rêves. Alors que la vie, on arrive parfois à se replonger dedans. Et vos aventures encore plus. En version multilingue même des fois. Et vous voir refaire ce que vous n'aviez jamais fait, chacun votre tour - je ne crois pas avoir jamais bu du champagne avant le petit-déjeuner, je ne m'étais encore jamais baladée de si bonne heure le matin je veux dire depuis que je suis à New-York, est-ce que vous aimez ? si j'aime quoi ? Tiffany's ! - c'est comme tricher avec votre bonheur, l'étaler au mieux, parce qu'on en a pas assez. Ne le répétez pas à Truman.
Les rêves qui se répètent ne ressemblent plus à des rêves, ce sont des peurs, des manques, des contraintes, des fixettes, du subi, des regrets, et parfois même des remords. Alors j'essaye de ne rien répéter, pas mêmes mes rêvasseries, toujours être à la pointe de l'imaginaire pas encore imaginé. Il est difficile des fois d'avoir une. rêverie à raconter, j'en conviens, manque de matière, manque de temps, ou mégalomanie du verbiage qui invite à raconter plus beau et plus sensible. Il est vrai aussi que ces derniers temps, j'ai pris une mauvaise habitude de taiseux... mais je ne vais pas vous ennuyer plus longtemps avec ça.
Je vous l'ai déjà dit, vous n'êtes pas mon couple préféré, c'est cette aube de sixties qui vous donne votre charme. Si vous étiez encore des nôtres, on vous lancerait des cailloux sur les plates-formes de blog pour une minorité, l'autre majorité (y compris la minorité) vous zieutant l'œil baveur et la larme à la commissure des lèvres. Mais ce sont quelques points communs, comme les promenades dans des villes vides, parce qu'on ne peut pas les imaginer autrement, les cigarettes qui font sceptre, et la limitation à dix dollars dans les bijouteries. Quoique, une nouveauté très ingénieuse à vous ferait fureur maintenant, et je sauterais dessus comme Coyote sur Bip Bip : un bouton de cadran de téléphone à bout d'argent à 6$95. Même que chez Tiffany's on est toujours bien reçu et on y trouve beaucoup de compréhension, contrairement à la Bibliothèque Nationale.
Je vous laisserai là, je ne parlerai pas de la pluie et du beau temps, car il me semble qu'Holly fait un malaise quand on lui cause bulletin météo. Trop de sing-sing tue la chanson.
Cordialement.
N.
OST - Moon River - Audrey Hepburn
Publié par maximgar à 16:53:00 dans 50, boulevard du Crépuscule | Commentaires (0) | Permaliens
Cher Truman,
Aujourd'hui rien ne voudra marcher comme prévu, même pas à l'heure pour mon bagel du matin, et son café dans un gobelet en carton. Alors j'ai pensé, qui mieux que toi pourrait comprendre ça ? tu as vu, après tout du Truman Capote se finir en Blake Edwards, avec ce sens inouï de la party dans un appartement tout cintré, et le happy end à l'hollywoodienne que tu avais décrit, toi, en fuck-end à la Brésilienne, en pensant non pas à Audrey, mais à Marilyn et sa taille 44 qui aujourd'hui ne lui offrirait qu'un rôle de modèle allemand dans Bagdad Café, une version irakienne à la Burton mais pas trop, avec ce qu'il faut de film d'auteur. En parlant de café, j'en bois un, une fois n'est pas coutume. Il est encore trop chaud, mais il risque d'avoir le temps de refroidir. Parce que je compte écrire longtemps avant de me satisfaire d'une gorgée.
Moi ce que j'avais prévu devait avoir un air de party improvisée, avec des scènes et des personnages qui se mélangent, trois quatre textes pas plus. Mais je ne suis pas doué pour l'improvisation (ni pour la réflexion méthodique), question de timing car quoique je fasse, je suis toujours bouffé par le temps, et si ce n'est pas lui, c'est un chronophage qui me choppe et après m'avoir saupoudré un peu de sel partout me croque. Quant à la party, Blake est et restera le maître incontesté. Il aurait tourné la Boum que Claude Brasseur serait entré au Panthéon du Cinéma. Ça, toi et moi, on ne pourra pas le lui retirer. Trois quatre textes pas plus, toutes les six heures, histoire d'aérer. Dont une lettre pour toi, au petit déjeuner, d'un autre tenant, je ne te le fais pas dire.
Tu pourrais te demander pourquoi toi, et pourquoi Diamants au déjeuner, comme disent les Wallons. Et je pourrais te répondre : « par accidents ». Il faut que je trouve une bague, et la meilleure interprétation d'une de vos chansons de Noël, ce terrible remake de Minuit, chrétiens, celui qui fait « ô holy night » sans l'accent circonflexe, celui que ma bagueuse de mon doigt appelle le petit chapeau quand elle épelle le mot bêtise. Alors une chose en entraînant une autre, et parce que comme Paul, je me suis remis à écrire dernièrement (ça se voit un peu, non ?), j'ai pensé à ton Holly, plus équilibrée en ailes que la Sainte Nuit.
Et question interprétations d'Holy Night, j'ai un peu les glandes là, à l'idée de passer en revue Maria Carey et les Destiny's Child en passant par Perry Como. Tu n'as pas connu les premières, mais le troisième, hein, « papa loves mambo », chac chac secoue les reins, « mama loves mambo », ici ça nous a fait une pub AGF avec Mamie qui abandonne sa vie monotone et s'en va vivre comme un Antoine opticien à paire gratuite. Oui, je te passe les détails quoi, des Magic moments, avec des légumes Bonduelle. Mais je m'égare.
Les stars brillent vivement, dit la chanson, et les écrivains ont sûrement les mains sales, Georges Peppard pourra te le dire, lui dont on se rappelle moins bien que la robe noire d'Hubert de Givenchy. Je m'égare encore et je ne prétends en rien avoir les mains sales.
Je t'écris Truman, parce que les histoires perdent leur chemin, et en empruntent d'autres. Je t'écris, parce qu'il paraît que lorsqu'on croit très fort à quelque chose, il y a de gros risques que ce quelque chose se mette à exister, (j'ai vu ça dans un film l'autre soir, et finalement c'était plutôt triste). Je t'écris, parce qu'écrire c'est déjà trahir, et s'apprêter à l'être. Je t'écris comme pour dire, t'as vu, je me suis sabordé en avance. Et parce que les hasards des bagues et des chants de Noël l'ont voulu.
Parce que je suis persuadé que toi, tu peux le comprendre, bien plus que n'importe quel autre sur la 5ème avenue.
Plutôt qu'en interprétations d'Holy Night, je me perds en Moon River. Ça non plus, ça n'a rien voir avec ton livre, juste Mancini qui craquait pour l'Hepburn, certainement. J'y trouve des Louis Armstrong, des Franck Sinatra, et même Perry Como. Tu n'imagines pas mon bonheur.
Je dois te laisser, car tu ne me croiras pas, mais un cahier de trois tonnes vient de s'écraser sur le macadam, un grand livre de pages blanches, qui a tout défoncé la chaussée. Il n'y a pas l'air d'y avoir de blessés. Mais ça doit valoir le déplacement. Au moins jusqu'à de l'autre côté de la vitrine.
Cordialement.
N.
OST - Moon River Cha Cha - Henry Mancini
Publié par maximgar à 16:45:28 dans 50, boulevard du Crépuscule | Commentaires (0) | Permaliens
Il en rit. Il en sourit aussi quand il n'a plus la force.
Parce que depuis qu'on lui a collé ce numéro sur la poitrine, tatoué marqué comme du bétail, il a choisi de ne retenir que Kaprekar. Ainsi quand on l'aura coupé en deux, il restera égal à lui-même en somme.
Après tout. L'autre, la tierce personne, il l'avait bien cherché à lui tripoter sa moitié.
OST - EL preso numero nueve - Chavela Vargas
Publié par maximgar à 18:22:07 dans 4, route de l'Abbé | Commentaires (0) | Permaliens
Vroum des piétons :