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Le monde avait connu, croyait-il, la plus atroce des rages humaines, et les années d'entre-deux guerres allaient être les plus exubérantes et créatives de notre siècle ─ celui qui restera « le nôtre » : permissif, ouvert et audacieux.
Folles années sandwiches aux explosions artistiques, aux débauches de luxe, où la société n'aura de cesse de combler par ses épanchements utopiques les vides laissés par quatre ans de mort disciplinée.
Et pourtant... L'Europe à nouveau avait plongé dans le chaos, et jusqu'à la fin, telle une star de comédie musicale refusant l'ultime tomber de rideau, l'Amérique, toute jazz et chromes malgré la crise, restait fidèle à elle-même.
1941, le point de non retour où son univers basculerait irrémédiablement dans la modernité, laissant derrière lui les flammes éteintes de quelques nostalgies rococo... Garbo la belle se retirait du monde, et Pearl Harbor tournait la page.
Les ans sont passés, le luxe a survécu, l'art aussi ; ce sont les deux choses qui passent à travers tout ! Simplement tout est plus éphémère et volatile, et ces années où, tels les lourdes limousines qui arrêtaient le temps sur leur passage, les rêves prenaient la peine de s'épanouir avant de se faner, résonnent encore de souvenirs délicieusement démodés.
S'arrêter quelques instants pour les regarder passer est aujourd'hui un petit luxe bien sympathique...
Publié par van doren à 16:21:15 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) | Permaliens
Les villes ont leurs figures historiques, dont les plaques commémoratives, au détour des rues, rappellent les exploits. Elles ont, par la même occasion, la mémoire courte sur le côté obscurs de ces personnages ; mais chaque médaille a son revers...
Situé à l'angle de la rue du Bec et de celle du Gros Horloge, cet hommage à Cavelier de la Salle rappelle (que je vous le déchiffre car mon objectif est aussi myope que je suis astigmate...) que ce dernier, natif de Rouen, fonda la Louisiane, remonta le Mississipi, etc.... (mais ne dit pas que, faute d'organisation, il s'y perdit, et que pour cause de mauvais caractère, les quelques hommes qui avaient réussi à survivre à sa dernière expédition le gratifièrent finalement d'une balle dans la tête...).
Les continents, à cette époque, celaient encore leurs secrets, et les explorateurs intrépides jetaient, au rythme de sanglants (et enrichissants...) exploits, de nouveaux noms sur les cartes...
Ainsi La Salle donna la Louisiane à la France, et Cadillac (fondateur de Detroit et doté d'un sens moral tout aussi douteux que celui de son aîné...) la gouverna à sa suite. Deux emblèmes d'un monde nouveau en pleine expension ; deux marques significatives de l'histoire automobile américaine.
Luxe, audace, conquête, aux secondes comme aux premiers ces termes pourraient convenir, illustrant ces paquebots roulants que l'on ne peut s'empêcher d'admirer...
Alors contentons-nous de ce plaisir, et quand bien même, au-delà de leur héroïsme, ces deux individus n'eussent été que de vulgaires fripouilles, les créations qui portent leurs noms se sont bien chargées d'en faire oublier l'origine.
Publié par van doren à 15:56:01 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) | Permaliens
La journée d'hier était placée sous le signe de la compétition : un grand prix de Formule 1, des voisins qui concourraient à engloutir le plus de bières possible..., et tandis que je passais une partie de la nuit à compter les canettes glorieusement jetées dans une poubelle, je repensai à ce visage croisé au détour d'un rangement de documentation.
Celui de Renée FRIDERICH qui, en 1932, prit le départ du PARIS - SAINT RAPHAËL au volant d'une DELAGE D8 S. Passons sur la fin tragique de cette demoiselle qui, plus familière des véloces BUGATTI 35, se laissa surprendre par l'imposante masse de la DELAGE (1700 kg...) et ne sut la maîtriser. N'en retenons que cette expression dans son regard, et un mot qui vient à l'esprit : passion.
Son cas n'illustrant que trop l'étymologie du terme dévolu à la souffrance, au-delà de cette signification première (quoiqu'une passion nous torture toujours un peu puisqu'elle vient souvent en opposition aux contraintes raisonnables et raisonnées de notre portion de vie socialement indispensable...) je me demandai si le fait de passer mes journées sur des objets dont l'existence n'a d'obligatoire que la satisfaction de passionnés n'était pas comme une bouffée d'air pur dans les objectifs et motivations marécageuses du monde qui nous entoure.
C'est sans doute à cela que servent les heures passées à appliquer des techniques que l'on range sous le terme d'« artisanat », avec toutes les connotations que cela suppose et qui semblent avoir quelque peu évolué au fil des ans.
De la notion de « savoir faire » (« techne » en grec signifiait « art »), on est passé pendant un temps à l'idée du « fait à la main », donc moins bien que par des machines : l'objet « artisanal » devait donc présenter quelques défauts, être quelque peu imparfait, faute de quoi il n'aurait pas paru authentique ou sincère face à son homologue industriel froidement exécuté. Aujourd'hui, au baromètre de la passion du collectionneur, le spectre du rapport qualité / prix, l'amalgame concurrentiel entre produit artisanal et industriel ont, je pense, remis en place les notions originelles, et l'achat d'une auto miniature, si subordonné soit-il à la passion du collectionneur, répond aussi à un besoin de qualité tout à fait bienvenu.
Bien sûr, la perfection du geste humain n'existe pas non plus dans ce domaine, d'où la tentation chez certains artisans d'informatiser, de robotiser, par-ci par-là, juste un peu (ou beaucoup...), pour faire plus net (et aussi dans un souci de rentabilité...), sorte de « plus blanc que blanc » qui oublie qu'un objet, pour susciter la passion, doit tout de même en être un peu inspiré...
Faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux... Le collectionneur n'ignore pas (du moins je l'espère...) que le travail effectué est malheureusement contingenté par des limites économiques, l'artisan n'ignore pas ce que son porte-monnaie doit parfois concéder à la qualité technique ; tout deux font semblant de rien, jouant l'équilibre, et c'est ainsi que, dans ce monde que parfois on ne reconnaît plus, peuvent perdurer certains échanges fondés sur des notions intemporelles et essentielles que l'on appelle sincérité et passion.
Publié par van doren à 10:31:21 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) | Permaliens
(Pardon, je n'ai pas pu résister...)
La pluie claque sur mon ciel de verre, et les gouttières débordent en cascades. Ce matin, la ville est déserte d'une foule happée par les quais de la Seine où les 24h motonautiques hurlent avec rage. Je me contente de les entendre...
Premier jour d'un mois tout neuf au calendrier toujours réprobateur, et les Biscooters qui me regardent en chiens de faïence... Il est des métiers qui se prêtent particulièrement à la solitude, au simple dialogue avec la matière.
Travailler à plusieurs dans la même pièce (c'est ce que nous avons fait Jérôme et moi pendant quelques temps) présente l'intérêt de s'entraîner l'un l'autre. Mais la promiscuité (même lorsqu'on l'apprécie...) trouve vite ses limites dans la nécessité de ne pas sursauter à un bruit extérieur, dans des efforts de concentration parfois en décalage avec ce qui se passe sur le plan de travail d'en face.
Travailler seul, c'est affronter seul les interrogations, le matériel qui ne suit pas toujours, l'astuce qui vous manque et que l'autre trouverait certainement. Mais être côtoyé, c'est aussi rendre visible les failles, paraître parfois sous son mauvais jour, comme si le spectateur pouvait non seulement critiquer le film, mais de plus vous juger en coulisse...
L'idéal (cela restera une utopie) serait un grand atelier où chacun ait son carré de mètres, réunissant tous les actants du prototypiste au monteur. Ainsi chacun pourrait voir les contraintes des autres, et la réalisation n'en serait que plus aisée (et quel gain de temps dans la circulation des informations !). Le contexte économique ne permet hélas plus aujourd'hui ce genre d'organisation. Le prototypiste est face à sa sculpture, le fabricant au chaud à sa fonderie, les sous-traitants au bout de la ligne téléphonique, le monteur au milieu de son tas de pièces...
...Allumer la machine à café, brancher la radio sur une station jazz,
au boulot !
Publié par van doren à 09:22:14 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) | Permaliens
Je ne crois pas au destin, je crois seulement au jeu des rencontres. La vie n'est qu'une somme de hasards que nous empilons comme des équilibristes, ou comme des maçons selon les cas, enfin comme on peut...
Mon grand-père était dans les moteurs de voitures, mon père dans les moteurs d'avions ; j'eusse été un garçon ...
On ne m'a poussé à rien dans ce sens, bien au contraire. Mais, qu'y faire, notre intérêt se porte là où bon lui semble ! Et le mien éprouve la même jubilation à se pencher sur une batterie de casseroles qu'au-dessus d'un bon vieux quatre cylindres italien...
Cela dit, sujet très récemment évoqué, qu'il y ait une façon masculine ou féminine d'aborder le montage de miniatures, je n'en ai aucun doute, tout bonnement parce que notre cerveau n'appréhende pas les choses de la même manière (même quand on n'est pas blonde.........).
Nous sommes ce que nous faisons, nous faisons ce que nous sommes, ça fonctionne dans les deux sens.
Cet après-midi, je me familiarise avec un prototype sous le signe du lion... mais nous aurons l'occasion d'en parler bien plus longuement...
Publié par van doren à 14:31:36 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) | Permaliens
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