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Singing in the shower | 28 novembre 2007

 

Ce matin nous prîmes la mer, vers un autre univers. Du moins quand je dis « nous », la majorité du nous, nous avons marché jusqu'au port et à ses quais qui crissent. Du moins quand je dis « marché », il y avait ceux qui avaient pris le train, dont moi. D'autres venaient sur de vieilles bicyclettes qui couinent, et qui glissaient sur le pavé, en faisant voler les flaques, comme si d'autres ne pleuraient pas assez. Celui-ci avait sa voiture avec des rubans de mariage aux portières. Moi j'avais opté le train. Parce qu'il m'en restait un souvenir coloré, de curry et de Madras. Peut-être Pondichéry.

Le petit train s'en va dans la campagne, va et vient, poursuit son chemin, serpentin de bois et de ferraille rouille et vert de gris sous la pluie. Entre deux bouffées de vapeur, ses freins rougissaient en chœur d'étincelles parsemées, des deux côtés des rails, et nous envoyaient valdinguer de tous les côtés des chaises. Mes voisins tombaient la tablette, et sortaient les cartes et les cahouètes qu'on pariait sur les couleurs, les figures, sur les bluffs et froncements de sourcil.

C'est comme ça. Ah, la la la la, ouais, le secret, ça coupe et ça donne. Et puis on se sert aussi, parfois, d'une main à l'autre. Histoire de scoumoune. On ne jette pas un œil sur tout ce qui peut se passer autour. Et pourtant il s'en passe. Entre les enfants crient, ceux qui découvrent la joie de la balistique avec la compote de pommes, et ceux qu'on a habillés comme pour un dimanche, alors qu'on est mercredi. Et ces plus grands qui finissent de bosser là, parce qu'à la maison ce n'est pas possible, ou parce qu'il n'y a rien à faire dans un train, ou qui bouquinent, parce qu'ils sont de ceux qui n'ont pas la nausée dans les transports, ou parce qu'ils l'ont mais qu'après tout, ils ne savent pas lire. Et puis les amants aussi, qui font semblant de dormir, qui se satisfont de rêver les yeux fermés. Ou presque.

Valérie s'ennuyait dans les bras de Nicolas. Des choses comme ça, ça arrive des fois. Et même si Nicolas ne le savait pas, il ne la regardait plus en face, depuis un petit moment déjà. Et pour ne pas dire qu'il avait paumé son costume de sigisbée dans le placard d'une autre, il se perdait à mater ses chaussures.

« Et déjà à l'école, c'était une vraie passion, pour tes grolles, celles en cuir noir, avec des bouts pointus. » Tu te souviens ? Ça lui rappelait la danse et ses pointes, et les tutus de traviole. Le solfège, les dictées, les cordes pincées, trop de choses à parcourir avec une paire de chaussures. Alors plutôt tourner, et avoir toute la vie dans ses membres. Fred, lui ce soir, il pourra aller voir si elle danse vraiment comme avant. Avant qu'elle ne parte vite un peu comme lui.

Marcia, elle danse sur du satin, de la rayonne, du polystyrène expansé à ses pieds.

 

OST - Cool Frénésie - Les Rita Mitsouko

 

 

Publié par maximgar à 18:03:13 dans 4, route de l'Abbé | Commentaires (9) |