<< Drôle de fête | Passionnel, rationnel, ou les deux ? | Benoît XVI >>
Je reprends mon maigre blog, en fait je ne sais pas comment font les autres pour alimenter le leur avec tant d'informations. Peu importe. Je voulais rapporter une remarque qui m'est venue en écoutant la prestation de François Bayrou l'autre jour à la télévision, lors de cette fameuse émission de PPDA.
Des citoyens choisis par je ne sais quels critères posent des questions, et le présidentiable répond. Même règle pour tout le monde jusqu'à présent. Mais voilà que à mesure des réponses de F. Bayrou mon esprit sursaute, ses réponses semblent d'une tout autre nature que celles des candidats précédents, et pourtant, le discours semble le même. Je cherche, je cherche, surtout à me déconnecter de la compréhension naturelle pour essayer d'identifier la nature du discours. Et je découvre que, sur par exemple une question habituellement sensible comme celle des sans-papiers, le ton reste sûr et ne dérange pas. Idem en ce qui concerne une question sur un autre sujet sensible... Des questions qui suscitent toujours des disputent interminables pendant les faux débats télévisés. "Disputes ?", me dis-je intérieurement. "Emotion, émotion... passion... passionnel, registre passionnel !" Voilà le mystère, les citoyens présents n'ont pas beaucoup réagi émotionnellement aux réponses de François Bayrou parce que celui-ci sortait systématiquement du registre émotionnel, pour se cantonner au registre rationnel, du moins en ce qui concerne la réponse au sujet de la question. Les petites remarques annexes ne concernants déjà plus la question, il pouvait alors revenir sur un registre passionnel.
Après l'intervention de F. Bayrou, je crois qu'il y a eu J. Bové où l'on a bien senti que le public réagissait à nouveau par l'émotion, certains limite provocateurs pendant les réponses. Idem avec A. Laguiller, et même D. Voynet. Normal me dis-je, ils répondent sur un registre passionnel.
Qu'est-ce que cela signifie ? Simplement que, par exemple pour parler des sans-papiers, le discours passionnel fera appel à un parti-pris, un engagement. "Je suis humaniste, donc je dois aider ces hommes en détresse parce qu'ils sont victimes et que les victimes sont innocentes, etc." Ce n'est certes pas énoncé aussi caricaturalement, mais le fond y est. Alors si en face la personne n'aime pas les sans-papiers pour diverses raisons, elle aura tendance à réagir sans compromission en considérant celle ou celui qui répond comme un "angélique", voire un "anti peuple français". Et vous aurez dans quelles bouches sont tenus ces réflexions. Au contraire, celle ou celui qui répondra que "les sans-papiers profitent du système, ce qui est mal, etc." se verra en retour taxé de xénophobie, voire de racisme. Toutes ces personnes échangeront des propos sur un registe passionnel, en parlant d'émotions, de détresse sociale, de malheureux, de gentils, de méchants. Et l'on constate que finalement le débat n'avance pas, chacun finissant par traiter l'autre avec des noms d'oiseau. Et alors le problème des sans-papiers, car c'est un problème à résoudre ne l'oublions pas, passe au second plan. La teneur du débat sera de savoir qui est contre eux ou qui est pour eux, et non pas de savoir comment on va s'y prendre pour identifier clairement la nature du problème et apporter des solutions.
Bayrou avait parfaitement compris semble-t-il, lui ou ses conseillers en communication. Quand on prend une position idéologique passionnelle sur un problème, et surtout quand il s'agit d'un problème humain, les chances d'avoir en retour des réactions passionnelles sont fortes. Ainsi a-t-il semble-t-il choisi de traiter les questions "humaines" sur un registre rationnel. L'attitude semble paradoxale, comment s'affranchir du passionnel en ce qui concerne l'humain ? Et pourtant c'est effectivement le seul moyen de ne pas déchaîner les passions, et ainsi de commencer à construire une discussion sur, finalement, une situation où des acteurs humains se trouvent, plutôt que sur les humains en eux-mêmes. Reprenons l'histoire de la régularisation des sans-papiers. Rationnellement qui peut nier que les régularisations massives sont impossibles ? Qui peut nier que la régularisation d'un sans-papier qui travaille depuis quinze en France ne poserait aucun problème "économique et social" au pays, puisqu'il contribue déjà au fonctionnement économique et social français depuis longtemps, que les enfants sont nés et scolarisés en France, etc. ? Qui encore pourra nier que le fait de régulariser sans distinction tout sans-papier enclenchera ou risquera fortement d'enclencher un flux migratoire calamiteux ? Calamiteux dans le sens où des personnes seront prêtes à s'embarquer sur des coquilles de noix, à traverser des champs de barbelés pour recevoir une "identité légale" dans un pays d'accueil symbole de tous ses espoirs. Au point même de risquer sa vie.
Bon, je reste conscient qu'en amont de ce registre rationnel, un registre passionnel s'anime. Il n'en reste pas moins que répondre avec des faits plutôt que des jugements sur des personnes est plus constructif, ouvre le dialogue. Car alors les désaccords tourneront autour des moyens d'action, et non plus sur des goûts personnels ou sur ce que l'on veut afficher de son tempéramment émotionnel (altruisme, froideur, etc.).
En bref, ce serait vraiment formidable si les débats politiques actuels pouvaient se dérouler sur un registre un peu plus rationnel. La question des sans-papiers, des SDF et d'autres le mériteraient. Car une dénonciation ne résoud rien.
Publié par specht à 03:45:31 dans Philo ? | Commentaires (0) | Permaliens
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