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Deux missiles ont détruit une maison dans le nord de l'Irak. Zarquaoui s'y trouvait, il demeure désormais ailleurs ou nulle part, selon les convictions.
L'armée américaine qui a ciblé cette maison présente alors son bilan devant la presse. On assiste au discours d'un général muni d'une baguette, en uniforme kaki de terrain (non pas de gala) qui démontre que l'homme vient du terrain d'action, et un cadre doré placé à côté de lui qui entoure le résultat de la mission accomplie.
Généralement, dans une conférence de presse militaire on nous présente une carte avec des zones colorées. Et le général se sert de sa baguette pour ses commentaires, pointant alors du bout de l'instrument les zones concernées par le discours. Rien de plus normal ! Le prof de géographie se sert lui aussi d'une baguette, lumineuse certes, modernité oblige. Idem pour le prof d'anatomie qui pointe les zones commentées avec sa flèche lumineuse ou celle de la souris de l'ordinateur sur un écran géant. Rien de plus normal. On explique, on commente en suivant du doigt (de la flèche) sur un schéma, une carte ou autre.
Rien de plus normal sauf que : voilà un militaire US, digne représentant de la plus puissante et plus moderne armée du monde, qui pointe le produit de sa mission avec une vulgaire baguette ! Pourquoi n'utilise-t-il pas comme les profs un pointeur lumineux ? Ca ne passerait pas à la télé ? Les gens verraient-ils mal les endroits pointés ? Quelle est donc la raison de cette étrangeté ?
On attribue depuis longtemps à la baguette une fonction d'autorité. Sceptre, cravache, canne du noble, crosse, les personnes importantes signalent leur autorité grâce à cet attribut. La baguette désuète du militaire américain serait-elle alors une technique "des sciences de la communication" lui permettant de projeter sur le public naïf l'image d'une autorité de fait ? Après tout le conférencier pourrait très bien se présenter en costume-cravate, avec un pointeur de souris et qui sur écran géant présenterait les derniers résultats de l'armée. Cela n'enlèverait rien à l'importance de la conférence. Pourquoi pas. Mais non, on se doit de montrer que la guerre est là, donc on utilise un général en uniforme de combat, avec une baguette. Manque plus que la poussière ! Il fut un temps où les officiers se balladaient en culotte de cavalier avec des bottes, bien qu'ils ne montaient plus depuis longtemps à cheval mais se déplaçaient en véhicule motorisé. La culotte et les bottes de cavalier étaient le symbole de la puissance et de l'autorité, avec la cravache. La mode fait la même chose ; on impressionne la société avec des attributs sortis de leur contexte. Les femmes qui veulent faire croire à une origine noble s'habillent en cavalière dans la rue : pantalon de cavalier, bottes et... comme par hasard, queue de cheval ;)
On s'habille pour faire comme si, comme si on était noble, comme si on était aventurière, comme si on était colonialiste... etc.
Mais non, nous répondrait-on pour la baguette du général états-unien. Il s'agit simplement du meilleur moyen de pointer des informations inscrites sur un tableau, devant un public qui ne distinguerait pas correctement les détails. La baguette passe mieux à la télé ; un pointeur, lui, serait invisible après le filtre de la caméra. La télévision possède une mauvaise définition. Oui mais voilà, la chose que pointait le monsieur à la télé durant la conférence de presse sur la liquidation de Zarquaoui, la chose présente sur le tableau n'était ni une carte, ni un graphique, ni rien d'autre de ce genre. Dans le cadre doré s'affichait une photo du visage sans vie de Zarquaoui !
Que voulait-il montrer alors, avec sa baguette, le militaire ? Une description du visage cadavérique du terroriste ? Oui, ici vous avez donc ses oreilles n'est-ce pas, et ici les yeux fermés signalent un repos éternel n'est-ce pas, nous pouvons remarquer ici et là les impacts des débris qui ont frappé son visage lors de l'explosion de la maison n'est-ce pas... Par ailleurs nous pourrons remarquer qu'il s'agit bien de Zarquaoui eu égard à la forme des sourcils et de la racine des cheveux ici, et là n'est-ce pas.
Drôle de chose. Tout comme la baguette et l'uniforme, la description de la tête de Zarquaoui ressemble à une mise en scène ridicule. Mais peut-être la conférence s'adressait-elle à un public jugé naïf, à qui il faut décrire le visage d'un cadavre pour paraître sérieux. Heureusement la tête à fait place plus tard à des images beaucoup plus dignes d'une conférence militaire : des images de l'explosion de la maison, avec une mire de visée, des numéros et des graduations. Ca c'est sérieux, des graduations ! Reste la baguette...
Publié par specht à 00:08:48 dans Philo ? | Commentaires (1) | Permaliens
09-06-2006 00:15
De fang Sujet:
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