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Le malheur c'est qu'on est resté plus longtemps que prévu, le bistrôt était fameux tout autant que la spécialité-maison: le chacal mort-né farci à l'infidéle, cuit dans son urine le tout servi avec une petite julienne de pois frais, ouais dire aussi qu'on avait faim et soif et re-faim et que ça pouvait pas être plus dégueulasse que de l'intellectuel aux légumes du jardin, la vérité du produit ça compte népa? faudra que j'écrive un guide gastronomique un jour...
-Qu'est-ce qu'il y a comme dessert sinon? Je reprendrais bien encore un fruit... tiens le vendredi y font la choucroute de chameau, ça te plairait ça J.P ?
-Parlez-moi un peu de vous. Vous êtes donc un enfant de la banlieue, un gosse des cités ? Jean-Mostaph n'est-ce pas emblématique d'un tiraillement entre deux cultures? La France vous a rejeté ? Votre famille a connu l'occupation française en Algérie?
On le laissait débloquer le journaleux, il y avait même pas besoin de répondre, lui répondre quoi ? Que j'étais un peu plus français que lui, moi le fils du Roi des Gaules, et puis il faisait son papier tout seul, on aurait dit un étudiant bachotant son examen de licence és lieux communs. C'était peut-être l'âge qui me venait, mais je lui pardonnais tout même sa couennerie bienveillante, mi-lâche, mi-méprisante.
N'empêche que le temps passait, les serveurs s'étaient tirés les uns après les autres, après ça a été le tour du cuistôt et enfin la caissière est venue encaisser parce qu'elle avait à faire dans les montagnes et quand on est sorti, la ville était vide, Nasr-el-Bézons les jours de marché y doit pas y avoir loin de 120000 bédouins, là : nessuno, Pompéi après la seconde couche.
Comme toutes ces villes-frontières du temps et des civilisations, rendez-vous de caravane, bâti de sable, de siécles et d'or, qui s'évaporent un beau matin sous l'ultîme menée d'un vent de sable, guichet fermé, comptoir condamné par décret d'un conquérant lui aussi de passage.
Cette fois c'était les américains et leurs alliés qui arrivaient, en authentiques libérateurs bien sûr, mais les barbus, authentiques défenseurs de l'authentique foi occupant les abords de la ville, il n'était pas difficile de deviner l'authentique surchauffe à venir, d'ailleurs on pouvait entendre les avions qui se rapprochaient.
Les techniciens sont partis les premiers soi-disant pour aller faire chauffer la Renault qui avait tendance à caler aux plus mauvais moments mais quand on est arrivé à leur suite, ils avaient disparus, les syndiqués.
Le coup était bien joué et reconnaissons-le pas tellement blâmable, moi aussi je me serais volontiers débarrassé de Jean-Luc Leprofepte.
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Comme ça qu'on a été libéré nous aussi par les américains... et qu'on s'est retrouvé en cage avec le Mollah J.P et le môme, c'est pour lui que j'ai le plus de peine, il est pas prés d'arriver l'arriviste de la Basse-Meuse, bah il pourra toujours écrire un bouquin quand il sortira de là dans 147 années, il faut dire aussi qu'il étonne les psycho-trucs étatsuniens, pourtant sympathiques, souriants ... et barbus (eux ils ont le droit), à défiler tout le temps dans sa petite courette en gueulant des trucs contre le Flan National.
-Why Li Peng ? Il s'interrogent les socio-trucs.
Ils en ont reconditionné quelques uns des « fanatics » comme ils disent mais lui ils ont renoncé à le dérouler, et ils le laissent pétitionner contre la montée du fachisme et présenter tous les soirs son J.T citoyen à dix-neuf heures douze devant la caméra qu'il a dans sa cellote, on en a chacun une qui nous filme en permanence, ce doit être ça la télé réalité qu'y causent partout.
Moi j'ai bon moral, j'ai même la vue sur la mer quand Fridge l'énorme flic aux hormones se baisse pour péter un coup, au début ça les intriguait un peu la photo dédicacée de mon papa, la gueule leur disait quelque chose aux texans:
-French actor ? m'a demandé le mieux renseigné, au moins l'un des plus gradés, moi j'ai pas calé:
-Yes french comic.Pourtant jusque là les interrogatoires s'étaient plutôt bien passés, j'ai tout avoué... de ce que j'ignorais. A la fin je leur ai même lâché que c'était moi qui avait foutu le petit Gregory à la baille, mais y m'ont dit qu'yz-en avaient assez pour que j'ai plus à m'inquiéter pour mes réservations de vacances jusqu'à l'été 2189, ouais pasqu'en plus y z'ont de l'humour les extra-terrestres. Il faut reconnaître quand même qu'ils mettent des gants... pour pas se tâcher, ils se permettent tout, mais avec le souci de l'hygiéne, normal vu qu'y causent à des pas humains, c'est pas le genre fair-play, vieille France: « Messieurs les angliches défouraillez les preums ! » Non eux ce qu'ils affectionnent c'est le technico-tactique, la saloperie usinée et bien boulonnée, leur côté prussman.
Quand même c'est papa qui aurait été fier, j'étais z'ému.
Publié par urbane à 03:22:58 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) | Permaliens
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Au matin quand je me suis réveillé, le Vieux Bob souriait toujours en me regardant, je lui ai dit bonjour, j'ai écarté les bras et sa tête a roulé jusques aux pieds de J.P qui était en train de s'arranger la barbe avec un rasoir de bonne femme de quarante centimètres de long qu'il avait acheté au bazar avant le départ. Lui aussi était de bonne humeur.
-Putain le con... mais c'est pas vrai... mais qu'est-ce tu as fait espéce d'enfoiré ! Je lui ai gueulé.
-Je crois que ton ami s'est rasé d'un peu trop prés ce matin. Voilà ce que c'est d'insulter le prophête.
Il était très satisfait de lui le gros bœuf, n'empêche qu'à midi passé il y avait toujours rien à bouffer, parce que les racines comestibles cette grosse truffe était bien infoutue de les trouver.
Au soir il a plus tenu et il a foutu le Vieux Bob à la brôche, j'en ai pas repris, d'abord ça me faisait peine de bouffer celui qui était en quelque sorte mon second père nourricier et puis il était encore plus sec que de l'intellectuel.
J.P lui en a rôté de satisfaction, mais il a fait des bruits toute la nuit, preuve que le Vieux Bob passait pas, sa vengeance au végétarien.
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Il nous a fallu encore deux jours pour arriver en vue de Nasr-el-Bézons, on était sur l'A.7, là-bas les autoroutes sont plus larges que chez nous parce qu'elles sont en sable, qu'elles commencent dans le désert, finissent dans le désert en empiétant largement sur le désert, mais elles sont pas gratuites, il y a des péages mobiles, chaque chef de guerre a des petites cahutes sur roulettes qu'ils transportent d'un coin à l'autre du pays et les plus riches ont des grosses cahutes sur chenilles et à tourelles avec quoi ils pratiquent le péage sur le péage.
Il y avait une file de bagnoles de deux kilométres de long qui sortait de la ville.
-Tiens c'est marrant à dit l'anthropophage, on dirait une bagnole de la télé française.
On s'est apprôché c'était bien des mecs de FR 3 Basse-Meuse, c'était même écrit dessus, su' la bagnole et aussi su' la gueule.
-Qu'est-ce que je mets sur la note de frais pour le péage Jeannot ?
-Attends de savoir combien y vont demander Robert.
-Tu sais bien que les notes de frais ça s'improvise pas au dernier moment. Et p'is si on le fait pas dans l'inspiration après c'est n'importe quoi.
Encore un artiste, ça me faisait quand même plaisir de les voir ces cons-là.
On s'est présenté sans trop insister sur les identités, on a dit qu'on était belge de Namur.
-Tiens j'ai de la famille à Namur... enfin tout à côté... A remarqué l'orfèvre en déplacement.
-Tout à côté... nous on est d'un peu plus loin. Qu'est-ce que vous faîtes là ?
-Eh ben on couvre miss Basse-Meuse... Aaargh ! Aargh ! Enfin elle c'est plutôt des noix qu'elle est basse. Non je rigole, cette conne a voulu se faire mousser en montant un convoi humanitaire pour les femmes afghannes et on s'est retrouvé pris dans le blot, un mois qu'on est là... et qu'on l'a pas revue, elle doit être en train de soulager les populations... militaires du coin, et ces salauds de parisiens veulent pas nous rapatrier, y disent que puisqu'on est sur place on a qu'à couvrir la guerre côté américain. Ah ça va leur coûter un max à ces cons-là !
-Les américains qu'est-ce qu'ils ont à foutre là-dedans ?
-Ah ben dîtes donc vous comme belges vous vous posez là ! Tu les entends Robert ?
Ils nous ont tout espliqué des événements récents. J.P était tout content: avoir battu les ricains chez eux en match d'ouverture de la fin du monde c'était quand même quelque chose !
A ce moment il est passé à toute vibrure un camion plein de blondes, des chouettes, bien roses et joufflues en blouse blanches et juste après une escouade de motards, des parisiens, mes préférés et enfin en voiture balai trois Toyota surchargés de barbus hilares montés léger en 20 mm court.
-Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est la guerre mondiale ?
-Même pas, la guerre internationale, c'est la guerre mondiale mais en matinée scolaire, y a pas toute la troupe. Chacun donne ce qu'il peut, le gouvernement suédois a refilé un lot d'infirmières et depuis qu'elles sont là, elles en ont vu du pays les petites, dés qu'elles arrivent dans un chef-lieu, elles ont tous les mâles du cru qui leur prennent le train et elles sont obligés d'évacuer la position. Nous on a d'abord envoyé une cellule de soutien psychologique avec une section de psychologues pour évacuer le vécu traumatique mais le député-émir de Nasr-El-Bézons a dénoncé la montée du centrisme, les a pécho aussi sec et revendus à un chef de tribu et en ce moment ils sont en soldes sur le marché central de Karachi si ça vous intéresse vous pouvez avoir le lot à moitié prix... ouais moi ce que j'en dis... c'est vrai que c'est pas tellement tentant... après ça on a donné ce qu'y nous restait en magasin: une escadrille de motards parisiens... tention v'là l'aut' !
« L'aut » était le journaleux qui allait avec eux, un jeune con modèle standard numéro de série 01258745877978S bien décidé à faire carrière à l'antenne dans la jeunesse et la conscience morale.
-Bonjour Jean-Luc Leprofepte de FR3 Basse-Meuse, je pourrais vous interviewer ?
-Attendez vous pouvez répéter ça ! A gueulé J.P qui avait mal compris et sorti son ya taille adulte.
-Leprofepte c'est mon nom, mon identité... euh mon état-civil si vous préférez... vous préférez...
Il était pas rassuré par the Swinging Mollah. Avec sa barbe hantée qui lui descendait jusqu'aux genoux, sa maigreur nerveuse, convulsive, agitée de tics et ses yeux querelleurs il faut reconnaître qu'il était pas rassurant.
-Vous pouvez m'appeller Jean-Luc.
-Ben tiens ça me ferait mal. A conclu J.P pas tellement calmé.
-Vous savez on a trop rien à dire, vous avez vu on est pas au courant, on était paumé dans les montagnes depuis deux mois et même avant... par contre si vous auriez de quoi boire et bouffer ? J'ai demandé.
-Mais bien sûr. Je vous invite, on trouvera bien un bistrôt dans la ville...
-Eh minute Jean-ul...
-Arrêtez de m'appeler comme ça ! Les beauferies ça suffit maintenant !
-Tout ce que tu voudras mais on a pas envie de se faire prendre aux pattes, il y a des mouvements de troupe d'annoncé et...
-On restera pas longtemps. (Suite et fin au prochain numéro...)
Publié par urbane à 04:35:42 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) | Permaliens
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Au début il faisait encore la semaine anglaise et ramassait pas un rond dans ses prêches et puis il s'est douté que là-bas le véquende commençait le jeudi soir et là il a trouvé l'inspiration, ce qu'il faisait de mieux c'était de raconter la paradis qui était promis à nos p'tits gars, aux fidéles combattants de l'islam, l'êre du nougat il appellait ça, sûr ça vous avait un côté dame Tartine mais ça plaisait aux rudes combattants qui avaient besoin de jolies histoires comme ça avant d'aller se coucher après avoir pillé, tué et violé toute la journée.
Quand il était vraiment en forme il entonnait Montagne-Pyrénées et très vite on l'a surnommé le Mollah dansant, « the swinging mollah » en onusien dans le texte.
Notre chef Oliverhardiç, rude compagnon s'il en était, en mouillait sa moustache de contentement.
Et il me refilait des coups de coude, sa manière d'applaudir, faut dire que j'étais au premier rang des officiels, j'étais devenu son secrétaire au mollah Jean-Pierre, son manageure, moi qui recomptait la monnaie, et organisait ses galas, à travers les lignes de front. C'était une autre vie, la France était loin, on se fait à tout, népa, même à la guerre d'autrui. Je me sentais pas vraiment concerné, d'abord ils se ressemblaient tous, serbes, croâtes ou bosniaques, blonds, blancs, cultivés, ils avaient tous faits des études supérieures d'histoire de l'art, de marketing, de mathématiques spéciales et ça les avait pas empêché de retourner barbares, l'un des nos meilleurs snipers Stanloreliç était diplômé de Stanford, et ben il fallait voir le plaisir qu'il prenait à dézinguer du haut de sa tour des braves ménagères, des mères de famille héroïques revenant du ravito.
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Si j'en étais c'était pasque-que la veille, un motard était arrivé dans le patelin où je préparais un grand gala du Mollah Jean-Pierre, attention pas un motard bosniaque, non un vrai motard de la Police Nationale, motard crôtté, motard empoussiéré, motard frotté par le voyage mais motard... arrivé, vrai je l'aurais bien embrassé le parisien, il a demandé après moi et m'a tendu un pli et puis il est reparti vers son destin autoroutier.
Je m'ai pointé le lendemain, encore en treillis, la Kalach au côté, pas tant en vrai combattant de la foi qu'en uniforme d'imprésario prudent, on perd facilement son scalp dans le chauve-bizeness, faut dire qu'à l'époque on faisait un vrai tabac avec l'ex-inspecteur Jean-Pierre, the swinging mollah, on était demandé pour toutes les fêtes, inaugurations de bordels de campagne, partouzes d'état-major, happening militaro-industriels, et notre réussite agaçait nos quelques conccurents dont les Imam's brothers qui venaient de Beyrouth.Publié par urbane à 02:32:24 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) | Permaliens
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Publié par urbane à 23:45:22 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) | Permaliens
Le lendemain les journaux ont causé de rien, ils avaient eu consigne d'écraser le coup, c'était lisible, des fois que la populace demande à se faire rembourser son effort de la veille, la nation réunie avait poussé fort pour les pauvres, cette fois il y avait même pas eu besoin de lyncher quelqu'un pour se rassembler, on s'était chié dessus « tous ensemble pour..., vers un monde meilleur ousque... »*
On a commencé par les comiques, c'était pas le plus rigolo, mais Pontdezig avait découvert une œuvre de dévouement au bien public, mal connue, un peu comme la société de sauvetage en mer sauf qu'elle affrontait pas la vague et était à but obsessionellement lucratif: le Corps Volontaire des Comiques Assermentés (CVCA).*
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Publié par urbane à 02:17:06 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) | Permaliens