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Taratata | 01 mai 2008

 


Qu'il fait bon faire la sieste devant la troisième chaîne. Ernest Haller l'ingénieur photo a trop laissé ses filtres aux poussières de la terre ocre de Tara, et comme dehors il fait gris par intermittences, j'ai l'impression d'avoir une cheminée qui crépite. Des parasites de l'ère hertzienne me strient parfois l'écran. Je me tourne et je me retourne. C'est au grand store orange de mon balcon qu'il revient de brûler l'espace quand le soleil revient. Les Ma'ame Sca'lett m'horripilent depuis longtemps, Ma'ame Sca'lett aussi d'ailleurs, plus encore, ou peut-être moins quand je recule dans le fauteuil : j'ai du vachement grandir depuis la dernière fois.

Je regarde deux pauvres balles de coton qui se remuent dans la brise, et je me demande, au spectacle des rendez-vous ratés et de la synchronisation à trois loupés le temps, ce que ça peut bien vouloir dire que « Autant en emporte le vent », et si ça voulait bien dire quelque chose avant. Avant les salles obscures.

Et puis pour ceux qui n'auraient pas tout suivi : franchement ma chère, c'est le cadet de mes soucis.


OST - Selznick Trademark / Main titles from Gone with the Wind - Max Steiner


Publié par maximgar à 16:06:37 dans 50, boulevard du Crépuscule | Commentaires (1) |

Ms. Jackson | 27 avril 2008

 

« Il existe plein de marches nuptiales. »

Je bois mon café serré. Je ne suis pas très café habituellement, mais quitte à en boire, autant qu'il soit bien serré, et très sucré.

« Là par exemple, celle-ci est tirée de Lohengrin de Wagner. » L'autre tapote sur son piano, à parler pour ne rien dire. « Entre celle-là, et celle de Mendelssohn, on en a éclipsé beaucoup d'autres. » J'imagine bien. Je rajuste mon col, et avale un verre d'eau juste derrière le café, comme si ça allait changer quelque chose. L'arôme s'accroche à la moustache. C'est bien pour ça que je ne bois pas de café : parce que je ne me rase pas. Ce détail mis à part, et qui en plus n'a aucune importance dans la communauté rasta du coin, je continue de faire le gendre idéal.

« La musique, c'est quelque chose. Tu sais ce qu'ont inspiré les champs de coton, toi. » J'ai bien envie de répondre « non », mais il faudrait développer des absurdités du genre, « moi c'est plutôt canne à sucre ». Je me concentre donc sur mon travail à venir.

L'autre m'a appelé parce que je suis le meilleur, et qu'il ne sait pas comment quitter sa femme. A vrai dire, il sait bien comment, il a commencé depuis longtemps, mais il a peur de sa belle-mère. Alors il a pensé que l'idéal, ce serait un gendre idéal, il n'en avait pas sous la main, par contre il m'avait moi, ou pour dire vrai, une de mes cartes de visites.

La belle-mère, madame Jackson, elle a l'air d'être une coriace, de celles qui vous font bouffer vos dents pour un mot de travers. J'ai connu un Jackson. On connaît tous un Jackson, me direz-vous, du genre qui danse sur les scènes sous les lumières et chante « prendre un enfant par la main » pour des covers musclés d'Yves Duteil. Moi, j'ai connu un Jackson, le roi de la soupe pop. Il avait atterri là, après avoir vexé sa madame Jackson, et il ne s'en était jamais remis. Il portait sa photo dans un médaillon et il l'embrassait en faisant des « pardons pardons » particulièrement ridicules.

Dans la veine touche minable, l'autre continue de me parler musique et marche nuptiale. Pourquoi est-ce qu'il me parle de marche nuptiale après tout ? Le serveur m'a emmené des Madeleines de la Jeannette pour aller avec mon café. Elles sont plutôt bonnes et leurs pépites de chocolat fondent sur la langue et craquent sous les dents.

Chez lui l'autre, je me demande si sa Jeannette née Jackson pleure comme une madeleine, des situations comme celle-là, je vous jure, ça s'invente pas.

Quand madame Jackson arrive dans le bar, j'ai juste envie de dire « bye-bye », j'ai déjà vu son regard furieux dans un médaillon. J'imagine que la Jeannette avec une maman comme ça, elle ne doit pas pleurer comme une madeleine. Madame Jackson a dans les yeux quelque chose qui dit « tu vas avoir mal, et en plus tu vas souffrir... longtemps. », mais en même temps, elle a ces joues et ce front qui font « je sais préparer des bons gâteaux. » Bref, quand elle entre dans une pièce, on pense qu'il va y avoir du spectacle, et qu'il vaut mieux ne pas être parmi les acteurs... D'ailleurs quand l'autre va la rejoindre, qu'il lui ouvre les bras et l'embrasse puis se tourne vers moi en disant « voici mon avocat », je ne suis plus là, et ma cuiller continue de tinter toute seule dans sa tasse.

Dans la rue il fait bon, et je croque dans une madeleine. « Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu », aurait dit Marcel. Il l'a écrit. Ce goût, c'était celui du morceau de pain au beurre avec lequel je m'enfuyais de la maison, pour échapper aux grands, et rêver d'histoires qui tiennent à un fil. J'ai appris bien plus tard, combien la pratique des machines à laver le linge en racontait sur l'évolution des couples. Les plus vieux s'en doutaient depuis longtemps eux qui lavaient leur linge sale en famille. Moi, je découpais des bonhommes dans du papier, et ils cheminaient souvent pour le pire, entre les draps qui séchaient.


OST - Ms. Jackson - OutKast

 

Publié par maximgar à 18:03:31 dans 64, boulevard Cafarelli | Commentaires (3) |

Marciello avait peur en avion : il en a pris tout le temps ces septs jours là | 25 avril 2008

 

On dirait la nuit. A pas feutrés. A mots meurtris. A lune couverte. Avec regrets. Qu'est-ce que j'écris éthéré quand même ces derniers temps. Qu'est-ce que je n'écris presque rien. A quoi ressemblent les facteurs dans Outlook Express ?

Est-ce qu'ils ont des mobylettes ?

Comme Tron ?


OST - Ira Diei Chaos Night - Zbigniew Preisner


Publié par maximgar à 23:32:36 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (0) |

Canton de Sabres | 24 avril 2008

 

Les imprimeurs des Arts abattent une forêt. L'épine et la rosée dans la terre se sont ensommeillées. L'air porte une fragrance résineuse. Sous le pied le sable est profond. Ce sont les Landes, ou les lœss de Hesbaye.

A l'heure du déjeuner, quand s'arrêtent les rotatives, que les uns font des éclats de soleil et des fractions de lumière avec l'aluminium, l'un d'eux se croit pianiste sur une vieille bête de bois désaccordée, qui s'écaillent nonchalamment sous l'abri où elle côtoie des quinze tonnes affamés d'asphalte.

Jouer au piano sur cet instrument qui ne ressemble plus à rien, c'est comme du violon. Une science intime de la note juste en rien dessinée sur le clavier.

Le bois qui macère, celui qui ne finira pas en parquet, celui de mes cahiers d'écolier, celui qui ne finira pas en volets qui claquent et en portes qui grincent, celui où je t'écrirai des mots d'amour ou d'autres qui n'en auront pas l'air mais qui m'en diront tant, ce bois-là se détache âcrement et signe le vent.


OST - Les Valseuses - Laurent Korcia


Publié par maximgar à 18:13:18 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (0) |

La description de l'enthousiasme | 23 avril 2008

 

"Il a plu des fleurs de cerisiers sur la terrasse. C'est rigolo, ça fait des flocons. On se croirait après un mariage."

Vu que tu avais la prétention d'être sûre que peut-être je t'avais racontée, tu as pris le temps d'éclater de rire, en me précisant qu'il ne fallait surtout pas te faire rire, là.


Publié par maximgar à 23:22:17 dans 5 ou 2, Ruelle de la Lettre des îles Balabar | Commentaires (0) |

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