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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

Corbeil-Essonnes Novotel, pipoléoptère pétassoïde commun par Lofti Benayak 1/2 | 19 juillet 2007

Corbeil-Essonnes Novotel   Pipoloptère Pétassoïde Commun

 Au lycée en troisième la conseillère d'orientation m'a conseillé d'aller me faire orienter ailleurs, il faut dire, que je suivais des études normales avec une dilection particulière pour les sciences naturelles (pardon les sciences de la Terre et de la Vie, avez-vous remarqué comme les cons vont toujours au plus vaste et mettent des majuscules partout !) plus grave je n'avais pas d'antécédents familiaux ou sociaux,

-... je comprends pas un garçon comme vous : noir, sportif, dynamique, bâti comme vous l'êtes!

Elle me fit remarquer avec aigreur qu'elle demandait qu'à me discriminer positif mais que bien qu'appartenant à une minorité visible j'avais de gros handicaps : je n'avais jamais mis le feu à une bagnole ou à un équipement public, même pas une poubelle ! Je militais nulle part et je crachais sur personne.

Je dois avouer que ça me gênait pas plus que des étrangers à la Cité viennent regarder nos lampadaires sous les bras.

-Bon voyons H12 !

-Coulé !

-Non je vous dis que vous pourriez essayer une filière H12 qui déboucherait sur une qualification professionnelle de pompiste chef de pompe, vendangeur titulaire adjoint de vigne, revendeur de barrettes assermenté, quêteur en spectacle vivant... 

 C'était ça ou le Front de l'Est, bref en sortant de son bureau je marchais déjà vers la gloire.

Mon cousin Phillibert-Etienne qui était en terminale (depuis un moment), la honte de la famille, lui, il lui a cassé la gueule d'entrée lors du premier entretien à la conseillère d'orientation, elle s'est relevée en recomptant de la langue ses dents et en disant que c'était très bien, que ça promettait, qu'il avait de l'avenir.

Elle l'a orienté vers une filière spéciale d'entrée à Sciences-Po (par le local à poubelles !), ils lui ont redressé les moyennes pour rendre ça présentable, difficile quand même le cher Phillibert-Etienne outre un caractère passablement irritable montrant un déficit intellectuel sensible.

Ils n'étaient pas mécontents de s'en débarrasser, il avait mis le feu deux fois au lycée et si on travaillait dans des préfabriqués c'était à lui et sa bande de joyeux compagnons qu'on le devait

Il faut reconnaître qu'il ne les a pas déçus, au deuxième semestre de scolarité, il avait déjà démonté le gymnase et saccagé la caféte au nom des races opprimées qu'il représentait à lui tout seul, parce qu'entre-temps il s'était sérieusement politisé au contact de camarades de classe, fils de profaillons combinards.

Ils ont installé des préfabriqués dans la cour et ils l'ont fait entrer à l'ENA par la petite porte (mais si celle qui donne sur la cour et qu'on ferme jamais à clef pour que les bourgeois bien pensants qui meublent  l'établissement puissent se débiner à l'aise chaque fois qu'ils se payent une bonne crise de panique type vache folle, banlieue en feu, matin du grand soir!), c'est à croire que le cousin Philibert-Etienne il était né avec un gyrophare sur le front.

A l'heure où j'écris il milite au CRAN et il est en stage au quai d'Orsay. Je le sais parce que je suis passé devant et j'ai vu les préfab' dans la cour. Sacré cousin ! Pas perdu la main ni l'inspiration. C'est signé il finira secrétaire d'état au logement dans le second gouvernement Enrico Macias.

  Quant à bibi suivant ma seule inspiration je me suis orienté tout seul, comme un grand vers un doctorat en sciences naturelles mais je n'ai pas obtenu de bourse et il m'a fallu travailler pour financer mes études.

Je suis grand, costaud, je présente bien en costard cravate et j'ai déclaré que j'était ceinture noire 32 dan de Ki-Tsi Denldo, un art tout à fait martial et même sacrément offensif basé sur le coup tordu dans le dos et la planchette japonaise inversée au type de l'agence sécurité où je me suis présenté le mois dernier.

Il a eu l'air convaincu et m'a dit avec son accent de Marseille:

-Toi tu marques bien on va te mettre à la protection des personnalités !

Et c'est comme ça que le soir même je faisais la connaissance de

Corbeil-Essonnes Novotel, Corby pour les intîmes.

C'est une personnalité parisienne en voie de pipolisation, héritière des hôtels Novotel-Frantel-Ibis-Formule 1 c'est en quelque sorte notre Paris Hilton nationale, même si ainsi qu'elle me l'a annoncé sans ambages elle vise le marché international d'abord.

-Tu es black, Wouaaaaaaaps (elle dit Wouaaaaaaaaps ! tout le temps il faudra s'y habituer et elle met autant de points d'exclamation dans ses phrases que de tabasco dans son chocolat au lait.) J'adore les blacks !

Les blanches exclusivement branchées blaques moi ça me met mal à l'aise, un peu comme les types qui t'annoncent qu'ils se sont mis au rouge à la mort de leur belle-mère. Ils surcompensent mais toujours au départ il y a une arnaque sur la valeur déclarée .

Entre deux Metzcals-Destop (la boisson tendance).Elle m'a raconté son enfance : sa vie de brune pensionnaire quand elle étudiait en Suisse à la Chaud de Font les braguettes des douaniers alpins et des moniteurs de ski.

Elle est passé blonde à quinze ans, une manière de révélation, quasi mystique : Helena Rubinstein en personne qui lui serait apparue.

-Je l'ai reconnu tout de suite j'avais regardé toute petite sa biographie dans la vie illustrée des grandes esthéticiennes dans la bibliothèque de Mum'.

D'après ce que j'ai compris Mum,sa maman, était esthéticienne dans un hôtel à Acapoulco dont Dad, son papa, était propriétaire, un jour il a recompté ses esthéticiennes, il y en avait une de trop, il l'a licenciée, elle s'est  mise à son compte, grand admirateur et propagateur de l'esprit d'entreprise et de la pensée libérale il l'a montée en client, épousée, récupéré ses indemnités de licenciement, après quoi ils ont divorcés trois fois chacun de leur côté, une manière de rite pour conjurer le sort, je crois.

Pendant ce temps Corbeil-Essonnes Novotel se mariait très jeune à un armateur grec qui avait tout de suite coulé à quai, crise cardiaque au rade du Caesar's Palace et après à un plâtrier italien qu'elle avait rencontré dans les toilettes d'une boîte de nuit de Beverley Hills fermée pour travaux et ensuite à trois auto-stoppeurs bulgares rencontrés sur la route et enfin au pasteur de Las Vegas qui venait de la marier cinq fois en 96 heures:

-J'étais jeune dit-elle

Le pasteur était toujours là, il avait une chambre sous les combles de l'hôtel, il la suivait partout, voyageait avec les malles et voulait évangéliser tout le monde. Elle l'avait oublié mais ne voulait pas divorcer, mariée aux States elle risquait de devoir lâcher un max de blé, c'était là- dessus qu‘il comptait : un divorce lucratif pour se faire construire une chapelle en Floride où prendre sa retraite de pêcheur (de gros).

  Nous étions au Skunsss la boîte à la mode dans une soirée au profit de son association « Save ours Cells ! » elle  milite dans un OMG qui s'occupe de la maltraitance à portables.

Pendant la soirée ils ont passé un documentaire où ils montraient comment dans les orphelinats roumains les mômes arrachaient les antennes des portables de leurs surveillantes.

-... oh c'est trop... c'est trop, je peux pas voir ça quels monstres ! a murmuré Corbeil-Essonnes, en pleurs sous les flashs des photographes.

Le lendemain son coach et gourou personnel Charley-Douar Bedouani et son attachée de presse Pertuisane Cheauvinot sont arrivés rayonnants, les photos étaient parues dans  Closed, Paris-Tchatche et le bulletin de liaison de la Boucherie Parisienne.

Là-dessus ils ont discuté bizness ensemble, elle tenait de son père l'esprit d'entreprise et de sa mère le côté tarifaire, jusque là elle avait un contrat d'image et de représentation avec Mappa pour une ligne de gants de ménage et d'accessoires de toilettes.

Elle m'appelé j'ai lâché mon bouquin sur les odonates (les libellules quoi !) j'étais dans sa chambre, pépére à bouquiner, les pompes sur son pieu, elle est entrée: 

-T'es dingue jamais de livre ouvert sur un lit ça porte malheur !

Elle avait ses superstitions à elle. Elle s‘est approchée de moi, m'a mis la main dans le slip :

-Charley pense qu'il faudrait que je fasse une sextape ça te dirait ?

(à suivre...)

Publié par urbane à 07:58:41 dans / Corbeil-Essonnes Novotel Pipoléoptère Pétassoïde Commun | Commentaires (0) |

Pétition piége à... | 15 juillet 2007

Pétition nationale pour la réintroduction raisonnée de la hyéne dans les 5° et 6° arrondissement de Paris
A l'initiative de Shodepeace France (and western europa) et du Collectif  Utaincon !


 Nous exigeons la réintroduction de la hyène à Paris et en centre urbain.
Pendant des millénaires et sans doute bien avant, la hyène a participé de l'équilibre écologique du territoire parisien aujourd'hui la prise de conscience écologique nous impose de rétablir les équilibres naturels d'un écosystème que l'Homme, cet abomination qui ne mérite sans doute pas sa majuscule, tiens je l'enlève: que l'homme donc a détruit.
Hors selon une étude documentée de Shodepeace France (and western Europa) l'habitus de la hyène merdivore parisienne (Hyénus Merdivorus Parisianis) se situait exactement dans une aire itérative allant du 23 de la rue du Bac, jusqu'à hauteur de l'actuel arrêt de bus de la rue de Seine avec une station au Shopi (surtout le samedi) du boulevard Saint Germain.
Hélas les préjugés ont la vie dure car, tout comme le grand requin blanc dévoreur d'aussies blonds palmés, le tigre bouffeur de bengalis étiques ou le loup maniaque des Vosges grignoteur de bûcherons apéritifs, la hyène est un animal social qui ignore la haine, la guerre ou le fotebale (aucune participation à une phase finale de coupe du monde depuis la création de la compétition) et qui dans la vie quotidienne montre beaucoup moins d'agressivité qu'un collègue de bureau non fumeur ou de sans gêne qu'un voisin de palier qui vient de s'équiper d'un home cinéma de 16800 watts embarqués.
 De plus il est avéré que les populations de grands prédateurs sont notablement déséquilibrées à Paris avec une surabondance d'agents immobiliers, de notaires et de dentistes, la réintroduction de la hyène permettrait un rééquilibre de ces populations ainsi qu'une mise en concurrence salutaire pour l'état sanitaire et moral de la capitale.
 Quand aux petits prédatés, vous et moi, leur statut ne changera pas, mais ils rigoleront beaucoup plus: imaginez une meute de hyènes dans un parking souterrain le soir, vous croyez vraiment que le dentiste même un douze cors couronné en période de brame (Vanessa l'attend à Rolland Garros) ira chercher son 4X4 Porsche foule opchions, il préférera louer un vélo de la mairie à dix sacs de l'heure et parfaire ainsi son foncier sans polluer le moins du monde!
De plus une hyène remplace avantageusement un compacteur- broyeur à ordures, pas besoin de la brancher et elle accepte tout ce qui passe pas dans le vide ordures : fœtus, personnes âgées, bonne du tiers monde pas déclarée sur le point de vous dénoncer à l'Urssaf.
 Enfin la hyène attaque peu les troupeaux, c'est une pétocharde de première, donc les troupeaux d'usagers du RER (et après quinze ans de RER on commence à être sérieusement usagé !) qui vont au bureau tout les matins et en reviennent tous les soirs la peur au ventre en se demandant avec angoisse si les jeunes gens sympathiques en casquette, joggers et baskets ridicules qui rançonnent la ligne avec assiduité depuis deux ans seront là ou pas, ou si aucune guerre tribale n'est en cours entre la cité des Pâquerettes de Créteil et les p'tits gars de la barre des Aviateurs des Ullis, ceux-là ne risquent presque rien hormis quelques prélèvements raisonnables sur des spécimens diminués (ne jamais boiter devant une bande de hyènes ou une meute de jeunes gens sympathiques cela suscite en eux d'identiques réflexes agressifs).
 Mieux la hyène pourrait servir d'outil de régulation, à l'occasion de lâchers de hyènes mensuels, dûment contrôlés et encadrés par des fonctionnaires assermentés bien entendu, urbains actifs et jeunes gens sympathiques susmentionnés pouvant se transformer en partenaires trophiques et compagnons de jeux habituels d'un écosystème radieux restitué à son état originel.
 Enfin con ! on comprendrait pas que les parisiens viennent nous emmerder l'existence avec leurs putains d'ours moldo-slovénes, Loups balkaniques, Vautours amérindiens balancés dans nos montagnes et continuent à se tirer sur la nouille bien tranquillement.   

Publié par urbane à 04:12:01 dans / Pétition Nationale pour une réintroduction raisonnée de la hyène dans les V° et VI° arrondissement de Paris | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 20 par H.T.Fumiganza | 13 juillet 2007

20.
Return to La Conche over Ponche.
 A La Conche sur Ponche la saison allait sur sa fin. C'était le moment des premiers départs. Sur ses affiches Noyeux Joël exhibait un sourire définitif. 
Quand nous arrivâmes  les mômes jouaient dans la cour, ils étaient dans la R4 à faire vroum ! vroum ta gueule! en compagnie de renouvelés cousins sous la surveillance des demoiselles Dartemont-Chambeulac qui, assises sur le seuil de la grande porte cochère détaillaient les possibles, les potables et les juste fumables, bref herborisaient à la recherche du spécimen de Surconmusclé, surfer blond d'Australie orientale dont on leur avait signalé la présence à quelques exemplaires sur les côtes bretonnes.
Les mômes voulurent tous essayer la petite voiture de ce cher Valter qui leur offrit à chacun un tour de cour à fond les manettes.
-Allez maintenant soyez sages !
Il avait repris des couleurs et surtout recouvré son sourire je m'enfichiste qui plaisait tant aux dames d'œuvres désœuvrées.
Dartemont-Chambeulac accueillit les renforts avec soulagement,  c'était éprouvant à voir, tant elle s'inquiétait la soeurette:
-Ah monsieur ‘von Le Gueuzec vous l'avez retrouvée ?
-Non mais cela ne tardera plus mon enfant.
A la vérité s'il était monté à Paris chercher le secours de son cher Valter qu'il savait diminué et souffrant c'était bien la preuve qu'il calait l'ex-garde républicain.
-Mon mari est sur une piste. Un vendeur de beignets et de glaces qui a disparu en même temps que Marie-Maude...
Elle nous désignait depuis le balcon le Grand Hulme qui avait délaissé les pistes de Courch' pour celles de suspects saisonniers.
Il s'était déguisé en africain vendeur de saloperies Children Handmade in Popular and Cupidar Republic of China et remontait les plages à la recherche d'indices en jouant du Gombo et en affichant des prix hors de saison et tout à fait imbattables.
-Tiens le yacht bleu a disparu ! Nous fit remarquer le cher Valter.
-La gendarmerie maritime qui a autorisé la famille à le changer de mouillage, des arriéres-petits cousins de l'américain qui ont débarqué la semaine dernière, ils étaient tellement contents de savoir que l'héritage leur revenait puisque la veuve avait-elle aussi clanché qu'ils ont fait une fiesta du diable à bord... avec le défunt toujours en soute. Enfin je crois qu'ils ont prévu de l'enterrer dans quelques jours en Normandie.
Nous retournâmes à Dartemont-Chambeulac :
-... et mon beau-frère qui doit arriver aujourd'hui, je n'ai rien dit aux enfants mais à lui ?
Elle se rassit sur le canapé de velours et croisa les jambes, un truc que quelques ex-internationales particulièrement douées de Notre-Dame de Sion réussissait quelques fois à l'entraînement mais qu'elle accomplit là avec un naturel parfait, même Valter, pourtant tourneboulé chercha autour de lui la touche replay.
Je me relevais le premier de la stupéfaction admirative de l'assistance masculine:
-Excusez-moi je dois me rendre à une séance de signatures à l'Espace Conchitudes.
Dartemont-Chambeulac toujours à l'affût, malgré l'angoisse où elle était s'étonna :
-L'Esp... Oui la Librairie Martineau quoi ! Vous écrivez don' monsieur La Gaspérine ?
-Oh Madame, j'ai commis un court roman ...
-Mais racontez-nous ça.
J'obtempérais, je ne détestais pas de me raconter, même si dés que je parlais de moi et de mes œuvres l'émotion souvent me faisait bégayer tant l'homme alors se livrait tout entier .
Je racontais, oh certes je ne disais pas tout et en particulier que mon éditeur, très vite au courant de ma disgrâce m'avait condamné à une pénible et humiliante tournée de librairies de province et de maisons de la culture de chef lieu pour payer le papier et s'éviter des désagrément capitaux car à Paris j'étais maintenant tricard.
-... oh c'est sans prétention, un début mais qui répond à une nécessité véritable. Concluai-je.
-Sans prétention... Marmonna Chéchignac que sa digestion difficile de balles de 11,43 et la diminution physique quoique temporaire qui en était résultée rendait amer et exagérément critique, il avait lu mon livre pendant sa convalescence, j'en étais certain puisque je l'avais retrouvé dans l'une des poubelles de La Bégude, ce qui m'avait enlevé mes dernières scrupules quant à la teneur de mes rapports avec la belle Merry.
 *
 Je quittais donc les lieux d'angoisse pour me rendre à l'Espace Conchitudes anciennement Librairie Papeterie Martineau située Boulevard des Belges en face de mon ancienne permanence.
J'y fus accueilli avec un grand empressement par la libraire, mademoiselle Martineau, documentaliste relaps.
 Et ma foi il y avait foule, j'étais devenu une personnalité concho-ponchaine, même si mon coïtus interruptus électoral en avait déçu plus d'un qui détestait Letroncheur et tout ce qu'il représentait.
-C'est un populiste de la plus sale eau ! M'expliqua Mademoiselle Martineau.
Je signais, dédicaçais à bon rythme heureux de pouvoir placer mes oeuvrettes, il faut dire que j'en avais plein le coffre de ma voiture de location.
Le public était assez homogène, fonctionnaires éclairés, enseignants bienveillants, gens de peu, petite bourgeoisie administrative contrainte et puritaine, adepte des NPB (Nouveaux Préjugés Bourgeois) qui rêvait de vastitudes et de révolution d'arrondissement, se rassurait en recomptant ses points retraite et vivait dans la crainte du grand méchant Koléstérol. 
Il y avait aussi quelques poètes déclarés, du type régional de l'étape.
-A qui dois-je ?... la dédicace ? Vous avez une préférence ?
Je n'en étais pas encore aux spécialités, je débutais en littérature mais quand même le métier rentrait à mesure que le poignet gonflait.
-Pardon Maître ?
Je levais la tête, c'était bien la première fois que l'on me donnait du « maître ».
C'était un jeune homme bredouilleur, pas si jeune d'ailleurs, d'une petite quarantaine, mais très mince et assez rêveur, bref un garçon sympathique en veste de velours et avec une grande écharpe rouge, un peu cantatrice sur le retour, mais sympathique.  
-Paul-Guy de Beuse...
-Cela sonne comme un nom d'écrivain... vous n'écrivez pas ?
Ma question l'intimida, il en rougit même.
Si, bien sûr, qu'il écrivait, comme tout le monde, mais enfin il n'avait jamais pensé être publié, il était assistant de cours de socio-bromologie à l'université Patrice Lumumba de Perros-Guirec et certes il s'était un peu essayé à l'écriture mais...
Bref je sympathisais très vite avec le jeune homme sympathique d'autant que mon livre lui avait beaucoup plu, qui abordait les grandes questions contemporaines, lui-même regrettait dans ce bout du monde qu'était La Conche de ne pas être plus souvent confronté aux grandes questions et à la modernitude de notre temps, hors la marée rien ne venait jusqu'ici :
-... enfin quelques fois quand même, tenez cette année j'ai un élève prukhmen... il habite chez moi en ce moment, il est sans-papier, nous avons crée un collectif de soutien avec quelques professeurs... il ne parle pas du tout français, juste un peu d'anglais, il me raconte sa culture, quelle civilisation étonnante que la civilisation Prukhmen ! Savez-vous qu'ils ont inventé le sèche-linge à condensation  mille ans avant tout le monde ?
Son anglais devait pas être terrible au Prukhmen ou alors il parlait chauvin dans le texte,  dans tout les cas il en prenait visiblement le plus grand soin de son clandestin. 
-Si vous avez un peu de temps Maître je vous le présenterai, d'autant que je crois que vous-même êtes sensibilisé à cette problématique du questionnement des différences.
Il ne fallait rien exagérer, cela ne me travaillait pas tant que cela, j'étais seulement comme tout le monde, un petit blanc qui avait la trouille et comme un futur pensionnaire cherchait à se mettre au mieux d'entrée avec le nouveau surgé et à se rencarder sur les conditions qu'on allait lui faire et si le jeudi c'était vraiment obligatoire la piscine et s'il fallait mettre des chaussettes propres le vendredi .
Pour mon malheur à venir mademoiselle Martineau me bloqua l'aile droite:
-C'est vrai vous avez écrit des choses magnifiques là-dessus et tellement originales sur la tolérance et tout ça monsieur La Gaspérine.
-Alors vrai vous viendrez voir mon Prukhmen ?
-Mais... mais... mais ce sera avec plaisir... le dialogue, la confrontation des idées et tout ce genre de choses...
J'aurais dû savoir qu'en confrontation j'étais rarement le plus fort.
 *
 Il m'attendait à la sortie de la librairie, fit faire trois tours à son écharpe avec une adresse de lanceur de lasso pour mieux affronter le vent du large qui soufflait au prés, pour le reste il faisait plutôt chaud, c'était quand même la fin Août, à croire qu'il était frileux, nous remontâmes le fameux Boulevard des Belges.
Il trottait et en même temps disait des choses très justes, vrai un garçon d'une grande sensibilité, mais enfin je me serais bien passé de la visite au Prukhmen d'élevage :
-Voilà nous y sommes.
Nous étions devant l'une de ces petites maisons de pêcheur à un étage comme il y en avait tant à La Conche, celle-ci quand même m'apparut fort décatie et visiblement inhabitée, j'hésitais sur le seuil quand je sentis dans mes reins ce qui pouvait aussi bien être le canon d'un parapluie que la pointe d'un revolver et que j'entendis la voix, elle très reconnaissable de Mademoiselle Br... :
-Rentre là-dedans gros nul ou je te plombe le cul !
Elle avait conservé toute son autorité et j'obtempérais.
Nous montâmes à l'étage par un escalier affaissé et nous nous retrouvâmes dans une chambre qui sentait le moisi, un  type était assis sur une chaise et pêchait à la fenêtre à la manière d'ici, je reconnus en lui le vendeur de pizza prukhmen qui avait emménagé en dessous de l'agence des sœurs Dartemont.
Dans un coin un magnifique piano à queue Graffenberg bleu-nuit semblait tapiner en attendant le soliste de passage.
Sur le lit Dartemont-Belcourt jouait à la poupée avec une charmante petite fille blonde et dans la cuisine une femme chantonnait, en russe je crois, en distribuant des claques à ses mômes et en touillant sa sauce :
-Je vous ai déjà dit mon colonel de ne pas emmener votre smala pendant les heures de travail ! S'emporta Mademoiselle Br... en retirant sa perruque brune.
-Mais chière amieu quel mal célà fait don' et pouis mon épouse divoirrr à s'absenter aujiourd'hui pour raisons féminines!
-Vous ne lui en avez pas encore mis un autre en chantier !
-Qui sait ? Nous verrrons prronostics médicaux cé soir .
-Cette idée aussi de prendre ses congés annuels pendant une mission à l'étranger. Ah on m'y reprendra à travailler avec les services Prukhmen.
-Réfléchissez que je suis ainsi défrayé de mes soins de vacances. Et sans compter la pizzérrria qui marrrche du tonnerrre de vieux. 
Le cong'pay quitta sa ligne postée pour venir m'observer.
-Vouii c'est cela il entrrrerra tout juste je crrrains dans pétite  baignoirrre. On férra forrtioune di pote, on tassérrra.
-Ah je vous préviens que si vous vous livrez à des brutalités sur la personne de monsieur La Gaspérine, moi je m'en vais.
Dartemont-Belcourt avait arrêté de jouer à la poupée pour prendre ma défense.
-Ta gueule connasse, on t'a rien demandé à toi ! S'emporta Mademoiselle Br...  
Ce à quoi Marie-Maude Dartemont-Belcourt répondit en lui écrasant le pied du talon de son escarpin.
-Ah la salope mon cor !
-Grossier personnage !
-Mais putain qu'est-ce qu'on attend pour les buter !
Le colonel calma le jeu :
-Les orrrdrrres nous attendons.
Il dit quelques mots à son épouse, qui protesta en prukhmen non sous-titrée avant de s'incliner et toute la famille du colonel évacua la maison.
-Ils vont prrromener, glaces et carrrtes postales. Je ne devoirrr pas oublier surrrveiller rrrôti. Rrrappellez-moi cherrr ami.
-Le rôti maintenant. Y m'auront tout fait !
Dans le même temps où elle maugréait contre ces contraintes par trop quotidiennes Mademoiselle Br... assomma lâchement, par derrière, Dartemont-Belcourt avec une matraque télescopique qu'elle avait prestement sorti de sa poche.
-Tiens dors salope ! Bon on s'occupe de ce gros sac maintenant, il va parler ça va pas faire de pli, je le connais. N'est-ce pas qu'il va être gentil ?
Elle me regardait dans les yeux et je n'avais jamais rencontré un tel regard, sinon peut-être enfant au zoo, le regard simple et ordinaire d'un mammifère supérieur, rien de plus, je ne réussis qu'à murmurer :
-Euh... oui maîtresse.  
Elle entra dans la salle de bains et ouvrit les robinets pour me faire couler un bain.
-Mais... mais il n'y  pas d'eau chaude... ah ces putains de location de vacances...
-Quel besoin eau chaude ? S'étonna le colonel.
-D'habitude j'aime bien les ébouillanter un peu avant...
-Trraces suspects brûlures sur cadavrre, enquête légal, pas trrés bon pour discrrrétion . Il n'est pas bon fairrre passer agrrrément avant trrravail.
Ils en étaient à se refiler des vieilles recettes de tortionnaires.
Je me retrouvais très vite ligoté et bâillonné dans « pétite baignoirrre ».
-Alors tu vas parler connard ! Insistait Mademoiselle Br...
-Houuumph ! Houuumphh ! Baillonais-je péniblement.
-Pétêtrrre mieux pour qu'il parrrlle lui prrréventivement enlever baillon. Proposa le colonel humaniste et rouleur de r.
-Ch'uis conne ! Oh ma pauvre fille qu'est-ce tu tiens en ce moment ? S'humanisa le mammifère supérieur en me débâillonnant.
-Mais... oups... de quoi dois-je vous...oups... ‘tretenir ? hasardai-je.
-Tu le sais très bien.
Nous n'étions pas prés d'en finir.
-Euh... Chéchignac... vous voulez que je vous dise ce que je sais et où le trouver ?
-On s'en tape de cette ordure de toutes les façons je partirais pas d'ici sans lui avoir clôturé son compte ! Après ce qu'il a fait à ce pauvre No... à propos, mon colonel vous avez téléphoné pour me trouver un remplaçant comme je vous avais demandé, c'est que j'ai des engagements moi ?
-Voui, voui, les amis de moi bulgarrres vont vous envoyer quelqu'un de trrrés bien diplômé supérrrieur de psychological  and tacticals operations.
Elle avait l'air décidé à continuer son numéro international de transformisme farceur.
Démaquillé et parlant de son partenaire il/elle ressemblait à ce qu'il/elle était, un artiste de music-hall, vieillissant et facilement homicide, vrai elle/il en redevenait humain.
Je tentais de reprendre la main :
-Alors peut-être voulez-vous que je vous raconte les préparatifs de l'opposition bravadienne pour...
-Mais on s'en fout, on sait même pas où ça se trouve ton bled !
-Las Islas Bravadas y Perditos trrrou du cul du monde !
Je me gardais de leur faire remarquer que le Prukhménistan antérieur n'était pas mieux répertorié.
-Allez plouf on le baigne et si on lui faisait un petit shampoing à l'acide... c'est bon contre les pellicules !
-Trrés dangerreux derrnière fois utilisé, dissous crrravate, Poupinskaïa engueulé Doubi.
-Doubi qui c'est ça ?
-C'est moi-ski.
-... la dé... défense na...tionale ? Proposais-je en refaisant surface.
-Je crois qu'il le fait exprés et replouf !
-... le... le porte-avion... furtif ?
-Tiens don' six mois que vous n'avez plus eu de ses nouvelles ?
-D'où la furtivité... et prouvée à la mer.
J'étais prêt à leur fourguer toute ma dernière session d'auditeur à l'Institut des Hautes Etudes de Défonce Nationale, mais à l'évidence ils n'en étaient pas friands.
-Et re-re-plouf !
-... le code secret de la force de frappe ? The ignit code ?
Vrai je le connaissais par un camarade de promotion qui était en poste à l'Elysée et avait la charge tous les samedis d'aller jouer le loto présidentiel.
-Mais pauv'pomme tout le monde le connaît... les seuls numéros qui sortiront jamais.
J'étais plus encore excédé qu'essoufflé et je lâchais lors d'une ultime émersion :
-Mais merde quoi alors ! De quoi vous voulez que je vous cause ? Des habitudes sexuelles du mouflon ? De mes vacances à Chamonix  ou... ou de  la culture de la betterave à nœuds?
-Ah ben tu vois tu y viens, enfin, je savais bien que tu étais un garçon raisonnable.
-Co...comment ça vous intéresse la branlette du mouflon ?
-Pauvre con comme si tu savais pas que le Prukhménistan est le premier producteur de betteraves à nœuds au monde, alors vas-y raconte le nouveau plant révolutionnaire OGNP-004 à têtes multiples ?
La vie m'apparut soudain avec effroi dans toute son absurdité, tous ces crimes pour une histoire betteravière, mais le plus troublant pour moi était encore que ces gens-là, avec une certaine simplicité d'âme me croyait compétent.
Ma vie ne tenait qu'à un plant de betteraves, et plus ridicule encore je venais de passer quatre années à la tête de la filière betteravière française et je n'avais pas la moindre notion de culture béterraviérement parlant, si même ça poussait sur un arbre : le betteravier ou en sous-sol dans des betteravières ? Alors les dernières nouveautés de Paris... Grignon...
-Bien... bien... l'OGNP-004 donc... à dire le vrai c'est un peu dépassé, on en est au 007 au moins et le 008 est attendu pour l'hiver si l'été n'est pas trop chaud...
Bien entendu je risquais de ne point faire illusion trop longtemps, surtout s'ils avaient été correctement « briefés » avant leur départ en mission, mais enfin j'en profitais pour reprendre mon souffle, la baignoire à la longue cela fatigue.
Et puis soudain je humai cette odeur de brûlé alors mon esprit s'accéléra brusquement telle une mécanique implacable et je trouvais encore la force de me relever et gueuler :
-Le rôti ! Le rôti qui grille !
-Poupinskaïa engueuloski Doubiskonoï ! S'exclama terrifié le pizzaïoloski  prukhmenoskoï !
Ce fut la panique à bord et j'en profitais pour courir à la fenêtre mal fermée, pour cause de pêche à la ligne, les traditions avaient du bon, actionner l'espagnolette avec les dents et me défenestrer élégamment.
 Par bonheur je tombais sur une grosse belge qui bouffait une énorme barbe à papa sous nos fenêtres et cela amortit voluptueusement ma chute.
Je réussis à me remettre debout. Taché mais érigée.
-Allaye donc regardez ce que vous avez fait de mon épouse, on fait un constat... allaye... allaye...
N'ayant point ma licence de chuteur ascensionnel à jour, je parvins à me dégager de l'étreinte wallonne et collante et je me mis à courir sur le boulevard qui leur était dédié.
J'entendis dans mon dos Mademoiselle Br... qui lancée à ma poursuite s'arrêta pour interroger le belge qui relevait à grand peine sa grosse toute engluée dans sa barbe à papa :
-Pardonnez-moi cher monsieur vous n'avez rien vu tomber.
-Un trou du cul une fois c'est ça ?
-Précisément.
-Il s'en est allé vers là-bas !
-Merci bien. Tenez voilà deux bons de réduction sur les pizzas margaritas.
Par bonheur la si professionnelle et athlétique Mademoiselle Br... qui me regagnait du terrain à chaque enjambée se prit les pieds dans son écharpe démesurée de poète figuratif, elle perdit l'équilibre et s'en vint percuter une sanisette sur cales. (à suivre...)
 

Publié par urbane à 04:36:35 dans / Walter Chéchignac | Commentaires (0) |

Adhérez au C.E.R.C.O.N.S ! | 10 juillet 2007

Publié par urbane à 06:08:30 dans / C.E.R.C.O.N.S | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 19 par H.T.Fumiganza | 29 juin 2007

19.
Une convalescence agitée.
 De cette époque tragique, je me souviens surtout de mon éviction du Cercons que je vécus comme une dégradation publique alors qu'elle ne fut que fort peu publiée.
Mais c'était là le signal adressé à tous, la fusée bleue. 
La veille, présenté dans « les médias » comme l'un des plus sûrs espoirs de l'Union pour le Rassemblement, et promis aux plus hautes spécialités fromagères nationales et même bruxelloises, l'affront que j'avais fait à Gérald Sopalin et mon postillonage jugé comme éstrémisse par la direction du parti commençait de me fermer des portes.
Par bonheur, étant de vieille extrace parisienne et borguéso-combinarde, acheteur de biens nationaux sous tous les régîmes, je bénéficiais des protections paternelles et maternelles
Mère, si elle ignorait avec méticulosité son fils, connaissait tous les recoins de braguette de la rive-gauche, elle publiait beaucoup, elle avait toujours beaucoup plus publié qu'écris.
Chez elle tout était publique, elle en avait fait des volumes, sa sexualité d'abord, dont je n'étais qu'un des avatars et sans doute pas le plus intéressant, elle se souvenait avec attendrissement de son premier curetage mais point de ma première dent,   surnommée Paule Bourgéte ou Dupanlouve par la critique clandestine, elle était surtout l'auteur officiel du manuel de féminisme à l'usage des sous-officiéres et kaporales du corps de troupe et de  livres qui entre confession et slogans, tags et pensées dévotes, interdits new-looks et préjugés commodes, ressemblaient à des terrains vagues, où elle détaillait sa moralité de naufrageur, obscure, puante et asphyxiante comme un feu de pneus, et comment elle couchait avec de jeunes gens outillés en proclamant que c'était là sa liberté et que cela seule comptait et méritait oraisons et bout de l'an.
   Une liberté qui dépendait de l'arrivage de la marée du soir en jeunes auteurs arrivistes et des cours du jour du coupon du souvenir soixante-huitard, la rente Geismar, très décoté par rapport au cours d'introduction mais conservé en portefeuille par une clientèle de rentiers, de fonctionnaires de la pub institutionnelle et de pensionnés des administrations  du culte, une manière de rente Pinay intellectuelle, indexée non point sur l'or poinçonné mais sur la fumasserie militante, l'héroïne base et l'imbécillité satisfaite.
   Devant la quasi péremption de ce lectorat fidèle, la prochaine extinction de la « génération du feu », madame ma mère avait su se reconvertir et faire face en se gagnant chaque jour de nouveaux clients dans la marée montante des fières combattantes de l'ozone, foutriquets cyclistes et autres phobiques, concernés, profiteurs et... cocus puisque lecteurs de madame ma mère.
C'est qu'elle avait un truc à elle pour faire passer sa morale dépurative et fortement chargée en huiles lourdes, scories d'usinages, déchets d'arrière-cour et arriéres-pensées militantes de l'autre siècle: délaissant sa brosse rase de lesbienne croisée elle s'était convertie au chignon avec quoi elle ressemblait maintenant à sa grand-mère, et rassurait diablement la clientèle.
Un chignon à un coup modèle 1898, armement par la gueule, canardière à connards, connardiére brevetée.
 
Au vrai elle n'avait jamais été qu'une couventine dévote de son seul plaisir, elle avait mené petit train, égoïste et servile et aurait pu intituler ses mémoires: souvenirs de la petite ceinture.
 Malgré tout, elle me fut loyale, ayant placé sur mon conseil, une partie de l'héritage de ses tantes Guichard en valeurs betteravières, il n'était pas mauvais d'avoir quelqu'un dans la place.
 
Quant à monsieur mon Père, le fameux Président Régis Cardemeule, après un rapport fort remarqué sur les retraites, où il préconisait de limiter le nombre de retraités par des pratiques humanistes et responsables et en usant de moyens naturelles ou chimiques mais toujours éthiques (crédit d'impôts pour les héritiers qui se chargeaient eux-même d'administrer l'aïeul et cartouches anti-taupes fournis gratuitement en mairie), père donc, lui même titulaire d'une bonne quinzaine de pensions et rentes diverses et administrateur d'autant de sociétés, décida pour occuper sa retraite et payer d'exemple de commencer à soixante-dix ans passés une carrière dans les appareils de chauffe en prenant la présidence du conseil de surveillance de La Compagnie Générale de Fonte Thermique Belge sise à Knokke-le-Zout.
Vieille et solide entreprise familiale fondée en 1726 par Asdrubal Van Der Konf et devenue  à force de labeur familial le consortium leader des chaufferies mazout familiales en Europe frileuse. Elle était la propriété de trois vieilles dames, les sœurs Van Der Konf, toutes trois célibataires, octogénantes et actionnaires à titre principale.
Ah je crois bien qu'il les avait envoûtées mon papa, il faut dire qu'il avait toujours bien présenté, son côté lieutenant de lancier valseur.
Sa première décision de visionnaire en chef fut de transférer les chaînes de production à Oulan-Bator, le siége social de Knokke-le-Zout à Ibiza et  de diversifier les activités de fonte thermique en se lançant dans la production discographique et plus particulièrement dans le « errandbi » et le rap agonistiques ainsi que les casinos, entertainements and resorts, Letroncheur avait même obtenu, « business as usual » la construction d'un ensemble omnipolymultithalassoculturels à vocation lucrative à La Conche à la place du vieux casino de la jetée des parisiens :
-Cela rajeunira l'image de marque de la société tout en conservant sa philosophie sinon tous ses préceptes: la chaleur et l'esprit de solidarité transgénérationnelle qu'elle crée.
La solidarité transgénérationnelle dans les chaudières ? Je demandais à voir. Bref il déconnait plein pot mon papa-zouli mais cela avait l'air de leur plaire aux vieilles dames quand même un peu octogénées. 
-Ah il faudra aussi changer le nom !
-Oooh !
Ce fut un cousin de La Branlaye, junior media planner editor  soit sous-rédacteur de seconde classe d'une agence de com' parisienne qui proposa pour remplacer l'antique, estimable mais par trop défensif C.G.F.T.B, le beaucoup plus offensif : Taartagle !
Ces dames furent enchantées :
-Et cela veut dire ?
-C'est un mélange d'anglais et de français exclamatifs un métissage heureux mais ils le sont tous et qui  sonne comme une promesse. Expliqua le cousin La Branlaye.
 *
    Hélas Père trop occupé par ses activités alchimiques et musicales, il passait ses fins de semaine à Haôlivoude dans la compagnie de chanteuses et de starlettes à peine nubiles quoique déjà conquises, ne me fut d'aucun secours lorsque le gouvernement se proposa à la suite d'un rapport opportuniste de mon secrétaire général de regrouper, un samedi, les filières betteravière et salades de saison en un organisme unique dont mon sus-nommé secrétaire général prit la présidence.
Je ne dis pas, cela allait sans doute dans le sens de l'histoire mais quand mâme me faire ça à moi ! Ah le sale petit con !
Le soir mâme l'investiture me fut retirée, mon détachement administratif supprimé, je réintégrais mon corps d'origine, la Cour des Comptes (de ménage) où l'on me chargea d'astiquer l'argenterie et de recompter les petites cuillers préfectorales.
 *
 Je débarquais dans les préfectures à six heures du soir et l'on m'enfermait d'office à l‘office, il y avait des consignes de l'Elysée-Matignon, j'étais un dangereux déviationniste, un fachisse, marrant de voir  tous ces bourgeois bornés, repus et profiteurs, raisonner et s'exprimer en  bas-marxiste, comme aux temps médiévaux la curaille crottée en bas-latin, la seule différence étant que le marxiste haut ou bas n'a jamais été une langue de civilisation.
Je demeurais en tête à tête avec le maître d'hôtel cégétiste, pernophile et sympathisant, qui me prenait en pitié très vite, bien entendu il en manquait toujours de ces foutues cuillers, alors pour se redonner du courage on se relançait au Pernod ou au « vin de noix de parrain ». C'est terrible le vin de noix de parrain ! :
-‘tin ch'uis con ! La belle sœur qui les a ! ‘les lui ai prêtées pour la communion du neveu !
-Ah mais c'est formellement interdit, je me vois obligé de consigner le fait dans mon rapport monsieur Poupard.  
-Appelles-moi Raymond, tiens on va changer un peu il a reçu du blanc l'aut' con à la dernière foire agricole, ‘l est même pas au courant ...
-Ah non, non... recel... de blanc sec préfectoral c'est trop grave...
-Mais si ça rince le blanc... et p'is il en boit jamais ça lui fout la migraine !
-Un p'tit alors monsieur... Raymond, j'ai déjà trop bu... bien sûr si vous pouviez les récupérer... je pourrais peut-être... à tître ecque-éché-ch'pionel...
-Les récupérer, ça va pas être facile... qu'elles soyent pas déjà vendues...
-Co...comment ça vendues !
-‘faut comprendre quand j'ai vu qu'elle avait un peu de mal pour boucler le réveillon, les cadeaux des mômes tout ça, j'ui ai dit à Aïcha, c'est la belle sœur, t'as qu'à les bazarder ils se rendent compte de rien ici, je leur ai repassé ma ménagère en inox et voilà !... il est bon hein, il vient de chez Bouchardier un voisin au beau-père à la Côte-Salins...
-Fa... fameux. Elle les gâte dis donc les mômes, c'était du massif restauration de chez Odiot tu sais...ah elle est brave ta belle-sœur, mon Raymond ! Ah vrai je vous aime bien moi !
 Le plus souvent je terminais ma tournée comptable dans des états innommables et c'était la femme du préfet qui m'évacuait en douce avec l'aide du chauffeur de permanence:
-‘ma'me la préféte z'êtes gironde... tout plein... si'ou permettez ‘ous mettrez bien ‘z'une ‘tite cartouche...
-Plus tard, plus tard vous allez manquer votre train monsieur La Gaspérine.
Elles étaient maternelles les préfètes mais elles ne pouvaient s'empêcher de me contempler à la dérobée avec quelque effroi, il fallait les comprendre elles se souvenaient de m'avoir vu à la tévé, repassé, moulé de frais, ciré de la tête au pied, la raie au milieu et les chaussettes en fil d'Ecosse breveté aux mollets, entreviouvé avec complaisance par quelqu'une ou quelqu'un de nos coquettes journalistiques vieillissantes aussi indéboulonnables que des ballerines septuo-bréjnéviennes du Bolchoï, et ces braves tévéspectateuses me retrouvaient, vautré dans mon abjection, puant le vomi et agitant à la fenêtre du train leur petite culotte que je leur avais dérobée sur le vif, un tour qui venait du grand Vate Marcel Chéchignac et à quoi son fils m'avait initié depuis son lit de douleurs, recouvert d'album de Bibi Fricotin et des Pieds Nickelés.
 *
 Ah c'est qu'il m'en apprenait des trucs depuis qu'il avait des loisirs, il passait sa convalescence à La Bégude, devenue son quartier général et sous la protection du personnel du restaurant, de drôles de type d'ailleurs tous ces garçons, célibataires et vivant à demeure dans l'immeuble, une sorte de confrérie priante et déconnante, en armes sinon toujours en guerre, contre quoi ?
 Il semblait que pour le moment la mobilisation se fut faite contre quelques tribus albanaises, descendues de leurs montagnes et montées à Paris avec en tête de prendre le contrôle des cercles de jeu parisiens et de l'approvisionnement de la place de Paris en cigares et cigarettes de contrebande, activités dans lesquelles Walter Chéchignac quoique breton partageaient de solides intérêts avec des corses :
-Et vous ne trouvez pas cela immoral de faire de l'argent avec vos produits dégueulasses?
-Vous rigolez mon petit vieux les tabacs bravadiens ont une renommée universelle et si le tabac en vrac est réceptionné nuitamment en Gréce où les cigarettes sont roulées, je vous le fait remarquer dans des manufactures d'état aux normes sanitaires et sociales  européennes et bien les cigares eux sont faits à la main et mouillés à la chatte à La Bravade par les meilleures cigarières du monde...
-Ainsi ils n'emploient véritablement que des femmes dans leurs manufactures, je croyais que c'était une légende ?
-Nullement, pour ça qu'il faut se méfier des cubains qui utilisent du personnel mixte d'où le goût souvent trop prononcé du cigare cubain, ils bouffent pimentés là-bas... oui je vous disais... et puis cela fait des devises et ils ont en bien besoin.
-Cela fait aussi un solide bénéfice pour vous ?
-Tout travail mérite salaire.
-Et la fameuse Fumita ? La Fuma Chuma ?
-Ma foi j'avais bien pensé un temps en importer en Europe, après tout  avec tout ce qu'ils se mettent ici dans le groin comme saloperies diverses et chimiques au moins ça c'est naturel, malheureusement ils fument toute leur récolte sur place, il y a même, c'est de tradition, une fête locale la Voudastocca où l'on fait un énorme fagot des feuilles de Chuma ramassées et séchées, ils y mettent le feu et tout le monde en profite même l'étranger de passage, ils enfument des vallées entières comme ça nourrissons compris, je crois que cela vient d'une mauvaise tradition orale, en oralité ils ne sont pas très calés les bravadiens comme l'a remarqué mon ami l'ethnologue : Lévis-Cooper, je vous en ai déjà parlé mais si le vendeur de télés du muséum, en ce moment il est là-bas, il fait une étude, je lui ai trouvé une subvention de l'Unesco.
Et chaque année c'est la même chose, tout part en fumée et en nausées et il ne reste rien à exporter. Mais assez parlé de moi, parlons un peu de vous, j'ai eu des nouvelles de vos deux... collaborateurs, ils ont demandé l'asile politique au gouvernement bravadien...
-Et alors ?
-Alors j'en ai référé avec avis favorable et l'asile politique leur a été accordé... pour emmerder Paris, et à l'heure où je vous parle ils devraient avoir fini de vider ma cave. Et votre campagne mon cher, comment se présente votre campagne ?
Je n'avais trop rien oser lui avouer de mes récentes humiliations administratives, et puis j'étais atrocement gêné car la belle Merry était là, prés de son homme, aux petits soins pour lui, elle était de plus en plus belle, mais je lui en voulais un peu, si elle n'avait pas été là le jour de... de mon coup de folie patriotarde, j'aurais eu encore quelque avenir dans l'administration d'occupation.
-C'est que ... je vais... je vais retirer ma candidature.
-Ah oui et pourquoi ça ?  
-Voyez-vous dans la vie... mon cher Valter... il faut savoir mettre ses con... ses cons-cons...vixjou...broumu... shmurk...
Je n'allais pas plus loin, je regardais la belle Merry et j'éclatais, je me dispersais en sanglots, je me répandais en chialades, morvages et hoquetis divers dans ses bras où elle m'accueillit sans réticences.
-Allons... allons il a eu un gros chagrin mais papa et maman sont là mon petit...
-Je t'en prie Walter !
Walter se moquait mais la belle Merry, elle, cherchait à me consoler, c'était là le principal, et ce que l'on était bien dans ses bras, en son sein généreux et exbaumant, j'en bavais de contentement.
Rien à voir avec tout ce que j'avais connu jusque là dans le genre opposé sinon ennemi: pimbêches hallebardières et factionnaires offensifs de la cause des femmes, bornées comme des gradés d'artillerie et sans mystère aucun qui se lançaient dans d'ignominieuses bordées de troufions à l'occasion mais vous rappelaient le manuel (de madame ma mère, le seul officiel) à la moindre incartade et vous débitaient le règlement et les attendus qui allaient avec:
-De quoi sont les femmes ?
-Les femmes sont l'objet... pardon, je veux dire le sujet de...
Des scolaires et des récitantes voilà tout ce que j'avais rencontrés au long de mes années d'étude et d'apprentissage, alors bien entendu la belle Merry c'était autre chose.
 *
 Très vite, je l'avoue, elle fut mienne. Bien sûr j'avais un peu le sentiment de trahir le Cher Valter qui ne m'avait toujours montré que bonté et bienveillance mais la chair parlait... et je n'étais pas mécontent de le faire cocu, sans compter qu'il n'était pas en état et qu'en quelque façon je le suppléais et lui épargnais des efforts coûteux pour sa santé déficiente.
Tout de suite entre nous ce fut passionnel, le duo de nos peaux en un crescendo molto impetuoso comme aurait dit Mère dans ses livres impubliables et surdiffusés, mais à la vérité le truc pas racontable surtout par une bonne femme, le moment de jungle.
Il n'y avait que cette manie qu'elle avait de faire ses comptes de tête pendant nos étreintes pourtant passionnées et interminables.
Un côté bougnat, elle était d'Issoire la belle Merry, qui me gênait mais quoi dire sinon qu'elle m'émouvait.
 *
 Au milieu de tout cela le Chef ‘von le Gueuzec débarqua :
-Ah mon petit Valter, mon petit Valter si tu savais !
Je n'étais pas retourné à La Conche depuis un mois, mais je savais par La Branlaye et Martial Médpeu qui m'étaient demeurés étonnamment fidèles et me faisaient rapport depuis la cave du consulat de Chéchignac où ils saucissonnaient en qualité de réfugiés politiques que la campagne de mon ex-condisciple à Jensors-de Saillie s'avérait calamiteuse.
-Il ne mord pas !
Il n'aurait plus manqué que ça !
Et puis il y avait son affichage qui ne collait pas et même déroutait l'électeur : 
« Noyeux Joël » en grand, en plein été personne ne comprenait.
Bref j'avais conservé une certaine légitimité, même Letroncheur le reconnaissait quand il s'était interrogé en plein réunion du Politburo du Parti :
-Et le mousse qu'est-ce qu'il devient, au moins avec lui on rigolait bien !
Mais il n'avait obtenu aucune réponse, la consigne étant que je n'existais pas et même que je n'avais jamais existé, on retouchait toutes les photos officielles où j'apparaissais et même l'on reécrivait l'histoire de la betterave républicaine pour en évincer l'apostat.
-Le remplaçant... Noyeux Joël il est mort noyé en allant aux moules. Version officiel. Nous lâcha enfin le Chef ‘von le Gueuzec après avoir vidé son verre de fine.
J'étais présent aux côtés de Walter Chéchignac qui se rétablissait sans empressement, il paressait dans ses douleurs, il avait quitté son lit et se baladait maintenant en fauteuil roulant autonome, gonflé et préparé par un sien ami garagiste, ses blessures se refermaient, comme à regrets. Il était entouré, par le cher Bédoncle, que tout le monde ici appelait Collégiateur, ce que je supposais être un grade chez les barmen, de fait il ne manquait pas d'autorité shaker en main, garçon étonnant, un peu bellâtre certes mais barman virtuose qui surveillait son établissement depuis son rade et m'enseignait le Martinibuki l'art du cocktail qui est tenu au Japon pour un art martial authentique tant il demande de soins, de maîtrise de soi et de réflexion au moins dans la phase d'élaboration puis de dosage, la consommation restant à l'appréciation de chacun.
Il y avait aussi la belle Merry dont je cherchais la main sans cesse et les seins et les fesses mais qui montrait devant Valter une pudeur estimable.
Et puis il y avait moi, loyal, quoique calculateur, mettons raisonnable, rationnel, peut être le cher Valter sortirait-il de l'épreuve quelque peu diminué et pourquoi pas impuissant ? Alors elle serait à moi, définitivement, exclusivement, quotidiennement, assidûment.
-Comment ? M'exclamais-je en lâchant la main de Bédoncle, souriant, Merry s'étant dérobé une fois de plus, à mon empressement.
-Oh c'est pas le pire ! S'il n'y avait que ça !
Quand même je revoyais la tête de ce pauvre Noël... je veux dire Joël, mais au fait à quoi ressemblait-il maintenant?
Je ne me souvenais plus de ce qu'« ils » en avaient fait je le revoyais gamin, à Jensors de Saillie nous faisions de la gymnastique corrective ensemble, entre cinq et six, décrétés tous deux mal foutus, honte de la race et de l'idéal laïcard, il était toujours perdu, naïf, appliqué le scolio mais jamais convaincu, allant d'affectation en affectation, du cours de sciences-naturelles à celui d‘anglais sans y prendre jamais aucun plaisir, courant après le programme, ne le rattrapant pas et alors, toujours, il se rassurait en prenant mon pas, que ne l'avait-il quitté.
J'étais ému. Il était mort enfant, j'en pouvais témoigner.
Valter vit ma peine et fit signe au Chef ‘von le Gueuzec de baisser le volume de sa trompe à couenneries.
Mais le messager s'en fichait bien, il était dans l'inspiration et il annonça que non seulement ça coinçait dans les cols mais aussi:
-L'une des sœurs Dartemont a disparu !
Je vis le visage de Chéchignac se cristalliser, devenir presque translucide et ses mains serrer les accoudoirs de son fauteuil et articuler comme en faisant craquer ses mâchoires :
-Laquelle ? Laquelle a disparu?
-Belcourt... Dartemont-Belcourt... on ne l'a pas revue depuis trois jours !
Alors comme un miraculé du jour, Walter Chéchignac se dressa, se mit debout, je ne sais pas, il avait comme une vision, ç't'homme-là, une inspiration, il marchait sans peine sinon sans douleurs, il ne marchait pas avec ses jambes ou ses pieds, dans ces instants il marchait avec sa tête, au vrai on aurait cru que comme le fantôme de son père il s'était soudain dématérialisé et pas à pas se déshabituait de soi et de ses souffrances.
-Bon aaaaallons-y !
Et le plus étonnant: nous y aaaallâmes. (à suivre...)

Publié par urbane à 04:33:30 dans / Walter Chéchignac | Commentaires (0) |

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