Trente ans et toutes mes dents (sauf 4)
Vit a Londres (clavier frustrant car sans accents)
Gauchere des deux mains
"Ne prenons pas la vie par les épines"
(René Char)
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Album photos du cadre: http://www.blogg.org/blog-37695-album-19848.html
Album photo du raid: http://www.blogg.org/blog-37695-album-19849.html
Synthèse. Nous avons longuement débattu des mérites respectifs du raid aux Seychelles et de celui de Mada. Ma réponse est cohérente avec le reste du groupe mais pour d'autre réponse. Pour moi les Seychelles nous ont touché aux tripes parce que c'était notre premier raid et elles garderont le privilège de la nouveauté et de l'exclusivité. Ce ne sera plus jamais la première fois que je bivouaque sur mon cata. Il y aura toujours quelque chose de séminal dans le raid des Seychelles. En revanche, le raid de Mada nous a pris au cœur. Nous avons aimé parce que nous avons jugé et choisi d'aimer. Nous avions une base de comparaison et nous savons pourquoi nous avons aimé. Accessoirement, dans mon cas, j'ai mieux profité.
Publié par eblanc à 23:31:37 dans What a wonderful world ... | Commentaires (0) | Permaliens
Madagascar. Le nom m'avait toujours plu et l'idée d'une destination lointaine et peu explorée était attirante. J'ai passé pas mal de temps à préparer mon itinéraire et mon sac jusqu'au moment où j'ai réalisé : il s'agit d'un voyage auquel on ne peut pas être préparé. Les gens résistent à la catégorisation, les aléas défient l'organisation logistique la plus stricte, les paysages sont inclassables. C'est un endroit que l'on ne peut pas standardiser. Amoureux des petites cases à cocher s'abstenir. Les autres peuvent me suivre.
Les photos sont distribuées comme suit:
Album nature, faune et flore: http://www.blogg.org/blog-37695-album-19783.html
Album "Gens et vie quotidienne": http://www.blogg.org/blog-37695-album-19795.html
Album portraits: http://www.blogg.org/blog-37695-album-19821.html
Albums paysages: http://www.blogg.org/blog-37695-album-19828.html
Album insolite: http://www.blogg.org/blog-37695-album-19847.html
Résumé plus ou moins chronologique:
Le premier jour à Tana a été un peu dense parce que la ville est très animée et la pauvreté y est très présente. Surtout lorsqu'on est dans mon cas, c'est-à-dire qu'on s'y ballade seule et qu'on se trouve enchainer une double nuit blanche. Le sommeil manquant accroit la paranoïa déjà bien en place suite aux conseils variés des guides, forums et amis. Je les croyais sévères mais il faut reconnaitre que c'est vrai : on est harcelé par les mendiants (les vrais comme les faux), on ne se sent pas en sécurité, on n'ose pas sortir d'appareil photo et on finit par marcher sans s'arrêter pour se sentir moins exposé. Une proie en quelque sorte...
Plus grave, c'est un rappel assez rude de la réalité du pays. « Sa population de près de 18 millions d'habitants, est très répartie sur le territoire et a une moyenne d'âge de 24 ans. 78% des malgaches vivent en dessous du seuil de pauvreté. » (http://www.madafuturs.org/). Pire, c'est un excellent rappel de mon inutilité individuelle : je n'aurai jamais assez de pain à donner aux gamins et aux petits vieux, même s'il est difficile de dire « non » avec fermeté et conviction.
Le lendemain un peu difficile parce que j'avais oublié que la malarone ingérée seule et sans nourriture (ce que j'ai fait à Orly) avait tendance à vous bousiller le tube digestif. Dommage. Je crois que le prochain coup, je m'en rappellerai. Il est cinq heures du matin et je suis supposée prendre un vol pour Diégo Suarez. En pratique, je manque de vomir sur l'agent du comptoir d'enregistrement et finis par m'attirer la pitié de la dame pipi de l'aéroport. Ce n'est jamais bon signe quand on attire la pitié de quelqu'un qui doit faire vivre une famille avec environ 16 euros par mois mais c'est un juste retour des choses après ma visite un peu condescendante et toute occidentale de Tana la veille. Toujours est il que après presque deux heures à envisager très sérieusement les conséquences de mon décès potentiel dans les toilettes de l'aéroport, j'ai réussi à reprendre quelque forces et un coca salé plus tard, j'ai pu rejoindre la famille B. dans le nord.
Le coin est assez très joli mais un peu handicapé par le vent très soutenu. Disons que d'un point de vue aérien, c'est assez sportif, en particulier lorsqu'on passe au dessus d'une saline juste avant l'atterrissage. Disons que je n'ai vraiment stressé que lorsque j'ai vu le steward se signer. Mais il faut rappeler que j'étais déjà sub-claquante donc assez étanche à tout ce qui m'arrivait. Le vent qui y règne et rend assez impossible toute excursion maritime (en dépit de nos plans initiaux). Nous faisons malgré tout une très jolie ballade de Ramena à la baie de Sakalava. Nous passons un moment inoubliable en compagnie de nos jeunes guides qui se sont prises de passion pour la jeune Alice et rivalisent de chants en son honneur et se font fort de la porter (façon malgache) durant toute la longue marche.
Toujours dans le coin de Diégo Suarez, j'ai fait une excursion dans la réserve de l'Ankarana pour voir des lémuriens, des grottes et surtout des tsingy. Ce sont des sortes de curieuses formations dans le calcaire lentement buriné par l'eau de pluie. C'est assez spectaculaire, on dirait les photos des surfaces regardées avec un microscope à électron. Une autre façon d'imaginer est de penser à de que Van Gogh aurait fait s'il avait voulu faire de la sculpture à grande échelle. Bref, c'est beau.
Autres grands moments de l'expédition:
*la nuit en bungalow simple dans la foret (attention aux scorpions dans les chaussures),
*les milliards d'étoiles dans le ciel (vu que les seules lumières du coin sont des bougies, on les voit bien)
*une vraie expérience du néant lorsque au cours de notre visite des grottes (où se sont réfugié des populations à des époques de guerre civile) nous éteignons tous les trois (Estelle, le guide et moi) nos lampes de poche. Silence absolu, noir total. Privée ainsi de mes sens et de la conscience de mon corps, j'ai l'impression de n'exister plus qu'en tant qu'esprit. Enfin, c'est peut être juste moi. Faudrait que j'en parle à une dingologue.
Dernier élément à signaler sur Diégo Suarez (il est vrai dans tout le pays mais Diégo est le premier endroit où j'ai le triste loisir de l'observer) : la présence nombreuse de « snipers » comme les nomment Nico et Mich'. C'est-à-dire des européens de 40 à 60 ans, pas particulièrement bien faits de leurs personnes, qui viennent passer du temps à Madagascar et se procurent la compagnie qui leur manque probablement à la maison, en arborant à leur bras des petites minettes malgaches à l'âge indéfinissable. Je passe sur mon jugement sur la chose (il est impossible de ne pas juger ces scènes-là et leurs protagonistes), disons que c'est un bon rappel de la condition humaine et la pauvreté de chacune des parties de cet arrangement sordide. C'est aussi une bonne préparation à une phrase que j'entendrai par trop souvent de la part de quasi tous les vazaha installés à Madagascar et qui s'effaçant pour laisser passer une jolie jeune femme de la moitié de leur âge me diront « Je vous présente mon épouse ».
Nous sommes repartis sur Tana le dimanche avec un vol (forcément retardé parce qu'il n'existe que ca ici de toute façon). Là ca a été assez pratique parce qu'on s'était fait un pote à Diégo, un expat qui vit à Tana et qui nous a prêté sa maison à Tana pour qu'on y passe la nuit. En plus, il nous a filé les coordonnées d'un pote à lui qui fait chauffeur. Nous sommes donc partis visiter la cote est en 4x4 avec notre chauffeur à nous, ce qui est autrement plus confortable et plus flexible que le taxi brousse. Plus compatible avec la présence d'une petite de 2 ans, aussi... Le trajet a été de toute beauté. Je me suis régalée, comme à mon habitude, de regarder la vie des gens qui se fait toujours le long des routes. Ils y proposent au choix des paniers de fruits, régimes de bananes, poulets vivants, crevettes bouillies, anguilles fraiches et noix de coco.
Une belle leçon d'humilité aussi quand on voit les gosses de 5 ans qui s'occupent du petit frère de 6 mois et, plus généralement, la simplicité plus que spartiate des conditions de vie. Rien à voir avec la misère pouilleuse de certains coins de Tana. Ces gens ont de quoi manger parce que le coin est fertile mais ils sont probablement peu conscient des dernières activités de Paris Hilton...
Nous avons passé une nuit à Andasibe (près d'un parc que nous n'avons pas visité pour cause de grosse pluie), un village qui fait très western où Alice est devenue une star (je ne pense pas que les gosses aient souvent vu un bébé blanc avant...). Nous avons aussi passé du temps à Tamatave, ville martyre des ouragans et de la corruption. L'endroit a le double problème d'être en première ligne pour els ouragans (ville inondée, route défoncée et centre ville massacré) et d'avoir eu pour maire le neveu de l'ancien président qui a donc détourné pendant huit ans les fonds qui auraient permis de réparer les dégâts. Une autre réalité de Madagascar : rien n'y est simple et même quand l'argent est mis à disposition pour un projet, cela ne signifie pas forcément qu'il pourra être utilisé pour en bout de ligne.
Nous passons une nuit à Foulpointe dans un très bel endroit dont nous profitons hélas peu pour cause de pluie tropicale très intense. Puis nous poussons jusqu'à Soanierana Ivongo pour déposer les B. au bateau qui doit les amener à Sainte Marie. C'est un peu la bousculade parce qu'il n'y a pas eu de bateau pendant deux jours pour cause de temps pourri. La « capitainerie » semble d'ailleurs mitigée sur l'idée de laisser partir celui de ce jour-là. C'est finalement le cas et le frêle esquif a affronté avec courage les flots démontés mais la description que j'ai eue du voyage « la traversée de la mort » laisse peu de place à l'imagination. Pour ma part je rentre à Tana. C'est le début de mes pérégrinations solitaires.
Trafalgar et contretemps : la camarade de jeu qui devait me rejoindre est irrémédiablement coincée sur Paris et ne pourra plus venir. Je suis donc livrée à moi-même pour les dix jours à venir et la dangerosité de l'endroit s'en trouve accrue d'autant. Un moment je suis tentée d'annuler notre roadtrip vers le sud-ouest et d'aller me poser sur une plage avec mes congénères Vazaha. Heureusement, je prends le temps de la réflexion en allant visiter Ambohimanga (une des 12 collines sacrées de Tana). Le soir, je passe pas mal de temps à négocier avec le tour operateur qui devait nous emmener jusqu'a Tulear. Je dois lui faire comprendre qu'il n'y aura pas de trip ou alors une version modifiée et qui lui rapportera, bien sur, beaucoup moins d'argent. Il n'est pas content. Moi non plus mais je lui fais comprendre que ce point là ne fait hélas pas partie de la négociation. Nous nous mettons d'accord sur un itinéraire largement tronqué mais qui me donne déjà l'occasion de voir une partie de ce que j'avais planifié. Le reste sera remis à une autre fois.
LE lendemain c'est le départ vers le Sud par la RN7. Déjeuner à Ambatolampy (où j'ai vu des gens fabriquer une marmite avec des cannettes de coca fondues qu'ils coulent dans un moule en sable tassé... le tout pieds nus...) Encore de la route jusqu'à Antsirabe, la capitale de la transformation de pierres précieuses et semi-précieuses. J'y a vu un atelier de travail des pierres semi précieuse et "industrielles" ce qui avait principalement l'intérêt de me montrer que je ne me souviens de rien de ce que je savais fut un temps. Me voilà officiellement vieille !
Après Antsirabe, j'ai continué ma route vers Ranomafana, le village qui jouxte un parc national réputé pour sa faune et créé après la découverte il y a moins de 20 ans d'une nouvelle espèce de lémuriens. La route qui y mène est particulièrement belle et assez surprenante : nous sommes en moyenne altitude et les forets de pins la disputent aux rizières et aux bananiers. Un ensemble assez hétéroclite donc qui ressemble par moments à des alpages bien français et à d'autre au fin fond de l'Asie du sud est. Autre particularité, la population, clairement moins habituée à voir des touristes est à la fois moins blasée et moins cynique. C'est à dire que le Vazaha (l'étranger) n'est pas uniquement une occasion d'aller mendier. Il n'est pas non plus une source intarissable de cash qu'il s'agit de capter en offrant des prix largement enflées. Il s'agit plutôt d'une bête un peu curieuse qu'on tend à dévisager (ce qui n'est que justice vu que moi-même je les observe) et qu'on interpelle à grands cris pour lui dire bonjour et lui faire coucou de la main. Une gamine a par exemple décidé de m'accompagner pendant toute ma visite du patelin. Elle s'est emparée de ma main et ne l'a lâchée que lorsque je lui ai fait comprendre que je rentrais chez moi. A ma grande surprise, à aucun moment elle n'a demandé de bonbon, stylo ou même d'argent. Après Tana,c'est assez rafraîchissant...
Pendant une journée, j'ai visité le parc avec des rencontre impromptues ( et d'autres parfois conquises de haute lutte) avec les animaux. Mon guide, Stéphane, était super, très attentionné. Un vrai puis de science qui ne s'est pas seulement concentré sur les lémuriens mais m'a aussi enseigné les plantes médicinales et où trouver de la nourriture et de l'eau en foret. Me voila prête pour Koh Lanta. Le soir, visite nocturne, un tantinet moins authentique puisqu'on sent bien que les bestiaux ne se ramènent que parce qu'ils ont l'habitude d'être nourris à heure fixe à cet endroit. C'est quand même une occasion de voir d'autres espèces et de vivre la foret (en son dolby stéréo super THX) la nuit. Il y a plus de 30 espèces de grenouilles et chacune est décidée à se faire entendre donc c'est un peu la cacophonie...
Le lendemain, il faut déjà repartir vers Tana. Nous dormons à Ambositra, capitale de l'artisanat. C'est assez frustrant en fait parce que si j'achète quoi que ce soit, je suis à peu près sure de le détruire avant d'arriver à la maison donc ça ne sert à rien... Dommage parce que c'est très beau (travail du bois en particulier).
Je marche longuement dans al ville jusqu'à ce que je réalise que les voix que j'entends derrière moi sont toujours les mêmes. Je me retourne pour découvrir que quelques gamins ont entreprise de me suivre. Ils ne parlent pas français et je ne parle pas malgache mais je déclenche leur hilarité à la moindre occasion, que ce soit en m'arrêtant brusquement en criant « stop » et pointant du doigt ceux qui ont bougé ou en imitant la démarche des canards ou le beuglement du zébu. Je prends quelques photos et résiste tant bien que mal à la bousculade qui a systématiquement lieu lorsque je montre le résultat sur l'écran de l'appareil ce qui ne manque jamais de déclencher l'hystérie collective. Je continue la ballade quand soudain mon petit groupe s'arrête. Il y a là l'équivalent d'une classe et demi (référenciel Ecole des quartiers nord à Marseille). Le plus loquace m'explique que « village fini ». En pratique je ne vois pas la différence : il y a un terrain vague d'un coté et de l'autre la chaine des échoppes en tôle ondulée ne semble pas s'être interrompue mais il existe un faisceau de savoirs qui m'échappent et j'en ai conscience. Je salue donc mes jeunes amis et continue ma route. Le retour à Tana marque l'ouverture d'un autre chapitre : celui de vacances plus insouciantes mais moins « vraies » sur l'ile plus policée de Nosy Be. L'expérience va être très différente, je le sais.
Nosy Be sera traité dans un autre post. Pour moi il s'agit d'un autre voyage, d'un autre pays peut être. Pour ce qui est de ce que j'ai vu sur la Grande Terre, je reconnais avoir fait le plein. Le plein de paysages et de couleurs, le plein de nature, le plein de sourires, le plein d'émotions diverses bonnes comme mauvaises. Le plein de questions aussi sur mes modes de fonctionnement, sur mes critères de jugement, sur mes convictions et mes principes. On ne sort pas indifférent de vingt jours à Madagascar, on n'en sort pas indemne non plus. On en revient les yeux ouverts plus grands. A tous les sens du terme.
Publié par eblanc à 09:26:18 dans What a wonderful world ... | Commentaires (0) | Permaliens
Suite à changement de programme (lire: démission et changement de poste), me revoilà sur la route pour plus longtemps que ce que j'aurais imaginé.
Publié par eblanc à 10:55:42 dans Accueil | Commentaires (1) | Permaliens
Pourquoi j'en parle alors que ce n'est pas vraiment le ton du blog?
Parce que c'est aussi mon devoir et que, si ça ne sert qu'à ça, c'est déjà au moins une occasion de me rendre compte de la chance qui est la mienne de vivre libre. Parce qu'elles n'ont pas cette chance, ce serait leur faire insulte de ne pas savourer la mienne.
Savourez la votre et soutenez les.
Publié par eblanc à 21:29:53 dans No passaran | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par eblanc à 10:56:09 dans Accueil | Commentaires (2) | Permaliens