Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

FM en ville :

Loading

Index des rues :

Novembre

DiLuMaMeJeVeSa
    123
45678910
11121314151617
18192021222324
252627282930 

Cul de sac :

counter statistics

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03

<< Mission : Pépito Impossible | L'incompréhensible mort du monstre qu'était le sympathique homme éléphant | Laine et son petit plaisir récent >>

L'incompréhensible mort du monstre qu'était le sympathique homme éléphant | 02 novembre 2007

 

Pas très loin de la rue du Bac, un ancien journaliste, ou un nouvel ambassadeur, qu'importe, un homme qui avait pas mal bourlingué, s'était réfugié dans une tour d'ivoire. Il ne regrettait rien des temps où il n'était pas solitaire, parce que, comme il l'avait lu dans un livre, « personne n'est jamais arrivé à résoudre cette contradiction qu'il y a à vouloir défendre quelque chose d'humain en compagnie des hommes ». Et lui, il aimait ces quelques choses d'humain, plus facilement décelable dans les ronds malades des barbus de Sumatra, ou la truffe humide d'un berger allemand, dont les noms ne trompent plus tant que ça à la longue.

Du même livre il avait tiré d'autres mots, et il en avait gravé tout un fronton d'ivoire démesuré à l'entrée de sa demeure : « Et les gens se sentent tellement seuls et abandonnés, et ils ont besoin de quelque chose de costaud, qui puisse vraiment tenir le coup. Les chiens ne suffisent plus, les hommes ont besoin des éléphants. »

Mais les sens s'étaient détournés. Qu'il s'agisse du livre, qu'il s'agisse de la vie.

Quand il m'arrivait de passer le voir nous évitions donc d'évoquer l'humanité. Ça tombait bien, je n'étais pas plus doué que ça en humanité. J'avais tant de mal à la distinguer du reste, de l'étymologie aux gestes, du goûter au frôler, du bien au mal et les et cætera. Pour ne pas évoquer l'humanité, nous parlions du temps, du croustillant du pain, de ma confiture de ses framboises, du beurre que je préférais demi-sel. Puis comme si nous avions fait le tour, le check-up des inutilités essentielles, je me levais, et je ne lui serrais pas la main. Il n'aimait pas ça, et moi non plus.

J'étais aller chercher ce livre, un fameux jour de gris, à la librairie du 108, rue du Bac, pas loin de chez lui, parce qu'il me semblait qu'il était temps, le soleil adéquat. J'étais ravi sur mon trottoir à lire et relire le titre, « les Racines du Ciel » persuadé qu'il m'était suffisant, certain qu'il ne m'apprenait rien, et je ne le vis pas descendre la rue. Comme je ne l'avais pas vu prendre ses escaliers, avalant les marches quatre à quatre, avec ses jambes de vingt ans, d'un mécanisme félin habitué aux volées de bois cirées. Du moins si, je le vis, mais il avait déjà pris l'angle.

« Que sais-tu de l'Ivoire ? », me demanda-t-il une fois.
J'avais pensé éléphant, puis savane, rien d'autre. Quoique rien d'autre soit un mensonge, j'avais pensé Rivoire et Carret, coquillettes et nouilles, cadeaux de fêtes des mères, un cendrier tout nase en terre volcanique, ou un papillon dans un vitrail, quinze centimètres sur quinze, tout ça faits avec amour, mais sérieusement, alors on allait aux Galeries avec Papa, et on trouvait un appareil ménager qui arrangerait tout le monde, ah non, pas une yaourtière, qui arrangerait tout le monde qu'on a dit, la dernière fois que je suis allé aux Galeries j'étais grand, je voulais plus y aller avec mon père, c'était un ancien copain de classe qui tenait la boîte pour son père... Rien à voir...

« Je ne sais rien de l'Ivoire. »

Je craignais un peu, il faut dire, qu'il se remette à causer de « SA » Côte d'Ivoire, comme ça lui arrivait parfois en s'engluant dans ses souvenirs, en s'en imprégnant si profond avec des relents d'un colonialisme douteux qui me faisaient passer pour le boy de la nouvelle génération à lui faire ma confiture avec ses framboises. Mais j'avais tort, sur le moment, et en général.

« L'Ivoire. Et même l'ivoirine. »

Je l'entends encore, en fait il en savait plus que tout le monde.

Il en savait tellement qu'il avait tué des braconniers à mains nues, pire que dans le bouquin qui restait assez drôle. Lui il allait sans humanité parce qu'elle n'était pas nécessaire. De la poussière des vols de ces victimes, qu'il brisait par-dessus des falaises, il s'était recouvert, plus dur à chaque fois, plus fragile aussi. Il s'était fait une véritable côte d'ivoire, comme d'autres portent la maille. Et ses balles de carabine étaient de petites dents pointues, ciselées à même les mâchoires arrachées du poing à quelques chasseurs trop souriants.

En fait, pour lui, et à force de réduire son entourage au néant, il s'était senti tellement seul et abandonné, qu'il avait besoin de quelque chose de costaud, qui puisse vraiment tenir le coup. Les éléphants ne suffisaient plus, cet homme avait besoin de son humanité.

Et ce fameux jour de gris, rue du Bac, il l'avait vue descendre la rue. Ça faisait si longtemps qu'il avait une dent contre elle, et elle passait là comme une ombre, se faufilant parmi les passants. Armé, il prit les escaliers, ouvrit la porte, la claqua pour la fermer, descendit la rue sans rien regarder autour, moi-même je ne le reconnus que lorsqu'il tournait déjà. J'aurais aimé lui dit en secouant le bouquin, « tu as vu ? je vais l'lire ».

Il s'enfonça jusque dans un cul-de-sac, et arrivé au pied du mur, il s'explosa la tête d'une dent qu'il avait patiemment taillée.

Ce que je retiens en ivoire, c'est une pipe à tête de marin. Il ne faut jamais la fumer par temps froid, de peur de la voir se briser. Bientôt les éléphants grandiront sans défense, ce serait l'évolution de l'espèce qui veut ça, sa préservation générationnelle, ségrégationniste (comme c'est humain), différents mais comme ils ont toujours été : plus costauds qu'un chien.


OST - Elephant Gun / Beirut

 

Publié par maximgar à 15:34:59 dans 108, rue du Bac | Commentaires (1) |

05-11-2007  09:17  05-11-2007 09:17
tiens j'ai acheté  De  Jane... identité certifiée Sujet:  tiens j'ai acheté Url: [Liens]
et regardé elephant man ce week end. Oui oui. Bon je lis ok.

Ajouter un commentaire

Nom :
Email :
Url :
Sujet :
Texte :
Code :
si vous n'arrivez pas à voir le code Cliquez ici