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Jake LaMotta dans l'écho de la Cavalleria Rusticana | 07 décembre 2007

 

Pendant que De Niro s'échauffe à petits bonds derrière l'ombre rouge des lettrines d'un taureau rageur, que la pellicule va si vite d'une bobine à l'autre que ses gestes sa danse en seront à jamais vaporeuse silhouette en suspension aléatoire, en gris incertains, le grand intermezzo symphonique se dilate, se jaspe, avec la certitude que dorénavant tout n'ira pas bien.

Alors puisque c'est la messe de Pâques, puisque personne ne se rend bien compte, et qu'Alfio bientôt refusera le vin de celui qui déjà lui mit les cornes, et que le sang de Turridu bariolera les vergers, que la foule criera « Hanno ammazzato compare Turiddu », que Lucia s'effrondera orpheline de son fils que même les guerres ne lui avaient volé, dans les bras de Santuzza récompensée de s'être vengée d'une ruade, mais malheureuse comme jamais, en fin de conte, Giaccobe La Motta sautille dans le noir et blanc, derrière le titre rouge, et les cordes poussiéreuses.

 

OST - Intermezzo sinfonico (Cavalleria Rusticana) - Pietro Mascagni

Publié par maximgar à 18:07:08 dans 50, boulevard du Crépuscule | Commentaires (1) |

Les Tatoués | 05 décembre 2007

Mon banquier grommelait depuis quelques jours déjà comme un ventre affamé, et manifestement mon compte en banque faisait de même, surtout quand l'esprit de Noël lui passait par-dessus, avec ses « tu entends mes grelots de la fête sur le marché de Noël ? ». Alors je posai mon téléphone sur la table basse de mon salon du boulevard Eusebio Cafarelli (dit le Chanoine), et j'attendis qu'il sonne, comme ça lui arrivait souvent, dès lors qu'il me fallait accomplir des choses pour le bien de l'humanité, ou pour le confort des petites gens. Quoique là, ce n'était pas les petites gens qui allaient me nourrir : je les connaissais bien ces pauvres ! un grand cœur, et une petite bourse, toujours la même histoire, et un malaise incroyable à l'idée de profiter de leur bonheur pour les dépouiller un peu du reste.

Alors que je m'étais perdu au beau milieu d'une sieste onirique à chasser la gazelle à peau nacrée à pleine dent sous la jugulaire tout nu comme un lion épilé dans la savane, la sonnerie retentit, et je baragouinais un « ouaouh » très félin, mais plus proche du siamois que de Simba. A l'autre bout du fil, une petite voix discrète de jeune homme timide me fit :

- Excusez-moi, monsieur, j'ai eu votre carte de visite par hasard.

- Oui ?

- Et il paraît que vous êtes le meilleur.

- Assurément.

Il avait besoin de moi, pour une affaire délicate, et me proposait de le rejoindre dans un bar pas trop loin de chez moi : les Lances, plus connu comme étant le bar en face du bar du Lac des Matériaux en Bois. Il n'y avait qu'un petit point qui m'inquiétait un peu :

- Mais pourquoi dans les toilettes de ce bar ?

- C'est assez délicat, vous comprendrez.

J'allais m'habiller, quand le téléphone sonna une nouvelle fois. Je décrochai et à l'autre bout du fil, une petite voix discrète de jeune femme timide me fit :

- Excusez-moi, monsieur, j'ai eu votre carte de visite par hasard.

- Oui ?

- Et il paraît que vous êtes le meilleur.

- Assurément.

Elle avait besoin de moi, pour une affaire délicate, et me proposait de la rejoindre dans un bar pas trop loin de chez moi : le Lac des Matériaux en Bois, plus connu comme étant le bar en face du bar des Lances. Il n'y avait qu'un petit point qui m'inquiétait un peu :

- Mais pourquoi dans les toilettes de ce bar ?

- C'est assez compromettant, vous comprendrez.

 J'allais donc m'habiller, et après avoir vite vadrouillé dans le taxi d'un dénommé Joe, j'arrivai au bar en face du Lac des Matériaux en Bois, avec sa déco spartiate péplum et photos dédicacées de Leonidas et Maximus. Je me rendis directement aux toilettes, et à peine entré, quelqu'un en bloqua l'accès. C'était un jeune homme visiblement énervé. Il m'avait commandé une bière qu'il avait déposé près des lavabos. Je refusais vigoureusement, car un breuvage d'une telle dorure mousseuse dans un lieu si peu approprié me disait peu. De plus, à première vue comme ça, ce jeune type devait être étudiant, je risquais encore de toucher que dalle pour une mission des plus dangereuses.

- Si vous m'exposiez votre problème.

Il commença à déboutonner sa chemisette. Je m'inquiétai un peu du coup, et cherchai dans une de mes poches une arme quelconque, un stylo, un fisherman's friend dans sa boîte en fer blanc, ou un petit calepin. Il venait de dégager son épaule, et je vis un horrible tatouage en lettres gothiques qui disait « Britney ». Je pris le pichet de bière.

Ce jeune était un ancien fan de Britney Spears, et il se l'était fait écrire sur le corps un jour comme ça, à l'encre indélébile.

- Dîtes m'en plus, lui fis-je.

- Oui, Gimme more, comme dirait Britney, me répondit-il.

Il s'était faire ce tatouage, et maintenant, à moins de rencontrer une fille qui s'appelât Britney, sa vie sentimentale était foutue.

- Peut-être qu'avec une aveugle, ça pourrait le faire, proposais-je.

- Non, déjà essayé, mais au toucher, ça se sent. Et puis il y a pire.

Il retira complètement sa chemise : dans son dos était tatoué un Britney plus grand encore. Un matin comme ça, ça lui avait pris, comme un Oops I did it again, ou un Baby one more time.

- Au moins, ils sont bien faits ces tatouages.

- Vous trouvez ?

- Oui, y a des fois, c'est toxique.

Il confirma, parce que comme aurait dit Britney : You're toxic, I'm slipping under with a taste of poison paradise.

- Et qu'attendez-vous de moi ?

- Trouvez-moi une copine qui s'appelle Britney ! Je pourrais vous payer 10 à 15 euros, plus les frais.

Je décidai de quitter le bar avant qu'il ne me sorte un « vous êtes le meilleur ».

- Attendez-moi là, mentis-je, je vais prendre un café.

Remonté dans le bar, je me rendis immédiatement de l'autre côté de la rue, j'arrivai au bar en face des Lances, avec sa déco bûcheron et photos dédicacées de Charles Ingalls. Je me rendis directement aux toilettes, et à peine entré, quelqu'un en bloqua l'accès. C'était une jeune femme visiblement énervée. Elle m'avait commandé un café qu'elle avait déposé près des lavabos. Je refusais vigoureusement, car un breuvage d'une telle noirceur fumante dans un lieu si peu approprié me disait peu. De plus, à première vue comme ça, cette jeune fille devait être étudiante, je risquais encore de toucher que dalle pour une mission des plus dangereuses.

- Si vous m'exposiez votre problème.

Elle commença à déboutonner sa chemisette. Je m'inquiétai un peu du coup, et cherchai dans une de mes poches un appareil photo quelconque, un stylo, mon téléphone, ou un petit calepin. Elle venait de dégager son épaule, et je vis un horrible tatouage en couleur qui disait « Justin ». Je pris le café.

- Vous êtes une fan de Justin Timberlake ?

- Non pas du tout.

En fait, elle avait été représentante pour Justin Bridou tout l'été, et son tee-shirt avait méchamment déteint et maintenant, à moins de rencontrer un gars qui s'appelât Justin, sa vie sentimentale était foutue.

- Peut-être qu'avec un aveugle, ça pourrait le faire, proposais-je.

- Non, déjà essayé, mais au toucher, ça se sent. Et puis il y a pire.

Elle approcha son épaule de mes narines : elle sentait la juste sèche.

Je voulais lui demander si elle avait essayé de prendre une douche, mais du fait d'une éducation à la con, j'évite toujours des conneries aux jeunes dames.

- Et qu'attendez-vous de moi ?

- Trouvez-moi un copain qui s'appelle Justin ! Je pourrais vous payer 10 à 15 euros, plus les frais.

Je décidai de quitter le bar avant qu'elle ne me sorte un « vous êtes le meilleur ».

- Attendez-moi là, mentis-je, je vais prendre un café.

Remonté dans le bar, je me rendis immédiatement compte qu'en face, l'autre fan de Britney pleurait toutes les chaudes larmes de son corps. Quant à la vendeuse de Bridou, elle me poursuivait avec son café rapporté des toilettes :

- Vous ne l'avez pas fini !

Je fis mime de traverser sans l'entendre, mais c'est l'autre qui me vit, et marcha sur moi les bras ouverts et les larmes au vent.

Mais c'est qu'il était en train de me cry me a river, comme aurait dit Justin Timberlake. C'est là que j'eus une idée. Poursuivi par l'une, bientôt attrapé par l'un, je courrai au milieu de la rue, et juste avant d'être pris par l'un et l'autre, je m'accroupis, les laissai tomber dans les bras l'un de l'autre.

Ils s'aimèrent immédiatement, et oublièrent mes trente euros, dont les intérêts firent des petits. Salauds de pauvres !

 

OST - Toxic -  Mark Ronson feat. Old Dirty Bastard and Tiggers

Publié par maximgar à 17:44:47 dans 64, boulevard Cafarelli | Commentaires (14) |

Resserrement | 04 décembre 2007

 


 

Sur les trottoirs que rasent les murs corrigés à la bombe de la galerie Solibo, quand une fraction de ces ébauches des sans-craie sans-fusain qui traînent à l'ombre des réverbères me rappelle une intervalle lointaine, une latitude allogène et l'infléchissement de soleil qui va avec, je me souviens sans le faire exprès, sans préméditation avenante, des architectures de phrases, des couloirs des goulets des détroits qui serpentent et se frisent dans une bibliothèque borgésienne, je me dis, c'est chouette quand même, je viens d'une contrée où le verbe "cacher" s'énonce, s'annonce "serrer". Ou je pense autre chose.

Mais l'idée est là. Que le bâtisseur de ce verbe, l'horloger à la petite grammaire petit nègre et à l'orthographe quarteronne n'avait rien, ne possédait rien. Rien qui ne tienne dans le creux de la main, ni cachette, ni rien à cacher qui ne se fourre dans le poing et s'envole quand ce dernier se détend en doigts. Alors serrer. Serrer des trésors qui n'échappent pas à l'index. Serrer des histoires de personnages qui ne savent pas sur quelle scène de quel théâtre aller jouer. Serrer des amours. Se serrer l'un l'autre pour réécrire la pudeur.

Publié par maximgar à 16:09:42 dans 9, galerie de Solibo | Commentaires (4) |

Pirates des Caraïbes : la malédiction du Black Pearl est dans le coffre maudit du bout du monde, ou Maximgar pleine de grâce | 30 novembre 2007

 J'étais dans un petit café du boulevard Cafarelli à deux pas de chez moi. Le soleil frappait fort à la vitre et donnait une sensation de chaleur, que démentaient les démarches des passants emmitouflés. Je me disais que j'aurais bien besoin de vrai soleil, avec pourquoi pas de la vraie plage avec. Alors comme ça je me promis bêtement à moi-même que dès qu'on me proposerait un tour sous le climat tropical, j'accepterais sans réfléchir.

Je lisais la presse, et la presse vantait les exploits des nouvelles brigades anti-criminalité du virtuel. Ainsi le FBI avait investi Second Life pour enquêter sur le monde du jeu. Mieux la police danoise avait mis la main sur un jeune voleur de meubles virtuels.

- Et dire qu'il avait dix-sept ans à peine, m'interrompit une voix dans ma lecture.

Cette voix m'était familière, et j'avais longtemps espéré ne plus jamais l'entendre. Je levais les yeux de ma feuille de chou, pour les plonger dans les Ray-Ban de Pablo Esbarco.

- Ce n'est plus mon problème, fis-je en tentant de lui cacher mon déplaisir.

Pablo Esbarco était un personnage secondaire des chapitres de ma vie que j'avais rangés dans une bibliothèque que j'avais malencontreusement brûlée. Et il n'était pas question que je traîne mes baskets blanches dans la cendre.

- J'ai un job pour toi, me dit-il.

C'était comme ça que je l'avais connu. Il m'avait dit, « j'ai un job pour toi ». C'était à Bogota sur je ne sais plus quelle plate-forme, et je n'avais pas un sou. Et lui, il en avait, en contrepartie d'un petit service. « Quel genre ? », lui avais-je demandé. « J'ai besoin que tu me serves d'e-mule, pour passer ma dope en mp3, jusqu'à un serveur de Nassau. » J'avais dit « oui », et j'avais transféré ses premières daubes en 256kbps jusqu'au Bahamas, comme un vrai Pirate des Caraïbes, dont je fourguais quelques screeners filmés clandestinement dans des salles de Cali.  

Parfois j'en goûtais un peu. Du Shakira essentiellement, ce qu'ils appellent « la specialidad colombiana », ou « la hips don't lie », c'est une drogue dure qui tape sur les reins et les hanches des petites filles qui tentent de l'imiter, et sur la libido de gars débiles (qui parfois tentent aussi de l'imiter). Et puis comme ils disent au FBI les IP don't lie non plus, et c'est beaucoup moins drôle.

J'avais abandonné le métier après l'affaire Weather Underground. C'était au mois de février, et comme beaucoup j'attendais le nouveau Massive Attack promis et baptisé Weather Underground depuis si longtemps. Je me promenais avec mon e-mule sur les hauteurs colombiennes, en route vers le port US Bay, quand je me hasardai à voir ce qu'elle avait dans ses petites sacoches de transferts. Et là que vis-je ? un zip de Weather Underground ! je lui dézippais la braguette à coups de clef mp3... Et là qu'entendis-je ? Lorie ! J'abandonnais l'e-mule sur le champ. Et je rentrais chez moi.

Je cherchais le regard de Pablo dans ses Ray-Ban, en vain.

- J'aimerais bien que tu reviennes en Colombie avec moi.

J'oubliais immédiatement la promesse que je m'étais faite quelques paragraphes plus tôt :

- Non merci l'ami. Je ne vois pas pourquoi je ferais ça.

- Mais, parce que tu es le meilleur.

Il avait raison, j'allais le faire ce job. Je me sentais tout ragaillardi.

- OK. De quoi s'agit-il ?

- Florent Pagny vient de sortir des reprises de Brel, on aimerait que tu les fasses passer à Nassau.

Je crois sincèrement que l'Homme a des limites. Un jour un athlète courra le 100 mètres plus vite que jamais, et nul ne le battra jamais, à moins de réduire la distance du 100 mètres, de changer ses chaussures ou la qualité des pistes. Un jour un nageur nagera le 100 mètres plus vite que jamais, et nul ne le battra jamais, à moins de réduire la distance du 100 mètres, de changer son maillot de bain ou la densité de l'eau. Et ainsi de suite. Je crois sincèrement que l'Homme est un individu plein de limites, et que là je venais de toucher une des miennes.

- Hum, fis-je, Pablo est-ce qu'au bar, tu peux me commander un café ?

- Bien sûr.

Il se leva, et moi je décampai comme un gros lâche.

 

 

 

Publié par maximgar à 17:10:24 dans 64, boulevard Cafarelli | Commentaires (12) |

Singing in the shower | 28 novembre 2007

 

Ce matin nous prîmes la mer, vers un autre univers. Du moins quand je dis « nous », la majorité du nous, nous avons marché jusqu'au port et à ses quais qui crissent. Du moins quand je dis « marché », il y avait ceux qui avaient pris le train, dont moi. D'autres venaient sur de vieilles bicyclettes qui couinent, et qui glissaient sur le pavé, en faisant voler les flaques, comme si d'autres ne pleuraient pas assez. Celui-ci avait sa voiture avec des rubans de mariage aux portières. Moi j'avais opté le train. Parce qu'il m'en restait un souvenir coloré, de curry et de Madras. Peut-être Pondichéry.

Le petit train s'en va dans la campagne, va et vient, poursuit son chemin, serpentin de bois et de ferraille rouille et vert de gris sous la pluie. Entre deux bouffées de vapeur, ses freins rougissaient en chœur d'étincelles parsemées, des deux côtés des rails, et nous envoyaient valdinguer de tous les côtés des chaises. Mes voisins tombaient la tablette, et sortaient les cartes et les cahouètes qu'on pariait sur les couleurs, les figures, sur les bluffs et froncements de sourcil.

C'est comme ça. Ah, la la la la, ouais, le secret, ça coupe et ça donne. Et puis on se sert aussi, parfois, d'une main à l'autre. Histoire de scoumoune. On ne jette pas un œil sur tout ce qui peut se passer autour. Et pourtant il s'en passe. Entre les enfants crient, ceux qui découvrent la joie de la balistique avec la compote de pommes, et ceux qu'on a habillés comme pour un dimanche, alors qu'on est mercredi. Et ces plus grands qui finissent de bosser là, parce qu'à la maison ce n'est pas possible, ou parce qu'il n'y a rien à faire dans un train, ou qui bouquinent, parce qu'ils sont de ceux qui n'ont pas la nausée dans les transports, ou parce qu'ils l'ont mais qu'après tout, ils ne savent pas lire. Et puis les amants aussi, qui font semblant de dormir, qui se satisfont de rêver les yeux fermés. Ou presque.

Valérie s'ennuyait dans les bras de Nicolas. Des choses comme ça, ça arrive des fois. Et même si Nicolas ne le savait pas, il ne la regardait plus en face, depuis un petit moment déjà. Et pour ne pas dire qu'il avait paumé son costume de sigisbée dans le placard d'une autre, il se perdait à mater ses chaussures.

« Et déjà à l'école, c'était une vraie passion, pour tes grolles, celles en cuir noir, avec des bouts pointus. » Tu te souviens ? Ça lui rappelait la danse et ses pointes, et les tutus de traviole. Le solfège, les dictées, les cordes pincées, trop de choses à parcourir avec une paire de chaussures. Alors plutôt tourner, et avoir toute la vie dans ses membres. Fred, lui ce soir, il pourra aller voir si elle danse vraiment comme avant. Avant qu'elle ne parte vite un peu comme lui.

Marcia, elle danse sur du satin, de la rayonne, du polystyrène expansé à ses pieds.

 

OST - Cool Frénésie - Les Rita Mitsouko

 

 

Publié par maximgar à 18:03:13 dans 4, route de l'Abbé | Commentaires (9) |

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