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Mission : Pépito Impossible | 30 octobre 2007



 C'est assez souvent quand je traîne dans le salon de mon appartement du 64 boulevard Eusebio Cafarelli (dit le Chanoine) qu'il m'arrive n'importe quoi. Comme si un halo facétieux régnait sur la place, et que de sa tête ronde et chauve il m'assénait des coups informels de péripéties et aléas cases départ sans passer par la prison, et autres équipées controuvées. Là, ce fut le téléphone qui sonna : « monsieur, on a besoin de vous à l'Ambassade du Mexique. » Ben voyons. Moi qui désirais regarder tranquillement Casino Royale, et prendre quelques notes sur les ficelles du métier : je comptais bien devenir sauteur en hauteur professionnel, et donc fan de bonds, une reconversion comme une autre après avoir été quelques années agent à tout faire au nom du grand quelque chose.

A l'Ambassade du Mexique, rien ne ressemblait à une carte postale, pas de mariachi, pas de tequila dans mon verre, pas de sourire, pas de chaleur dans les voix : il régnait une consternation, sèche comme les plaines du Jalisco en janvier. A croire qu'ils allaient entrer en guerre. Quant à Monsieur l'Ambassadeur, il bouillonnait, se tirait les cheveux, derrière son écran d'ordinateur, un téléphone à l'oreille.

On m'avait apporté un café, et je soufflais dessus au moment où l'ambassadeur raccrocha.

« Un petit gâteau peut-être pour accompagner le café ? »

Ça sentait le piège à plein nez, mais comment pouvais-je poliment refuser ?

« Oui, volontiers. »

L'Ambassadeur ouvrit violemment un tiroir de son massif bureau et il en tira une boîte de Pépito Choco Pépites, qu'il balança à même la table basse qui s'étendait devant moi.

« Regardez ! regardez ! » criait-il, jurant ses grands dieux.

Je regardais. Sur le verso de la boîte le gentil Pépito chevauchait un choco pépites avec la passion d'un fan de rodéo en sombrero et poncho. Mais je crus rapidement comprendre le problème : la boîte était plutôt légère.

« Alors que voyez-vous ? » demanda l'Ambassadeur.

Je préférais faire l'idiot et lire ce qui était écrit dessus comme s'il s'agissait d'un bon port-salut :

« AHAahhahAHAah !!! Trop drôle... retrouve sur chaque sachet une Blague Trop Pépito pour faire rigoler tes copains ! »

L'Ambassadeur se calma immédiatement.

« Vous êtes un bon, on m'avait prévenu. Vous avez tout de suite compris. Vous êtes l'homme de la situation. »

Il me fit signe d'ouvrir le paquet. Je ne me fis pas prier et tirait un sachet fraîcheur de la boîte.

« Vous voyez, vous voyez », continuait-il.

J'y voyais rien du tout, mais je lus à haute voix, tout ce qui se trouvait sur le paquet.

« Trop Cassé. Une maman mexicaine demande à son fils :
- Que fais-tu ?
- Rien.
- Et ton frère ?
- Il m'aide. »

En dessous Pépito complètement explosé de rire en rajoutait une couche : « C'est du boulot de ne rien faire. » Quant au gâteau, il était plutôt bon.

« Prenez en un autre », insistait l'Ambassadeur. Je ne me fis pas prier.

« Trop Dingo. Deux fous marchent dans le désert du Mexique. L'un demande à l'autre :
- Pourquoi tu as emporté cette portière de voiture ?
- Pour ouvrir la fenêtre si j'ai trop chaud. »

Et Pépito complètement fracasse en dessous d'en rajouter une couche : « Il en faudrait deux pour faire un courant d'air. »

J'avais vite fait d'avoir mangé toute la boîte quand l'Ambassadeur m'en balança une autre de Choco Mouss'Lait, bientôt suivie d'une Choco Mouss'Choco et de Mini Roulés. Au mur il me projeta le contenu du site www.pepito.fr , beaucoup moins digeste, ce dernier se faisait l'apologie d'un Pépito prince du Carambar, du Mexique terre de Blondes, Belgique d'outre-mer.

« Vous comprenez pourquoi nous avons fait appel à vous ? », me demanda au bout d'un certain moment l'Ambassadeur.

Pour sûr je ne comprenais pas pourquoi, et je ne voyais surtout pas comment, alors je donnais la réponse la plus simple du monde.

« Vous avez fait appel à moi pour en finir avec les Pépito. »

L'Ambassadeur me tapota l'épaule.

« On m'avait dit que vous étiez un bon », se reprit-il, très ému, « mais vous êtes vraiment le meilleur. Les Pépito de Lu sont en train de donner à votre jeune génération l'image d'un Mexique crétin, assoupi de la pépite, misérable et pas doué... »

Ils avaient tenté de nombreuses procédures, appelant au boycott, assurant preuves ADN à l'appui que selon ses traits Pepito était plutôt guatémaltèque, voire métis salvadorien et yankee, mais rien n'y avait fait. Je compris dès lors l'importance de ma mission.

Le lendemain, mon avion se posait à Miami. Evidemment quand je dis « mon avion », ce n'est pas comme lorsque vous dîtes j'ai raté « mon bus », il s'agit vraiment de mon avion. Le lendemain, mon avion se posait donc à Miami. Je commençai alors le tour des South Beach Residence, lieu de rencontres pour petits vieux plus très jeunes qui s'éclatent quand même avec les sous de leur fond de pension. Le temps d'offrir un Choco Mouss'Choco à la plus latina des retraitées que tous les petits vieux de l'Amérique du Nord tançaient leurs fonds de pension pour qu'ils n'investissent plus chez Danone. Enveloppé de mon costume de super-héros de la finance, du genre MaxiRequin, je rentrai chez moi me mater Casino Royale par amour pour le saut, et pour ne pas regarder PPDA expliquer que Danone, les méchants venaient de laisser tant et tant de personnes sur le pavé pour satisfaire leurs associés.


OST - Vamos a matar Compañeros / Ennio Morricone


Publié par maximgar à 17:40:32 dans 64, boulevard Cafarelli | Commentaires (4) |

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