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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

  UrbaneTattack le blog-feuilletons de L'UrbaineDesArts/NovelingPress/info@lurbaine.net


Toujours à la pointe du progrés et poursuivant notre oeuvre d'électrification de la littérature françoise, nous informons les lecteurs d'Urbane Tattack que les ouvrages de l'UrbaineDesArts Editions/Noveling-Press seront désormais téléchargeables sur Smashwords, et ce pour un prix modique qui ne couvre pas mâme le coût de la vapeur (quelle époque!), les premiers tîtres de notre catalogue disponibles en ebook et dans une foultitude de formats attrayants et du meilleur goût parisien sont ici:Lurbaine ebooks

Hu-main ! 1/1 par A.Sottos | 11 décembre 2007

Hu-main ! 1/2 par A.Sottos

 -Allo Monsieur Bergeronnet ?
-Vouiii c'est moi-mêêêêê...me.
-Monsieur Bergeronet. Je vous appelle de la part de la société  Sofincon , vous avez trois mensualités de retard sur votre réserve de crédit Sénescence  SéniorPlus Sofincon.
-Voouiii mais c'est que j'ai perdu mon épouse le mois dernier et...
-Cela n'excuse pas le retard, vous ne respectez pas vos engagements Monsieur Bergeronet.
-Vouuiii mais c'est que j'ai aussi perdu ma belle sœur et...
-Cela n'a rien à voir Monsieur Bergeronnet!
-Vouiii mais c'est que j'ai eu ma séance de chimio le 24 et...
-Et alors vous ne pouvez pas faire un chéque et le mettre à la poste Monsieur Bergeronnet ?
-Vouiii mais c'est que je ne peux plus marcher depuis mon attaque et...
-Vous êtes de mauvaise foi Monsieur Bergeronnet, je me vois dans l'obligation de prononcer la déchéance du terme de votre contrat, vous allez recevoir une sommation d'huissier sous huit jours et sous un mois un huissier au complet à fins de procéder aux opérations de saisie vous habitez toujours rue des Sorbiers Monsieur Bergeronnet ?
-Vouiii...
-Très bien  Sofincon vous souhaite une bonne journée monsieur Bergeronnet !
-Vouiii merc...i mais madame je vous esplique...

Quand ils commencent à se débattre au bout de la ligne. Je raccroche sec, ma spécialité le clutch-tuuuuuuuuuuuuut!

 Depuis que je travaille chez Sofincon à la relation clientéle c'est ce que je préfére  le contentieux, c'est là qu'on a vraiment l'impression d'avoir du pouvoir, je tape: « Dossier liquidé » et c'est terminé. De toutes les manières comme dit Josette notre cheffe de plateau :

« Dans le crédit consommation, il y a toujours deux phases: la phase con et la phase sommation !  avec les taux d'intérêts juste en dessous du taux de l'usure, les refinancements de financement pré financés, les agios de retard, les indemnités légales et d'apéro et les frais légaux en sus, il leur faudrait 64 ans en moyenne pour les rembourser leur revolvingue, autant dire qu'au contentieux ils y passent tous un jour ou l'autre, alors dés que la bête s'épuise ou boîte, il faut plus la lâcher ! Comme le lion avec l'antilope ! Vous êtes des lionnes les filles ! »

-Je savais pas que c'était aussi mal payé les lions ! Elle m'a dit Raymonde. C'est une vieille qui n'a pas une bonne mentalité.

Quand j'ai fini de taper sur mon ordinateur : « Bergeronnet/Liquidation », je me tourne vers Audrey qui en a terminé avec son client :

-... tu as vu hier à la télé l'émission sur le SDF mort de froid dans un cageot, ce que c'était émouvant, avec Jean-Claude on n'arrêtait pas de pleurer. On a fait une promesse de don de 100 teuros. Moi je voulais promettre plus mais Jean-Claude a pas voulu il voulait juste promettre d'envoyer des cageots.

Il était huit heures on commençait à ranger nos affaires quand Josette la Cheffe nous a dit de rester à nos places et de regarder nos écrans parce qu'il allait y avoir une intervention de notre P.D.G, c'est un énarque en stand-by, camarade de promotion de Juppé, personne l'a jamais vu dans les locaux du centre d'appel, quand il vient il passe son temps sur le toit de son bureau où il a fait installer un golf 18 trous. C'est Jean-Louis Broutard, le directeur général, un technico-commercial sorti du rang, qui dirige la boîte... et lui rapporte les balles. Le proprio c'est Pinarnault le milliardaire, mais lui on l'a déjà vu... à la tévé, il inaugurait un musée d'art contemporain à Ibiza.

Sur les écrans il était tout souriant not' Pédégé et il nous a annoncé en reposant son club qu'on venait d'être vendu, bâtiments, clientèle, personnel et cargaison au fond de pension américain Honey-Sweetheart mais que rien ne changerait dans nos conditions de travail et qu'il n'y aurait aucun licenciement, simplement le centre d'appel serait transféré en Mongolie extérieure et. nos salaires seraient dorénavant versés en Bourmouks non convertibles ou en ELDC (Equivalent Lait De Chamelle !).

Parmi les collègues celles qui comme moi avaient fait construire n'étaient pas tellement partantes mais d'un autre côté il fallait bien payer nos crédits Sofincon Batidur/Ramdur.

Et puis la Mongolie Extérieure, ça tombait bien on l'avait faite l'année dernière avec Jean-Claude mais enfin on était quand même resté pas mal à l'hôtel, très à l'extérieur donc, c'est pas la même chose quand on la connaît de l'intérieur la Mongolie Extérieure.

Même si nous n'avons personnellement pas à nous plaindre, nous sommes très bien installés, dans une yourte tout confort avec le chauffage central (à la bouse de chameau), le micro-ondes qui marche au kéroséne (quand on a plus de bouses, on met les pieds dedans pour se chauffer le minimum!), les vouatères et la douche (à l'extérieur, c'est pas trop commode quand il fait -30, mais c'est une question d'habitude) il y a même l'eau courante, c'est dire, mais seulement quand il pleut, c'est tellement propre que j'ai jamais vu  un rat, il paraît qu'ils ont été délocalisés par les américains quand ils sont arrivés ici pour exploiter le pétrole, le gaz... et le mongol.

Jean-Claude a trouvé un travail  de conducteur à la RATOB (Régie Autonôme des Transports Oulan Batoriens), le Métro d'Oulan Bator, mais c'est difficile question relationnel, parce qu'ils descendent jamais de leur cheval là-bas même pour prendre le métro.

Les enfants vont au Lycée du quartier, ils font du cheval et du tir à l'arc toute la journée même pendant les cours de Littérature ou de Chimie, il y a de grosses pertes chez les enseignants. D'ailleurs ils ont pris tir à l'arc en première langue. 

Moi, je regrette rien, le travail me plait de plus en plus, il faut dire que comme on est maintenant une société américaine, on a décroché des contrats pour le Pentagone et l'armée américaine, par exemple en ce moment on s'occupe de toute la relation clientèle de l'opération : « Freedom in your ass !» que les américains ont monté pour libérer le Belgikistan et instaurer la démocratie et tout ça. J'ai débuté au pre-bombing et maintenant je m'occupe du post-bombing oui l'après vente en quelque sorte mais je suis contente il y a aussi pas mal de contentieux... 

Publié par urbane à 06:45:33 dans / Hu-Main ! | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 26/1 par H.T.Fumiganza | 05 décembre 2007

26.
Abdication
 Nous tenons réunion dans le bureau de Chéchignac au consulat. L'ordre du jour est fourni car le premier tour de l'élection  a lieu dimanche . Pourtant le front électoral est calme.
Le nouveau candidat envoyé par Paris et investi volontaire par le Parti,  informé de la sinistre réputation de cette circonscription maudite, ne bouge pas de la sous-préfecture où il s'est retranché en compagnie du nouveau sous-préfet qui est lui aussi d'un naturel craintif,  Letroncheur se planque, on dit qu'il a un nouveau contrat au train, La Branlaye et Médpeu n'en parlons pas d'ailleurs nous devons préparer aujourd'hui mâme leur exfiltration vers Las Islas Bravadas à bord du cargo mixte bravadien El Consolador qui doit faire escale ce matin à La Ponche, opération qui devrait être conduite sous la direction du colonel Doubi.
Je le contemple, il est très calme le prukhmen, épanoui, il a fait ce matin la rentrée de ses mômes, et réouvert sa pizzeria grâce au renfort de quelques collègues rameutés par Bédoncle, muni de son nouveau passeport bravadien le cher Doubi est bien décidé à se faire conchois, il vient d'ailleurs de mettre à sa carte de spécialités aux côtés du fer à dessouder à la façon grand-mère et des brodequins du chef une pizza au Blétznecs qui ne semble pas moins redoutable.
 Bref je suis le seul à battre campagne... sous la protection des amis barmen de  Chéchignac, certes, mais enfin on me voit et mieux encore le R.C. La Conche ayant commencé une campagne flamboyante en coupe de France le soutien voyant et audible que je lui ai toujours apporté me vaut un surcroît de popularité, les mauvaises langues disent que ce cher Walter achète les matches les uns après les autres quand il ne fait pas rentrer sur le terrain quelques joueurs surnuméraires, le Lokomotiv Nœuds les mines a d'ailleurs déposé un recours à l'issue du dernier tour, ils auraient comptés treize joueurs conchois sur la pelouse, au plus fort de notre domination, bien entendu c'est une affabulation de mauvais perdant qui ne fait pas  honneur à leur esprit sportif puisque nous étions quatorze, ce cher Walter étant superstitieux
Mais enfin les choses m'a-t-il dit vont s'arranger au mieux, il est à tu et à toi avec les plus hautes instances du fouteballe académique, d'ailleurs  ma campagne commence à lui coûter fort chère mais il est d'une nature généreuse et puis, mais cela je l'ai compris de longtemps lui aussi a quelques vieux comptes à régler avec Letroncheur, je ne sais encore lesquels et d'ailleurs, j'en fais volontiers l'aveu, je ne comprends trop rien à tout ce que l'on veut me cacher et non plus à ce qu'il se passe sous mes yeux-mâmes.
J'étais venu à La Conche sur Ponche pour y planter ma tente en province ennuyeuse et bien à l'arrière du front parisien, et je me suis retrouvé en plein tumulte, où d'antiques tribus et de subodorées puissances se livrent à des batailles souterraines, aussi absurdes que sanglantes et jamais définitives.
  J'en suis là de mes réflexions quand Mademoiselle de Plombelec entre dans le bureau de son Excellence :
-Mon petit il y a encore un de tes clochards qui veut te voir ! Il insiste.
-Vous voulez dire un ressortissant bravadien ?
-Je ne sais pas d'où il est ressorti celui-là, il est dans un état :
-Eh bien mais faîtes le entrer... vous m'excuserez messieurs, les devoirs de ma charge.
Ces messieurs comprennent et excusent, Médpeu et La Branlaye  en baskets odorantes, maillot de corps du R.C La Conche et short vacanciers lisent en buvant leur cinquième Ricard de la matinée et en se grattant les poils de la poitrine des brochures versicolores printed by the pipole of democratic republic of Bravados and Perditas Islands sur du papier chiotte recyclé, en se demandant où ils établiront leur camp barbare en arrivant là-bas, ils ont repérés un gran Hôtel de la Contençion où ils pourraient prendre une demie-pension et la liste de tous les bordels d'état, géré par el ministério de la Copulaçion Nacional, ils partent en confiance, ils ont une lettre d'introduction de Chéchignac auprès du Maréchal Clignotant à vie qui fait valoir leur indéniables qualités professionnelles.
   Pour ma part ce contretemps me gêne, je sens que je peux réussir un gros coup, je ne dis pas conquérir la mairie d'entrée mais enfin sinon prendre pied, bloquer la porte avec la chaussure, personne ne voulant monter avec moi, croire que j'ai quelque maladie honteuse, la composition de ma liste s'en ressent, elle est certes un peu hétéroclite, composée comme elle l'est de clochards, d'ivrognes, de l'équipage de la Détestation au grand complet et des amis de Chéchignac dont au moins l'un est un proxénète notoire. Malgré tout, j'ai confiance.
A ce moment de mes renouvelées réflexions Walter Chéchignac qui était allé accueillir son compatriote revient dans la pièce, il n'est pas seul, prés de lui le ressortissant bravadien annoncé par Mademoiselle de Plombelec baisse la tête, il est vrai que le pauvre garçon est dans un état assez repoussant, sanglant, brûlé, tuméfié, les vêtements déchirés, et à l'évidence brisé sinon émietté.
Oui, hirsute, hagard et haletant, Letroncheur pleure.
Car c'est bien Letroncheur qui est là devant nous, ou plutôt un Letroncheur épave; lui qui triomphait il n'y a pas quinze jours sur le dos de deux honorables fonctionnaires parisiens, lui qui cravachait monsieur le substitut du procureur de la république en gueulant : « Hue  poupoule ! », lui qui me... lui qui m'a...
Walter le fait asseoir et Mademoiselle de Plombelec apporte les pains-z-au chocolat et les bonbecs rituels en signe de bienvenue compatriotique malheureusement le pauvre hère n'a presque plus de dents en activité et ses lèvres sanguinolent à l'unisson de ses blessures  sur les tapis constructivistes de son excellence.
-‘alu'p ! Ah la ‘alup ! ‘hup ! Ah la ‘alup !
-On dirait du lapon ! Hasardai-je en réponse à l'interrogation muette de ce cher Valter !
A ma sortie de l'Ecole j'ai été en poste deux mois en pays lapon à Upsala capitale de la Laponie Extérieur, j'en garde d'ailleurs un fort mauvais souvenir, ayant été rapatrié sanitaire par le Quai à la suite d'un malentendu, j'avais compris Japon et après avoir débarqué en chemisette en plein hiver sur le tarmac de l'aéroport d'Uppsala, et découvert avec effroi qu'en outre je n'étais point attendu, j'avais raté mon avion et pris le vol suivant, j'avais injurié une paire de rennes qui  traînaient à la cafétéria de l'aéroport où je noyais ma déception en dégustant des harengs bismarcks or là-bas cela ne se fait pas, les rennes sont sacrés, ils ont même un numéro de sécurité sociale et bénéficient des congés payés et d'une convention collective.
    Avec cette extrême humanité qui le caractérise autant qu'elle m'agace, le cher Valter parvient à confesser Letroncheur utilement.
De tout ce fatras mal articulé, de toute cette boue de mots et de sanglots il ressort :
Premièrement : que le ci-devant Letroncheur Marcel François Emile a été subrepticement enlevé à la sortie de l'une de ces grotesques réunions électorales par un personnel rompu à toutes sortes d'exercices.
Deuxièmement qu'il a été lui-même rompu par le sus-mentionné personnel rompu et détenu trois jours durant, sans que le boire ni le manger ne lui fussent apportés et en se faisant, puisque entravé, caca et pipi dessus abondamment, de fait il pue tout aussi abondamment.
Troisièmement qu'il s'en est évadé par la seule force de son tempérament excessif que sa détention n'avait point tout à fait anéanti.
Quatrièmement qu'il en tremble encore de cela et aussi des suites qu'il imagine que cette affaire pourrait avoir sur ce qu'il lui reste d'intégrité physique :
-Quelle affaire précisément ? L'interroge son Excellence avec quelque insistance.
-‘asino ‘eu l'ai concédé deux fois !
 Il s'agit donc de cela, d'une nouvelle histoire de con... cessionnaires, il a cédé le monopole des jeux de La Conche à la fois à une compagnie belgo-mongolo-ibizo-américanoïde The Taartagle Resort and Entertainement de mon papa et à une société albano-savoyarde à capitaux trinidado-tobaguien.
Je ne cache pas ma jubilation, d'autant que si je comprends bien pour que Letroncheur ait même songé à trouver refuge chez son ennemi le plus intime et constant, el consoul rénéral Chéchignac, c'est sous premièrement : qu'il ne savait où allait et que sa sécurité n'était assuré nulle part ailleurs qu'ici et sous deuxièmement : que son affaire de con... cession des jeux se présente bien mal et risque fort de lui interdire toute figuration lors de nos joutes électorales à venir et ...
-Frère La Gaspérine vous n'auriez pas des aspirines, beaucoup, tout ce que vous pouvez trouver. Me supplie-t-il en dévorant son quinzième pain-z-au chocolat .
...et sous troisièmement je l'emmerde le frère Letroncheur, non mais qu'est-ce qu'y se croive encore çui'là!
Non c'est vrai quoi ! Rien que de le regarder, d'imaginer... de me souvenir... enfin il me donne envie de vomir.
 Malgré tout je lui obéis, moins par compassion que par observance hiérarchique, il est quand même sous-premier de la voûte alors que je ne suis moi-mâme que Douloureux de seconde classe .
Chéchignac le réconforte copieusement, c'est vrai que quand il ne sourit pas il est plutôt réconfortant et amical ce garçon.
-Demain vous prendrez le bateau et vous voyagerez en compagnie de nos amis La Branlaye et Médpeu qui eux aussi ont un grand besoin de vacances.
-Oui, je suis au courant... mais vous êtes sûr qu'il y a pas de risque...
-Vous serez en sécurité le Colonel Doubinskoï et quelques uns de mes amis veilleront sur vous.
Un colonel, cela le rassure, il retrouve des couleurs autres que le rouge et le mauve qui ornent son visage supplicié et recommence d' articuler des paroles et sinon des idées, au moins quelque pensées compréhensibles.  
-... vous restez là-bas le temps que j'arrange votre affaire... et vous reviendrez après quelques mois de vacances au soleil de La Bravade, les populations mettront cette éloignement sur le compte d'un surmenage bien compréhensible.
-Vous... vous êtes un vrai frère Chéchignac !
-Dieu m'en garde !
-Ouais façon de parler, parce que les autres ils m'ont bien fraternellement laissé tombé... ouais mais... mais la mairie ?
-Elle revient de droit à notre ami La Gaspérine, d'ailleurs pour faire les choses au mieux, il est nécessaire que vous signez ce papier... c'est votre désistement en sa faveur...
Ah le coup a été rudement bien amené, je suis aux anges, sacré Walter, il a joliment manœuvré, me voilà élu et sans avoir même eu recours à l'électeur, c'est quand même moins vulgaire et sensiblement plus démocratique.
Letroncheur prend le gros stylo Diplomat que lui tend son Excellence mais il hésite encore :
-Le mousse... ouais... pourquoi pas ?... après tout... Enfin c'est quand même un sale petit con non ?
-Le principal n'est pas là. Ne croyez–vous pas qu'il soit le plus méritant et le plus capable en votre absence de... de vous représenter... j'entends moralement ? Et puis vous le jugez bien mal, notre ami a d'authentiques qualités humaines...
-Ah bon lesquelles ?
-Eh bien... ma foi... il... il est... il a... enfin  il ne manque pas de... de sincéri... tude.
Cela a été difficile,  mais c'est quand même mieux que rien n'est-ce pas.
-La hyène aussi est sincère, tempéra Letroncheur, ricaneur édenté, enfin puisque c'est la condition que vous posez.
-La seule vous l'aurez remarqué.
-C'est comme vous voulez Chéchignac, mais il vous chiera dessus dés qu'il aura la place, je vous aurai prévenu.
Et Letroncheur premier des Conchois signa là son acte d'abdication municipale. (à suivre...)

Publié par urbane à 05:01:11 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Chômdur! Chômmou! 2/2 par A.Sottos | 28 novembre 2007

Chômdur ! 2/2  par A.Sottos
 

  Le stage avait lieu dans un bel immeuble haussmannien du 6° arrondissement, Stuc ! Staff ! Spots !  Non vraiment c'était très bien, l'on comprenait que cela s'adressait à des exécutifs certes en phase de recyclage (avant désamiantage) ou de reconversion (avant destruction)

Du chômeur donc mais du chômeur haut de gamme. Les animateurs du stage aussi étaient charmants: une quadra en tailleur crypto-Chanel et un jeune con en costard à rayures.

On a commencé par se présenter tous, l'un après l'autre, il y avait là une grande diversité de carrières: Jean Loup  avait été directeur d'une grosse maison de disques parisienne jusqu'il y a quelques mois et puis l'accident industriel était survenu: un problème de date de péremption sur un arrivage de chanteuses de la New Top Star Academy, il avait mis sur le marché des chanteuses hors délais avec tous les problèmes sanitaires que l'on peut imaginer, des gamines avaient été sérieusement incommodées, des plaintes avaient été déposées et il avait été obligé de partir. Jacky dit le Suisse, lui, travaillait dans l'immobilier locatif il gérait d'après ce que j'ai compris un portefeuille de studios qu'il mettait à dispositions de travailleuses indépendantes malheureusement la holding albanaise propriétaire de l'affaire avait du subitement redéployer ses activités en Sicile. Robert était un cadre expatrié rapatrié à la suite d'une guerre civile dans laquelle la multinationale de travaux publics et d'infrastructures routières qui l'employait évincée par des concurrents proche de la nouvelle junte n'avait plus de participation, depuis qu'il était revenu il essayait de réunir la rançon nécessaire à la libération de son assistante multilingue.

  Nous étions comme ça une quinzaine autour de la table, je me retrouvais pour ma part entre Mireille qui travaillait dans la communication mais elle avait des problêmes de surdité et Jean-Raymond grand spécialiste de la galette bretonne et dont l'entreprise Quimpéroise la galette Chauvirec venait d'être délocalisée au Tadjikistan où le beurre de lait de chamelle était d'un cours beaucoup plus favorable qu'à Quimper, oui quelque chose nous rapprocha tout de suite, une manière d'idéal agro alimentaire commun et le refus des compromis.

Pendant les premiers jours les activités se succédèrent: rédaction et bidonnage de CV par un professionnel qualifié qui sortait de prison pour présentation de faux bilans et que Jacky avait connu en ... Suisse évidemment.

 Entretien de remotivation personnel avec un officier de CRS en retraite mais karatéka toujours en activité d'où nous ressortîmes plié, cassé et saignant du nez.

-‘tain chlié'est k'lon heu  mec ! Fut l'avis général.

Saut à l'élastique (de slip) depuis le balcon du quatrième, favorisant la concentration (et l'énurésie fulgurante !) Tour du quartier en s'accrochant aux gouttières (deux blessés graves parmi les troupes parachutistes/chutées ).

La petite quadragénaire avait troqué son tailleur contre un battle dress, elle était la plus motivée. Nous beaucoup moins, on avait tous passé l'âge. Il faut bien reconnaître que nos formateurs prenaient nos affaires étonnamment à cœur et même quelques fois à pleines mains :

-Montrer que vous avez des couilles bon Dieu !

 Les séances vidéo de préparation d'entretiens d'embauche avaient failli tourner au gang bang :

-On va vous sortir de là ! On est là pour ça ! Répétait le jeune con à rayures pas très rassuré quand même par la métamorphose guerrière de sa collègue :

-Il vous faut acquérir de la confiance en soi, vous devez à nouveau croire en vous et en même temps vous solidariser au groupe! Maintenant on va tous au Shopi.

 Arrivés devant le Shopi elle nous a distribué des passe-montagnes et des fusils de chasse :

-Ah ça me rappelle ma jeunesse ! A dit Jacky qui visiblement n'avait pas toujours été Suisse.

On l'aura compris il s'agissait d'un exercice pratique ressortissant des Travaux dirigés et consistant en un braquage de supérette.

Il va de soi que notre formatrice s'était entendue avec le gérant du Shopi, et tout aussi naturellement le gérant ce jour-là était malade, son remplaçant a prévenu la police, et nous nous sommes tous retrouvés au poste pour braquage de Shopi sauf le Suisse qui avait pris des otages avec quoi il regagna tranquillement son pavillon de banlieue.

    Les personnalités qualifiées se succédaient, racontant chacune leur expérience professionnelle, leur réussite souvent étonnante, je me souviens en particulier d'un lituanien qui avait remonté à lui tout seul un chantier naval sur la Baltique et sortait maintenant, avec l'aide de son épouse et de son beau-frère certes, deux paquebots par moi, c'était impressionnant, mais il faut bien avouer que ces gens-là ne sont pas comme nous.

Quand même sur la fin,  peut-être faute de personnalités suffisamment qualifiées on nous a envoyé un spécialiste des granulats marins, je l'ai dit chacun avait sa méthode pour nous re-motiver, lui avait commandé une benne de sable, il avait des prix du fait de ses activités canulardo-granulatesques et l'on s'est installé dans la cour de l'immeuble, tous occupés à faire des pâtés de sable :

-Vous allez voir vous allez beaucoup apprendre sur vous-même grâce à ça.

On s'est donné des coups de pelle et j'ai effondré le château de sable de Zonzon (c'était l'ancien directeur général d'une grosse affaire de plomberie)  pendant qu'il était n'aux vécés mais à part ça rien de très concluant.

 Le lendemain, un vendredi nous avons retrouvé nos formateurs sâlement démotivés, leur boîte venait d'être mise en règlement judiciaire :

-Je suis désolé nous devons arrêter le stage. Malgré tout nous n'allons pas vous laisser tomber  nous avons des propositions de retour à l'emploi de l'Association de formation et rééducation des cadres de Vesoul, ils offrent des places de techniciens (ciennes) d'accueil et de vente en grande surface dans la banlieue de Vesoul, cela intéresse quelqu'un ?

Caissière à Vesoul ? Non, tout le monde s'en foutait, on préparait autre chose, avec toute la bande, deux semaines que l'on creusait un tunnel, il faut croire que l'on s'était trouvé, Jacky le Suisse qui avait repéré le coup: une boîte de fabrication de bijoux et de pièces d'orfèvrerie juste en face des locaux du centre de formation:

-Ils manipulent du jonc et de la pierraille, ils bossent pour le sultan du Brunei, il y a du lourd !

On peut pas dire le Suisse il savait utiliser les compétences, il avait mis Jean Loup à l'animation en surface, Mimi la sourdingue à faire le guet, Zonzon au chalumeau, Bob au traçage des plans, Jean-Paul et Karim ex DRH dans le bâtiment au creusement, , quant à moi avec Jean Ray je m'occupais de la gestion du matériel et du fourgue et  Momo et Clément François qui avaient tenu une boîte de sécurité et de surveillance dans le temps se chargeaient du système d'alarme.

On a fait le coup pendant le week end quand il n'y avait personne dans le quartier et un maximum dans les coffres.

Quelque temps après j'ai croisé notre couple de formateurs, ils s'étaient installés une chouette tente au bord du périphérique, j'aurais voulu m'arrêter pour les remercier mais j‘ai pas eu le temps  ça redémarrait déjà !

Publié par urbane à 06:48:24 dans / Chômdur! Chômmou! | Commentaires (0) |

Le soumis à son pépère. | 22 novembre 2007

Conscient que dans ce pays de lopett... d'hommes ayant pris enfin conscience de la part de féminitude de leur être intime, l'heureuse discipline qu'est la soumission, qui a connu ses plus belles heures dans les années 40 et quelques où elle avait pris rang de sport national, connaît à nouveau de  beaux jours, certain qu'elle est appelée au plus large retentissement sur le vouébe (ouais ouais je sais de quoi je cause bande de minus!), nous vous proposons aujourd'hui le témoignage de l'un de ces petits dégonfl... de ces êtres qui ont choisi volontairement parce qu'ils avaient une petite bit... qu'ils en avaient le désir sincère de se soumettre à autrui et d'exécuter toutes ses volontés parfois jusqu'à la lâcheté ou ce qui peut nous  apparaître comme une certaine forme d'abjection mais qui n'est souvent  que la preuve d'un amour qui les dépasse ( de deux têtes au moins avec la casquette !).
Voici donc le témoignage de François F. qui vit de manière précaire à l'Hôtel M... à Paris.

Le Soumis à son pépère
Ou le Schtroumpf à cravache
 

Depuis que sa schtroumpfette est partie il est de plus en plus dur avec moi mais je m‘en fiche, j'accepterais tout de lui, pour ça que je fais premier ministre pour en chier un max, sûr que si ma Pénélope à moi se barrait ça me foutrait un grand coup, donc je peux le comprendre, donc j'accepte, donc j'en chie, CQFD.

-Tiens à onze heures tu recevras les métallos !

-Mais... mais je croyais que c'était toi qui les recevait ?

-Je les reçois, je leurs offre l'apéro, je les tasse un peu, je les fleuris un peu, mémoire de Jaurès, souvenirs de Carmaux et autres couillonades, la tournée est pour moi  et après tu t'en occupes !

-Mais ils vont encore être bourrés : tu sais bien qu'ils sont méchants quand ils sont saouls, la dernière fois ils m'ont enfermé dans le placard à balais et c'est un garde républicain qui m'a délivré deux heures plus tard... oh j'en peux plus... j'en peux plus... tu es vraiment trop... trop..

-Trop quoi !

-Mé... méchant !

-Ta gueule ! Après tu t'occuperas de la Merkel, ‘peux plus la supporter celle-là, à chaque fois elle me fout dans la gueule les chiffres de l'industrie allemande, ses excédents budgétaires dont elle sait plus quoi faire et comment que Berlin est chouette en automne depuis qu'ils l'ont rebâti en deux fois plus grand et quatre fois plus moderne et que je devrais y faire un petit tour et que j'aurais qu'à apporter mon petit vélo de français à pédales et que ça me ferait les mollets.

C'est bien simple elle se fout de moi ! Qu'est-ce que j'y peux si je fais président d'un peuple de minables qui pense qu'à ses RTT quand la moitié de la planète se met en overdrive et bascule à plein dans le troisième millénaire. Ah si mon vieux avait eu la bonne idée de faire escroc aux states plutôt que dans ce coin de merde, je serais né ricain, j'aurais fait président des étatsuniens, ç'aurait été aut' chose quand même que technico-commercial de Bouygues ou Lagardère comme maintenant ! Et peut-être... oui peut-être elle serait restée avec moi.

Il m'émeut quand il est comme ça, tout apitoyé sur sa destinée humaine, tellement humaine...

-Et puis putain je t'ai déjà dit de pas foutre ton vélo dans ses bégonias! Elle les aimait tant !

-Mais c'est pas mon vélo c'est celui de Juppé !

-Quoi il est là ! Il est là et on me prévenait pas ! Ah Alain entre...Enfin te voilà ! Tu sais que tu me manques toi ! C'est bien simple j'ai plus que des cons autour de moi ...

Il dit ça pour me faire râler, mais je m'en fous j'endure, j'endure...

-Et toi vas me promener les chiens !

-Mais... mais t'as pas de chiens !

-Eh ben va en acheter une douzaine... tiens des noirs comme il avait l'autre grand con !

-Des labradors ?

-Labrador c'est  canadien ça ! Non... non plutôt des danois, c'est féroce ça ! Je te les leur lâcherais au cul à tous ces cons pendant les journées du Patrimoine ! On rigolera bien !

C'est sûr cet homme souffre !

Quand je reviens avec ma meute de danois, c'est incroyable ce que c'est mordeur ces engins-là, et puis ça braque mal, surtout dans les embouteillages, je suis quand même content je me suis bien fait cracher dessus par les tomobilistes pris dans les manifs:

-Regarde-moi ce pourri que c'est nous qu'on le paye et qu'il joue à la baballe avec ses clebs pendant que c'est nous qu'on s'emmerde !

En fait de jouer à la baballe j'essayais de leur faire lâcher mon Black Berry mais ils me l'ont bien ruiné et ils m'ont arraché un bout de la main avec.

J'arrive sanguinolent, bandé et en retard à la réunion avec les métallos... mais il n'y a personne.

-Le président les a gardés à bouffer, il a dit que vous aviez qu'à vous occuper des lycéens.

Ah le salaud, me voilà privé de métallos, sûr j'en aurais bien chié, il a encore voulu me punir !

Contre mauvaise fortune... comme on disait chez les scouts et puis cela va me faire du bien de voir de la jeunesse, qui ne l'oublions pas, est pour une grande part l'avenir de notre pays.

Je fais donc  préparer un bon goûter pour les lycéens, avec des pain-z-auchoco et des brioches et du chocolatolait et des gateaux-z-au beurre (noir !).

C'est alors que François (Chéréque) de la CFDT & Fils vient me voir, lui aussi a l'air d'avoir souffert, il a la joue droite boursouflée et l'œil droit fermé :

-C'est ce salaud de Bernard Thibault il m'a coincé pendant la récré, entre la manif et la conférence de presse et qu'est-ce qu'il m'a mis le salaud en me traitant de collabo!

J'essaye de le réconforter, je lui offre un petit painzochoco et même un painzoraisins, il s'en va triste et battu, je l'envie un peu.

Bon moi, j'attends les mômes, je finis d'arranger la table, c'est charmant il y a même des fleurs.

 

Ils arrivent enfin, avec une heure et quart de retard, Dieu comme ils sont grands ! Il y en a même qui ont de la barbe... et qui sont venus avec leurs gamins.

-Nous exigeons l'ouverture immédiate de négociations... commence un moins grand qui a l'air de vouloir s'essayer à jouer les vedettes sans doute pour entamer une carrière de starlette au PS, tout en dégueulassant mon tapis des Gobelins avec ses baskets crottés.

-Entrez... entrez mes enfants, assoyez-vous... mademoiselle je vous en prie prenez place !

-Mademoiselle oh l'aut' bouffon y m'a pas regardé !

-Vo-yions ! Vo-yions de quoi voulez-vous que nous parlions ? Des cours de Gymnastique peut-être ?

-Gynastique c'est quoi ça ?

-Moi ma gynastique c'est la tringlette ! Y comprend rien c'est la suprême détresse le vieux ! Y faut le jeter chez les aut' vieux !

Ces garnements commencent à bousculer le buffet, tirer la nappe, violenter le personnel de service bref c'est très vite le plus grand désordre et il me faut montrer un peu d'autorité :

-Allons ! Allons je vous en prie mes enfants...

Mais va te faire fiche rien n'y fait, quelques uns essayent même de décrocher le lustre de cristal :

-Ouais ça vaut de la thune ça !

D'autres veulent sodomiser mon officier de sécurité ... et puis soudain la porte s'ouvre c'est Pénélope :

-Eh bien ! Eh bien ! C'est pas un peu fini toute cette bordel on vous entend depouis de l'autre côté de le rue !

Elle te leur distribue force claques, en décroche quelques uns perchés,  fait enfin mettre toute la troupe en rang par deux :

-Et pas une bruit jusque le porte !

Ah c'est bon ! Oh oui encore ! Quelle autorité !

Ils sont dans le parc en train de défiler en chantant : « Maréchal nous voilà ! » quand le président arrive :

-J'ai croisé ta dame ah c'est quand même quelqu'un on peut pas dire ! Toi en revanche t'as vraiment pas de couilles t'es qu'une petite bitte !

-Couilles, bitte, qu'est-ce que c'est ça ?

-T'as rien dans le slip quoi !

-Bien sûr que non c'est Pénélope qui a tout ça, de toutes façons tu penses bien que si j'avais eu un slip garni j'aurais pas fait la carrière que j'ai faite !

Publié par urbane à 00:37:25 dans / La position du soumis(sionnaire) ! | Commentaires (0) |

Con Friendly ! 2/2 par L.Lagueulebée | 17 novembre 2007

Con friendly!  2/2  par L.Lagueulebée

 

C'est ma Poupette, Jeanine mon obersturmbanhfuhrer préféré, ma femme à moi quoi, depuis qu'elle travaille aux impôts elle est de plus en plus rigide... alors que de mon côté je le suis de moins en moins, bref c'est elle qui avait trouvé la location, une de ses collègues de bureau qui lui avaient recommandé le coin. C'était dans le Jura, oui je sais, mais ça peut-être très beau le Jura, très sauvage aussi, c'est le côté nature inviolée qui l'avait tentée, les mômes aussi étaient contents, la nature inviolée ça les passionnait même si ils préféraient l'étudier à la ville: devant la  tévé.   

La voiture marchait bien, il y avait qu'un truc d'un peu ennuyeux c'était cette manie qu'elle avait de causer tout le temps, le plus souvent en anglais, et puis soudain dans les pentes du Jura, elle a décidé d'elle-même d'économiser les freins, elle m'a même fait tout un cours sur le sujet qui s'affichait sur l'écran multimédia en couleurs, les mômes regardaient ça en prenant des notes pendant que j'appuyais comme un dingue sur la pédale, mais plus rien.

Finalement elle a détecté une valeur de sudation élevée associé à un taux d'humidité important de mon fauteuil électrifié, elle en a déduit que je les avais à zéro, et de fait je venais de vivre un pénible relâchement de sphincters,  et bonne fille elle a rebranché les freins.

-BRAKES  O.K !

Soulagé j'ai appuyé un grand coup sur la pédale en zamack recyclé et elle s'est cassée en deux.

-SUCKER ! A lâché cette p... de bagnole de m...

 On a fini par s'arrêter dans un arbre après avoir heurté un vieux panneau routier Michelin en béton blanc, qui nous avait heureusement freiné, il y avait des dégâts matériels mais heureusement pas de blessés.

Il s'est pointé une camionnette de gendarmerie moins de dix minutes après, je n'avais pourtant prévenu personne, la bagnole qui s'en était chargée, cette salope n'arrêtait pas de clignoter en gueulant :

-VITESSE EXCESSIVE CONSTATEE ! VITESSE EXCESSIVE CONSTATEE !   

J'ai vite ouvert le capot et j'ai arraché tout ce que je pouvais, j'avais des faisceaux électriques plein les mains et elle l'a enfin fermée.

Les pandores n'ont même pas demandé de nos nouvelles, ils nous ont filé une dizaine de P.V. pour "déprédations sur espace naturel protégé", et payé une tournée générale de tests ADN :

-On vient d'en toucher des nouveaux très chouettes ! Avec un seul poil du cul on vous donne le tiercé dans l'ordre!

 Une fois tout le monde fiché, y compris le chien ils nous ont enjoint de circuler ce qui était bien loin de nos possibilités.

-C'est... c'est les freins qui ont lâché...

-... information fausse... données erronées...

A murmuré encore cette charogne de voiture avant que je lui mette un coup de manivelle en plein dans l'alternateur.

- Sûr ce n'est pas comme ça que vous allez la réparer !

-Oui mais qu'est-ce que ça fait comme bien ! Vous ne pouvez pas nous envoyer un dépanneur ?

-Pour un dépanneur il y a un supplément ! Et ils nous ont remis une demi-douzaine de prunes de plus pour "stationnement non signalé sur terre plein en dehors d'un terre plein signalé!" 

 

Le chef d'atelier de la concession Penault-Reugeot du chef lieu a regardé la voiture depuis son fauteuil, il avait une belle vue:

-Ouais il faut changer tout l'avant, forcément c'est déformable alors ça se déforme... même en roulant, alors vous imaginez quand ça tape... il est à vous le chien, je vous le change aussi ?

Il fallait compter quinze jours, les pièces détachées venaient du Tatarstan Méridionale :

-Mais pour le chien j'ai que du jaune métallisé et forcément il y a un supplément...  

 

Pour les derniers kilomètres jusqu'au gîte rural que nous avions loué nous avons pris un taxi taiseux qui nous a bien reposé de ses collègues parisiens.

-Vous v'là rendu ! A-t-il enfin proclamé en nous balançant nos valises sur le bord de la départementale.

Pour être rural c'était rural, les gamins étaient un peu déçus c'était pas comme à la tévé chez Nicolas Mulot, ça manquait de couleurs et de clowns  et puis il y avait les odeurs, ça a la tévé il y a pas, même si on devine que ça sent pas vraiment bon à l'intérieur.

 Après une bonne heure de montée nous avons croisé un type à couette sur un vélo. C'était le plus surprenant ce côté borgne de la couette, il en avait une à droite et rien à gauche, on aurait dit une petite fille qui avait mal tourné.

-Vous z-êtes les parisiens ? On vous attendait plus tôt. Marchez bien derrière moi prenez la trace sans quoi vous allez tout abîmer, on est un milieu protégé.

Protégé de quoi ? Sans doute pas de l'imbécillité tant ce garçon irradiait une sottise de sergent de ville mise tout entière au service de la survie des espèces (de c... comme lui !) et du sous-développement durable.

Nous sommes arrivés, chez lui, épuisés, après dix bons kilomètres de cailloux pointus :

-De toutes les façons vous seriez venus en bagnole que ça aurait été tout pareil je vous aurais fait garer en bas. Pas question de croire que vous allez pouvoir tout saloper avec vos bagnoles. Bon c'est la maison du coin !

Il nous désignait une bâtisse modique, tôlée, mal colmatée entourée de deux rangées de barbelés.

-Faîtes pas attention aux miradors ma petite dame, on les allume qu'à la nuit, faut comprendre on en a tellement choppé des parisiens qui allait pisser à la lune dans les mûriers sauvages où nichent le Serre-Fésces mordoré et la Biroupette ailée qu'on a installé ça et que maintenant on fait gaffe. Il y a pas quinze jours on a attrapé un belge qui se branlait dans les ronciers, il a pris six mois ferme.

Atterré, je regardais l'endroit le paysage retranché, barricadé rendu encore un plus grotesque par une quarantaine d'éoliennes géantes plantées en haut du col, sinistres épouvantails industriels !

Ce n'est pas pour dire du mal des gradés, mais il fallait vraiment être ma conne de femme pour louer un stalag pour les vacances.

  Je ne dis pas que le séjour se passait mal, le plus fatigant c'était les séances de rééducation de Ginou l'instituteur altermondialiste et poète local, il faisait chanter, très tôt le matin aux gamins des cantiques de marche soviétiques traduits par ses soins en jurassique ancien ou en jurassien antique. Cela remplaçait avantageusement le club Mickey certes, mais quand même au bout d'une semaine cela finissait par être éprouvant.

Comme on n'avait pas le droit de s'écarter de plus de cinquante mètres de la maison, on profitait des visites guidées obligatoires organisées dans les alpages de basse estive pour les touristes déclarées en préfecture par Jacky, gardien de vaches reconverti en Technicien Gestionnaire d'Espace Naturel Protégé TGENP et ami d'enfance de  Lulu la couette:

-Mais où sont les vaches ?

-Pas de vaches ici, c'est interdit, à cause des flatulences, les vaches ça pollue... surtout à la campagne! Pas de gaufrettes non plus ma petite dame ! Il faut quinze siècles pour qu'une gaufrette soit complètement assimilée par le milieu naturel.

 Enfant j'en avais connu des paysans, chacun avait son quant à soi et le goût du travail qu'il s'imposait sans se chercher une consigne, ou un supérieur à quoi obéir, au vrai ces paysans-là étaient de vrais adultes et ils sont rares. Mais les Lulu la couette et tous ses collégues n'étaient pas des paysans non plus que des adultes mais de lugubres et pauvres corniauds qui se cherchaient un maître ou une croyance et se guidaient sur les phares de la bagnole qui les écraserait. Jusque alors, chacun en était témoin, j'avais fait des efforts, j'avais collaboré plus qu'abondamment et fait taire les préjugés que je pouvais avoir envers les cons mais à cet instant j'ai eu une soudaine envie de  passer directement d'ennemi du peuple à sérialle quilleur et de te les  étrangler tous avec la couette survivante de l'inénarrable mais non point inénarré Lulu. 

  Et c'est là que j'ai fait une connerie, le truc dingue que je regretterais sans doute toute ma vie, j'étais, je m'en accuse dans de bien fâcheuses dispositions d'esprit et par bravade, et aussi parce que je n'avais pas vu les dizaines de caméras de surveillance disséminées dans les alpages, comme ça devant tout le monde, en pleine nature préservée et donc rien moins que consentante, j'ai  allumé une clope ! 

Après quoi toujours inconscient j'ai respiré un bon coup, ouvert les bras et j'ai cueilli une fleurette d'un joli bleu trompeur qui se révéla être après autopsie un Furonculosis Sarkozinus espèce rare, parce qu'infréquentable, jamais tranquille et infiniment mieux protégée que la moyenne des renonculacées alpines.

     Dans le fourgon qui me ramenait à la Prison Centrale de Charleville-Mézières  je repensais à mon procès, tout le monde avait témoigné contre moi, mes mômes: ils avaient fait un rapport circonstancié et en trois exemplaires, incroyable ce qu'on est observateur à cet âge-là! Ma femme, mes voisins, mes chiens (l'ancien et le moderne), même ma bagnole en avaient rajouté, les gendarmes avaient réussi à récupérer la boîte noire et pointé 16789 infractions et délits divers, alors j'en avais pris pour vingt ans.

-Vous vous en sortez bien ! M'avait dit mon avocat à qui je dédicaçais aussi sec un coup de boule à tirage d'auteur.

A travers le grillage je regardais la campagne trompeuse ( salope !) pendant que le garde mobile, immobile sous le casque, tout à son ouvrage, tricotait et puis soudain il y a eu un choc, un grand bruit de tôle et des coups de feu tout autour du fourgon.

Quelqu'un a forcé la porte, m'a tiré au dehors et balancé une grenade  fumigène à l'intérieur.

 J'étais libre! Et c'est comme ça que j'ai rejoint le maquis.

Publié par urbane à 06:13:56 dans / Con Friendly ! | Commentaires (0) |

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