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L air du temps

Vous et nous...

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"Darrin of Paris" | 29 décembre 2006


Ah, là vous vous dîtes "j'ai dû rater une marche"... Non point. Il s'agit bien d'Howard Darrin, celui-là même qui habilla le cabriolet PACKARD sur lequel je suis en train de travailler, et à qui l'automobile de luxe doit quelques fantasques et somptueuses carrosseries.

Si j'ai une affection particulière pour le début du siècle dernier, c'est que les folies stylistiques n'y connaissaient encore ni préjugés ni frontières, et que tout semblait possible pourvu qu'on y crût.

Ainsi Darrin, après avoir imprimé ses premières marques aux Etats-Unis, son pays d'origine, vint-il se frotter à l'expérience française, car n'oublions pas l'aura que notre petite contrée déployait à cette époque dans tous les domaines stylistiques, de la haute couture à l'architecture, en passant, évidemment, par l'automobile (qui n'est d'ailleurs, si l'on y regarde bien, qu'un mélange des deux...).

Ayant épuisé son filon et le potentiel de clientèle disponible en Europe, c'est muni de cette réputation qu'il s'en retourna là où elle ferait le plus son effet : Hollywood.

Et c'est sous cette quelque peu culturellement décalée appellation "Darrin of Paris" qu'il y fit merveille auprès de l'extravagante société des arts du spectacle...

Publié par van doren à 10:13:02 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) |

Feu d'artifice | 28 décembre 2006

Le geste qui marque chaque fin de séance de peinture : vider le pistolet, ramasser du bout des doigts la coulure au bord du réservoir, essuyer le gant sur la paroi intérieure de la hotte ; de ces mouvements mécaniques qu'on ne remarque même plus.

Et puis, un jour de nostalgie, poser les yeux sur ce feu d'artifice construit au fil des années : le jaune d'une NASH, l'orange d'une ROLLS, le vert d'une CHECKER, le rouge d'une PEUGEOT, le bleu d'une PANHARD... La ronde des séries, le cycle des couleurs, les saisons du travail.

Publié par van doren à 18:06:38 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) |

La folie des grandeurs | 20 décembre 2006


Le quotidien d'un atelier, c'est aussi parfois d'y croiser des fantômes. Et certains sont plus tenaces que d'autres...

Les initiés auront reconnu ces fameux gribouillis en forme d'énigmes qui signaient les notices AMR, élément parmi tant d'autres dont son image s'est peu à peu nourrie. Une légende à deux faces dont le « côté obscur » n'a malheureusement pas été le moins visible, un succès victime de ses propres retours de flammes.

De cette période crescendo/mégalo qui faisait dire à certains qu'il fallait à Ruf des portes à double battant pour y passer sa tête, je ne connais rien d'autre que le fruit d'un travail fondé sur l'expression et l'innovation, avec des résultats dont je ne pourrais me permettre de juger les montagnes russes, mais qui furent souvent au sommet.

Mais les mythologies ne sont que ce qu'elles sont, et l'on n'effacera pas de ma mémoire cette conversation téléphonique d'un hiver 1999, trois quarts d'heure au bout d'un fil déversant des propos clairs, abandonnant pour le coup les demi-phrases sibyllines qu'il lançait coutumièrement comme à un chien on donne un os à ronger (la dernière en date, et dont je vous laisse le choix de l'interprétation, m'ayant été livrée un an avant sa mort : « Vous feriez mieux de faire des enfants ! »...).

Evoquant la meute d'inconditionnels qui l'encensaient sans réserve, ceux qu'avait cristallisés un « fanzine » (magazine des fans) , groupies du genre à traverser la France rien que pour venir aider le Maître à faire l'emballage de ses kits et respirer un peu de son air, il se complaignait de l'aboutissement si superficiel d'une reconnaissance qu'il voulait placée ailleurs.

Car qu'importe (et le plus triste est que ces platitudes continuent à pousser même sur sa tombe !) qu'on le décrive par sa créativité impertinente, son humeur fantasque ou son goût pour la musique de Mike Oldfield (bon, je vous rassure, ses oreilles se portaient en réalité tout aussi bien sur Genesis !...), ses besoins étaient ailleurs, ses angoisses (la peur du « petit crabe », des « tuiles sur la tête »...) et motivations aussi.

« Ils achètent des boîtes, avec mon nom écrit dessus, et plus jamais ils ne les ouvrent pour regarder ce qu'il y a dedans, ils n'achètent plus que mon nom... » Voici ce qu'il considérait comme une véritable trahison, et à quoi il avait perdu son âme. J'avais au bout de la ligne un corps fatigué par l'excès, des pensées usées par l'extravagance.

« Je me mettrais à faire du fer forgé qu'ils me suivraient encore ! », phrase terrible pour un homme en quête de sincérité, et qui avait vu son propre chemin se fourvoyer, sous l'agrément général.

La leucémie a finalement eu raison de son corps, mais je ne suis pas sûre que ce soit elle qui l'ait tué.

Publié par van doren à 09:26:35 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) |

On the Rock | 14 décembre 2006

Hors de son contexte, certes pas évident de le reconnaître, mais si je vous dis "DARK SIDE OF THE MOON" ??


Nick Mason, batteur des PINK FLOYD et néanmoins passionné d'automobile et pilote à ses heures, exposera une partie de sa superbe collection au prochain salon Rétromobile : une douzaine de mythes ambulants (soit environ un tiers de son musée personnel...) qui mettront sans aucun doute de l'ambiance dans ce salon.


Les dates de cette année : du 16 au 25 février.

Publié par van doren à 08:03:18 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) |

C'est aujourd'hui demain... | 30 novembre 2006

Si je vous invite aujourd'hui dans l'antre la plus secrète de l'atelier, le placard des couleurs, refuge discret de ce qui reste des teintes fabriquées après chaque série, c'est que l'huile est sur le feu, l'os dans le pâté, les yeux dans le bouillon...

Il fallait bien y venir, certains d'entre nous se sont fait recaler cette semaine à l'examen pourtant le plus facile à avoir d'habitude : acheter. C'est limpide, on va chez le marchand de peintures, "bonjour Monsieur, je voudrais un demi-litre de noir 1250 en 55, un litre de diluant 352 216, un demi de durcisseur.....".
Ah non.
Non quoi ?
Le durcisseur il est épuisé et on n'a pas encore reçu le nouveau, celui qui va avec le nouveau vernis qui va avec les nouvelles peintures, vous savez, les peintures à l'eau.....

Stupeur, pétrification, aller-retour du coeur entre les chaussettes et le cerveau : pour une fois une norme va être appliquée à sa date prévue, ce qui en France relève de l'accident culturel : à partir du 1er janvier, plus de peintures solvantées (sauf les vernis et les laques et quelques subtilités que les nouvelles techniques ne sont pas parvenues à égaler).

Mais nous sommes seulement fin novembre, dis-je. Oui, mais il faut que les stocks soient épuisés, alors on épuise, quitte à épuiser avant l'heure... Me voilà donc avec, en dépannage, un durcisseur rapide totalement inadapté qui va me contraindre à surdiluer le mélange et refroidir l'atelier pour compenser.

Il fallait bien y venir, écologie oblige, oh, mes convictions et mes bronches sont loin d'être contre ! Mais panoplie complète de produits à changer, techniques à réapprendre, une source d'angoisses, et puis surtout des manoeuvres qui seront désormais impossibles.
Plus moyen de poser des décalques sur la base couleur et de vernir après (comme sur la VOISIN Petit Duc, par exemple), puisque les décalques se posent à l'eau, et que l'eau, pour une base à l'eau... devient du diluant.
Plus possible, pour faire une carrosserie bicolore, d'appliquer la couleur principale, de masquer, de peindre l'autre teinte, démasquer et revernir le tout, car... je ne disposerai plus que de deux heures une fois la base sèche pour la recouvrir de vernis (faute de quoi le carrosse se transforme en citrouille, je vous passe les insidieux détails), donc, pas le temps. Il faudra peindre la teinte N°1, vernir, cuire, masquer, peindre la teinte N°2, vernir, démasquer, et accessoirement poncer la jolie couture entre les deux. Géant ! (et je ne parle pas de l'impossibilité de retouches par cette méthode...)

Passons aux intérieurs : il "suffisait" de fabriquer la couleur, l'appliquer, on pouvait la conserver gentiment dans son pot pour un usage ultérieur, une retouche que sais-je. Mais, trop fragiles les bases à l'eau : une éclaboussure, un doigt humide, et c'est l'auto-destruction ! Donc il faudra stocker, en plus des nouvelles teintes, les mêmes en laque, fabriquer les teintes, y ajouter du matant (à différents dosages de sorte à reproduire les autant d'aspects, tissu, cuir, etc...), du durcisseur (vous savez, le nouveau, celui qu'on ne trouve pas encore et dont on ne sait pas quand il arrivera et qui remplace celui que je ne trouve déjà plus), mettre à sécher, ...et jeter le reste du pot, parce que le durcisseur fait son travail aussi dedans.

Non pas que nous ayons fait les autruches, non pas que nous soyons réfractaires, mais côté passage en douceur, c'est un peu raté.

Investissement complémentaire : un second pistolet, puisque d'une part la peinture à l'eau est trop épaisse pour une buse de 0,6, d'autre part, les joints qui ont trempé dans le dilant en sont imbibés, et ne peuvent servir pour l'eau, à moins d'aimer les yeux de grenouille et la mayonnaise sur la peinture. (300 à 400 €, le pistolet.)

Modification de l'installation : l'eau n'est, dans la peinture, qu'un véhicule pour les pigments. Une fois sa mission accomplie, elle doit disparaître, et pour qu'elle s'évapore, il faut ventiler. Ceux d'entre nous qui cuisent à l'étuve (heureusement, ce n'est pas mon cas !) devront sérieusement revoir leur copie.

Je passe sur tous les repères pris quant aux métamorphoses des teintes au séchage qu'il faudra revoir de A à Z (bon, d'accord, de B si vous voulez...), perte de temps et gaspillages en essais assortis.

Je n'insisterai pas non plus sur la différence de concentration des pigments, apparemment plus forte, et qui va rendre plus qu'aléatoires nos petits dosages déjà à peine formulables.

Mais alors, me direz-vous, puisque les laques sont encore solvantées, pourquoi ne pas peindre en unicouche au lieu de base revernie ? Certes, mais de toute façon, si l'on veut faire les choses comme il le faut, il est impératif, sous la laque, passer une couche de base d'une couleur la plus approchante possible, car sinon les arêtes ressortent (si, losrque vous approchez un modèle d'une source de lumière suffisante, les arêtes sont plus claires, c'est qu'il s'agit d'un brillant direct jeté à la va-vite sur la carrosserie). Donc, retour à la case départ. Non, il n'y a pas de solution miracle à long terme.

Bien que d'aucuns affectent encore l'insouciance, il faudra pourtant bien y venir...

Publié par van doren à 17:46:09 dans Pour la petite histoire... | Commentaires (0) |

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