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URBANE TATTACK

LA LITTERATURE AU METRE

  UrbaneTattack le blog-feuilletons de L'UrbaineDesArts/NovelingPress/info@lurbaine.net


Toujours à la pointe du progrés et poursuivant notre oeuvre d'électrification de la littérature françoise, nous informons les lecteurs d'Urbane Tattack que les ouvrages de l'UrbaineDesArts Editions/Noveling-Press seront désormais téléchargeables sur Smashwords, et ce pour un prix modique qui ne couvre pas mâme le coût de la vapeur (quelle époque!), les premiers tîtres de notre catalogue disponibles en ebook et dans une foultitude de formats attrayants et du meilleur goût parisien sont ici:Lurbaine ebooks

Adhérez au C.E.R.C.O.N.S ! | 10 juillet 2007

Publié par urbane à 06:08:30 dans / C.E.R.C.O.N.S | Commentaires (0) |

Walter Chéchignac 19 par H.T.Fumiganza | 29 juin 2007

19.
Une convalescence agitée.
 De cette époque tragique, je me souviens surtout de mon éviction du Cercons que je vécus comme une dégradation publique alors qu'elle ne fut que fort peu publiée.
Mais c'était là le signal adressé à tous, la fusée bleue. 
La veille, présenté dans « les médias » comme l'un des plus sûrs espoirs de l'Union pour le Rassemblement, et promis aux plus hautes spécialités fromagères nationales et même bruxelloises, l'affront que j'avais fait à Gérald Sopalin et mon postillonage jugé comme éstrémisse par la direction du parti commençait de me fermer des portes.
Par bonheur, étant de vieille extrace parisienne et borguéso-combinarde, acheteur de biens nationaux sous tous les régîmes, je bénéficiais des protections paternelles et maternelles
Mère, si elle ignorait avec méticulosité son fils, connaissait tous les recoins de braguette de la rive-gauche, elle publiait beaucoup, elle avait toujours beaucoup plus publié qu'écris.
Chez elle tout était publique, elle en avait fait des volumes, sa sexualité d'abord, dont je n'étais qu'un des avatars et sans doute pas le plus intéressant, elle se souvenait avec attendrissement de son premier curetage mais point de ma première dent,   surnommée Paule Bourgéte ou Dupanlouve par la critique clandestine, elle était surtout l'auteur officiel du manuel de féminisme à l'usage des sous-officiéres et kaporales du corps de troupe et de  livres qui entre confession et slogans, tags et pensées dévotes, interdits new-looks et préjugés commodes, ressemblaient à des terrains vagues, où elle détaillait sa moralité de naufrageur, obscure, puante et asphyxiante comme un feu de pneus, et comment elle couchait avec de jeunes gens outillés en proclamant que c'était là sa liberté et que cela seule comptait et méritait oraisons et bout de l'an.
   Une liberté qui dépendait de l'arrivage de la marée du soir en jeunes auteurs arrivistes et des cours du jour du coupon du souvenir soixante-huitard, la rente Geismar, très décoté par rapport au cours d'introduction mais conservé en portefeuille par une clientèle de rentiers, de fonctionnaires de la pub institutionnelle et de pensionnés des administrations  du culte, une manière de rente Pinay intellectuelle, indexée non point sur l'or poinçonné mais sur la fumasserie militante, l'héroïne base et l'imbécillité satisfaite.
   Devant la quasi péremption de ce lectorat fidèle, la prochaine extinction de la « génération du feu », madame ma mère avait su se reconvertir et faire face en se gagnant chaque jour de nouveaux clients dans la marée montante des fières combattantes de l'ozone, foutriquets cyclistes et autres phobiques, concernés, profiteurs et... cocus puisque lecteurs de madame ma mère.
C'est qu'elle avait un truc à elle pour faire passer sa morale dépurative et fortement chargée en huiles lourdes, scories d'usinages, déchets d'arrière-cour et arriéres-pensées militantes de l'autre siècle: délaissant sa brosse rase de lesbienne croisée elle s'était convertie au chignon avec quoi elle ressemblait maintenant à sa grand-mère, et rassurait diablement la clientèle.
Un chignon à un coup modèle 1898, armement par la gueule, canardière à connards, connardiére brevetée.
 
Au vrai elle n'avait jamais été qu'une couventine dévote de son seul plaisir, elle avait mené petit train, égoïste et servile et aurait pu intituler ses mémoires: souvenirs de la petite ceinture.
 Malgré tout, elle me fut loyale, ayant placé sur mon conseil, une partie de l'héritage de ses tantes Guichard en valeurs betteravières, il n'était pas mauvais d'avoir quelqu'un dans la place.
 
Quant à monsieur mon Père, le fameux Président Régis Cardemeule, après un rapport fort remarqué sur les retraites, où il préconisait de limiter le nombre de retraités par des pratiques humanistes et responsables et en usant de moyens naturelles ou chimiques mais toujours éthiques (crédit d'impôts pour les héritiers qui se chargeaient eux-même d'administrer l'aïeul et cartouches anti-taupes fournis gratuitement en mairie), père donc, lui même titulaire d'une bonne quinzaine de pensions et rentes diverses et administrateur d'autant de sociétés, décida pour occuper sa retraite et payer d'exemple de commencer à soixante-dix ans passés une carrière dans les appareils de chauffe en prenant la présidence du conseil de surveillance de La Compagnie Générale de Fonte Thermique Belge sise à Knokke-le-Zout.
Vieille et solide entreprise familiale fondée en 1726 par Asdrubal Van Der Konf et devenue  à force de labeur familial le consortium leader des chaufferies mazout familiales en Europe frileuse. Elle était la propriété de trois vieilles dames, les sœurs Van Der Konf, toutes trois célibataires, octogénantes et actionnaires à titre principale.
Ah je crois bien qu'il les avait envoûtées mon papa, il faut dire qu'il avait toujours bien présenté, son côté lieutenant de lancier valseur.
Sa première décision de visionnaire en chef fut de transférer les chaînes de production à Oulan-Bator, le siége social de Knokke-le-Zout à Ibiza et  de diversifier les activités de fonte thermique en se lançant dans la production discographique et plus particulièrement dans le « errandbi » et le rap agonistiques ainsi que les casinos, entertainements and resorts, Letroncheur avait même obtenu, « business as usual » la construction d'un ensemble omnipolymultithalassoculturels à vocation lucrative à La Conche à la place du vieux casino de la jetée des parisiens :
-Cela rajeunira l'image de marque de la société tout en conservant sa philosophie sinon tous ses préceptes: la chaleur et l'esprit de solidarité transgénérationnelle qu'elle crée.
La solidarité transgénérationnelle dans les chaudières ? Je demandais à voir. Bref il déconnait plein pot mon papa-zouli mais cela avait l'air de leur plaire aux vieilles dames quand même un peu octogénées. 
-Ah il faudra aussi changer le nom !
-Oooh !
Ce fut un cousin de La Branlaye, junior media planner editor  soit sous-rédacteur de seconde classe d'une agence de com' parisienne qui proposa pour remplacer l'antique, estimable mais par trop défensif C.G.F.T.B, le beaucoup plus offensif : Taartagle !
Ces dames furent enchantées :
-Et cela veut dire ?
-C'est un mélange d'anglais et de français exclamatifs un métissage heureux mais ils le sont tous et qui  sonne comme une promesse. Expliqua le cousin La Branlaye.
 *
    Hélas Père trop occupé par ses activités alchimiques et musicales, il passait ses fins de semaine à Haôlivoude dans la compagnie de chanteuses et de starlettes à peine nubiles quoique déjà conquises, ne me fut d'aucun secours lorsque le gouvernement se proposa à la suite d'un rapport opportuniste de mon secrétaire général de regrouper, un samedi, les filières betteravière et salades de saison en un organisme unique dont mon sus-nommé secrétaire général prit la présidence.
Je ne dis pas, cela allait sans doute dans le sens de l'histoire mais quand mâme me faire ça à moi ! Ah le sale petit con !
Le soir mâme l'investiture me fut retirée, mon détachement administratif supprimé, je réintégrais mon corps d'origine, la Cour des Comptes (de ménage) où l'on me chargea d'astiquer l'argenterie et de recompter les petites cuillers préfectorales.
 *
 Je débarquais dans les préfectures à six heures du soir et l'on m'enfermait d'office à l‘office, il y avait des consignes de l'Elysée-Matignon, j'étais un dangereux déviationniste, un fachisse, marrant de voir  tous ces bourgeois bornés, repus et profiteurs, raisonner et s'exprimer en  bas-marxiste, comme aux temps médiévaux la curaille crottée en bas-latin, la seule différence étant que le marxiste haut ou bas n'a jamais été une langue de civilisation.
Je demeurais en tête à tête avec le maître d'hôtel cégétiste, pernophile et sympathisant, qui me prenait en pitié très vite, bien entendu il en manquait toujours de ces foutues cuillers, alors pour se redonner du courage on se relançait au Pernod ou au « vin de noix de parrain ». C'est terrible le vin de noix de parrain ! :
-‘tin ch'uis con ! La belle sœur qui les a ! ‘les lui ai prêtées pour la communion du neveu !
-Ah mais c'est formellement interdit, je me vois obligé de consigner le fait dans mon rapport monsieur Poupard.  
-Appelles-moi Raymond, tiens on va changer un peu il a reçu du blanc l'aut' con à la dernière foire agricole, ‘l est même pas au courant ...
-Ah non, non... recel... de blanc sec préfectoral c'est trop grave...
-Mais si ça rince le blanc... et p'is il en boit jamais ça lui fout la migraine !
-Un p'tit alors monsieur... Raymond, j'ai déjà trop bu... bien sûr si vous pouviez les récupérer... je pourrais peut-être... à tître ecque-éché-ch'pionel...
-Les récupérer, ça va pas être facile... qu'elles soyent pas déjà vendues...
-Co...comment ça vendues !
-‘faut comprendre quand j'ai vu qu'elle avait un peu de mal pour boucler le réveillon, les cadeaux des mômes tout ça, j'ui ai dit à Aïcha, c'est la belle sœur, t'as qu'à les bazarder ils se rendent compte de rien ici, je leur ai repassé ma ménagère en inox et voilà !... il est bon hein, il vient de chez Bouchardier un voisin au beau-père à la Côte-Salins...
-Fa... fameux. Elle les gâte dis donc les mômes, c'était du massif restauration de chez Odiot tu sais...ah elle est brave ta belle-sœur, mon Raymond ! Ah vrai je vous aime bien moi !
 Le plus souvent je terminais ma tournée comptable dans des états innommables et c'était la femme du préfet qui m'évacuait en douce avec l'aide du chauffeur de permanence:
-‘ma'me la préféte z'êtes gironde... tout plein... si'ou permettez ‘ous mettrez bien ‘z'une ‘tite cartouche...
-Plus tard, plus tard vous allez manquer votre train monsieur La Gaspérine.
Elles étaient maternelles les préfètes mais elles ne pouvaient s'empêcher de me contempler à la dérobée avec quelque effroi, il fallait les comprendre elles se souvenaient de m'avoir vu à la tévé, repassé, moulé de frais, ciré de la tête au pied, la raie au milieu et les chaussettes en fil d'Ecosse breveté aux mollets, entreviouvé avec complaisance par quelqu'une ou quelqu'un de nos coquettes journalistiques vieillissantes aussi indéboulonnables que des ballerines septuo-bréjnéviennes du Bolchoï, et ces braves tévéspectateuses me retrouvaient, vautré dans mon abjection, puant le vomi et agitant à la fenêtre du train leur petite culotte que je leur avais dérobée sur le vif, un tour qui venait du grand Vate Marcel Chéchignac et à quoi son fils m'avait initié depuis son lit de douleurs, recouvert d'album de Bibi Fricotin et des Pieds Nickelés.
 *
 Ah c'est qu'il m'en apprenait des trucs depuis qu'il avait des loisirs, il passait sa convalescence à La Bégude, devenue son quartier général et sous la protection du personnel du restaurant, de drôles de type d'ailleurs tous ces garçons, célibataires et vivant à demeure dans l'immeuble, une sorte de confrérie priante et déconnante, en armes sinon toujours en guerre, contre quoi ?
 Il semblait que pour le moment la mobilisation se fut faite contre quelques tribus albanaises, descendues de leurs montagnes et montées à Paris avec en tête de prendre le contrôle des cercles de jeu parisiens et de l'approvisionnement de la place de Paris en cigares et cigarettes de contrebande, activités dans lesquelles Walter Chéchignac quoique breton partageaient de solides intérêts avec des corses :
-Et vous ne trouvez pas cela immoral de faire de l'argent avec vos produits dégueulasses?
-Vous rigolez mon petit vieux les tabacs bravadiens ont une renommée universelle et si le tabac en vrac est réceptionné nuitamment en Gréce où les cigarettes sont roulées, je vous le fait remarquer dans des manufactures d'état aux normes sanitaires et sociales  européennes et bien les cigares eux sont faits à la main et mouillés à la chatte à La Bravade par les meilleures cigarières du monde...
-Ainsi ils n'emploient véritablement que des femmes dans leurs manufactures, je croyais que c'était une légende ?
-Nullement, pour ça qu'il faut se méfier des cubains qui utilisent du personnel mixte d'où le goût souvent trop prononcé du cigare cubain, ils bouffent pimentés là-bas... oui je vous disais... et puis cela fait des devises et ils ont en bien besoin.
-Cela fait aussi un solide bénéfice pour vous ?
-Tout travail mérite salaire.
-Et la fameuse Fumita ? La Fuma Chuma ?
-Ma foi j'avais bien pensé un temps en importer en Europe, après tout  avec tout ce qu'ils se mettent ici dans le groin comme saloperies diverses et chimiques au moins ça c'est naturel, malheureusement ils fument toute leur récolte sur place, il y a même, c'est de tradition, une fête locale la Voudastocca où l'on fait un énorme fagot des feuilles de Chuma ramassées et séchées, ils y mettent le feu et tout le monde en profite même l'étranger de passage, ils enfument des vallées entières comme ça nourrissons compris, je crois que cela vient d'une mauvaise tradition orale, en oralité ils ne sont pas très calés les bravadiens comme l'a remarqué mon ami l'ethnologue : Lévis-Cooper, je vous en ai déjà parlé mais si le vendeur de télés du muséum, en ce moment il est là-bas, il fait une étude, je lui ai trouvé une subvention de l'Unesco.
Et chaque année c'est la même chose, tout part en fumée et en nausées et il ne reste rien à exporter. Mais assez parlé de moi, parlons un peu de vous, j'ai eu des nouvelles de vos deux... collaborateurs, ils ont demandé l'asile politique au gouvernement bravadien...
-Et alors ?
-Alors j'en ai référé avec avis favorable et l'asile politique leur a été accordé... pour emmerder Paris, et à l'heure où je vous parle ils devraient avoir fini de vider ma cave. Et votre campagne mon cher, comment se présente votre campagne ?
Je n'avais trop rien oser lui avouer de mes récentes humiliations administratives, et puis j'étais atrocement gêné car la belle Merry était là, prés de son homme, aux petits soins pour lui, elle était de plus en plus belle, mais je lui en voulais un peu, si elle n'avait pas été là le jour de... de mon coup de folie patriotarde, j'aurais eu encore quelque avenir dans l'administration d'occupation.
-C'est que ... je vais... je vais retirer ma candidature.
-Ah oui et pourquoi ça ?  
-Voyez-vous dans la vie... mon cher Valter... il faut savoir mettre ses con... ses cons-cons...vixjou...broumu... shmurk...
Je n'allais pas plus loin, je regardais la belle Merry et j'éclatais, je me dispersais en sanglots, je me répandais en chialades, morvages et hoquetis divers dans ses bras où elle m'accueillit sans réticences.
-Allons... allons il a eu un gros chagrin mais papa et maman sont là mon petit...
-Je t'en prie Walter !
Walter se moquait mais la belle Merry, elle, cherchait à me consoler, c'était là le principal, et ce que l'on était bien dans ses bras, en son sein généreux et exbaumant, j'en bavais de contentement.
Rien à voir avec tout ce que j'avais connu jusque là dans le genre opposé sinon ennemi: pimbêches hallebardières et factionnaires offensifs de la cause des femmes, bornées comme des gradés d'artillerie et sans mystère aucun qui se lançaient dans d'ignominieuses bordées de troufions à l'occasion mais vous rappelaient le manuel (de madame ma mère, le seul officiel) à la moindre incartade et vous débitaient le règlement et les attendus qui allaient avec:
-De quoi sont les femmes ?
-Les femmes sont l'objet... pardon, je veux dire le sujet de...
Des scolaires et des récitantes voilà tout ce que j'avais rencontrés au long de mes années d'étude et d'apprentissage, alors bien entendu la belle Merry c'était autre chose.
 *
 Très vite, je l'avoue, elle fut mienne. Bien sûr j'avais un peu le sentiment de trahir le Cher Valter qui ne m'avait toujours montré que bonté et bienveillance mais la chair parlait... et je n'étais pas mécontent de le faire cocu, sans compter qu'il n'était pas en état et qu'en quelque façon je le suppléais et lui épargnais des efforts coûteux pour sa santé déficiente.
Tout de suite entre nous ce fut passionnel, le duo de nos peaux en un crescendo molto impetuoso comme aurait dit Mère dans ses livres impubliables et surdiffusés, mais à la vérité le truc pas racontable surtout par une bonne femme, le moment de jungle.
Il n'y avait que cette manie qu'elle avait de faire ses comptes de tête pendant nos étreintes pourtant passionnées et interminables.
Un côté bougnat, elle était d'Issoire la belle Merry, qui me gênait mais quoi dire sinon qu'elle m'émouvait.
 *
 Au milieu de tout cela le Chef ‘von le Gueuzec débarqua :
-Ah mon petit Valter, mon petit Valter si tu savais !
Je n'étais pas retourné à La Conche depuis un mois, mais je savais par La Branlaye et Martial Médpeu qui m'étaient demeurés étonnamment fidèles et me faisaient rapport depuis la cave du consulat de Chéchignac où ils saucissonnaient en qualité de réfugiés politiques que la campagne de mon ex-condisciple à Jensors-de Saillie s'avérait calamiteuse.
-Il ne mord pas !
Il n'aurait plus manqué que ça !
Et puis il y avait son affichage qui ne collait pas et même déroutait l'électeur : 
« Noyeux Joël » en grand, en plein été personne ne comprenait.
Bref j'avais conservé une certaine légitimité, même Letroncheur le reconnaissait quand il s'était interrogé en plein réunion du Politburo du Parti :
-Et le mousse qu'est-ce qu'il devient, au moins avec lui on rigolait bien !
Mais il n'avait obtenu aucune réponse, la consigne étant que je n'existais pas et même que je n'avais jamais existé, on retouchait toutes les photos officielles où j'apparaissais et même l'on reécrivait l'histoire de la betterave républicaine pour en évincer l'apostat.
-Le remplaçant... Noyeux Joël il est mort noyé en allant aux moules. Version officiel. Nous lâcha enfin le Chef ‘von le Gueuzec après avoir vidé son verre de fine.
J'étais présent aux côtés de Walter Chéchignac qui se rétablissait sans empressement, il paressait dans ses douleurs, il avait quitté son lit et se baladait maintenant en fauteuil roulant autonome, gonflé et préparé par un sien ami garagiste, ses blessures se refermaient, comme à regrets. Il était entouré, par le cher Bédoncle, que tout le monde ici appelait Collégiateur, ce que je supposais être un grade chez les barmen, de fait il ne manquait pas d'autorité shaker en main, garçon étonnant, un peu bellâtre certes mais barman virtuose qui surveillait son établissement depuis son rade et m'enseignait le Martinibuki l'art du cocktail qui est tenu au Japon pour un art martial authentique tant il demande de soins, de maîtrise de soi et de réflexion au moins dans la phase d'élaboration puis de dosage, la consommation restant à l'appréciation de chacun.
Il y avait aussi la belle Merry dont je cherchais la main sans cesse et les seins et les fesses mais qui montrait devant Valter une pudeur estimable.
Et puis il y avait moi, loyal, quoique calculateur, mettons raisonnable, rationnel, peut être le cher Valter sortirait-il de l'épreuve quelque peu diminué et pourquoi pas impuissant ? Alors elle serait à moi, définitivement, exclusivement, quotidiennement, assidûment.
-Comment ? M'exclamais-je en lâchant la main de Bédoncle, souriant, Merry s'étant dérobé une fois de plus, à mon empressement.
-Oh c'est pas le pire ! S'il n'y avait que ça !
Quand même je revoyais la tête de ce pauvre Noël... je veux dire Joël, mais au fait à quoi ressemblait-il maintenant?
Je ne me souvenais plus de ce qu'« ils » en avaient fait je le revoyais gamin, à Jensors de Saillie nous faisions de la gymnastique corrective ensemble, entre cinq et six, décrétés tous deux mal foutus, honte de la race et de l'idéal laïcard, il était toujours perdu, naïf, appliqué le scolio mais jamais convaincu, allant d'affectation en affectation, du cours de sciences-naturelles à celui d‘anglais sans y prendre jamais aucun plaisir, courant après le programme, ne le rattrapant pas et alors, toujours, il se rassurait en prenant mon pas, que ne l'avait-il quitté.
J'étais ému. Il était mort enfant, j'en pouvais témoigner.
Valter vit ma peine et fit signe au Chef ‘von le Gueuzec de baisser le volume de sa trompe à couenneries.
Mais le messager s'en fichait bien, il était dans l'inspiration et il annonça que non seulement ça coinçait dans les cols mais aussi:
-L'une des sœurs Dartemont a disparu !
Je vis le visage de Chéchignac se cristalliser, devenir presque translucide et ses mains serrer les accoudoirs de son fauteuil et articuler comme en faisant craquer ses mâchoires :
-Laquelle ? Laquelle a disparu?
-Belcourt... Dartemont-Belcourt... on ne l'a pas revue depuis trois jours !
Alors comme un miraculé du jour, Walter Chéchignac se dressa, se mit debout, je ne sais pas, il avait comme une vision, ç't'homme-là, une inspiration, il marchait sans peine sinon sans douleurs, il ne marchait pas avec ses jambes ou ses pieds, dans ces instants il marchait avec sa tête, au vrai on aurait cru que comme le fantôme de son père il s'était soudain dématérialisé et pas à pas se déshabituait de soi et de ses souffrances.
-Bon aaaaallons-y !
Et le plus étonnant: nous y aaaallâmes. (à suivre...)

Publié par urbane à 04:33:30 dans / Walter Chéchignac (roman en accés libre jusqu'au...) | Commentaires (0) |

Le Ségothon 2007 | 21 juin 2007

Publié par urbane à 07:33:27 dans / Ségothon 2007 | Commentaires (0) |

Une expérience mystique | 17 juin 2007

Une expérience mystique au Monastère de la Pierre qui branle par notre estimé directeur J.P.Chassavagne.

 Dans une vie même la plus chaotique et incertaine il vient un moment où s'imposent à vous les grandes interrogations métaphysiques quant à la validité de notre existence sur terre et de son utilité mâme et tout ce genre de choses. Un jour récent du printemps dernier cette expérience m'est arrivée et je voudrais la raconter ici.

J'étais dans ma voiture, au petit matin, perdu dans la vastitude complantée de la campagne Chauvignonne, et je cherchais un raccourci (que d'ailleurs (après bien d'autres) jamais je ne trouvai), tout semblait m'abandonner, même mon GPS (saloperie de bagnole coréenne !) qui n'émettait plus qu'en coréen des messages incompréhensibles sauf pour le coréen moyen ce que je ne suis point quant à mon téléphone suédois d'un naturel renfermé il demeurait muet, la prochaine fois j'achèterai un italien au moins c'est causant .

Je sortais d'un dîner d'affaire très arrosée qui à ma surprise (générale) s'était poursuivie sous la conduite de la représentante du Syndicat de la Librairie locale en une manière d'expédition punitive dans la boîte à partouzes du chef-lieu. A l'ordinaire je prise peu ce genre de divertissement où l'odeur de chaussettes se marie à celle du parfum à trois balles largement répandue par le tenancier de l'établissement, où les consommations sont hors de prix, les consommées hors d'âge et les bols de cacahuètes plein de poils de provenances diverses .

Dans ma tête embrumée j'eus la vision  infernale de la petite madame Chauvirot (Librairie Générale Chauvirot, 27, place de la Mairie au Chauvion ) qui venait à moi quasi nue (sauf les bas à varices et le string enfoui profond ) avec le cervelet et ses environs fourmillant d'arrières pensées offensives  envers l'auteur parisien.        

Je crois bien qu'elle fut passablement déçue par ma défense un poils trop souple et élastique.

Certains, à me lire, diront que j'avais le plus grand besoin d'un réforme morale. Certes oui j'en ressentais la nécessité mais plus encore celle d'une bonne carte d'état major.

Je ne sais comment, je ne sais pourquoi je me retrouvais sur un chemin de terre où je m'embourbai.

Je poursuivis la route à pied sur deux kilomètres au moins avant d'apercevoir un panneau où il était indiqué: Monastère Confiturien de la Pierre qui branle 3 KM. Retraite spirituelle- Séminaire-Nôces & banquets.  

3 bornes de mieux et allez donc, j'arrivais tout boueux et frappais... à l'interphone.

-Oui.

-Je... je suis en panne... et j'aurais voulu...

-Mais bien sûr entrez mon fils.

La porte était électrifiée et l'accueil digne d'une auberge de bon luxe avec bien entendu cette méticulosité des maisons religieuses, ici l'on pouvait sans crainte ni réticence manger à même le carrelages ciré ou comme je faisais se repaître au bar de biscuits apéritifs imberbes, j'en étais à rêver d'une boite à partouzes tenue par des bénédictins, ça aurait été quelque chose, quand le frère portier vint m'avertir que le père supérieur m'attendait dans son bureau.

Marié une fois à l'église mais divorcé deux fois au tribunal, depuis mes études chez les Frères Dévoirant de la rue de Ponssac à Villeneuve, je n'avais plus guère fréquenté les chapelles.

Le supérieur, le Père Marie Charles (nous voilà!) était un type haut et aiguisé, il faisait assez inquisiteur fiévreux, hors les yeux verts et le calme rayonnant.

-Bonjour Monsieur Chassavagne l'on m'a dit que vous aviez des problèmes de voiture ? Voulez-vous que je demande au Frère Barthélemy de voir ce qu'il y a à faire, c'est lui qui s'occupe de notre atelier de mécanique, c'est maintenant un spécialiste des coréennes.

-Je vous en serais reconnaissant mon père... 

-Bien, souhaitez-vous, en attendant l'heureuse issue de vos problèmes mécaniques, séjourner un temps parmi nous ?

-Mais... mais j'en serais heureux mon père.

-Re-bien nous pouvons vous proposer des temps d'animation ou de ressourcement spirituels : retraites, récollection, accompagnement, personnellement je vous conseille le stage ressourcement/soins de jours à 899 avec forfait labours intégral et stage poterie grégorienne... voici une brochure vous pouvez la consulter et vous donnerez  votre bulletin d'inscription au frère Clémentin.

Il appuya sur un bouton, un tonsuré hilare passa la tête par la porte.

-Le frère Clémentin va vous montrer votre chambre.

L'entretien était terminé.

En fait de chambre, il s'agissait d'une ancienne cellule chaulée remise aux normes civiles et donc tout à fait confortable, il ne manquait pas même le mini-bar ou la salle de bains, et la haute fenêtre donnait sur un beau parc méticuleusement entretenu.

Mes valises arrivèrent après quoi le Frère Barthélemy vint me prévenir qu'il avait trouvé la panne mais qu'il n'avait pas la pièce et que le repas du soir allait être servi dans le réfectoire.

Cette salle immense du réfectoire me rappelait d'assez pénibles souvenirs purée-poulet mais les effluves bienvenus qui venaient des cuisines n'avaient rien des relents de rata que j'avais respirés des années durant chez les Frères et les confitures, spécialités de l'ordre depuis sa fondation en 1134 étaient délicieuses.

Mon voisin de droite était un architecte connu : Jean Ressent, il traversait une crise existentielle, juste récompense pensai-je pour l'ensemble de son œuvre, à force de couvrir la France de murs de chiottes fissurés il inclinait à se prendre pour une grosse merde prétentiarde, mon voisin de gauche était un avocat de gauche, Maître Watefer, franc maçon et combinard, spécialiste des affaires de presse et qui avait l'habitude de venir ici après chaque contrôle fiscal autant dire qu'il avait son couvert mis à l'année, il lui aurait été sans doute plus simple de changer de comptable ou de se faire résident monégasque mais il préférait les complications métaphysiques,  tous deux avaient comme moi choisi le stage ressourcement/soins de jour et dés matin nous nous retrouvâmes dans les champs du monastère où nous nous exerçâmes sous la conduite de frère Clémentin à tracer des sillons, nous pouvions en tracer autant que nous le désirions (forfait intégral), c'est fatigant certes, surtout derrière une mule rétive et qui braque mal, mais je découvrais combien à force de tourner tout son esprit et je dirais mâme tout son être vers un travail aussi noble ( le sillon ça connote tout suite germination, naissance de la vie, droiture du geste et de l'esprit, la terre qui ne ment pas, Maréchal nous re-voilà... qu'est-ce que je raconte moi !) l'on s'extrait de nos sédimentations quotidiennes et médiocres ; bref à la fin de la matinée nous étions tous également crottés et bienheureusement éreintés.

Frère Clémentin, toujours rigolard, en nous distribuant nos paniers repas nous rassura en nous disant que l'après-midi serait toute assise car consacrée à la poterie grégorienne.

Maître Watefer protesta qu'il voulait encore en tirer une dizaine (des sillons ) à fins d'en avoir un bien rectiligne.

-Au début je m'inscrivais au stage terrassement/gros œuvre/rétroplanningue minceur mais je n'ai jamais été foutu de monter un mur droit et puis on imagine pas combien c'est fatigant ! Me confia l'architecte en mordant dans son pain.

Nous tournâmes de la glaise tout l'après-midi, l'architecte voulu emmener son ouvrage un bol à balayette de style corinthien  pour l'offrir à sa maman à la prochaine fête des mères, je laissais pour ma part  mon œuvre sur l'étagère de la postérité anonyme.

 

Le soir vint, apaisant et bienvenu. Dans le réfectoire, marchant au pas des autres, avec tous les autres, je ressentis soudain comme un rassemblement de tout mon être, mais je ne repris pas de confitures au grand désappointement de frère Clémentin. A dire le vrai, je sentais confusément que l'affaire devenait sérieuse, je me rendais compte que toute ma vie j'avais cherché cette sérénité confiante que je venais de découvrir au détour d'une colonne, à cet instant je formai le projet de demeurer ici le restant de mon existence, loin de ce Paris chaque jour un peu plus grotesque, babylonien light, Sodome hypocalorique.

Oui, je me couchais enfin apaisé et conscient.

Je me réveillais au milieu de la nuit, nulle bruit autour de moi, mais comme une présence, je me dressais et vis sur le mur crayeux une figure resplendissante, souriante et...barbue :

-Est-ce vous Seigneur ? Murmurai-je sans même je crois bien articuler les mâchoires.

Il était là ! La réponse était là, elle me faisait face... juste au dessus du mini-bar.

-Seigneur ô Seigneur que dois-je faire ?

-Dé-gage !!!       
 

Bon le lendemain je réglais ma note, avec les suppléments plus la réparation, la pièce étant arrivée assez miraculeusement au matin, leur véquinde d'animation spirituelle m'avait coûté la peau des fesses.

Publié par urbane à 07:08:29 dans / Une expérience mystique au Monastère de la Pierre qui Branle... | Commentaires (0) |

La vraie soupe au mégot parisienne 2/2 par G.M.Neoletto | 15 juin 2007

Certes l'addition était modique mais cela n'excusait pas tout et surtout pas l'inexcusable : le doigt dans le bouillon. Nous  rejoignîmes nos vélos respectifs avec chacun en tête la même obsession: faire cesser ce scandale au plus tôt ! En passant devant un restaurant thaïlandais je regardais songeur et à regrets la carte des spécialités traditionnelles, je connaissais bien la Thaïlande dés que j'avais un week-end prolongé j'en profitais pour aller y passer trois semaines. Peuple admirable, parmi les premiers à avoir initié le tri sélectif, je me souviens encore d'un restaurant le Radada Patpang qui servait un délicieux Shapout Durom à base de Bergasol fermenté aux poils de foune, eh bien il y avait toujours deux poubelles à l'entrée l'une pour les déchets de cuisine et l'autre pour le plat du jour en libre service. 

Le lendemain au bureau je me mis au travail délaissant la rédaction d'un rapport pourtant fort important que j'avais en cours sur le développement d'une pédagogie sociale contraignante à l'égard des locataires non fleurisseurs de rebords de fenêtre qui par leur indifférence voire leur hostilité à une pratique sociale pourtant gratifiante défavorisent  les insectes butineurs et participent par là-même au réchauffement climatique sus-mentionné (annexe III G). J'envisageais un barème de sanctions et d‘amendes ainsi que des stages de rééducation en milieu fermé (camps dans des deltas marécageux, Camargue par exemple) et je préconisais dans le même  temps une grande politique de  prévention des chutes de pélargoniums en pot qui avait l'année dernière occasionné une moyenne (corrigée bien entendu des variations saisonnières et des entrées maritimes) de 8.79 décès pour 100000 habitants. Peut-être même pouvait on envisager une campagne de sensibilisation et d'éducation auprès des populations de pélargoniums urbains voire des stages parachutistes.

Je commençais par interroger différents fichiers centralisés courants  à fins de savoir si mon auvergnat y figurait :

Le fichier des détenteurs de sacs de caisse en matière plastique,  des obèses et consommateurs de corps gras, des chasseurs de Bougrindubourg et autres espèces protégées, des délateurs assermentés de conjoint divorcé, des auteurs de conduites sociales à risques (exemple: tourner les pages d'un magazine est une conduite sociale à risques : on peut enrhumer son voisin !), des individus sujet à addiction (exemple : regarder tous les jours le feuilleton de la 3 à 20 heures est une addiction (et aussi un signe de couennerie ! note de la rédaction)) des détenteurs de poêle sans queue (milieux sado-maso), des détenteurs de queue sans poils (cabinets ministériels), aussi le fichier des non-téléspectateurs de plus de dix-huit ans ayant fait l'objet d'une non condamnation pour non consommation de ménagères de moins de trente ans dans les vingt-sept derniers mois enfin le fichier central des personnes n'émargeant à aucun fichier : FICPNAAF (elles ne sont plus que 114 actuellement sur le territoire mais sont tenues pour particulièrement dangereuses : déviance d'évitement social et sont donc particulièrement surveillées .)

Vers dix heures du soir (la première fois que je restais aussi tard au bureau mais c'était une veille de véquinde et j'en profitais pour faire connaissance avec un monde étonnant que je ne soupçonnais même pas: le concierge sri-lankais aidé de ses nombreux cousins avec la rapidité et l'organisation d'une unité du Génie avait transformé les bureaux en atelier de chaudronnerie où un personnel nombreux et incessant s'affairait déjà à la réparation de mécaniques Toyota. Je le félicitai pour son sens de l'initiative et son esprit d'entreprise. Décidément ces non-français sont formidables !), oui je disais donc que j'avais découvert enfin quelque chose : un signalement de l'auvergnat. Fait par un agent de la circulation officiant devant l'école de ses enfants et qui avait remarqué que le cadet qui accompagnait l'aîné dans les bras de son père jusqu'à la porte du collège ne portait point de chaussettes malgré les froideurs de Novembre, le fonctionnaire de police avait suspecté de possibles maltraitances et envoyé un signalement circonstancié en trois exemplaires (trois fois le même mail au même service concerné quoi ! Oui il y a encore du travail de formation à la modernitude à faire dans la police.) Des enquêtes de voisinage et de paramétrage social avait été diligentées par les services sociaux durant 17 mois, le père fautif convoqué, son domicile perquisitionné et une réserve conséquente de chaussettes pour enfants découverte, ce qui l'innocentait en partie d'autant qu'il avait pu prouver qu'il s'était garé juste à côté de l'école. Bien heureusement le dossier du signalement n'avait point été « déconservé » car une autre conduite antisociale grave avait été relevée: il avait garé sa camionnette sur les clous. Mais là encore déception il avait réglé son amende et même fait son autocritique publique et dénoncé son beau-frère au cours d'un stage de  récupération de points.

Je relisais l'épais dossier (14064 pages quand même !), j'avais quelque mal à me concentrer à cause du bruit et de la musique et puis la porte s'ouvrit et trois filles blondes déboulèrent dans mon bureau enroulées autour d'un type à peu prés saoul :

-C'est bien ici la Bombita ! Dit l'une des filles en allumant une cigarette... la boîte de nuit quoi ?

Je demeurais coi mais elle me désignait d'un doigt insistant l'enseigne lumineuse et clignotante de trois mètres de haut que le concierge venait d'installer au troisième étage.

-Eh bien on dirait... C'est au troisième ?... c'est à la Compta... mais... mais éteignez cette cigarette il est interdit de fumer dans les bur...

Ils étaient déjà partis et dans le même temps où ils claquaient la porte j'eus comme une illumination :

-La route du mégot il faut couper la route du mégot !

Je tenais mon auvergnat.  

 

J'avertis dés le lundi matin les collègues de la Brigade Antifumage à la Préfecture de police, je les mis au courant  de l'industrie coupable exercée par l'auvergnat ils firent une descente un samedi soir le restau était plein, c'était tous des clients qui attendaient leur soupe au mégot. On saisit plusieurs cartouches de Gauloises chez lui dont certaines entamées, son beau frère le dénonça ainsi que son plus jeune fils qui venait de subir un entraînement de dix jours à la lutte anti homophobique anti tabagisme anti poêles qui collent et bouchons dans l'œil à l'école Maternelle Cyril Collard de la rue Charlie Gaul.

L'auvergnat essaya bien de négocier mais en vain. Fermé six mois, à la réouverture, à peu prés sevré, il proposa « une soupe aux bonbons mentholés à l'ancienne », mais sans grand succès il exhuma une vieille recette de « soupe au panaris mariné du commis à ma façon. » mais ce n'était plus ça, les habitués ne retrouvaient plus l'ambiance un peu clandestine et coupable  que l'on appréciait lorsque l'on venait s'encanailler ici dans le temps, quelques fois on retrouvait même dans ses préparations culinaires une patcheux anti tabac flottant sur le bouillon, bref c'était vraiment devenu n'importe quoi.

Finalement l'auvergnat reçut le coup de grâce avec un courrier du fisc qui lui demandait le remboursement d'un trop perçu à la suite d'un trop payu :

-Fumiers de fonctionnaires !

Il venait de comprendre que son monde n'existait plus et se pendit au réverbère devant son restaurant avec l'un des bas de sa femme.

 

Je crois pouvoir dire aujourd'hui que cette affaire fut rondement menée et j'en aurais retiré une pleine, entière et légitime satisfaction si son dénouement heureux n'avait été quelque peu gâchée par ce qui s'ensuivit : d'abord  la découverte que je fis au cours de mon enquête en croisant, la routine, les fichiers des détenteurs de produits d'épargne indexés en roubles convertibles avec celui des inscrits maritimes du 18° arrondissement : Jean-Nick, dont la famille est d'origine bretonne, apparaissait sur les deux fichiers, poursuivant mes investigations je découvris qu'il achetait régulièrement des insignes militaires allemands du troisième Reich sur des sites  wouébes russes et les revendait avec force bénéfice à de pauvres occidentaux inconscients, je fus dans l'obligation de faire un signalement aux services concernés.

Jean-Nick est actuellement détenu à la quatrième section, cellule   478  de la prison de Fresnes.

J'occupe la cellule 480, juste avant d'être incarcéré, Jean-Nick avait découvert que j'étais un lecteur régulier d'Urbane Tattack et il avait fait un signalement aux services concernés (non pas les mêmes, d'autres, mais tout aussi concernés !) et je suis en attente de mon jugement, j'espère qu'ils seront assez sévères, c'est pas des trucs à faire, d'ailleurs pour m'occuper je travaille à une campagne de sensibilisation contre.

Publié par urbane à 06:14:35 dans / La vraie soupe au mégot parisienne. | Commentaires (0) |

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