Bien
sûr d'aucun prétendra que pour bien comprendre ce post, il aura fallu en lire un
précédent qui s'appelait Les Tatoués, et qui était, faut le dire, plutôt
chouette à lire, (parce qu'à écrire, c'était beaucoup moins bien). Faut-il en
tenir compte ? sincèrement, je n'en sais rien.
Je
m'ennuyais ferme chez moi, boulevard Eusebio Cafarelli (dit le Chanoine), à lire
mon Télérama d'il y a cinq semaines, (p.142/3017 pour les spécialistes) quand
je tombais sur cette petite note fort pertinente au sujet des Desperate
Housewives.
"Desperate"
veut dire désespéré, mais aussi prêt à tout. D'où notre traduction perso :
"ménagères prêtes à tout". C'est plus juste.
J'en
restai baba. Plus encore que de découvrir quelques lignes plus bas que j'avais
loupé ce jeudi là, Poltergay à 8 heures 40 du matin. Quelque part et ailleurs j'en
voulais un peu vraiment beaucoup, quoique relativement excessivement au
scribouillard des petits paragraphes de Télérama d'avoir trouvé cette bonne
idée avant moi et d'en avoir fait trois lignes à côté d'une photo quelconque de
l'épisode 22 de la saison 3. Je me disais après tout, que personne n'avait du
la voir, et que je pourrais toujours exploiter le filon sur une plateforme de
blogs où je sous-traite à Zanzibar, nègre électronique pour panne de la page word
blanche. Je délirai tout seul ainsi, ayant laissé le magazine ouvert à une
photo de Claudia Cardinale, le regard bien noir d'une réédition en copie neuve
pour la Cinémathèque. Moi j'en aurais fait des tonnes sans les guapes de Lucia, (ou avec),
sur des filles prêtes à tout, dans leurs banlieues de réseaux sociaux haut
débit, qui vont chercher le loup comme un pierre blondinette aux animaux
inadéquats, une carte bleue, une bière, et un fusil à bouchon qui fait pouet.
Moi j'en aurais fait quelque chose, que lui scribouillard des petits
paragraphes Télérama aurait pu venir me piquer allègrement, je lui en aurais
pas voulu.
Je
décrochai mon téléphone avant qu'on m'appelle pour une mission impossible, et j'appelai
une ancienne cliente très contente des services que je lui avais rendus. A vrai
dire, je ne lui avais rendu qu'un service, mais celui-ci avait eu des
conséquences bien plus larges que tout ce que j'aurais pu imaginer. Sûrement
que vous avez du entendre parler d'elle, tant les commérages vont vite, et que
son cas, plutôt honteux, en avait délié des langues et des regards avides sur
les écrans.
Parce
qu'elle avait travaillé tout l'été sur des stands Justin Bridou, un horrible
logo signé Justin avait recouvert sa peau, et la pauvre en avait vu sa vie
romantique s'appauvrir, chaque homme la dénudant un peu, se trouvant pris d'horreur
d'avoir été devancé par un Justin, et pire que tout : un Justin qui ne
partirait jamais, même au savon gommant. Si encore elle avait travaillé pour
les cavistes Nicolas, elle aurait pu rêver devenir première Dame du pays comme
dans ses rêves d'enfance sous une monarchie de poupées chiffons et de contes de
Grimm, mais ça c'est une autre histoire qui aura sa place dans un autre torchon
que celui-là. J'avais pu arranger cette affaire de manière fort subtile en la
forçant de ma propre volonté à rencontrer par le fruit bien mûr du hasard, un
type qui s'était tatoué un Britney.
La
magie ne tient pas à grand chose, un peu d'encre.
- Oh c'est vous.
-
Oui, je me demandais ce que vous deveniez ?
En
fait je me demandais si une femme désespérée était vraiment prête à tout.
Est-ce qu'elle aurait limé son tatouage, par exemple.
-
Vous êtes vraiment le meilleur. Vous tombez trop bien.
Être
le meilleur c'était tout moi généralement, tomber trop bien maintenant, ça ne
me touchait pas particulièrement.
- Nous nous marions demain.
- Ah...
Bon,
passons sur le fait, que je n'étais même pas invité... Je n'avais qu'une seule
idée en tête.
-
Vous étiez si désespérée que ça ?
Pendant
un instant, j'ai cru qu'elle me raccrocherait au nez. Mais il n'en était rien.
- Il
me rend prête à tout. Ça n'a rien à voir.
Je
notais tout sur un calepin, pour mieux tout bien comprendre après. Elle
poursuivait :
- C'est un peu comme dirait Britney,
vous savez, With a taste of your lips, I'm on a ride, you're toxic, I'm
slipping under, with a taste of poison paradise, I'm addicted to you.
Je
lâchai mon carnet, stupéfait : son Justin l'avait intoxiqué. Elle, face à mon
silence subit, crut que je ne captais rien à la langue de William Shakespeare
récitée par une fan de Corneille, alors qu'en tant que pourfendeur de Racine
moi-même, j'understandais trop bien son discours. Elle se proposa de traduire
comme ça lui venait :
- Avec un bout de ses lippes, je me fais un trip, il est nucléaire, c'est de la bombe, je fais quelque chose en-dessous, avec un goût de poison du paradis, je suis trop stone, j'en veux encore... à peu près quoi.
- Oui, oui, fis-je, mais si j'avais dit « han, han », ou « arffff », ça aurait voulu dire la même chose.
- Vous savez, continuait-elle, Britney a beaucoup à nous dire.
- Je
n'en doute pas.
Qu'avais-je
fait ? je m'en souvenais maintenant, comment tiraillé par la faim, le
froid caressant mes orteils par la fenêtre de mes pumas en mauvaise santé, j'avais
accepté ces deux affaires distinctes dites l'unique, et je les avais bâclées,
confirmant un monstre, et en accouchant un second. C'était le vide, la peur du
rien, qui m'avait poussé là, à commettre l'innommable. Le désespoir avait fait
de moi un homme prêt à tout. Et tandis qu'elle continuait de causer toute seule
au téléphone, je reprenais mon Télérama en me maudissant d'avoir loupé la
Princesse aux Huîtres le vendredi 16.
OST - Toxic - Yael Naim
Publié par maximgar à 17:14:22 dans 64, boulevard Cafarelli | Commentaires (5) | Permaliens
Vroum des piétons :