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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

Mon infernal féminin 2/2 par J.P. Chassavagne | 29 avril 2008

Mon infernal féminin 2/2 par Jean-Pierre Chassavagne
 

A mon premier entretien de reconformation je suis tombé sur une psychologue qui m'a dit qu'on allait faire un bilan psychologique afin de déterminer mon taux de conformabilité et d'opérabilité.

-Qu'est-ce que vous fabriquez dans cette usine ? Elle m'a demandé en se passant la main sur ses cheveux en brosse, elle me rappelait un peu mon chef de corps au 8 ° RPIMA de Castres, mais en moins féminin s'entend.

-Béh des ponts –z-élévateurs madame.

-Pas madame, je suis pour vous un proxem, c'est-à-dire un opérateur  qui travaille avec vous.  

Mon nom civil est Bertholon.

-Ah bien... et bien Bertholon nous fabriquons des ponts-z-élévateurs.

-Vous en êtes sûr ?

-Ben ouais. C'est difficile de passer à côté sans les remarquer.

-N'essayez pas de montrer de l'esprit, ou de vous défausser par la dérision, je vous demande si vous êtes certain que ce sont des ponts élévateurs de sexe masculin ou si ce n'est qu'une projection que vous faîtes sur eux ?

Là j'ai senti un truc comme on doit en connaître au moment du jugement dernier quand on est tous à poil, plutôt esseulé au milieu de quelques milliards d'autres bitards ressuscités de frais et qu'on attend que ça vous tombe dessus pendant que derrière tout s'écroule. Sûr on doit  regretter de pas avoir assez révisé et les vacheries votées à bonne maman.

-Ben c'est des ponts... des outils quoi...

-Ils sont grands, ils sont puissants, ils sont inépuisables, ils ne peuvent donc être que des mâles c'est ce que vous pensez ? A ajouté ma cheffe qui venait d'entrer dans le bureau.

-Mais non, pas du tout, mesdames je...

-Pas mesdames... Bertholon et Michard.

-Ecoutez Michard...

-Cheffe Michard !

-Euh oui pardon... cheffe Michard ça s'est fait comme ça un pont est un pont.

-On vous le fait pas dire ! Elles se sont esclaffées.

-Et si je vous dis que ce pont-élévateur est femme... femme depuis la nuit des temps... alors comment l'appelleriez-vous ?

-L'appeler ? Euh... vo-yons l'appeler ?... euh un pont mais en femme... euh  une ponte ?...

C'était le cas de le dire, je marchais sur des œufs :

-... une ponte... éléva-trice ?... touze ?... treuse ?... teuse ?... une ponte-t-élévateuse !

-C'est bien vous pouvez regagner votre poste.

J'ai rejoint la chaîne Ernest-Etienne m'a demandé de quoi on avait causé, je lui ai répondu sérieusement parce que je commençais à en douter:

-Du sexe des ponts-z-élévateurs.

Et il s'est mis à se marrer en grand.

 

Le soir c'était un vendredi, on a laissé les mômes à Bonne-Maman et on s'est fait une bouffe et un ciné avec ma Poupinette, on a vu le film obligatoire de la semaine: un polar social français qui racontait les malheurs d'une femme flic pour s'imposer dans un métier d'homme, c'est marrant mais j'ai jamais pensé, moi, que flic c'était un métier d'homme.

C'était très réaliste avec des flics qui avaient de vrais têtes de flics et des bandits qui avaient aussi des têtes de flics, il faut dire que dans la vie on est tous maintenant un peu flic... au moins jusqu'à ce qu'on aille en taule, eux ils étaient flics comédiens ou flics auteurs ou flics sociaux et que ça rigolait pas avec les consignes, on s'y croyait tellement qu'à la fin, quand on a rallumé les lumières j'ai vérifié qu'on m'avait bien rendu mes papiers, c'est divertissant le cinéma et reposant... quand on sort.

 

    Après je me suis mis sur ma Poupinette, comme tous les vendredis, mais ce vendredi-là ça venait pas, à chaque fois que je bandouillais m'arrivait devant les yeux le visage de la Cheffe Michard qui, c'est marrant je venais de m'en rendre compte, avait elle aussi une tête de flic et quand je rouvrais les yeux, je voyais ma Poupinette qui convenons-en  avait un peu une vocation dans les tons, oh j'aurais tant voulu que m'apparaisse un vrai visage de femme et le regard qui allait avec, dodu et apitoyé comme il y en avait plein dans mon enfance. C'est le regard, je crois qui a le plus changé chez les dames, il a pris ce côté cureteur et fouailleur des mâles, maintenant elles marchent au comptant, paiement à la livraison, le crédit est mort aussi chez elles.

Le lendemain je suis allé voir le toubib de l'usine, le docteur Bastien pour lui expliquer que je bandais mou, Bastien c'était un vieux type, veuf et clopeur, pas très propre que la direction essayait de balancer depuis des années mais qui bénéficiait de la protection toujours agissante du vieux Ploquet en son exil suisse :

-Ouais, ouais c'est normal  vous z'êtes dans le programme de rééducation ?

-Oui.

-Eh ben ça fait partie du programme, si vous voulez mon avis ces dames en veulent à vos couilles c'est tout, ma défunte c'était ça qui l'emmerdait, quand je lui tapais à la porte en pleine nuit ou que je la bourrais au matin quand elle venait de finir de se maquiller, alors si elle peuvent nous rendre impuissant et arriver à l'heure au boulot c'est bingo vous pensez. De toutes les façons c'est comme ça que ça finira, à force de passer l'aspirateur et de torcher les mômes les mâles finiront tous impuissants, ça mute, ça mute... j'ai lu un truc là-dessus dans Ze niouve Inglande Journal of Medicine... allez et en attendant fais-toi une pute mon gars, histoire de voir si tout fonctionne normalement. 

Le soir je suis allé rôder dans le vieux quartier de la cathédrale, quand j'étais môme c'était là que se tenaient les putes, mais il faut croire qu'elles avaient toutes déménagées, les vieilles boutiques suiffeuses avaient été rénovées, il y avait plein de galeries d'art et de magasins d'antiquaires, c'est là que j'ai rencontré Jean-Loup le chef de chaîne sablage, il était avec des copains, il m'a invité à venir bouffer avec eux chez lui, c'était tous des garçons charmants, cultivés et amusants. Il a un appartement délicieux, ce garçon a un goût! Et puis il fait très bien la cuisine et il est plein de douceur, d'attention et de gentillesse, bref cela fait six mois que l'on est en ménage.

A l'usine on a validé mon stage de rééducation et j'ai quitté la chaîne pour rejoindre les bureaux, Ernest Etienne M'Bomba, lui il est toujours sur la chaîne, et il en bave, et il se marre.

De toutes les façons si ça continue comme ça il faudra bientôt qu'on se cherche tous une nouvelle place, Ploquet c'est mal parti 

Le fils Ploquet et ces dames ont voulu qu'on baptise la ponte élévateuse de la commande malaisienne « Angela Davis », vu de prés, à dix mètres cela ressemblait plus à grand-chose, on avait tout lissé même les boulons, c'était mauve et vert pomme on aurait dit un téléphone portable géant ou un gode multi têtes, un sex-toy flashy.

Quinze jours après les Malaisiens nous ont téléphoné furibards, ils venaient de se prendre « Angela Davis » sur le coin de la gueule et en plus tout le monde se foutait de leur gueule à Kuala Lumpur à cause de la couleur, ils nous envoyaient un huissier en recommandé pour savoir quelle herbe on fumait  et les lawers suivraient parce que sous le pont il y avait encore cinquante ouvriers de coincés.

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Publié par urbane à 21:25:52 dans / Mon infernal féminin | Commentaires (0) |

Mon infernal féminin 1/2 par J-P Chassavagne | 06 mars 2008

Mon infernal féminin . 1/2 par J.P.Chassavagne.
 

Je travaille chez Ploquet fils & belle-mère depuis 14 ans. J'ai 44 ans, je suis marié, j'ai 2,14 enfants, jusque là j'étais plutôt dans la moyenne. Aujourd'hui je suis ingénieur production, chef de projet.

Chez Ploquet fils & belle-mère (c'est le belle-mère de Ploquet fils qui a insisté pour figurer sur la raison sociale et présider le conseil de surveillance en contrepartie d'une participation conséquente au capital social) Nous fabriquons des ponts élévateurs depuis 1861, les Ponts élévateurs Ploquet étaient parmi les plus renommés en Europe, jusqu'à ce que la belle-mère en question donc, qui au temps de sa jeunesse bourgeoise avait été militante féministe et l'était demeurée: bourgeoise et féministe, décide de moderniser nos méthodes de production et de commercialisation.

Le fils Ploquet qui est belge par sa maman et directeur général par son papa a été chargé de mettre en œuvre la réforme, il faut dire qu'à part « réformer » on voit pas bien ce qu'il pourrait faire le fiston, il a fait des études de fumette à Rotterdam, de fondue à Courch et de marketing et partouzing international à Patpong, dire s'il est cosmopolite !

Il s'est tout de suite mis au travail  et il a décidé de rajeunir et de féminiser nos « process » (c'est du belge international et c'est intraduisible !)

On imagine que pour fabriquer un pont élévateur de 30 tonnes il faut plus qu'une lime à ongles. Mais lui le côté soudure autogène ça le passionnait pas, ce qu'il voulait c'était rendre nos ponts élévateurs : « trendy ! » Tout de suite on s'est rué sur nos dictionnaires belgo-français, ça voulait dire : tendance, à la mode, dans le coup quoi. Il avait peut-être dans la tête de faire de nos ponts élévateurs un accessoire de mode.

Surtout et c'était ça l'idée: il fallait un regard, une approche plus consensuelle et donc féminine.

-Aussi Ploquet & Fils a signé une convention avec l'Union Européenne dans le cadre d'un programme de rééducation volontaire des cadres de l'industrie, je vous rassure cela se pratique déjà couramment en  Suède, pour les sensibiliser aux préjugés et aux stéréotypes sexistes encore tellement prégnants dans le secteur primaire...

Il a regardé un instant les velus qui l'entouraient avant de reprendre :

-... l'industrie lourde afin de mieux les combattre.

Il fallait des volontaires, le soir j'en ai causé à ma Poupinette qui était en train de décongeler deux œufs au plat pour le souper, elle m'a dit de me dépêcher de mettre la table, d'aller me laver les mains, de me mettre en rang par un sans faire de bruits et que pourquoi pas après tout c'était une bonne idée parce que  cela m'obligerait peut-être à me débarrasser enfin des mes derniers réflexes machistes.    

-Tu as raison ma Poupinette.

Aussi sec le lendemain j'étais volontaire.

 

   Elles ont débarqué un dimanche les dames en charge de nous rééduquer, il y avait un peu de tout: des psycho-machins et des socio-choses l'idée de base c'était de rendre le produit moins agressif, de le lisser, de le féminiser et de nous redresser les mentalités en proportion. Nous on bossait dur pour rattraper les retards dans une commande malaisienne. On s'est regardé avec Jean Loup   le chef de chaîne sablage, un nouveau très sympa et décontracté: il était pas trop convaincu non plus.

La nouvelle directrice de production s'est entretenue avec la nouvelle directrice produits, puis elles se sont entretenues avec la belle-mère à Ploquet fils qui s'est entretenue avec toutes les autres, à la fin ça piaillait tellement qu'on arrivait même plus à entendre la presse de 50 tonnes, après quoi elles ont mise en place une structure structurante d'encadrement entièrement féminine pour nous apprendre à obéir naturellement à des femmes et l'on s'est tous retrouvé nous les ingénieurs sur la chaîne.

J'étais à côté d'Ernest-Etienne N'Bomba, un ingénieur d'origine togolaise qui avait vingt années d'expérience sur tous les chantiers de la planète et vous calculait une flèche d'un seul coup d'œil.

   Notre cheffe était une petite jeune avec des anneaux et des piercings, des tatouages et des scarifications autant qu'une jeune mariée papou qui aurait raté un virage au volant de son pick-op Toyota. Elle n'avait pas de seins et pas de fesses et surveillait sa ligne, droite, pour être sûre de ne pas dépasser d'un poil par devant ou par derrière, elle chantonnait des  trucs en anglais mal orthographié à longueurs de journée en écoutant son I-Pod, n'écoutait pas ce qu'on disait, se foutait de nos remarques mais tortillait du dargeot ou arborait des décolletés désespérément muets pour allumer les mâles.

Dans les réunions elle ne savait articuler que des slogans et des platitudes pré emballées et normalisées comme dans un feuilleton social de la 3.

Personnellement je la trouvais pas bandante du tout et même comment dire, et c'était la première fois, elle me faisait un drôle d'effet, elle me débectait.

Les gonzesses, je les ai toujours regardées et toujours je leur trouvais quelque chose d'émouvant, elle c'était comme un rat mort, un rat mort que l'on aurait vraiment pas eu envie de pleurer, une sorte de mammifère hostile, un singe grotesque qui avait perdu toutes les grâces féminines jusqu'à l'ingénuité et le parfum natif sans parvenir pour autant à sentir des pieds et  se gratter les couilles avec le  naturel parfait d'un gendarme corrézien.

Elle remplissait les formulaires comme personne, surtout elle mettait beaucoup d'application. Les filles, je crois que ça les rassure d'occuper des postes comme ça avec plein de papiers à remplir et des cases à cocher.

Ernest-Etienne N'Bomba en rigolant m'a fait remarquer :

-C'est marrant parce que chez vous en Europe les gonzesses occupent maintenant des emplois de petit blanc, ce sont elles qui vous refusent un crédit, elles qui vous coupent les allocs, elles encore qui vous mettent des prunes, vous jugent et vous mettent en taule. Au temps des colonies tu sais le grand colonat nous foutait la paix, d'ailleurs ils étaient plus souvent en métropole qu'au pays, ce qui était insupportable c'était les petits blancs, pas indispensables ni même nécessaires ou vraiment utiles mais toujours répressifs, réglementaires et pesants, maintenant vos p'tits blancs à vous c'est vos gonzesses !

Le soir quand je rentrais au quartier à la maison, je sais pas pourquoi dés que je voyais ma Poupinette,  j'allais vomir dans les chiottes. ( à suivre...)

Publié par urbane à 02:17:41 dans / Mon infernal féminin | Commentaires (0) |

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