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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

Mouloud L'Afghan le fils naturel de Mitterrand par Lofti Benayak Suite 10 et The End. | 10 novembre 2006

*


Le malheur c'est qu'on est resté plus longtemps que prévu, le bistrôt était fameux tout autant que la spécialité-maison: le chacal mort-né farci à l'infidéle, cuit dans son urine le tout servi avec une petite julienne de pois frais, ouais ‘dire aussi qu'on avait faim et soif et re-faim et que ça pouvait pas être plus dégueulasse que de l'intellectuel aux légumes du jardin, la vérité du produit ça compte népa? ‘faudra que j'écrive un guide gastronomique un jour...


-Qu'est-ce qu'il y a comme dessert sinon? Je reprendrais bien encore un fruit... tiens le vendredi y font la choucroute de chameau, ça te plairait ça J.P ?
-Parlez-moi un peu de vous. Vous êtes donc un enfant de la banlieue, un gosse des cités ? Jean-Mostaph n'est-ce pas emblématique d'un tiraillement entre deux cultures? La France vous a rejeté ? Votre famille a connu l'occupation française en Algérie? 
 


On le laissait débloquer le journaleux, il y avait même pas besoin de répondre, lui répondre quoi ? Que j'étais un peu plus français que lui, moi le fils du Roi des Gaules, et puis il faisait son papier tout seul, on aurait dit un étudiant bachotant son examen de licence és lieux communs. C'était peut-être l'âge qui me venait, mais je lui pardonnais tout même sa couennerie bienveillante, mi-lâche, mi-méprisante.
N'empêche que le temps passait, les serveurs s'étaient tirés les uns après les autres, après ça a été le tour du cuistôt et enfin la caissière est venue encaisser parce qu'elle avait à faire dans les montagnes et quand on est sorti, la ville était vide, Nasr-el-Bézons les jours de marché y doit pas y avoir loin de 120000 bédouins, là : nessuno, Pompéi après la seconde couche.



Comme toutes ces villes-frontières du temps et des civilisations, rendez-vous de caravane, bâti de sable, de siécles et d'or, qui s'évaporent un beau matin sous l'ultîme menée d'un vent de sable, guichet fermé, comptoir condamné par décret d'un conquérant lui aussi de passage. 
Cette fois c'était les américains et leurs alliés qui arrivaient, en  authentiques libérateurs bien sûr, mais les barbus, authentiques défenseurs de l'authentique foi occupant les abords de la ville, il n'était pas difficile de deviner l'authentique surchauffe à venir, d'ailleurs on pouvait entendre les avions qui se rapprochaient.
Les techniciens sont partis les premiers soi-disant pour aller faire chauffer la Renault qui avait tendance à caler aux plus mauvais moments mais quand on est arrivé à leur suite, ils avaient disparus, les syndiqués.
Le coup était bien joué et reconnaissons-le pas tellement blâmable, moi aussi je me serais volontiers débarrassé de Jean-Luc Leprofepte.


-Ah les salauds ! A chialé le môme des actualités bassemeusiennes, tout retourné.
-Allez arrive on a plus trop le temps !
Et de fait le bombardement avait commencé, ils nous balançaient n'importe quoi de très, très haut,  de la mousse à raser défoliante (pour les barbus), des déchets atomiques en portions individuelles, ils nous ont même vidés leurs chiottes chimiques sur notre gueule à nous, en, y ajoutant quelques trucs pyrotechniques et détonants, la spécialité du chef sans doute,  dés qu'ils ont un nouveau jouet il faut qu'ils l'essayent sur la gueule de l'autre, les ricains, il faut croire qu'ils avaient touché une panoplie de petit chimiste à Noël parce que pendant quelque temps les nuits afghanes ont virés rudement bizarres, ça tenait de Dresde et des aurores boréales et surtout ça puait, mais ça puait... l'after-shave.  
                                                                                                
Nous on a fui dans la montagne, le moyen de faire autrement.
Au bout d'une semaine, on est tombé sur un campement de barbus, toujours hilares, malgré la campagne de libération en cours: « Smile you are bombing ! » il faut dire qu'ils étaient comme au spectacle, ils avaient réussi à rattraper les motards parisiens (sans doute que les infirmières suédoises s'étaient défendues, elles !) et ces cons-là pour les distraire et essayer de les faire penser à autre chose, étaient en train de leur passer tout leur numéro de fin d'année du gala de la P.P.
Quand on a débarqué, ils en étaient à la pyramide humaine à moto, c'était vachement chouette jusqu'au moment où celui du milieu a accéléré son moulin, faisant écrouler l'éphémère monument à la poulaille parisienne, sous les cris désabusés de ses collégues, pour venir jusqu'à moi:
-Tiens quand je vous ai vu ça m'a fait souvenir que j'avais un pli à vous remettre depuis quelque temps déjà. 
Il a sorti une grande enveloppe de sa vareuse et me l'a donnée.
Je l'ai ouverte: c'était les vœux de M. le Modique pour l'année nouvelle d'il y avait cinq ans: une photo de lui même mais celle-là était dédicacée : « A mon fils... presqu'unique. Avec mon meilleur souvenir. »
Je l'ai empôchée vite fait mais j'avais bien envie de chialer, pourtant il s'était pas foulé le vieil empaffé, tout juste s'il se foutait pas de ma gueule.Là-dessus ça a été l'heure de la prière et pendant que tout le monde se tournait vers La Mecque, ce con de J.P, toujours bien rancardé pointait lui les babouches vers la Porte de Bagnolet, la nostalgie sans doute qui le tenait.
On a passé quelques semaines dans la montagne avec les barbus et puis on s'est fait ramasser un matin par une patrouille de la police montée canadienne, sans doute venue disputer le championnat de seconde division de Bouzkachi ou chasser l'orignal, les tuniques rouges ont vite refilés les « maudits français » aux libérateurs américains.  

*


 Comme ça qu'on a été libéré nous aussi par les américains... et qu'on s'est retrouvé en cage avec le Mollah J.P et le môme, c'est pour lui que j'ai le plus de peine, il est pas prés d'arriver l'arriviste de la Basse-Meuse, bah il pourra toujours écrire un bouquin quand il sortira de là dans 147 années, il faut dire aussi qu'il étonne les  psycho-trucs étatsuniens, pourtant sympathiques, souriants ... et barbus (eux ils ont le droit), à défiler tout le temps dans sa petite courette en gueulant des trucs contre le Flan National.
-Why Li Peng ? Il s'interrogent les socio-trucs.
Ils en ont reconditionné quelques uns des « fanatics » comme ils disent mais lui ils ont renoncé à le dérouler, et ils le laissent  pétitionner contre la montée du fachisme et présenter tous les soirs son J.T citoyen  à dix-neuf heures douze devant la caméra qu'il a dans sa cellote, on en a chacun une qui nous filme en permanence, ce doit être ça la télé réalité qu'y causent partout.
 Moi j'ai bon moral, j'ai même la vue sur la mer quand Fridge l'énorme flic aux hormones se baisse pour péter un coup, au début ça les intriguait un peu la photo dédicacée de mon papa, la gueule leur disait quelque chose aux texans:


 -French actor ?  m'a demandé le mieux renseigné, au moins l'un des plus gradés, moi j'ai pas calé:

-Yes french comic. 
 

Pourtant jusque là les interrogatoires s'étaient plutôt bien passés, j'ai tout avoué... de ce que j'ignorais. A la fin je leur ai même lâché que c'était moi qui avait foutu le petit Gregory à la baille, mais y m'ont dit qu'y–z-en avaient assez pour que j'ai plus à m'inquiéter pour mes réservations de vacances jusqu'à l'été 2189, ouais pasqu'en plus y z'ont de l'humour les extra-terrestres. Il faut reconnaître quand même qu'ils mettent des gants... pour pas se tâcher, ils se permettent tout, mais avec le souci de l'hygiéne, normal vu qu'y causent à des pas humains, c'est pas le genre fair-play, vieille France: « Messieurs les angliches défouraillez les preums ! » Non eux ce qu'ils affectionnent c'est le technico-tactique, la saloperie usinée et bien boulonnée, leur côté prussman. 
 

Pourtant avec le J.P ça a pas marché tous leurs trucs, les pilules multicolores, la lumière allumée en permanence, les chocs thermiques, les bons docteurs avec des sentîments en résine de synthése, vrai ils lui ont tout fait : la brouette vietcong, la savonnette cubaine, le campement apache, la Dresde inversée, la Nagasaki spéciale, tout, et ce con qui au début psalmodiait des versets du Coran, sur la fin il leur chantait à gueuler : « Montagne-Pyrénées » qu'on l'entendait dans tout le camp et que j'en chialais presque.   Moi bien entendu, je collaborais, c'est de famille diront les méchantes langues mais le moyen de faire autrement avec ces martiens-là, et puis depuis que j'avais reçu une lettre de Mauriac Raymond, j'avais bon espoir, il allait sur ses quatre-vingt dix balais mais il m'avait pas oublié et à ce qu'il m'écrivait sa Josette allait ouvrir un casa Mauriaco dans la base américaine à l'automne, c'était signé, je me disais que je l'aurais pour Noël ma mobylette, ils me l'a feraient passer boulon après boulon et le carburateur itou dans les hamburgers réglementaires mais je l'aurais et ciao bambini... 

... Mais j'ai même pas eu à attendre, il faut croire que j'étais vachement bien nôté par les psycho-choses, les monos quoi, j'étais même un peu devenu leur chouchou, tellement qu'un matin il m'ont proposé en récompense sans doute parce qu'ils avaient plus de chouine-gone à lancer aux animaux du zoo, un poste de ministre dans le futur gouvernement provisoire français d'après la libération, ouais parce qu'ils s'étaient mis en tête de libérer la France, ils m'ont demandé ce que c'était ma spécialité de quand j'étais à l'école, alors j'ai menti, j'ai dit la gynastique et aussi sec y m'ont nommé à la Jeunesse et z'aux Sports.

-Ah le con  j'aurais dit le calcul j'avais le Budget !

Quand même c'est papa qui aurait été fier, j'étais z'ému.


 

Publié par urbane à 03:22:58 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) |

Mouloud L'Afghan par Lofti Benayak (suite 9) | 03 novembre 2006

*

 

Au matin quand je me suis réveillé, le Vieux Bob souriait toujours en me regardant, je lui ai dit bonjour, j'ai écarté les bras et sa tête a roulé jusques aux pieds de J.P qui était en train de s'arranger la barbe avec un rasoir de bonne femme de quarante centimètres de long qu'il avait acheté au bazar avant le départ. Lui aussi était de bonne humeur.


-Putain le con... mais c'est pas vrai... mais qu'est-ce tu as fait espéce d'enfoiré ! Je lui ai gueulé.


-Je crois que ton ami s'est rasé d'un peu trop prés ce matin. Voilà ce que c'est d'insulter le prophête.

 

 Il était très satisfait de lui le gros bœuf, n'empêche qu'à midi passé il y avait toujours rien à bouffer, parce que les racines comestibles cette grosse truffe était bien infoutue de les trouver.


Au soir il a plus tenu et il a foutu le Vieux Bob à la brôche, j'en ai pas repris, d'abord ça me faisait peine de bouffer celui qui était en quelque sorte mon second père nourricier et puis il était encore plus sec que de l'intellectuel.


J.P lui en a rôté de satisfaction, mais il a fait des bruits toute la nuit, preuve que le Vieux Bob passait pas, sa vengeance au végétarien.

 

*

 

Il nous a fallu encore deux jours pour arriver en vue de Nasr-el-Bézons, on était sur l'A.7, là-bas les autoroutes sont plus  larges que chez nous parce qu'elles sont en sable, qu'elles commencent dans le désert, finissent dans le désert en empiétant largement sur le désert, mais elles sont pas gratuites, il y a des péages mobiles, chaque chef de guerre a des petites cahutes sur roulettes qu'ils transportent d'un coin à l'autre du pays et les plus riches ont des grosses cahutes sur chenilles et à tourelles avec quoi ils pratiquent le péage sur le péage.


Il y avait une file de bagnoles de deux kilométres de long qui sortait de la ville.


-Tiens c'est marrant à dit l'anthropophage, on dirait une bagnole de la télé française.


On s'est apprôché c'était bien des mecs de FR 3 Basse-Meuse, c'était même écrit dessus, su' la bagnole et aussi su' la gueule.


-Qu'est-ce que je mets sur la note de frais pour le péage Jeannot ?


-Attends de savoir combien y vont demander Robert.


-Tu sais bien que les notes de frais ça s'improvise pas au dernier moment. Et p'is si on le fait pas dans l'inspiration après c'est n'importe quoi.


Encore un artiste, ça me faisait quand même plaisir de les voir ces cons-là.


On s'est présenté sans trop insister sur les identités, on a dit qu'on était belge de Namur.


-Tiens j'ai de la famille à Namur... enfin tout à côté... A remarqué l'orfèvre en déplacement.


-Tout à côté... nous on est d'un peu plus loin. Qu'est-ce que vous faîtes là ?


-Eh ben on couvre miss Basse-Meuse... Aaargh ! Aargh ! Enfin elle c'est plutôt des noix qu'elle est basse. Non je rigole, cette conne a voulu se faire mousser en montant un convoi humanitaire pour les femmes afghannes et on s'est retrouvé pris dans le blot, un mois qu'on est là... et qu'on l'a pas revue, elle doit être en train de soulager les populations... militaires du coin, et ces salauds de parisiens veulent pas nous rapatrier, y disent que puisqu'on est sur place on a qu'à couvrir la guerre côté américain. Ah ça va leur coûter un max à ces cons-là !


-Les américains qu'est-ce qu'ils ont à foutre là-dedans ?


-Ah ben dîtes donc vous comme belges vous vous posez là ! Tu les entends Robert ?


Ils nous ont tout espliqué des événements récents. J.P était tout content: avoir battu les ricains chez eux en match d'ouverture de la fin du monde c'était quand même quelque chose !


A ce moment il est passé à toute vibrure un camion plein de blondes, des chouettes, bien roses et joufflues en blouse blanches et juste après une escouade de motards, des parisiens, mes préférés et enfin en voiture balai trois Toyota surchargés de barbus hilares montés léger en  20 mm court.


-Qu'est-ce que c'est que ça ? C'est la guerre mondiale ?


-Même pas, la guerre internationale, c'est la guerre mondiale mais en matinée scolaire, y a pas toute la troupe. Chacun donne ce qu'il peut, le gouvernement suédois a refilé un lot d'infirmières et depuis qu'elles sont là, elles en ont vu du pays les petites, dés qu'elles arrivent dans un chef-lieu, elles ont tous les mâles du cru qui leur prennent le train et elles sont obligés d'évacuer la position. Nous on a d'abord envoyé une cellule de soutien  psychologique avec une section de psychologues pour évacuer le vécu traumatique mais le député-émir de Nasr-El-Bézons a dénoncé la montée du centrisme, les a pécho aussi sec et revendus à un chef de tribu et en ce moment ils sont en soldes sur le marché central de Karachi si ça vous intéresse vous pouvez avoir le lot à moitié prix... ouais moi ce que j'en dis... c'est vrai que c'est pas tellement tentant... après ça on a donné ce qu'y nous restait en magasin: une escadrille de motards parisiens... ‘tention v'là l'aut' !


« L'aut » était le journaleux qui allait avec eux, un jeune con  modèle standard numéro de série 01258745877978S bien décidé à faire carrière à l'antenne dans la jeunesse et la conscience morale.


-Bonjour Jean-Luc Leprofepte de FR3 Basse-Meuse, je pourrais vous interviewer ?


-Attendez vous pouvez répéter ça ! A gueulé J.P qui avait mal compris et sorti son ya taille adulte.


-Leprofepte c'est mon nom, mon identité... euh mon état-civil si vous préférez... vous préférez...


Il était pas rassuré par the Swinging Mollah. Avec sa barbe hantée qui lui descendait jusqu'aux genoux, sa maigreur nerveuse, convulsive, agitée de tics et ses yeux querelleurs il faut reconnaître qu'il était pas rassurant.


-Vous pouvez m'appeller Jean-Luc.


-Ben tiens ça me ferait mal. A conclu J.P pas tellement calmé.


-Vous savez on a trop rien à dire, vous avez vu on est pas au courant, on était paumé dans les montagnes depuis deux mois et même avant... par contre si vous auriez de quoi boire et bouffer ? J'ai demandé.


-Mais bien sûr. Je vous invite, on trouvera bien un bistrôt dans la ville...


-Eh minute Jean-‘ul...


-Arrêtez de m'appeler comme ça ! Les beauferies ça suffit maintenant !


-Tout ce que tu voudras mais on a pas envie de se faire prendre aux pattes, il y a des mouvements de troupe d'annoncé et...


-On restera pas longtemps.   (Suite et fin au prochain numéro...)

Publié par urbane à 04:35:42 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) |

Mouloud l'Afghan par Lofti Benayak (suite 7) | 20 octobre 2006

4.

  
Après un bout de temps les corses nous ont cédé avec un pas de porte à des mecs du Front de Libération de la Bretagne qu'ils avaient connus lors d'universités d'été au temps de leur jeunesse militante au FLNC-Café des sports.
Le Hezbholla de Quimper leur sous-traitait du travail à façon et c'est comme ça qu'on s'est retrouvés en Bosnie avec l'ex-Inspecteur Jean-Jean.
Là qu'il s'est converti à l'Islam et qu'il s'est fait circoncire, moi c'était déjà fait, mais lui il s'est mis à y croire serré, et très vite il a pris du grade, il s'est inscrit aux cours par correspondance de l'Ecole Universelle de Mogadiscio, il a longtemps hésité entre : bourreau assermenté, (il avait même trouvé sur place un stage en entreprise auprés de croâtes trafiquants d'organes ), et vendeur de vierges en succursâle, mais là il avait pas trouvé de stage.
A force d'étude, le soir à la bougie, et surtout le matin dans la boue, il a réussi brillamment tous ses examens, urine, vue, tension artérielle, et il est devenu le mollah Jean-Pierre à l'issue d'une formation accélérée.
 

Au début il faisait encore la semaine anglaise et ramassait pas un rond dans ses prêches et puis il s'est douté que là-bas le véquende commençait le jeudi soir et là il a trouvé l'inspiration, ce qu'il faisait de mieux c'était de raconter la paradis qui était promis à nos p'tits gars, aux fidéles combattants de l'islam, l'êre du nougat il appellait ça, sûr ça vous avait un côté dame Tartine mais ça plaisait aux rudes combattants qui avaient besoin de jolies histoires comme ça avant d'aller se coucher après avoir pillé, tué et violé toute la journée.
Quand il était vraiment en forme il entonnait Montagne-Pyrénées et très vite on l'a surnommé le Mollah dansant, « the swinging mollah » en onusien dans le texte. 
Notre chef Oliverhardiç, rude compagnon s'il en était, en mouillait sa moustache de contentement.
Et il me refilait des coups de coude, sa manière d'applaudir, faut dire que j'étais au premier rang des officiels, j'étais devenu son secrétaire au mollah Jean-Pierre, son manageure, moi qui recomptait la monnaie, et organisait ses galas, à travers les lignes de front. C'était une autre vie, la France était loin, on se fait à tout, népa, même à la guerre d'autrui. Je me sentais pas vraiment concerné, d'abord ils se ressemblaient tous, serbes, croâtes ou bosniaques, blonds, blancs, cultivés, ils avaient tous faits des études supérieures d'histoire de l'art, de marketing, de mathématiques spéciales et ça les avait pas empêché de retourner barbares, l'un des nos meilleurs snipers Stanloreliç était diplômé de Stanford, et ben il fallait voir le plaisir qu'il prenait à dézinguer du haut de sa tour des braves ménagères, des mères de famille héroïques revenant du ravito.

Et puis ils s'entendaient comme larrons en foire pour monter ensemble des coups pas possibles et braquer l'aide humanitaire, d'abord les chefs se connaissaient tous, ils avaient été aux jeunesses communisses et au bordel d'état ensemble.   

*

 
Le seul bon souvenir que je garde de ce temps ça a été la visite de bon papa.
Il était dans sa période héroïque, seul devant l'histoire et il s'était pointé, sûr qu'il penchait un peu de l'avant à cause de son Damart surblindé.
Il a visité les officiels du coin et c'était pas ce qui manquait, dans les temps de guerre civile, il y en a toujours une recrudescence de l'officiel, il en sort de partout, s'en crée tous les jours, l'officiel est la furonculose, la métastase de la guerre civile.
Il a visité les caves du gouvernement provisoire de la république temporaire, il y avait avec lui une section d'intellectuels de gauche.
On leur a fait bouffer de l'intellectuel de gauche serbo-croâte, en goulash, ‘pas mauvais d'ailleurs, farce diplomatique et qui portait pas à conséquence puisqu'il était frais du jour, on venait de l'égorger dans la cave d'à côté.
J'en parle en connaissance, puisque j'en étais, du festin et des beuveries à la suite, mais moi j'en ai pas repris de l'intellectuel, il était trop cuit, c'est comme le bureaucrâte s'il marine pas un minimum on arrive jamais à l'attendrir. 

Si j'en étais c'était pasque-que la veille, un motard était arrivé dans le patelin où je préparais un grand gala du Mollah Jean-Pierre, attention pas un motard bosniaque, non un vrai motard de la Police Nationale,  motard crôtté, motard empoussiéré, motard frotté par le voyage mais motard... arrivé, vrai je l'aurais bien embrassé le parisien, il a demandé après moi et m'a tendu un pli et puis il est reparti vers son destin autoroutier.

  Je m'ai pointé le lendemain, encore en treillis, la Kalach au côté, pas tant en vrai combattant de la foi qu'en uniforme d'imprésario prudent, on perd facilement son scalp dans le chauve-bizeness, faut dire qu'à l'époque on faisait un vrai tabac avec l'ex-inspecteur Jean-Pierre, the swinging mollah, on était demandé pour toutes les fêtes, inaugurations de bordels de campagne, partouzes d'état-major, happening militaro-industriels, et notre réussite agaçait nos quelques conccurents dont les Imam's brothers qui venaient de Beyrouth.
Quant à la petite sauterie Bosniaco-Françouaise c'était pas férocement mondain, ça se passait dans les sous-sols du gouvernement et en fait de smoking, chacun portait le gilet-pare-balles, la petite laine réglementaire.
J'étais en avance mais bon papa m'a tout de suite reçu dans la buanderie prés de la chaufferie, les types qui tenaient la porte n'ont même pas eu l'idée de me prendre mon flingue et quand je suis entré il a visiblement été impressionné par mon allure, et il a serré les fesses. Et là ça a été plus fort que moi l'émotion comment dire ?... l'émotion m'a submergé, m'a mouillé le treillis, mon papa à moi ! Car c'était bien mon papa à moi ce gros pétochard qui serrait les fesses devant l'histoire, il y avait pas à ce tromper c'était encore plus indubitable qu'une tâche de vin sur la fesse gauche ou qu'un sixiéme doigt au pied droit.
-Papa ! J'ai gueulé.
-Vo'yons... vo'yons pas ici.
On est resté comme ça quelque temps, réciproquement impressionnés.
-Eh bien il paraît que vous faîtes encore parler de vous ! Décidément c'est à croire qu'une seule vie ne vous suffira pas !
Et là j'ai compris la méprise, il me prenait pour un autre, pour un Pontdezig, un Chef-Dudu ou un Jeandoumé, bref pour un mordeur, et c'était ce que lui le caleçonneur de province, le bourgeois de vaudeville admirait en moi: le braqueur, le viandard de grande banlieue, le flingueur, le beau mec quoi, oui il était fier de moi, mais fier de ce que je n'étais pas et de ce qu'il aurait peut-être voulu être.
J'avais pensé lui placer ma grâce mais à mesure qu'il m'interrogeait comme une midinette aurait fait avec Mimile Buisson, j'ai pigé qu'en fait de grâce ce serait mon arrêt de mort qu'il me signerait si je le décevais, alors j'en rajoutais dans la gouaille babelouedo-parigote, d'ailleurs il suffisait de raconter ce que j'avais sous les yeux tous les jours de cette saloperie de guerre civile pour édifier un cave comme lui, parce que c'était bien ça ce qu'il était, ce qu'il avait toujours été : un cave.
On s'est quitté pour plus se revoir et c'était aussi bien.
Au fond je crois que s'il engendrait c'était pas tellement pour faire des mômes dont il se foutait bien mais pour laisser des orphelins comme un mec oublie sur son siége après la représentation le programme qu'on lui a dédicacé pour prouver qu'il est au mieux avec l'auteur mais qu'il en a personnellement  rien à brosser.  
Le seul truc qui m'ait mis en rogne c'est quand dans le hall du Novotel dévasté ce con de Stanloreliç qui était complétement bourré m'a annoncé qu'il l'avait eu dans sa ligne de mire presque tout le temps de son embarquement de retour et qu'il aurait pu le buter sans même décoiffer un garde du corps.
-Quel con pourquoi t'as pas tiré ! J'ai dit furax. (à suivre...)

Publié par urbane à 02:32:24 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) |

Mouloud l'Afghan par Lofti Benayak (suite 6) | 12 octobre 2006

*


Noël qui arrivait, on a tous reçu des invitations par motard, sauf moi, alors là j'ai décrêté la gréve générale, j'ai fait qu'une exception, Padillac, le brave et con Padillac, je m'ai dit que ça allait lui foutre un bon coup de noir au machiavel de la Charente Inférieure de se retrouver en tête à tête avec ce gilet de laine, et de fait, par les accointances qu'avait conservé le Chef Dudu on a appris que le vieux s'était foutu dan' une rogne pas croyab' et qu'il avait gueulé tout croisé de haîne :
-Foutez-moi cette saloperie de crouillat en l'air !
La saloperie de crouillat c'était votre dévoué moi-même, pour le créateur de l'antiracisme breveté d'état c'était une jolie pensée, mais je m'étais toujours douté d'un truc commak, pour avoir touillé ce genre de soupe aux charançons comme il l'avait fait en remettant du sel pendant des années c'était bien qu'il avait du goût pour ça, au moins pas trop de dégoût quand il se penchait dessus, et remettait un coup de chauffe, et la goûtait ‘voir si ça manquait pas encore un peu de poivre.  
Le plus triste c'est que le pauvre con de Padillac a été privé de dessert et il a même pas eu droit à sa photo non dédicacée de l'auguste, il les gardait pourtant toutes précieusement dans h'un alboum spécial.
Le Chef Dudu m'a pris dans un coin du café Lagriffule qu'il quittait plus depuis que ses supérieurs l'avaient mis à la retraite d'office six mois auparavant pour incompétence caractérisée, ces cons-là le prenaient pour un dormeur, et où il refaisait le même papier depuis la mort de « son petit Pontdezig » devant le même Paris-Turf :
-Alors ça mon p'tit Momo t'aurais pas dû, il nous la jouait Zeus bon papa parce que ça le flattait de pouvoir retenir l'orage maintenant il va nous la faire Jupiter tonnant.
Il rigolait pas le Chef Dudu, il en savait plus que moi, plus que nous, plus que vous, ‘pas oublié que de formation, de vocation c'était un vrai flic: un gardien de la paix, un flic de carrefour, il en avait vu des trucs dans sa vie, du coup j'ai serré les fesses, je sais mais ça virait au tic.
Il s'est levé, il a plié son Paris-Turf, il a vidé sa fine, il a pris son manteau, il  passé la porte du Café Lagriffule et une bagnole l'a écrasé, très proprement... ah ça très proprement. 


*

 
La guerre était déclarée et j'héritais du commandement en chef, j'ai rameuté l'Inspecteur Jean-Jean qui taquinait la pute en Auvergne et tous les batards, tous étaient partisans de venger le Chef Dudu... tous sauf... sauf quelques uns dont les jumeaux Ribodeaux-Pottard, qui maintenant qu'ils avaient de l'oseille en banque, menaient la fronde et voulaient discuter raisonnablement des modalités d'une reddition honorable en rase campagne avec ou sans intromission.
-On ne peut pas décemment prendre un pays en otage pour une affaire de famille. Tout cela peut et doit se régler discrétement au bénéfice de chacun.
-De chacun des Ribodeaux-Pointard.
-Au bénéfice de tous j'entends.
Je savais bien qu'ils avaient commencé les négociations dans mon dos et que c'était ce con de Padillac qui jouait les Kissinger de banlieue.
De notre côté l'inspecteur Jean-Jean était revenu d'Auvergne avec de belles couleurs, de solides résolutions et quelques amis corses autant que décidés, survivants de la bande de la Petite Courônne qu'il avait serrés dans le passé, retrouvés dans une station thermale, cotoyés le temps de la cure et qui d'après lui pourraient nous servir de cadres.
-Leur spécialité à mes pôtes à moi, c'était le braquage grande taille, rien en dessous du milliard, ça qu'il nous faut, y en a marre des artisses, c'est peigne-culs et compagnie, y me foutent le shwartz.
-Ouais mais ça tombe régulièrement.
-Eh justement plus. Y paraît qu'ils ont reçu des ordres de plus nous cigler. Je te le dis môme ça sent le crâmé, tu ferais bien de larguer tes batards du diable et de tenter le gros coup avec mes pôtes à moi et après quoi on pourrait faire un beau voyage.
On devinera que si je n'étais pas tellement partant pour le gros coup, je l'étais plus pour le voyage organisé, j'avais dans l'idée d'arrêter bientôt les comptes et avec mes économies, une partie seulement, avec le reste j'avais dôté Maman qui venait de se marier en blanc avec Perez y Perez et lui avait acheté un cirque en même temps qu'elle payait un beau camion-citerne, son rêve de tout-môme au beau-père qu'elle avait quitté sans le quitter tout à fait, oui donc j'avais décidé de partir en América del sul retrouver Mauriac Raymond, mon grand homme à moi, faire le pèlerinage, népa.
Mais ce con de Jean-Jean a choisi d'en faire qu'à sa tête, il y avait plus le chef Dudu pour le retenir et moi question autorité, j'ai jamais été bien terrible.  


*

 
Et c'est comme ça qu'un soir je l'ai vu débarquer tout couvert de sang dans le chouette deux piéces-terrasse-kitchenette-parking que j'avais loué dans le 17° sous un faux blase et que personne connaissait, pas même maman (qui avait pourtant son bachot !).
J'étais en train de regarder à la tévé la grande saga de l'été de Téhefhuns : « Tous les cons s'appellent Jean-Pierre, Jean-Pierre. »
-Change de chaîne ! Il a gueulé
-Qu'est-ce que tu as ? Tu veux te lancer dans le braquage de téléspectateur.
-Mets les informations je te dis bordel.
Au journal parlé de la troisiéme chaîne, y causaient d'un accident d'avion en grande banlieue.
-Ben quoi c'est un accident d'avion.
-Mon cul, cette aprem' avec mes pôtes à moi on a braqué le Franprix de la Porte d'Aubervilliers on était tuyauté de première bourre rapport à une caisse noire d'un club de foot parisien  qui y était domiciliée, il y avait pas loin du milliard à ce qu'y paraissait. On était bien outillé et ça a gentiment commencé...
-Je devine que ça s'est tout aussi méchamment terminé.
-La faute à l'aut' con, le trou du cul qu'on a braqué l'aut' fois, mais si le vieux beau, çui-là qui passe dans toutes les dramatiques de la première chaîne, moi, je faisais le pet avec deux de tes frangins pendant que les corsicos opéraient chez le directeur, et l'aut' phoque qui faisait une animation déguisé en lapin géant il est allé tuber à la flicaille qu'il m'avait reconnu, résultat les flics du quartier se sont pointés, ça s'est mis à défourailler de tous les côtés en plein magasin... ils ont eu de la Hure et Jocquelin et le lapin géant aussi. Et sans doute qu'ils ont reçu des ordres pour coincer la bande des batards pasque ça très vite été le plan Orsec, au moment où on allait se replier il nous est tombé les pandores du GIGN dessus et eux ils venaient pour le carton, surtout qu'à ce qu'y paraît ils s'étaient gourés et on les avait balancé sur le Carrefour de Chambourcy au début et il avait fallu qu'ils replient leur parachute et qu'ils remettent leur caddy pour reprendre leur piéce avant de re-sauter sur Aubervilliers, pour dire que quand on les a touché, ils étaient colères.
-Aubervilliers ville-martyre si je comprends bien, il y a eu des morts?
-Tout ça !
Et il me désignait l'écran de téloche où on nous détaillait la carcasse de l'avion avec encore attachés à leurs fauteuils les dizaines de victîmes, ‘sommateurs sidérés qui serraient encore leurs sacs Franprix à moitié calcinés.
-Tu veux dire que...
-Sûr je reconnais l'inspiration des collégues.
-Et la bande ?
-Tous pris à part Jocquelin et La Hure qui...
-Et tes potes à toi ?
-Ils s'en sont sortis, c'est des professionnels eux, ch'uis désolé pour tes frangins, j'aurais pas dû les emmener, mais ils avaient insistés...
-Pour visiter le Franprix d'Aubervilliers. Et comment tu connaissais ici ?
-Un soir je t'ai suivi, je peux pas m'en empêcher, mon instinct de flicman.
-Et c'est le susdit instinct qui t'a dit de venir me mouiller dans tes braquages pharaoniques à la porte d'Aubervilliers.
-Je suis pas venu seul ?
-Il y a tes potes à toi c'est ça?
-Affirmatif. Ils attendent dans le parking... mais j'ai aussi apporté ça !
Et il me désignait de son regard ordinairement bovin mais exceptionnellement pétillant, un gros sac poubelle dans l'entrée.
-C'est quoi.
-C'est le butin... le gros lot, y a plus qu'à partager et naturellement t'en es. Alors je peux faire monter mes potes à moi maintenant ? 


*

 
Je pensais à Jocquelin et de la Hure pendant qu'il déballait le butin sous les yeux des corses, d'abord émerveillés devant les quelques liasses de cent et puis furibards à mesure que l'autre gros con alignait les maillots, les figurines en plastique, les désodorisant en forme de ballon, les vraies coupes en faux plastique, les peluches en acrylique du Séchuan, les écharpes clignotantes et les bonnets de supporter à oreilles, les...
-Mais putain quand je lui ai dit au gros naze de directeur de vider le coffre et de tout mettre là-dedans, y  a personne parmi vous qui a eu l'idée de surveiller l'emballage !
-Eh quoi Jean-Jean c'était toi le chef-chef, il fallait ordonner et tu aurais été obéi.
C'était le plus vieux des corses qui s'était levé pour tirer l'oreille à Jean-Jean.
-Oui tu as raison Doumé excuses-moi.
Il était pas difficile de deviner que c'était un examen de passage le braquage de tantôt et qu'il venait de se bananer outrageusement le Jean-Jean.
-Au vrai c'était quoi tes renseignements. Tu n'as pas été sérieux mon ami. Maintenant il va falloir que tu nous sortes de là Jean-Jean.
Il chocottait en stéréo l'inspecteur Jean-Jean, presqu'autant que moi, il faut dire que le vieux corse était impressionnant, pas de doute çui-là c'était un mordeur, un dominant, un dix cors (au pied).
-Mais tu as bien vu, avec l'aut' nave qui m'a reconnu, ch'uis autant recherché que vous autres Doumé maintenant.
-Eh bien justement, il vaut mieux de ne pas perdre de temps, tu ne crois pas, allez, et le petit vient aussi.  


*

 
Comme ça que je me suis retrouvé otâge des corses et en cavale avec cet imbécile de Jean-Jean, la bande des batards avaient été faite aux pattes, j'étais le seul encore dans la nature.
Ils n'ignoraient pas mon ascendance illustre, Jean-Jean les avait  rencardés, et sans doute avaient-ils dans l'idée en cas d'urgence de m'échanger contre un non-lieu full options, mais en face ils l'a joué autrement que prévu et s'ils causaient pas de moi, ils en avaient fait une vedette de l'ex-inspecteur Jean-Jean (entretemps il avait été révoqué par le ministre) et ils lui avaient cloqué sur le paletot quelques très vilaines actions dont des viols, une douzaine au moins, commis sur des fonctionnaires agées des services publiques dans l'exercice de leurs fonctions sacerdotales:
-C'est vrai ce qu'y racontent à la tévé? T'es vraiment un vicelard te taper des vieilles !
-Tu penses ils en profitent pour vidanger la cuve à merde. Je les connais même pas ces vioques, ‘jamais vues... tiens la Germaine ah celle-là ouais c'est une toute bonne ! 

On a vu du pays, une cavale, c'est presqu'aussi passionnant qu'une tournée de représentant en layettes dans la France variqueuse. On allait d'auberges minable en pôtes foireux, qui, sitôt qu'ils nous avaient installé avec une soupe en conserve devant la télé, allaient nous bazarder aux gendarmes du chef-lieu, et une fois sur deux on devait s'extraire à coups de flingue, ‘pas moi qui tirait, j'oubliais toujours de mettre des bouchons d'oreille et après j'avais les oreilles qui sifflaient pendant trois jours, j'étais vraiment pas fait pour le haut banditisme. -La mentalité se perd et les bonnes manières aussi ! Déploraient les corses flegmatiques tout en braquant un ‘tomoboliste afin d'embarquer tout leur monde vers des cieux plus cléments. (à suivre...)

Publié par urbane à 23:45:22 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) |

Mouloud l'Afghan (suite5) | 06 octobre 2006

Le lendemain les journaux ont causé de rien, ils avaient eu consigne d'écraser le coup, c'était lisible, des fois que la populace demande à se faire rembourser son effort de la veille, la nation réunie avait poussé fort pour les pauvres, cette fois il y avait même pas eu besoin de lyncher quelqu'un pour se rassembler, on s'était chié dessus « tous ensemble pour..., vers un monde meilleur ousque... »
Le Chef Dudu nous tenait au courant de l'avancement de l'enquête, l'inspecteur Jean-Jean avait dans l'idée de se prendre des vacances aux Caraïbes avec deux putes polaks de ses relations, le Chef Dudu l'a rappelé à l'ordre et collé au vert Porte de Bagnolet, avec le Chef Dudu aux manettes on était quand même plus rassuré, il a su brouiller la piste.
Et puis ses collégues toujours aussi mal renseignés ont organisé pour expliquer la disparition surprise de la chanteuse et rester dans le ton un accident bidon de moto-crottes, comme ça elle était pour ainsi dire morte au champs d'honneur.
La Tévé à grands coups de commémorations en a fait une icône, ce qu'elle était déjà pour le connaisseur, une icône à manger du foin.
Une fois l'affaire tassée, on s'est remis en campagne, mais maintenant on était encadré, le Chef Dudu avait pas tant viré cupide que débéctard.
On avait gardé le carnet de Pontdezig, tout ce qui était comiques, sportifs, ou acteurs officiels, on s'en chargeait, c'était Dupouët qui était notre chef opérationnel, j'étais son adjoint, ‘le Chef Dudu qui m'avait nommé, je crois qu'il m'aimait bien.
-T'es encore celui de tous qui «lui» ressemble le moins. Au moins toi t'es pas un de ces bourgeois va de la gueule comme monsieur votre père. 

*

  On a commencé par les comiques, c'était pas le plus rigolo, mais Pontdezig avait découvert une œuvre de dévouement au bien public, mal connue, un peu comme la société de sauvetage en mer sauf qu'elle affrontait pas la vague et était à but obsessionellement lucratif: le Corps Volontaire des Comiques Assermentés (CVCA).
C'était les artisses prioritaires qu'on voyait tout le temps à la tévé mais ce que le populo savait pas c'était qu'en échange de certains avantages appréciab' (Datcha dans la banlieue ouest de Parisgrad, Renault Dacia à siéges arrières rabattables, devoir internationaliste à prix réduits en classe affaires et inscription d'office aux jeunesses Smurfistes pour la descendance), ils avaient souscrit chacun un engagement de 7 ans renouvelables pour être flic de plateau à la tévé et mettre des pévés aux quelques rares déviationnistes invités là pour l'édification des populations et rappeler à l'ordre les ceusses, les braves gens, les non-pères de famille qui z'en prenaient un peu trop à leur aise a'c le règlement.
-L'est à vous le trav' à casquette ?
-Oui, c'est... c'est mon ami Fido Marcel. Oui mais monsieur l'agent je le tiens en laisse.
-Affirmatif. Mais z'avez pas le droit de le faire uriner sur la pelouse. La pelouse c'est naturel. Le naturel c'est conséquemment de la nature. La nature, c'est subséquemment sacré. ‘seriez pas présentement chasseur vous des fois?
-Ah non quelle horreur ! Non, je vous jure bien monsieur l'agent ! Ah ça non !.
-Bon allez ça va pour cette fois, cerculez !  
Les artisses, les vrais, pour moi c'était comme les grands truands, des mecs qui se moquaient de l'avenir, qui crâmaient l'argent, faisaient des coups quand ils n'en avaient plus et s'en réveillaient le lendemain tout étonné d'être encore en vie, mais eux ce qui les faisaient marcher c'était l'idéal factionnaire, garde-barrière, ça qui les rassurait qu'il y ait une barrière, pouvoir l'actionner les jours de service au nez des civils et s'en tenir du bon côté, toujours. 

*

 
Là on peut dire que ça a rendu un max à partir du moment où Dupouët a inventé de les mettre à l'amende, les moralistes de tréteaux, comme n'importe quel barbeau ou tenancier de boîte, la taxation d'office décrêtée par Dupouët était d'un bien meilleur rendement que n'importe quel cassement mais, pour mettre la machine en route il a bien fallu en chauffer une douzaine, faire des exemples. On déboulait chez eux en pleine nuit, on les branchait sur le secteur ou on les travaillait à l'ancienne au tisonnier rougi, ça qu'il préférait le Dupouët, le travail bien fait, se laissait porter par l'inspiration, le plus difficile c'était d'affronter leur goût de chiotte, découvrir ces intérieurs bourgeois fin de siécle: Starko-Combasien ou Combaso-Starkien qui se ressemblaient tous, avec d'identiques manches à couilles crypto-blondasses qui servaient de maîtresse de maison et se révélaient infoutus de faire deux œufs au plat aux travailleurs de la nuit qu'on était, quand on débarquait chez eux su'le coup de trois heures après avoir visité l'appart de deux de leurs collégues comiques d'état. Rien à voler, rien à violer, sinon quelques fois la bonne dominicaine pas déclarée et rapportée de là-bas en souvenir utile.  
Sur que quoi, le bureau directeur des Artistes Officiels et Assimilés, le Présidium de l'Union des Ecrivains Français de Langue Soviétique, l'Union Cycliste du Val-de Marne (on avait bien chauffé leur président mais on s'était escusé, c'était une erreur qu'avait fait ce con de Dupouët en recopiant ses notes), le Syndicat National des Journalistes en Maison (enfin tous ceux qui étant en carte avaient pas été déclarés vérolés) et l'Académie Françoise (qui rit quand on la boise) de Farces et Attrapes, ont bien élevé quelques protestations auprès des autorités qui commençaient à renifler d'où venait le coup mais craignait de se faire taper sur les doigts par Dugenou le deuxiéme, il s'était succédé à lui-même malgré son délabrement avancé, il se sentait mieux depuis qu'il s'était mis à la médecine vaudou et buvait chaque matin le sang d'une vierge (d'importation, à Paris on était en rupture depuis la libération) sacrifiée dans l'arrière-cour et replantée en bordure, après consommation, dans les massifs du parc.
Il se dopait en prévision d'un troisième mandat qu'il comptait effectuer sereinement depuis le funérarium de Bagneux en évitant le plus possible les voyages en province, le corbillard étant fatigant à la longue et tout ce beau monde protestataire s'est retrouvé embastillé une douzaine de mois pour défaut de disque de stationnement .
-Encore la bande des batards ! Toujours la bande des batards !
Ah les batards d'enculé...! euh je veux dire les enculés de batard ! Bredouillait en rond dans son bureau monsieur le préfet de police qui n'osait s'ouvrir du problême devant Pharaon, quoique vieil intîme du Président.
Il l'avait connu quand il était secrétaire général de la préfecture des Basses-Alpes lors de la première campagne après-guerre de M. le Modique pour enlever le siége (percé) d'une vieille raclure rad-soc. ex-conseiller national de Vichy, il lui avait donné un coup de main pour  le défenestrer. 

*


Bien entendu les journaux s'ouvraient pas plus, au contraire ils la fermaient et nous on se marrait, la terreur qu'on a fait régner à l'époque, vrai on est entré dans la légende, la légende d'autant plus belle qu'elle était clandestine, la légende murmurée des nuits parisiennes.
Tous nos clients possibles faisaient la jauge des premières, ils reformaient le troupeau, vite fait d'instinct, de crainte en rentrant chez eux de nous retrouver dans leur salon.
Il faut avouer que le Dupouët se sentait plus, pour ça il ressemblait à monsieur not'père, cette manière de passer facilement de la médiocrité conformiste à la mégalomanie proportionnée, le genre employé de bureau, comptable de confiance qui vire homme à putes et flambeur de casino.
En fait je crois qu'ils étaient un peu tous comme moi, des clébards dominés, des mordus qui se rêvaient dévoreurs de préposés.   
Et puis l'Inspecteur Jean-Jean ouvrait en grand, il avait délaissé la palombe pour l'artiste de passage, c'était lui qui nous taillait la route, d'autant que les Renseignements Généreux faisaient le ménage après notre passage, enlevaient les cadavres, débarassaient la table, brûlaient les restes de belle-maman dans le jardin avec les feuilles mortes, couchaient les enfants, sortaient le chat, regarnissaient le frigidaire et inventaient des carabistouilles, allay donc une fois, pour expliquer le forfait du jour, c'était de plus en plus étonnant mais toujours à visées pédago-moralisatrices:
-... je vous rappelle l'information principale de cette édition : la mort tragique de la vice-championne olympique de tapinage artistique Annie Nipotcha, l'élastique de son slip ayant lâché dans un triple salto arrière inversé, elle a chuté lourdement sur la glace de la patinoire olympique de Bézons, les pingouins de service n'ont pas pu la réanimer. Le député-maire de Bézons Etienne d'O. très ému a dénoncé la montée de l'estrémisme. A ce propos nous vous rappelons la grande campagne nationale: « Ton slip c'est ta vie, éh ducon ! » Pour être sûr que vous vérifiez l'élastique de votre slip avant de prendre la route, le gouvernement a dépêché pour ce premier jour de départ aux sports d'hiver 1190078 policiers et feldgendarmes sur les routes afin d'effectuer des contrôles inopinés et réouvert le bagne de l'île de Ré pour les contrevenants.  

*

 
Dupouët est mort de « la maladie » au début de l'été. Dans la bande personne savait qu'il était malade, bien sûr on avait tous remarqué qu'il était de plus en plus maigre, mais il avait jamais été obése non plus. Il a pas voulu qu'on aille le voir à l'hosto, j'y suis allé quand même toujours mon côté clébard, c'était encore un môme, un môme de trente-cinq ans de cette génération qui avait jamais eu ses aises, qu'on avait pas laissé  s'installer dans la vie, coincée entre les révolutionnaires soudés à leur rond de cuir, le nez sur la rente publicitaire et les poupées de fer, les effrayants clônes de la dégénération Mitée rance, ses autres fils tellement plus naturels que nous autres, puisque eux rendus à l'état de nature, barbares, sans passé, sans moral, sans religion, mais la tête pleine de consignes de bord: ne pas fumer, ne pas boire, trier ses poubelles, surveiller son voisin, le dénoncer quand il fume, quand il boit ou qu'il trie pas ses poubelles, en groupe, bouger, teufer, sourire le plus possible, en solitude penser le moins souvent, célébrer les valeurs supérieures désignés par l'autorité supérieure et faire la fête là où on vous le dit, soit de préférence dans le caniveau, saluer bas la liberté sans toutefois trop tirer sur la chaîne et par dessus tout mordre quand on vous dit de mordre, qui on vous dit de mordre. 
Vers huit heures et demi, une jeune infirmière tremblotante s'est pointée avec un gobelet, qu'elle a posé sur la tablette, et quand elle s'est barrée, j'ai vidé le verre dans le lavabo.
Elle est repassée à dix heures, me croyant parti, avec son « cocktail ».
-J'avais demandé un « Bloody Mary » mais enfin bon...
-Non ! Buvez pas ça ! C'est... c'est pas par vous !
J'ai laissé tombé le gobelet sur le carrelage :
-Un conseil, ce soir servez plus en terrasse, ma petite dame et prenez bien soin du frangin.
J'y suis retourné le lendemain, il était plus dans sa chambre, un toubib, ouvert, souriant, moderne, sympathique m'a dit que Dupouët était mort  su' le coup de minuit :
-Vous êtes sûr que c'est pas plutôt à onze heures.
-Négatif. Minuit.
-Sans doute que le bouillon de onze heures avait du retard alors.
-Votre ami est mort dans la dignité c'est le principal.
-C'était pas mon ami, c'était mon frère et il est mort en se chiant dessus comme tout le monde, vous verrez, vous y viendrez vous aussi.
-Négatif. Dignité. Minuit.
Qu'est-ce que vous voulez discuter avec ce genre de vopo, ah c'est pas les vocations de flic qui manqueront un jour dans ce foutu pays.
Le soir on est allé lui scier sa direction à l'humaniste, histoire qu'il garde au moins un bon souvenir de Dupouët.
On est sans doute des sauvages, nous autres arabes, mais chez nous on bute pas les bébés, on achéve pas les malades et on envoye pas nos vieux à l'asile. 

*

 
A propos de vieux, M. le Modique a même pas téléphoné ou envoyé des fleurs.
Et ça m'a foutu en rogne, s'il croyait qu'on allait lui foutre la paix, la succession me revenait de droit, l'inspecteur Jean-Jean a bien essayé de nous intimider en sortant une fois de plus son flingue devant l'assemblé générale des batards réunie dans l'arrière-salle d'Ernest Lagriffule, restaurant de spécialités, il a d'ailleurs réussi à en intimider quelques uns dont moi, je le reconnais volontiers, cette manie que j'ai de serrer les muscles fessiers au premier danger, mais l'inspecteur Dudu est intervenu:
-Ranges ça tu veux, tu vas te blesser grand con.
Et il m'a posé la courônne sur la tête, c'était un légitimiste l'inspecteur Dudu, pas le genre à sacrer l'usurpateur, le maire du palais, pas pour ce coup que le Charles Martel de la poulaille parisienne arrêterait l'arabe, non mais des fois. (à suivre...)

Publié par urbane à 02:17:06 dans / Mouloud l'afghan, le fils naturel de Mitterrand... | Commentaires (0) |

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