<< L'incompréhensible mort du monstre qu'était le sympathique homme éléphant | Laine et son petit plaisir récent | Pipoman à Hamelin >>
De sa fenêtre qui ne donne pas vraiment sur la route de l'Abbé, Laine aurait pu voir quatre garçons dans le vent traverser. Il y avait beaucoup de choses simples qu'elle ne pouvait entreprendre mais qu'elle continuait de concevoir : elle s'imaginait si fort pouvoir les faire dans un futur assez proche, envisagé en semaines depuis plusieurs années, qu'elle ne s'était pas encore évanouie du monde... Assez quand même pour ne pas les voir traverser... On ne savait plus très bien si c'était la folie de son corps, ou la maladie de son esprit qui l'avait poussée à transformer le quotidien en prison, avec ses subtiles permissions, et ses interdictions strictes. Mais il y avait de la folie drôle dans les palliatifs qu'elle s'inventait, de la folie douce dans celle qui lui interdisait de mettre le nez et le reste dehors, une fois l'heure venue.
Ce qui lui manquait le plus avait un nom et un visage, une vie et de la patience, même si pour sa part il n'avait pas encore changé les semaines en années, et se contentait d'attendre la cinquantaine au hasard des calendriers et des févriers qui s'allongent. Elle en avait fait son obsession qui lui mangeait la chair, soulagée par glissades sur les tranchées qui ne s'enflaient plus du corps étranger qu'à l'occasion rare et embrassée de Saturnales, la fête du slip au village. Elle en avait fait un quotidien, qui effaçait le néant austère de l'autre, le réel, celui qui l'empêchait d'aller voir à la fenêtre.
Laine voyait parfois dans la rue, et marchait jusqu'au centre d'une ville. Pesant chacun de ses pas, comme on déguste une forêt noire de liberté, un framboisier d'absolu, une excellence pâtissière hors de prix associée à un absolu sans valeur, car généralement inexistant. Et qu'on se la raconte :
... va savoir pourquoi j'aime la tropézienne plus que tout... je mourrais pour mon droit de grève...
en sachant que la moindre lèche de crème, condamnée à disparaître sur la langue ou derrière les lèvres, contre les dents et dans la salive vaut plus cher que n'importe quel beau principe après tout tout aussi inutile. Elle marchait et chacun de ses pas avaient autant de valeur que les aspirations de beaucoup. Un peu comme si ses sandales soulevaient la poussière du monde et les rêves qui vont avec.
Pour ne pas y penser, Laine avait pensé à ne plus marcher, à rester allongée, et se tuer à l'obsession et au dégrafage de ses lèvres d'entre ses jambes. Et nulle part ailleurs. Pas de mains sur la bouche, pas de doigts sur les yeux, pas de paumes sur les seins. Juste sexuel, parce que le sexe tue le temps quand il n'enfante rien d'autre. Cependant elle ne restait jamais longtemps couchée. Il lui fallait retourner dehors, pour pas s'évanouir déjà, et se recharger en électricité statique.
Il lui restait quelques amis, qu'elle ne rencontrait jamais... Et cette phrase n'a rien à faire là, pour le moment.
Puis un jour vinrent des musiciens, un peu comme ceux qui traversaient la route. Des célèbres, des reconnus, néanmoins des artistes, des artisans, des artificiers, des artégalomanes et tous les autres mots qui commencent pareil et n'existent pas encore. Ils dirent juste, « nous jouons ». Comme beaucoup, elle s'était retrouvée devant le dernier Radiohead à se demander ce que ça vaut la musique. Un jour comme ça, où Laine ne voulait pas peser la liberté et se résumer à une promenade poussière.
Il lui restait quelques amis, qu'elle ne rencontrait jamais mais à qui elle pouvait demander
... vous y mettrez combien vous dans le dernier Radiohead ... moi rien, je suis juste ... une livre symbolique lol mdr ... j'ai pas pensé, j'ai pas payé, j'ai pris ...
S'asseoir et donner de la valeur aux choses, ou du moins à l'attente. Apprécier le dernier Radiohead, au sens strict, au sens strictement pas strict, elle, qui n'avait plus aucune vie en attendant un futur proche, elle goûta cette liberté là, et s'embrouilla souriante dans sa façon de dire merci. Signer en oubliant son diminutif de pelote.
Maladroite et tendre. 8 livres 43.
Hélène.
OST - Reckoner - Radiohead
Publié par maximgar à 18:01:06 dans 4, route de l'Abbé | Commentaires (12) | Permaliens
09-11-2007 18:13
De maximgar
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... Url: [Liens]
09-11-2007 17:09
De Swannn
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Si l'Abbé rode Url: [Liens]
09-11-2007 16:31
De maximgar
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Gat' Url: [Liens]
09-11-2007 16:29
De maximgar
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swannn Url: [Liens]
09-11-2007 16:12
De Gatrasz
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En même temps... Url: [Liens]
09-11-2007 15:55
De Swannn
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Le problème de Laine Url: [Liens]
08-11-2007 20:38
De maximgar
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c'est vrai Url: [Liens]
08-11-2007 19:59
De A.lex Sujet:
concernant le dernier Radiohead
Vroum des piétons :