Mon
banquier grommelait depuis quelques jours déjà comme un ventre affamé, et manifestement
mon compte en banque faisait de même, surtout quand l'esprit de Noël lui
passait par-dessus, avec ses « tu entends mes grelots de la fête sur le
marché de Noël ? ». Alors je posai mon téléphone sur la table basse
de mon salon du boulevard Eusebio Cafarelli (dit le Chanoine), et j'attendis qu'il
sonne, comme ça lui arrivait souvent, dès lors qu'il me fallait accomplir des
choses pour le bien de l'humanité, ou pour le confort des petites gens. Quoique
là, ce n'était pas les petites gens qui allaient me nourrir : je les
connaissais bien ces pauvres ! un grand cœur, et une petite bourse,
toujours la même histoire, et un malaise incroyable à l'idée de profiter de
leur bonheur pour les dépouiller un peu du reste.
Alors
que je m'étais perdu au beau milieu d'une sieste onirique à chasser la
gazelle à peau nacrée à pleine dent sous la jugulaire tout nu comme un lion
épilé dans la savane, la sonnerie retentit, et je baragouinais un « ouaouh »
très félin, mais plus proche du siamois que de Simba. A l'autre bout du fil,
une petite voix discrète de jeune homme timide me fit :
- Excusez-moi, monsieur, j'ai eu votre carte de visite par hasard.
- Oui ?
- Et il paraît que vous êtes le meilleur.
- Assurément.
Il avait besoin de moi, pour une affaire délicate, et me proposait de le rejoindre dans un bar pas trop loin de chez moi : les Lances, plus connu comme étant le bar en face du bar du Lac des Matériaux en Bois. Il n'y avait qu'un petit point qui m'inquiétait un peu :
- Mais pourquoi dans les toilettes de ce bar ?
- C'est assez délicat, vous comprendrez.
J'allais m'habiller, quand le téléphone sonna une nouvelle fois. Je décrochai et à l'autre bout du fil, une petite voix discrète de jeune femme timide me fit :
- Excusez-moi, monsieur, j'ai eu votre carte de visite par hasard.
- Oui ?
- Et il paraît que vous êtes le meilleur.
- Assurément.
Elle avait besoin de moi, pour une affaire délicate, et me proposait de la rejoindre dans un bar pas trop loin de chez moi : le Lac des Matériaux en Bois, plus connu comme étant le bar en face du bar des Lances. Il n'y avait qu'un petit point qui m'inquiétait un peu :
- Mais pourquoi dans les toilettes de ce bar ?
- C'est assez compromettant, vous comprendrez.
J'allais
donc m'habiller, et après avoir vite vadrouillé dans le taxi d'un dénommé Joe,
j'arrivai au bar en face du Lac des Matériaux en Bois, avec sa déco spartiate péplum
et photos dédicacées de Leonidas et Maximus. Je me rendis directement aux
toilettes, et à peine entré, quelqu'un en bloqua l'accès. C'était un jeune
homme visiblement énervé. Il m'avait commandé une bière qu'il avait déposé près
des lavabos. Je refusais vigoureusement, car un breuvage d'une telle dorure
mousseuse dans un lieu si peu approprié me disait peu. De plus, à première vue
comme ça, ce jeune type devait être étudiant, je risquais encore de toucher que
dalle pour une mission des plus dangereuses.
- Si vous m'exposiez votre problème.
Il commença à déboutonner sa chemisette. Je m'inquiétai un peu du coup, et cherchai dans une de mes poches une arme quelconque, un stylo, un fisherman's friend dans sa boîte en fer blanc, ou un petit calepin. Il venait de dégager son épaule, et je vis un horrible tatouage en lettres gothiques qui disait « Britney ». Je pris le pichet de bière.
Ce jeune était un ancien fan de Britney Spears, et il se l'était fait écrire sur le corps un jour comme ça, à l'encre indélébile.
- Dîtes m'en plus, lui fis-je.
- Oui, Gimme more, comme dirait Britney, me répondit-il.
Il s'était faire ce tatouage, et maintenant, à moins de rencontrer une fille qui s'appelât Britney, sa vie sentimentale était foutue.
- Peut-être qu'avec une aveugle, ça pourrait le faire, proposais-je.
- Non, déjà essayé, mais au toucher, ça se sent. Et puis il y a pire.
Il retira complètement sa chemise : dans son dos était tatoué un Britney plus grand encore. Un matin comme ça, ça lui avait pris, comme un Oops I did it again, ou un Baby one more time.
- Au moins, ils sont bien faits ces tatouages.
- Vous trouvez ?
- Oui, y a des fois, c'est toxique.
Il confirma, parce que comme aurait dit Britney : You're toxic, I'm slipping under with a taste of poison paradise.
- Et qu'attendez-vous de moi ?
- Trouvez-moi une copine qui s'appelle Britney ! Je pourrais vous payer 10 à 15 euros, plus les frais.
Je décidai de quitter le bar avant qu'il ne me sorte un « vous êtes le meilleur ».
- Attendez-moi là, mentis-je, je vais prendre un café.
Remonté dans le bar, je me rendis immédiatement de l'autre côté de la rue, j'arrivai au bar en face des Lances, avec sa déco bûcheron et photos dédicacées de Charles Ingalls. Je me rendis directement aux toilettes, et à peine entré, quelqu'un en bloqua l'accès. C'était une jeune femme visiblement énervée. Elle m'avait commandé un café qu'elle avait déposé près des lavabos. Je refusais vigoureusement, car un breuvage d'une telle noirceur fumante dans un lieu si peu approprié me disait peu. De plus, à première vue comme ça, cette jeune fille devait être étudiante, je risquais encore de toucher que dalle pour une mission des plus dangereuses.
- Si vous m'exposiez votre problème.
Elle commença à déboutonner sa chemisette. Je m'inquiétai un peu du coup, et cherchai dans une de mes poches un appareil photo quelconque, un stylo, mon téléphone, ou un petit calepin. Elle venait de dégager son épaule, et je vis un horrible tatouage en couleur qui disait « Justin ». Je pris le café.
- Vous êtes une fan de Justin Timberlake ?
- Non pas du tout.
En fait, elle avait été représentante pour Justin Bridou tout l'été, et son tee-shirt avait méchamment déteint et maintenant, à moins de rencontrer un gars qui s'appelât Justin, sa vie sentimentale était foutue.
- Peut-être qu'avec un aveugle, ça pourrait le faire, proposais-je.
- Non, déjà essayé, mais au toucher, ça se sent. Et puis il y a pire.
Elle approcha son épaule de mes narines : elle sentait la juste sèche.
Je voulais lui demander si elle avait essayé de prendre une douche, mais du fait d'une éducation à la con, j'évite toujours des conneries aux jeunes dames.
- Et qu'attendez-vous de moi ?
- Trouvez-moi un copain qui s'appelle Justin ! Je pourrais vous payer 10 à 15 euros, plus les frais.
Je décidai de quitter le bar avant qu'elle ne me sorte un « vous êtes le meilleur ».
- Attendez-moi là, mentis-je, je vais prendre un café.
Remonté dans le bar, je me rendis immédiatement compte qu'en face, l'autre fan de Britney pleurait toutes les chaudes larmes de son corps. Quant à la vendeuse de Bridou, elle me poursuivait avec son café rapporté des toilettes :
- Vous ne l'avez pas fini !
Je fis mime de traverser sans l'entendre, mais c'est l'autre qui me vit, et marcha sur moi les bras ouverts et les larmes au vent.
Mais c'est qu'il était en train de me cry me a river, comme aurait dit Justin Timberlake. C'est là que j'eus une idée. Poursuivi par l'une, bientôt attrapé par l'un, je courrai au milieu de la rue, et juste avant d'être pris par l'un et l'autre, je m'accroupis, les laissai tomber dans les bras l'un de l'autre.
Ils s'aimèrent immédiatement, et oublièrent mes trente euros, dont les intérêts firent des petits. Salauds de pauvres !
OST - Toxic - Mark Ronson feat. Old Dirty Bastard and Tiggers
Publié par maximgar à 17:44:47 dans 64, boulevard Cafarelli | Commentaires (14) | Permaliens
Vroum des piétons :