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Transformer la Fondation Cartier pour l'art contemporain en boulangerie, réaliser des robes haute couture en miches ou baguettes, métamorphoser des escarpins en "escar-pains". L'exposition "Pain couture", du 6 juin au 10 octobre, est la dernière folie festive du mitron Jean-Paul Gaultier.
Fuyant l'idée d'une rétrospective sur son travail, le couturier-magicien dévoile de façon inattendue sa passion pour la boulangerie et son respect ses artisans. Il ose de nombreux parallèles avec l'univers de la couture et conjugue mode, boulangerie et art contemporain.
L'histoire commence avant même d'entrer. Des stores vénitiens réalisés avec 4.000 vraies baguettes masquent temporairement l'exposition et une douce odeur de fournil excite les narines du visiteur. A l'intérieur, le ludique rejoint la technique avec des rideaux de porte qui ont troqué les perles pour 5.000 boules de pain miniatures.
La vannerie, élément-clé de cette activité artisanale, adopte des formes originales: portant avec ses porte-manteaux, bustier ou robes à paniers.
Des baguettes poussent à travers ces armatures d'un jour, de grosses miches s'abritent sous une crinoline pour un effet plus Pompadour, des tranches de pain en habillent une autre tandis que la traîne s'achève en miettes, des robes bustiers sont en langue de chat, des croissants reproduisent les ondulations d'une perruque etc.
Les vêtements fétiches de Gaultier sont là: on imagine Madonna dans un remake de "La Femme du boulanger" avec ce bustier aux seins obus, toujours en pain. La marinière du couturier a aussi sa réplique, tout comme tongs, parapluies ou chapeaux.
Pour boucler la boucle, un vrai fournil a été installé au sous-sol où des baguettes seront produites chaque jour pour être vendues sur place, au profit des Restaurants du Coeur, mais aussi pour que le public puisse voir comment le pain est fabriqué. L'installation servira également à refaire les pains de l'exposition qui est programmée pour cinq mois.
Des boulangers - meilleurs ouvriers de France, compagnons du devoir, école de boulangerie d'Aurillac - ont répondu présent. Ce qui les a fait accepter ? "La folie du projet, la difficulté", déclare à l'AFP Jacques Soulhiat, meilleur ouvrier de France, pour qui "le toucher, la sensibilité et la manutention délicate sont quelques-uns des points communs avec la couture".
Avec d'autres, il a dû rivaliser d'ingéniosité pour réaliser des mannequins de couture statiques en pain, créer des baguettes rayées etc. "Le problème, c'est que Jean-Paul Gaultier voulait que tout soit réalisé en vrai pain. Pas question d'utiliser des pâtes mortes !", raconte-il.
Christophe Caroff, technico-commercial aux Grands Moulins de Paris, est ravi également que le couturier n'ait pas voulu "faire d'imitation" et que l'exposition "donne une bonne image de notre métier, souvent dévalorisé".
Hervé Chandès, directeur de la Fondation, a mis plusieurs années à convaincre Jean-Paul Gaultier d'investir les lieux. Aujourd'hui, il est visiblement comblé de présenter une exposition qui est "au fond un exercice de magicien, une performance qui appartient au merveilleux". "On n'est ni dans le semblant, ni dans le faux. Il y a un respect du pain en terme de matière et d'esthétique". Même les modèles ratés ont droit d'exposition, dans une salle à part, pour montrer toute la difficulté de travailler sur un produit vivant.
*Jean-Paul Gaultier pose devant une robe haute couture en pain
Publié par coroubai à 19:38:00 dans sur tout et rien | Commentaires (0) | Permaliens