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Je vis trop souvent ce que je ne dois pas vivre, ce qui devrait rester sur une étagère hors de ma portée. J'admire et je goûte toutes ces choses, ces mets dangereux et ces alcools délicieux et délivrants, le sucre rouge et lisse des bonheurs au goût d'eau salée qui emplit le corps pour toujours.
Je vis trop, et trop de vies en même temps; je vis mon passé chaque jour; et j'ai comme besoin sans cesse de vivre ce qui devrait être mon avenir, je cours devant le temps; je vis aussi ce que je ferai vivre à ces personnages qui m'habitent, des choses que je n'ai jamais vécues et que je veux deviner. J'essaie de vivre ce que je veux vivre; je me trompe de sens.
Pourquoi toujours ouvrir toutes les boîtes, toutes les bouteilles, tous les colis, tous les sachets, tous les bocaux, pour découvrir, sentir, entendre, goûter, palper le bonheur dedans et quand j'ai trouvé la bonne, sentir la boîte glisser de mes mains, parce qu'elle est trop lourde, parce que mes mains sont trop jeunes?
Je voudrais arracher cette peau qui vit à l'intérieur de moi et qu'on a touchée. Je voudrais avaler quelque chose qui la fasse joliment pourrir et tomber, l'évacuer de moi, pour que quelque chose de propre et de vivant se forme, une peau lisse avec des veines des artères et tout et tout, qui brille à la lumière, humide et merveilleuse, comme je n'ai jamais eu. Comme j'aurais peut-être eu si j'avais vécu à ma place. J'avais perdu le chemin de mes cauchemards les yeux ouverts, des histoires qui s'inventaient au fur et à mesure que ma peur grandissait. Je l'ai retrouvé mais les histoires sont vraies.
J'ai peur de moi parce que je n'existe pas. Je n'ai jamais existé. Sentir était un début d'existence lié à la réalité; comme si un moment la nature m'avait rappelé ce pour quoi j'étais faite. J'ai voulu plonger mais je ne sais pas faire. Je n'ai pas de courage. J'avais un lien avec le réel qui ouvrait quelque chose; la porte est fermée, silence, on a mal de soi par soi, encore.
Je ne suis plus excitée par la vie; je retourne au non-être. Et j'attends.
Publié par déviante à 20:56:30 dans despiration | Commentaires (2) | Permaliens
Les pavés
volent de nouveau, comètes grises, sous le pas-course qui fuit. Le sol
qui ne répond pas, et porte simplement tandis qu'on le frappe. Je lui
ai raconté une histoire entre les coups. Les pavés ont souri. Il faut
s'arrêter quand il n'y a plus de sol.
Des pas comme des questions-coups, vomies à chaque respiration comme
autant de chimères qui auraient pu être merveilleuses, mais qui n'ont
pas fleuri. Encore dans leur enveloppe, peau de grenouille, elles sont
tombées à terre, et sont devenues cailloux anguleux, au visage sérieux.
J'ai couru comme ce jour qui ressemblait à hier.
Vouloir du courage peut coûter soi-même et vider tout. Je suis comme
une maison sans meubles, qui a ouvert ses fenêtres dans l'espoir de s'y
envoler.
Je dois passer au-dessus du temps. Donner enfin une naissance à ces deux personnages qui vivent en moi, les sculpter, les modeler, les regarder vivre pour oublier que je dois vivre maintenant...
Publié par déviante à 20:35:07 dans le temps qu'il fait et ce que le temps fait | Commentaires (0) | Permaliens
Enveloppée
Comme dans une main moite, un poing-utérus froid, les fourmis et la sueur dans les os, et les mots qui chacun parlent sans s'arrêter sans s'arrêter et me racontent des histoires toutes différentes, mais toutes effrayantes, des contes réels et désastreux...
Jolie parenthèse, ma foi
Un peu trop jolie...
[Le temps avance constamment, transforme et demande sans cesse des réponses nouvelles à des questions nouvelles.]
Publié par déviante à 15:13:46 dans despiration | Commentaires (2) | Permaliens
Tu sens
La pierre vivante
Publié par déviante à 17:10:24 dans despiration | Commentaires (2) | Permaliens
[La nausée a déserté rêves et éveils
Le papier se tait
Brûle sur lui-même
Et dessine une simple idée calme muette]
Publié par déviante à 17:09:16 dans paroles de papier | Commentaires (0) | Permaliens