UrbaneTattack le blog-feuilletons de L'UrbaineDesArts/NovelingPress/info@lurbaine.net
Toujours à la pointe du progrés et poursuivant notre oeuvre d'électrification de la littérature françoise, nous informons les lecteurs d'Urbane Tattack que les ouvrages de l'UrbaineDesArts Editions/Noveling-Press seront désormais téléchargeables sur Smashwords, et ce pour un prix modique qui ne couvre pas mâme le coût de la vapeur (quelle époque!), les premiers tîtres de notre catalogue disponibles en ebook et dans une foultitude de formats attrayants et du meilleur goût parisien sont ici:Lurbaine ebooks
25.Publié par urbane à 04:10:38 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (1) | Permaliens
Exclusif : le Prix Glancourt décerné à H.T.Fumiganza pour Walter Chéchignac (L'Urbaine des Arts Editeur) au premier tour de scrutin.
Publié par urbane à 04:51:28 dans / Prix Glancourt | Commentaires (0) | Permaliens
Chômmou ! 1/2 par A.Sottos
Depuis 27 mois que j'étais au chômage, j'en avais connu et fréquenté des stages de retour à l'emploi, le malheur était que plus j'en faisais plus je m'en éloignais de ce fameux éternel retour, j'avais 47 ans et toutes mes fausses dents, plus beaucoup d'illusions et très peu d'idées neuves.
Enfin celui-ci serait peut-être le bon : « Turgescence senior plus » ça s'appelait, pourquoi pas Viagra/emploi ?
Jusqu'à ma quarante-cinquième année j'avais fait une carrière brillante dans l'industrie de la gaufrette, parti d'assez bas et même de pas très haut, cariste prodige, j'avais réussi à force de cours du soir et de labeur nocturne a intégrer Sup'de Gaufr' après quoi à ma sortie de l'école j'étais entré chez Pipart où j'avais atteint les plus hauts sommets et la direction générale des gaufrettes Pipart , vieille maison familiale fondée en 1737 au Plessis-les-Meules et qui avait compté jusqu'à 23565 ouvriers au début du siècle vingtième, âge d'or de la gaufrette. Malgré tout le vieux Pipart avait réussi en engageant tous ses biens dans ses usines à préserver pendant des années l'essentiel, le produit était bon, la gaufrette Pipart c'était quelque chose, la Rolls des gaufrettes, on était fournisseur de la cour princière de Monaco, le prince Rainier bouffait que ça : des gaufrettes Pipart, on lui en livrait deux tonnes tous les mois, on avait même parrainé son mariage dans les années cinquante, regardez les vieilles bandes d'actualité vous verrez Gaufrettes Pipart peint sur tous les murs juste en dessous de la réclame pour la Boldo Florine qui était le sponsor principal.
Non vraiment rien à voir avec les gaufrettes chinoises à base de sciure de bois et d'intestins de prisonniers politiques congelés. Nous n'employons nous que des produits frais.
Sans doute aurions-nous du mettre plus de fric dans la recherche et le développement mais le père Pipart était un traditionaliste et je me souviens encore de sa réaction quand je lui avais proposé un projet de nouveau produit: la gaufrette en tube !
-Et pourquoi pas en intraveineuse !
Nous les employés on y croyait encore et jusqu'à tard, on se voyait un avenir, quelque part entre les bas à varices et les tisanes lyophilisées, les usines tournaient c'était le principal et puis... et puis la mondialisation, dans la gaufrette comme ailleurs avait mise à bas nos dernières défenses. Les nouvelles normes européennes, les campagnes anti-gaufrettes du gouvernement relayés par les différents collectifs de consommateurs concernés, forcément concernés, avaient fini par avoir notre peau.
Comment ne pas se souvenir avec émotion de nos trois derniers mois d'activité, les machines outils et les chaînes avaient été vendues pour pas grand-chose à une multinationale Mongolo-ouzbéquo-andorrane mais l'administrateur judiciaire Maître Trifouillard nous avait enjoint de poursuivre l'activité jusqu'à la cession complète et surtout d'entretenir le matériel en parfait état, sans quoi... il perdait sa commission.
Certes j'aurais pu tirer mon épingle du jeu, les repreneurs m'avaient proposé un pont d'or : char à bœufs et yourte de fonction dans la grande banlieue d'Oulan Bator et un salaire mensuel net de 15 millions de Kroutchmos (à peu prés 13.65 teuros au dernier cours du jour !) mais j'avais décliné l'offre, j'aurais eu l'impression de me vendre... pour pas cher, reconnaissons-le.
Le premier mois, on avait tenu le coup, continué vaille que vaille, chacun cherchait à faire bonne figure. On se surveillait et on se soutenait les uns les autres. J'arrivais au bureau à neuf heures comme d'habitude, ma secrétaire mademoiselle Pimprenaud, une petite blonde toujours impeccable et bien coiffée, m'apportait le courrier à signer, puis j'allais voir notre directeur technique dans son bureau du hall de production pour savoir s'il n'y avait pas de problèmes à la production, je serrais la main de quelques anciens après quoi je recevais nos fournisseurs ou j'allais visiter les clients. Dés le deuxième mois ça a commencé à se gâter, d'abord il y avait de moins en moins de courrier à signer, alors j'arrivais un peu plus tard, jamais après onze heures s'entend, mademoiselle Pimprenaud elle aussi se pointait en retard et souvent assez décoiffée, un jour en faisant mes courses en centre-ville je l'avais aperçue qui tapinait à la sortie de la salle paroissiale, sans doute sa manière à elle de se reconvertir dans le social.
Je me hasardais plus trop dans le hall de production, les ouvriers sniffaient de la colle à gaufrettes, les plus anciens se cantonnaient au jus de gaufrettes fermenté, et Dieu sait si c'est traître, bref ça gueulait là-dedans et la chaîne faisait un drôle de bruit en perdant ses boulons,
L'un de nos gros clients s'étaient plaint d'avoir trouvé un pont élévateur dans sa dernière livraison de gaufrettes
-Eh ben quoi qu'y gueule ce con, ça lui fera un nouveau parfum ! M'avait répondu l'un des contremaîtres passablement écorné.
-On avait va-nille, pi-tsaache, choco...lat, béh maintenant il y aura pontélévateur ! Tiens prend-z-un coup mon gars !
Autant dire que je ne fréquentais plus guère la clientèle souvent armée non plus que nos fournisseurs maintenant... désarmés, plusieurs restaient sur le carreau à cause de nous.
Le dernier mois j'ai déserté comme tout le monde sauf une dizaine d'ouvriers parmi les plus remontés qui s'étaient formés en tribu rebelle, refusaient de rejoindre la réserve de l'ANPE, s'étaient choisi un chef: Jérôme Hinaut, avaient décidé de prendre Maître Trifouillard en otage et campaient sur place jour et nuit, ils entretenaient de grands feux dans des barils d'huile de vidange, de loin cela ressemblait à un campement barbare aux portes de la ville. C'était inquiétant d'ailleurs tout le monde s'inquiétait, surtout ce saligaud de Trifouillard qui craignait pour ses pourboires, il a tenté le coup de force en faisant déménager les machines par des gros bras et il s'est fait faire aux pattes.
Les ouvriers voulaient le pendre par les testicules et la famille du liquidateur venue sur place et bientôt sa belle famille et ses voisins qui l'avaient rejointe les encourageaient à passer à l'acte, c'est dire s'il était populaire l'homme de loi !
Finalement le préfet a fait intervenir le RAID pendant que Matignon envoyait le GIGN, ils se sont entre-flingués et notre président a pu comme ça en médailler posthumément aux actualités deux fois plus que d'habitude.
Mais on s'en fichait bien, il pouvait bien aller se faire médailler anthume ce con-là parce qu'au total pour moi comme pour tous les autres c'était le chômage ...
(à suivre...)Publié par urbane à 05:56:47 dans / Chômdur! Chômmou! | Commentaires (0) | Permaliens
24.Publié par urbane à 04:10:15 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) | Permaliens
Con friendly! 1/2 par L.LagueulebéeC'était la veille des vacances d'été et je venais de m'acheter la nouvelle Penault-Reugeot Fraü Helga, la première vraie voiture citoyenne. Le concept est connu, exactement moderne: la bagnole vous surveille en permanence et à la moindre déviance elle réagit et prend des sanctions.
Je voulais faire la surprise à mes mômes, sur le conseil de leur professeuse d'éthique sociale ils m'avaient dénoncé le mois dernier aux services concernés en tant que possesseur d'un Dodge V8 Big Block 4X4 Anaconda utilisé nuitamment dans les rues de Paris.
Ils avaient bien fait, remarquez, j'en avais marre de me planquer à chaque feu rouge parce que les meutes de vélibeurs et vélibeuses m'entouraient pour me traiter d'ordure (non recyclable) et me demander si j'avais pas honte.
Alors j'ai profité des promotions pendant la semaine punitive organisée dans les concessions Penault-Reugeot, je l'ai payé 5000 teuros de plus que le tarif sans compter la prîme de 3000 teuros que je devais régler recta au gouvernement sous peine de poursuites (à cheval), il n'en restait plus qu'une j'ai eu de la chance, le vendeur très élégant dans son costard italien fabriqué en Pologne ça l'a dégouté mon trop plein de bonheur, il m'a refilé comme une mauvaise vérole un crédit Sofincon Intromitude à 47,88 % de TEG annuel sur 96 mois et il m'a proposé un coup de manivelle derrière la tête sans supplément, mais j'ai du décliner l'offre.
Pour le reste c'est une Penault-Reugeot plutôt solide comme... poubelle, elle est entiérement en matériaux recyclés, il y a encore des traces de sang incrustés dans le plastique du tableau de bord et une rondelle de saucisson dans le pare soleil. Le moteur est hybride, il accepte tous les bio carburants: le jus de chaussettes d'élu vert aussi bien que le sirop de barbe d'altermondialiste, même si ce qu'il préfère c'est la sueur de con quand il cale et ne veut plus redémarrer parce qu'il a détecté une amorce de début de commencement de pic de pollution.
Au feu rouge, quand elle boude, maintenant les vélibeurs me félicitent, les piétons m'encouragent et moi je transpire... citoyen.
Bref je suis revenu à la maison rayonnant, j'étais enfin du bon côté des barbelés, dans la moyenne compensée, je n'aurais plus à serrer les fesses, à me cacher pour cracher sur la télé ou maudire mes contemporains, plus à lâcher de sourires gueulés aux photomatons de bord d'autoroute, mes mômes étaient très fiers de moi, ils ont dit qu'ils me proposeraient pour une médaille citoyenne de 14° classe et feraient un rapport très favorable en trois exemplaires.
Il faisait beau, on allait partir en vacances, en chargeant la voiture je me souvenais des départs pour les grandes vacances avec mon père, sa première bagnole neuve: une 403 Peugeot toute noire, la 7 chevaux pas la huit, fallait pas rêver non plus, quand même il était allé la chercher à Sochaux pour faire des économies et la prendre bien en main. Depuis il se promenait autour avec sa peau de chamois dans la poche du pantalon et la cigarette au bec, il était en chemise blanche, et on l'aidait à charger la galerie, le voisin le père Mirail venait donner des conseils, boire le coup, il était chauffeur routier, dire s'il s'y connaissait en... chargement.
Autour ça sentait la glycine, on partait dans le midi, par la Nationale 7, à l'époque les autoroutes étaient à épisodes, un vrai feuilleton, les veilles de grand départ on nous en inaugurait 27 kilomètres, un tronçon en pleine campagne, et à la suite on nous passait un match de fouteballe sur la première chaîne après quoi on lâchait le troupeau sur le bitume.
Notre 403 était immatriculée 75, pourtant on était seulement des banlieusards mais la province n'en savait rien et nous traitait en parisien, ça nous flattait d'être pris pour des parisiens, aujourd'hui c'est sûr j'en aurais honte.
Mon père aimait rouler la nuit « faire sa route ! »
Moi je ne faisais pas comme mes frères et sœurs, je ne m'ennuyais pas en bagnole, je ne vomissais pas en bagnole, je ne dormais pas plus en bagnole, moi j'étais heureux en bagnole et quand on me demandait ce que je voulais faire plus tard, je répondais : conducteur de 403.
-Et pourquoi pas abonné au gaz ! Voilà un môme qui a de l'ambition ! Rigolait mon oncle, caravanier d'élite.
Elle était notre liberté, nous naviguions à notre guise sur l'asphalte des nationales et des départementales, j'aurais voulu hisser haut le drapeau noir bitume, j'admirais le compteur, le tableau de bord éclairé, le paysage embaumé que la pluie animait, les brouillards braconnant dans la Bourgogne endormie, les grandes flammes qui sortaient des raffineries de Feyzin, « les plus grandes et les plus modernes d'Europe ! » selon mon père, orgueil de notre industrie lourde quand on atteignait Lyon et puis au petit matin, enfin, les odeurs de cyprès qui nous arrivaient dessus et nous retapissaient l'âme.
Mais ce que je préférai par-dessus tout c'était les arrêts dans les stations service Antar, Fina, Esso, Azur, avec le pompiste mal réveillé en bleu taché, le bruit du volucompteur, les odeurs d'essence parfumant la nuit vieille fille, la dépanneuse Frégate en bout de piste et quelque chose de salutaire et français dans toute cette solitude provinciale déployée, claquant au vent.
Et puis l'on repartait, dés que tous sommeillaient, mon père tentait quelques pointes de vitesse, il relançait jusqu'à trouver le bon braquet, on faisait la route à deux, je lui allumais ses clopes, j'étais dans le personnel navigant, bombardier ou pointeur, mécano de Fangio, on grattait les grosses Ford et Opel hanséatiques, ballantes sur les nids de poule et hautes sur roues elles ne résistaient pas longtemps à nos assauts traîtres et maquisards, il n'y avait que les Mercedes du corps de bataille devant quoi l'on s'inclinait, là mon père relevait la visière et laissait passer le tankiste, le touriste à tourelle. Il saluait presque tant cela impressionnait une 280 SEL déboulant en pleine campagne de France.
Après quelques quinze heures de route nous arrivions enfin au pays des vacances, mes parents louaient pour pas cher à l'année une école désaffectée, dans un arrière coin perdu, un village oublié prés d'une station d'altitude qui ne l'était pas moins. Mon père, une fois encore invaincu, allait se coucher, nous les mômes nous déchargions mollement les bagages sous les ordres de ma mère.
Les indigènes nous saluaient sans trop de mots, à l'époque le paysan parlait peu ce qui lui permettait de proférer moins de bêtises que la moyenne nationale même corrigée des variations saisonnières d'autant qu'il avait rarement la télé.
J'en étais là de mes souvenirs, de ma nostalgie de cette époque confiante si loin de toute la flicaillerie compulsive et des casernements contemporains, je m'étais approché de ma nouvelle bagnole pour commencer à la charger, avec des valises plein les mains et l'œil brillant du père de famille en vacances qui va entreprendre la petite bonne de lhôtel où il est descendu, et soudain elle s'est mise à klaxonner, à clignoter des phares et à condamner toutes les ouvertures: elle avait mesuré mon haleine... j'aurais du éviter la vieille prune...
( à suivre...)Publié par urbane à 20:04:06 dans / Con Friendly ! | Commentaires (0) | Permaliens
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