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L air du temps

Vous et nous...

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"Les chemins qui vont à la mer | 19 novembre 2006

C'était au temps où l'automobile avait dépassé le simple stade d'invention pour devenir symbole de bon goût, au même titre qu'une robe de couturier. Et les berlines et leurs chauffeurs promenaient moustaches en guidons et bottines à boutons de la caste la plus dégagée des contraintes matérielles vers les villas d'une plage en vogue.

De ces maisons aux entrelacs forgés, aux vitraux fleuris, descendaient d'étroits escaliers, à deux pas du sable fin. Là, sous la dentelle des ombrelles, les regards se tournaient vers un horizon brumeux dont ni Debussy ni Ravel n'auraient renié les ondes.

Paris-Deauville, les malles des autos remplies pour un week-end des envies d'évasion, gavées au retour de folies et d'air pur... Liberté d'un début de siècle où les rêves s'épanouissaient, comme les kilomètres sous les roues des Delage, Bugatti ou autres Voisin, entre un casino et un concours d'élégance.

Etrange époque aux lignes pures et délicates où les carrosseries « habillaient » les chassis comme les robes leurs conductrices, quitte à être parfois dessinées par la même personne (pensons à Sonia Delaunay), et où même le chantre du fonctionnalisme se laissa aller à produire des voitures aux carrosseries d'un écossais parfaitement assorti à leur intérieur...

Lorsque vos yeux se poseront sur les reflets d'un de ces longs capots sous les spots d'une vitrine, prenez bien le temps de goûter cette atmosphère passée, ornée de volutes et de courbes, et que « Les Chemins de l'Amour », charmante quoique légèrement anachronique petite valse de Poulenc, pourrait illustrer, si vous avez envie de l'écouter...


« Les chemins qui vont à la mer
Ont gardé de notre passage,
Des fleurs effeuillées
Et l'écho sous leurs arbres
De nos deux rires clairs.
       ..............
»




Publié par van doren à 17:26:17 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) |

Mon Amérique à moi | 13 novembre 2006

Un titre dont la source n'échappera pas à la belgitude qui fréquente ce blog...
Lorsque j'étais enfant, il arrivait qu'on envoit mon père dans le désert d'Arizona écouter si les moteurs d'avion avaient le même bruit là-bas qu'ici. J'imagine d'ailleurs avec amusement la confrontation entre technologie dernier cri made by dollar et bonnes vieilles compétences made in Normandie. Ils devaient lui parler cadrans, boutons, tests, informatique, et lui devait leur répondre expérience mécanique, instinct, oreille...

1970 dans nos contrées innocentes. Les CADILLAC que reproduit VICTORY n'avaient que trente ans (quasiment l'âge de ma voiture aujourd'hui !), comme quoi le temps est élastique et la vétusté relative. Les cartes postales nous envoyaient l'image d'un folklore ensoleillé de chapeaux et franges à touristes sur fond de country, de noms inconnus, de territoires épicés.

Au retour, il y avait sur les photos d'immenses voitures aux carrosseries droites et lisses (si loin de l'AMI 6 de mon institutrice), mon père en lunettes de soleil et pan de chemise battant au souffle brûlant du désert, et ces montagnes érodées aux teintes violettes. Les cactus d'Arizona, le Grand Canyon et ses roches taillées par le temps, et tout au fond le filet rouge du Colorado chargé de leur sable. Et puis des paquets, avec des objets indiens et des poupées au visage rouge, aux cheveux noirs nattés de plumes...

Plus de trente-cinq ans que ces photos dorment dans leur placard, avec les cartes postales et mes étonnements d'enfant.
Un jour mon père ne sera plus, emportant avec lui ses souvenirs, ses pas allant rejoindre ceux des indiens nulle part où plus rien n'existe. Il me restera quelques objets, et un attachement bizarre, dont Ray, là-bas, qui me demande de monter des CADILLAC ne sait rien, à ce pays que je ne connais pas, ses voitures trop grosses, trop bardées de chromes, trop fardées de couleurs, à cette culture qui n'en est pas une à force d'en assimiler.

Allez savoir...

Publié par van doren à 08:37:54 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (2) |

Gratter plus haut... | 23 septembre 2006

L'homme ayant appris à empiler les étages, il fut un jour où, lassé d'envahir la planète horizontalement, il entrepris d'aller se mettre la tête dans les nuages...

Eiffel avait fini de jouer au mécano, et New-York était le théâtre d'une course folle des promoteurs à celui qui grimperait le mieux et le plus vite.

Quelle plus belle alliance de symboles, de "progrès", de puissance, que le Chrysler building, éloge de l'industrie automobile et du pouvoir ?
C'est à Walter Percy Chrysler que l'on doit cet édifice Art déco construit entre 1928 et 1930, concurrent, à ce jeu, avec l'immeuble de la Bank of Manhattan. Espionnage, surveillance du coin de l'oeil, les promoteurs du second sont persuadés d'avoir gagné (c'est tout de même le titre de plus haut édifice du monde qui est en jeu !) lorsque, lorsque... il suffisait d'y penser : sur les plans, moins d'étages pour le Chrysler building, mais une astucieuse flèche évoquant les formes d'une calandre, subrepticement posée de nuit et qui, au petit matin, en fit le gratteur de ciel le plus élevé.

Au train où allaient les choses, cette joie fut cela dit de courte durée, car l'Empire State Building, au rythme de quatre étages la semaine, mit tout le monde d'accord un an plus tard...

Les tours de New-York portent tous ses symboles, et depuis un certain 11 septembre le poids de sa tragédie aussi. A force de vouloir monter décrocher la lune......

Publié par van doren à 11:58:30 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (1) |

Humeur de petit matin | 09 septembre 2006

Il fait maintenant nuit lorsque j'arrive à l'atelier, mais à cet inconvénient il y a un privilège : la chaleur des lumières artificielles, et les senteurs, non encore masquées par la pollution du jour, d'un chevrefeuil qui fleurit à contre-temps.

En marchant ce matin, je me souvenais d'un magasin de musique bien connu des rouennais qui se trouvait rue Damiette, logé dans une maison du moyen-âge. Là figuraient pêle-mêle une incroyable collection de disques (de bonnes vieilles galettes noires, j'entends...) qui meublait les murs, les livrets d'opéra les plus rares, et une curiosité pianistique : un imposant instrument rectangulaire avec un clavier à chaque bout, oeuvre de je ne sais quelle fantaisie de facteur, et qui avait dû connaître les duos des plus belles heures de la musique française. Comme je visitais un jour le maître des lieux, il me confia son désespoir : les gens achetaient désormais les disques (laser...) en supermarché, et il lui faudrait bientôt vendre ses pianos touche par touche pour espérer s'en débarrasser... "Non, j'en ai assez, quitte à être dans les pianos (jeu de mot), je vais ouvrir une crèperie !". Je crus d'abord à une plaisanterie, mais quelques semaines plus tard il y avait d'un côté du magasin de la musique, et de l'autre... des crèpes...
Ce lieu unique a fini par fermer définitivement ses volets, ses livrets d'opéras ne se trouvent pas sur internet, les disques sont toujours là, enfermés derrière les vitraux, mais la boîte à musique est désormais muette.

Vendre les autos miniatures morceau par morceau, on a déjà essayé : ça s'appelle un kit et, de nos jours, ça n'a guère plus de succès qu'un modèle tout monté. Et je ne pense pas qu'un fabricant se pique de transformer la moitié de son atelier en restau................ non, tout de même...
Mais j'ai juste envie de dire, aujourd'hui, à ceux qui sont tentés, contexte économique oblige, de transformer leur collection en rayon de supermarché, en règne du tout venant : pensez que l'intérêt d'une collection ne réside peut-être pas dans le nombre de modèles qui la composent mais dans leur qualité, et qu'il vaut mieux acheter moins et mieux, pensez qu'il y a derrière chaque modèle réellement artisanal une volonté, des intentions humaines et toutes originales car la vision de chaque artisan est unique, et que c'est tout de même plus passionnant que des alignements d'objets sans âme qui, souvent, ne ressemblent même pas vraiment à l'original, pensez surtout que les modèles les plus intéressants sont produits par les artisans, et qu'à force d'attendre, pour les acquérir, une hypothétique embellie économique, ce savoir-faire, lui, n'aura peut-être pas pu vous attendre...

Publié par van doren à 07:19:50 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (3) |

Histoire de voir rouge... | 30 juillet 2006

Qu'on me pardonne mais j'aurai toujours une préférence pour FERRARI, synonyme pour moi de passion, d'audace et d'exception.

Je ne sais pourquoi il règne chez certains une sorte de snobisme à l'envers qui consiste à ignorer cette magistrale excellence (je n'ai pas dit "suprématie"), toutes époques confondues, de mécaniques au caractère et au son incomparables. (L'esthétique, c'est une autre question : les italiens ont toujours été capables du pire et du meilleur !)

Comme si on ne pouvait à la fois apprécier toutes les facettes de l'automobile : la technique, l'histoire sociale, le design ; comme s'il fallait choisir, trier, exclure : populaire ou luxueuse, familiale ou sportive, ou autres rangements discriminatoires...

L'histoire de l'automobile est une, avec tous ses composants, des plus futiles, ludiques, égocentriques, aux plus altruistes, raisonnés, utilitaires, des plus communs aux plus extravagants. Il y en a pour tous les goûts, toutes les vies, tous les enjeux.

Pour ma part, je ne saurai jamais résister au rouge qui éclabousse (façon de parler, car même en gris ça ne passe pas inaperçu...), aux mélodies envoûtantes, aux performances outrageusement inutiles... Faut-il bouder l'inaccessible ?

Et puis une victoire de FERRARI en Grand Prix de F1, c'est aussi la bonne humeur de l'hymne italien dont les accents de joyeuse fanfare et d'enthousiasme désordonné sont un vrai bonheur !

Publié par van doren à 16:58:38 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) |

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