<< Le come-back de la tatouée | Complètement à l'Est | Ce matin, je suis allé voir la mer >>
Il existe deux types d'hommes. Ceux qui sont attirés par l'Est, et ceux qui sont attirés par l'Ouest. Il en existe aussi qui se débattent sur un axe Nord-Sud, mais comptent-ils vraiment dans ce que je voudrais dire ici ? Après tout, la planète elle-même se soucie peu de cet axe là, et tourne le long de sa ronde, sur son cordeau, le seul qu'elle se soit vraiment choisi, en prenant son élan originel, là, à sa ceinture et les anses de pays et de mers qu'il traverse. Tandis que les autres quartiers qui se confondent plus ou moins mal aux fuseaux des horaires, c'est de la roupie de sansonnet, qui, quand on y regarde bien, s'oublieront comme le méridien de Paris en son temps, quand tous les global positioning sytems du monde auront fini de faire cui-cui comme des oiseaux mécaniques.
Ce qui différencie les hommes qui rêvent de l'Est de ceux qui rêvent de l'Ouest, n'a pas vraiment d'importance, car au bout du compte et de la ronde, on les retrouve tous à peu près au même endroit, six pieds sous terre, première porte à gauche. Les uns me semble-t-il cherchent à allonger le jour, les autres à savoir ce qu'il fait pendant la nuit. Je crois, moi, bien être de ces derniers. Si je dois bouger, ce sera vers où le soleil se lève, histoire d'avoir l'impression de faire quelque chose de mes nuits, et de ne pas courir sans fin vers une essence qui m'échappera à la fin des jours, ou du jour plus singulier.
Dans la bouquinerie, 108, rue du Bac, j'ai remis la main sur La Maison Dorée de Samarkand, la fresque condamnée au possible de l'échec où Corto Maltese va de Rhodes au-delà du Kafirnagamjour, vers l'Est donc, au Kifiristan, comme avant lui Alexandre, dont le Grand Or dort quelque part, au bout, par là sans aucune notion de l'azimut précis ou du vol d'oiseau, où à force de stupéfiants, le héros aux nuances aussi criantes que l'encre de Chine sur la feuille blanche déraille définitivement vers un rêve qui finira Mû. Toujours en reprenant avec lui le chemin, en évitant mon double, en retrouvant un ami, en me confondant avec moi-même, et sans savoir où sont les murs de la Maison Dorée, je repense à L'homme qui voulut être roi, plus au film d'Huston qu'au roman de Kipling, que je n'ai jamais su finir, et qui m'attend quelque part dans cette bouquinerie ou chez moi, sur une étagère. J'aime en parler. Parce qu'Huston aussi est allé chercher à l'Est, ce qu'il avait poursuivi toute sa vie. Une dernière bobine tournée sabre au clair, focus sur Sean Connery qui tombe tout le long du pont vers les fondements d'une loge maçonne antique, tout au fond du ravin, même si l'image n'apparaît claire qu'à la fin, comme un saumon rappelé vers l'ours qui l'a mis au monde. A peu près.
Ce qu'on découvre à l'Est n'est pas très important. Ce qu'on découvre n'est jamais très important même si la boussole s'excite. C'est l'idée seule d'aller vers l'Est qui me réjouit. Peut-être juste parce que j'en vois moins d'images à la télé, et que je me suis construit de toutes pièces la route jusqu'à Samarkand, les escales, le ciel, le temps, les photos à prendre, la voiture, puis la montgolfière, la doudoune, et la bouteille thermos. Parce que j'ai envie de m'arrêter en chemin, de ne pas respecter mes horaires, et parce que je ne suis pas pressé de rencontrer mon Timur Chevket sur un pont, après m'être fait mordre par une Roxanne, comme Alexandre fut mordu. Je suis partant par exemple pour me perdre avant jusque face aux îles éoliennes, mettre un pied dans la Tyrrhénienne. Je suis partant pour prendre mon temps.
En m'endormant page soixante-quatre de l'édition que j'avais sous les yeux, parmi les marionnettes et sous le punch d'un catcheur, promeneur rêvassant, arpenteur de rues griffées aux collines tassées du velours stambouliote, et dans l'ombre d'une brique humide, je ne me rappelle même pas Head-On, et ce qui transpire du visage de Birol Ünel dans son taxi, qui court indéniablement vers l'Est. Pas exactement comme les Camondo arrivant d'Espagne. Mais plus comme Marco Polo à l'aller. J'irai fumer une clope face au Grand Hôtel de Londres, me prendre trois secondes pour Hemingway, puisqu'il n'y a pas de mal à se faire appeler Ernest, mais je coucherai ailleurs. En me réveillant page cent cinq, la gueule de bois à Raspoutine me masquant la figure, je rêverai encore de mettre la main sur le soleil qui se lève, et son trésor inintelligible. Je voudrais de l'insolite par là, même si rien ne s'attrape. Puisque de l'autre côté, j'ai l'impression que tout nous échappe.
- Où va-t-il ?
- Hmmmh... A la rencontre de ses remords... peut-être...
Baladé le long des cases noires et blanches, où il ne me reste plus qu'à colorier et imaginer de temps à autre les paysages, je me dis que c'est bien, un meilleur ami pour le chemin. Le mien aura le regard clair de ceux qui semblent voir loin qui file bien avec mon sourire idiot. Il aura le souvenir qui imagine, autant que le mien, et d'une panne de voiture suivie de vingt kilomètres à pied ça use les souliers, nous ferons des cavalcades sans vergogne, et des aventures où filaient les balles, coulaient les vins, et tournaient des derviches qu'on avait dans la tête et qui s'étaient réveillés le pas assez léger pour ne pas nous tuer d'une migraine. Et arrivé à la dernière page, plus très sûr de rien, l'un des deux demandera :
- Et finalement ce trésor, on l'a vu ou pas ?
- Nous avons voulu le voir, même s'il n'y était pas.
Sur l'écran de ma télé, Michael Caine est revenu depuis bien longtemps du Kifiristan avec la tête de son ami. Même le générique m'a abandonné. J'éteins tout ça, y compris le Duman qui n'en finit pas de brûler le laser de la platine. Demain j'écrirai sur autre chose, avec le bonheur supplice de ne rien attraper, et que rien ne m'échappe dans son embrouillement complet.
OST - Rüyanda Görsen Inanma - Duman
Publié par maximgar à 17:41:15 dans 108, rue du Bac | Commentaires (8) | Permaliens
03-01-2008 00:03
De maximgar
Sujet:
Amnésia Url: [Liens]
03-01-2008 00:02
De maximgar
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Rocki-emy Url: [Liens]
02-01-2008 22:04
De AMNESIA
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Yeaaah Url: [Liens]
02-01-2008 13:50
De rockingchair
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Ils sont étranges Url: [Liens]
19-12-2007 22:33
De ... Sujet:
...
19-12-2007 18:11
De maximgar
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ici Url: [Liens]
19-12-2007 18:01
De Lilly Sujet:
Bref,
Vroum des piétons :